Trois jours se seront bientôt écoulés, déjà, et la mémoire vivante de la Fête de l’Humanité, tel un mode d’emploi, ne se dissipe pas. Au contraire, prend-elle un sens plus évolutif, à mesure que se déclinent sous nos yeux les fracas d’une actualité comme autant de matières emblématiques qui nécessitent un grand renversement de la conscience collective. Cette année plus encore que d’ordinaire, tant la nécessité d’une refondation de la gauche alternative – et de la gauche tout court – s’avère urgente. Dans un contexte de désarroi profond du peuple de gauche, longtemps figé dans la sidération, nous pourrions résumer d’une seule formule le « message » du Peuple de la Fête : de quelle société voulons-nous ? La question paraît banale pour ceux qui connaissent l’âme politique de la majorité des participants, néanmoins, elle cristallise l’ampleur des attentes à l’heure d’échéances électorales primordiales pour notre avenir. Lisez l’Humanité d’aujourd’hui et vous comprendrez ce que signifie répondre à cette interrogation, au fil des articles, quel que soit le sujet.
mercredi 14 septembre 2016
Le "quoi", le "qui"...
Le message du Peuple de la Fête de l'Humanité à toute la gauche critique. Une sorte de mode d'emploi.
Trois jours se seront bientôt écoulés, déjà, et la mémoire vivante de la Fête de l’Humanité, tel un mode d’emploi, ne se dissipe pas. Au contraire, prend-elle un sens plus évolutif, à mesure que se déclinent sous nos yeux les fracas d’une actualité comme autant de matières emblématiques qui nécessitent un grand renversement de la conscience collective. Cette année plus encore que d’ordinaire, tant la nécessité d’une refondation de la gauche alternative – et de la gauche tout court – s’avère urgente. Dans un contexte de désarroi profond du peuple de gauche, longtemps figé dans la sidération, nous pourrions résumer d’une seule formule le « message » du Peuple de la Fête : de quelle société voulons-nous ? La question paraît banale pour ceux qui connaissent l’âme politique de la majorité des participants, néanmoins, elle cristallise l’ampleur des attentes à l’heure d’échéances électorales primordiales pour notre avenir. Lisez l’Humanité d’aujourd’hui et vous comprendrez ce que signifie répondre à cette interrogation, au fil des articles, quel que soit le sujet.
Trois jours se seront bientôt écoulés, déjà, et la mémoire vivante de la Fête de l’Humanité, tel un mode d’emploi, ne se dissipe pas. Au contraire, prend-elle un sens plus évolutif, à mesure que se déclinent sous nos yeux les fracas d’une actualité comme autant de matières emblématiques qui nécessitent un grand renversement de la conscience collective. Cette année plus encore que d’ordinaire, tant la nécessité d’une refondation de la gauche alternative – et de la gauche tout court – s’avère urgente. Dans un contexte de désarroi profond du peuple de gauche, longtemps figé dans la sidération, nous pourrions résumer d’une seule formule le « message » du Peuple de la Fête : de quelle société voulons-nous ? La question paraît banale pour ceux qui connaissent l’âme politique de la majorité des participants, néanmoins, elle cristallise l’ampleur des attentes à l’heure d’échéances électorales primordiales pour notre avenir. Lisez l’Humanité d’aujourd’hui et vous comprendrez ce que signifie répondre à cette interrogation, au fil des articles, quel que soit le sujet.
jeudi 8 septembre 2016
Présidente(s): prémunissez-vous du pire
Une nouvelle élue s’installe à l’Elysée... Un livre drolatique et cauchemardesque de Gérard Mordillat.
Futur. Savez-vous ce qu’est une sotie? Voici la définition donnée par Gérard Mordillat en exergue de son dernier livre: «Farce à caractère satirique jouée par des acteurs en costumes de bouffons, allégorie de la société du temps.» Le genre peut paraître désuet aux non-lecteurs-spectateurs d’arts comiques grinçants. Croyez-nous pourtant sur parole. Notre époque de bric et de broc – qui tue toute critique anticipatrice – exige des méthodes parfois iconoclastes et audacieuses pour en dénoncer les travers idéologiques. Le verbe et la satire peuvent se révéler une arme redoutable. Tous les moyens ne sont-ils pas bons, désormais, pour réveiller les consciences et secouer ceux qui refusent de voir la réalité et derrière la réalité un petit bout de ce qui se profile à l’horizon si rien ne change. Avec "Moi, présidente" (éditions Autrement, 122 pages), Gérard Mordillat se transporte dans la préfiguration d’un futur risible mais très cauchemardesque. À l’Élysée, une équipe de TV Près De Chez Vous, la télévision façon ORTF du pouvoir fraîchement installé, filme la nouvelle présidente élue dans l’exercice de ses fonctions. Dans les coulisses, nous croisons le ministre du Racisme Efficace, le ministre de la Police et Répression, le ministre de la Propagande Officielle, le ministre de la Précarité Raisonnable, le ministre du Savoir et Folklore, le ministre de Ma Guerre – celui de la Défense a été supprimé, puisque, «s’il y a la guerre, c’est bien moi qui le décide et qui commande à tous les connards le petit doigt sur la couture du pantalon». Nous côtoyons également l’Éminence des Cultes, utile pour le redressement moral du bas peuple, le Patron des Patrons, de même que l’Actuel de madame la Présidente (comprendre: le conjoint en mode serpillière).
dimanche 4 septembre 2016
Ne nous laissons pas impressionner
Les vendeurs de nostalgie veulent nous imposer des thématiques mortifères, accaparés qu’ils sont par leur culture de l’exclusion et de la sélection entre citoyens. Regardons devant nous sans ciller et sans mollir. La séquence électorale qui s’ouvre réclame des débats de fond.
Macron, Valls, Sarkozy, Fillon, Le Pen… Identité française, sécurité, islam… Si, vous aussi, vous en avez marre du médiocre feuilleton qui pollue quotidiennement la rentrée, sachez-le : vous n’êtes pas les seuls ! Alors que nous nous lançons déjà dans une campagne politique majeure et fondamentale pour l’avenir du pays, il semble que nos concitoyens soient moins sensibles aux discours dominants qu’il n’y paraît. Pour une fois qu’une étude d’opinion nous intéresse, ne boudons pas notre plaisir. D’après un sondage Elabe, 64% des Français se déclarent davantage préoccupés par les thèmes économiques et sociaux que par l’identité et la sécurité. Parmi eux, et pour cause, pas moins de 83% des sympathisants de gauche évoquent la réduction du chômage et la lutte contre les inégalités sociales. Une véritable claque aux minables marquis de la politicaillerie qui, de la droite à son extrême, jusqu’à certains membres éminents du gouvernement, détournent volontairement leur regard et ignorent les vraies souffrances qui martèlent la masse du peuple.
vendredi 2 septembre 2016
Rentrée(s): ancrée dans le réel
Le climat de ce mois de septembre possède quelque chose de puissamment ambigu. Mais déjà, qui ne comprend pas que l’établissement d’une nouvelle République est une urgence absolue?
Tréfonds. Un invariant utile à se remémorer aux heures de troubles persistants et de crises diverses propices à tous les dangers: les tragédies de l’existence – et donc celles qui frappent aussi les autres – ne concernent que ceux qui souffrent par passion, et seulement ceux-là. Nous en sommes. Intimement. Certes nous vieillissons et les rentrées s’empilent sur nous comme des montagnes de Lego livrées à nos gamins, laissant des traces accumulées, chaque année plus prégnantes. Si peu ragaillardis par des chaleurs harassantes, à peine bronzés à l’ombre des conifères, nous agitons les bras, nous prenons des voix de conteurs pour tenter déjà de narrer la suite ancrée dans le réel, tandis que la fin de l’été meurtrier continue de nous essorer autant qu’il nous maintient en éveil – assez utilement au fond. Le climat de ce mois de septembre, à une semaine de la Fête de l’Humanité et à quelques mois d’une double échéance électorale majeure, possède quelque chose de puissamment ambigu. D’un côté, la petite musique médiatico-politique repart sur un rythme pestilentiel, encagée dans des problèmes subalternes dont le fameux vêtement féminin de baignade a constitué le fait marquant (sic), du matin au soir et sur tous les tons, dans le prolongement d’une longue séquence autour de la seule religion musulmane, suspecte de tous les troubles inhérents à la vie quotidienne, favorisant surtout les pires hypocrisies, tous les amalgames, prétendument combattus, alors que, pendant ce temps-là, le chômage de masse, la précarité du travail, les maux sociaux comme les dérèglements climatiques, sans parler des tensions guerrières mondiales, passent au second rang. Et d’un autre côté, assez paradoxalement peut-être, nous sentons dans les tréfonds du peuple français une envie de changement considérable, comme si le « moment » qui se présentait devant nous se révélait assez historique pour qu’une prise de conscience collective attise les esprits les plus farouchement attachés à notre à-venir commun.
mercredi 31 août 2016
Passion
« Seul l'amour-passion rend heureux, puisque seul il
emploie, jusqu'en ses réserves cachées, notre provision d'énergie vitale, et
les souffrances qu'il cause. »
Léon Blum (in Stendhal
et le beylisme, 1914)
jeudi 25 août 2016
Eté meurtrier
Distinguons l'amour de la passion. La passion, née du hasard, délire, folie du cœur ou des sens, ainsi que toute maladie aiguë, dure peu. L'amour, au contraire, basé sur les qualités morales, sur l'estime et la vertu, est éternel: c'est un morceau de cire qui peut changer de forme et de nom, mais jamais de fond.
Auguste Guyard (Quintessences, 1847)
jeudi 28 juillet 2016
mercredi 27 juillet 2016
Saint-Etienne-du-Rouvray: le contraste
Vaincre le terrorisme et vivre en sécurité ne réclame pas des coups de
menton, des claquements de talons sécuritaires et des discours
guerriers, mais plus de République.
Le temps est maintenant venu d’affirmer les choses clairement, avec le mépris qui sied aux circonstances. Ceux qui continuent de surfer sur les drames, sur les peurs, sur la surenchère, sur les pires pulsions réactionnaires qui tentent d’atomiser toute idée d’intelligence intime et collective, sont indignes de la France. Oui, indignes de cette France dont ils n’ont que le nom à la bouche, la main sur le cœur, et dont ils trahissent l’esprit à chacune de leurs sorties médiatiques, quand s’exprime le vice appuyé sur le bras de la haine. Nous n’avons pas de mots assez durs pour qualifier les postures mortifères des Sarkozy et consorts, des Le Pen et de la fachosphère, et même de certains pseudo-journalistes, qui en oublient le sens premier de leurs responsabilités impérieuses par temps de crises successives. Tous ces braves gens agissent comme s’ils se tenaient à l’affût depuis toujours. Mais que proposent-ils, sinon une rupture bonapartiste ou pétainiste avec notre corpus républicain? Leur modèle de société ressemble aux pompes funèbres. Ils sont des receleurs de la mort au profit de leurs succursales idéologiques.
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| Le maire, Hubert Wulfranc. |
lundi 25 juillet 2016
Le sort des Roms à Montpellier, un scandale d'Etat
Quand un préfet et un procureur de la République s'entendent pour accélérer les expulsions, sans respecter les procédures légales...
Expulser les Roms par tous les moyens: pour les lecteurs de l’Humanité, l’information sur les pratiques souvent inacceptables du pouvoir ne surprendra personne. Mais ce que nous révélons aujourd’hui dans nos colonnes démontre point par point jusqu’où peut aller la perversité de la puissance publique soumise aux diktats d’une politique d’immigration qui rejette, presque par principe, l’idée du respect des procédures de droit, quitte à entraver les règles républicaines les plus sacrées. L’affaire se passe à Montpellier, mais comment croire que ces méthodes soient circonscrites à cette seule grande métropole. Jugez-en : les procès-verbaux que nous nous sommes procurés prouvent que, pour chasser le Roms le plus vite possible, à moindre coût et évidemment en masse pour «faire du chiffre», le procureur de la République de Montpellier et la préfecture de l’Hérault ont littéralement monté un système de collusion, au moins depuis 2012. Pris dans les rouages de cette machine à détruire des individus, les citoyens roumains servent de cobayes à des actes qui enfreignent et/ou détournent toutes les procédures pénales et légales. Juste un exemple parmi d’autres : certaines OQTF – les fameuses «obligations de quitter le territoire français» – sont datées le jour même du contrôle de police de certains Roms, ce qui signifie qu’elles sont prérédigées, avant les recours normaux, comme recevoir l’appui juridique d’un avocat… sans parler de PV carrément illégaux! Un véritable scandale d’État.
Expulser les Roms par tous les moyens: pour les lecteurs de l’Humanité, l’information sur les pratiques souvent inacceptables du pouvoir ne surprendra personne. Mais ce que nous révélons aujourd’hui dans nos colonnes démontre point par point jusqu’où peut aller la perversité de la puissance publique soumise aux diktats d’une politique d’immigration qui rejette, presque par principe, l’idée du respect des procédures de droit, quitte à entraver les règles républicaines les plus sacrées. L’affaire se passe à Montpellier, mais comment croire que ces méthodes soient circonscrites à cette seule grande métropole. Jugez-en : les procès-verbaux que nous nous sommes procurés prouvent que, pour chasser le Roms le plus vite possible, à moindre coût et évidemment en masse pour «faire du chiffre», le procureur de la République de Montpellier et la préfecture de l’Hérault ont littéralement monté un système de collusion, au moins depuis 2012. Pris dans les rouages de cette machine à détruire des individus, les citoyens roumains servent de cobayes à des actes qui enfreignent et/ou détournent toutes les procédures pénales et légales. Juste un exemple parmi d’autres : certaines OQTF – les fameuses «obligations de quitter le territoire français» – sont datées le jour même du contrôle de police de certains Roms, ce qui signifie qu’elles sont prérédigées, avant les recours normaux, comme recevoir l’appui juridique d’un avocat… sans parler de PV carrément illégaux! Un véritable scandale d’État.
dimanche 24 juillet 2016
Tour : Froome, Bardet, re-Tour vers le futur
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| Romain Bardet. |
Il s’en fallut de peu. À trois jours près, le Tour 2016 s’achevait sans émotion, sans discorde ou presque, dans un long monologue écrit à l’avance, dépourvu des fioritures habituelles qui disgracient ou façonnent un peu plus notre amour du vélo. Plus grave sans doute, les trois semaines auraient trépassé sans cette flamme de la Grande Boucle qui nous trouble périodiquement et brûle encore en nous l’idée que nous nous faisons de cette aventure de l’extrême pourtant si ordinaire, devenue au fil des décennies cette « grande chose qui nous dépasse » et dépasse parfois – souvent désormais – les Géants de la route eux-mêmes. Rarement le chronicœur, qui attend toujours trop d’excellence et nourrit sa déception avant terme, aura autant pesté contre ces pédaleurs passifs, soumis, atomisés dans leurs propres logiques étriquées, cadenassés par des équipes n’ayant qu’un but : la sauvegarde de leurs intérêts. Fût-ce au détriment de l’aventure. Quitte à occire une part de la légende sur laquelle elles sont pourtant assises.
D’un été l’autre, alors que le Peuple du Tour continue de se masser sur ces gradins ouverts qu’est la France de juillet, les scénarios se permettent de temps à autre de forger des destins insensés, d’inventer une cohorte de héros dont nous nous transmettons, d’une génération à l’autre, le souvenir. Cette année, outre le nom du vainqueur, le Britannique Christopher Froome, qui entre de plain-pied dans le Panthéon de la Petite Reine en signant sa troisième victoire (1), sans jamais avoir fléchi à la régulière – en dehors de sa chute de vendredi et de sa perte de vélo dans le Ventoux –, celui d’un Français s’est installé dans les mémoires collectives comme possibilité: Romain Bardet. Depuis son exploit vendredi vers Saint-Gervais-Mont-Blanc, lorsqu’il renversa le podium en s’installant dans la position du dauphin légitime, le Français de 25 ans n’a pas seulement changé de dimension en s’inscrivant dans la filiation des audacieux capables de dynamiter les événements, il a surtout conquis les cœurs et ce supplément d’âme cycliste que notre pays attend depuis plus de trente ans : l’espoir d’un renouveau, disons, plus massivement, l’espoir d’un successeur à Bernard Hinault.
samedi 23 juillet 2016
Froome assure son Tour
Lors de la vingtième étape, entre Megève et
Morzine (146,5 km), l’Espagnol Ion Izagirre remporte une étape de prestige. Personne
n’a osé attaquer le maillot jaune, qui remportera, dimanche, sa troisième
Grande Boucle. Son dauphin s’appelle Romain Bardet. Il est français.
Morzine (Haute-Savoie), envoyé spécial.
Livré aux tortures de plus en plus désordonnées de leurs efforts après trois semaines à sillonner les routes, les rescapés du Tour, samedi 23 juillet, entre Megève et Morzine (146,5 km), avaient une nouvelle fois à leur disposition un théâtre d’expression sublime pour bousculer les hiérarchies. Quatre cols étaient au programme, les Aravis (Km 21), la Colombière (Km 45,5), la Ramaz (Km 93,5), avant d'attaquer Joux-Plane, seule difficulté classée hors catégorie du jour. Comme la veille, nous attendions beaucoup. Trop sans doute. D’autant qu’une pluie battante et sournoise déchirait les cimes, ce qui, vu ce qui s’était passé samedi et le nombre de chutes en cascade, n’incitait guère aux prises de risque inconsidérées.
Pour le chronicoeur – toujours sur le qui-vive malgré la fin annoncée de son vingt-septième Tour –, il fut donc assez désolant de constater que personne n’osa vraiment bouger, laissant au maillot jaune, Christopher Froome, le loisir de gérer sans se paniquer ses dernières frayeurs potentielles. Etait-il d’ailleurs diminué ou pas, après sa spectaculaire glissade vers Saint-Gervais? Bonne question. Mais nous ne le saurons jamais. Romain Bardet se contenta d’assurer sa place de dauphin acquise magistralement vingt-quatre heures plus tôt: nous ne lui en tiendrons nullement rigueur, bien au contraire, le jeune français, 25 ans, entre de plain-pied dans le gotha des futurs prétendants. Nairo Quintana assura la troisième marche du podium: nous savons qu’il n’espérait plus rien de mieux, qu’il s’agissait même d’un objectif qui lui parut, un temps, impossible. Quant aux autres, admettons habilement qu’ils avaient rendu les armes depuis si longtemps qu’il convenait, pour une fois, de les oublier un peu…
Morzine (Haute-Savoie), envoyé spécial.
Livré aux tortures de plus en plus désordonnées de leurs efforts après trois semaines à sillonner les routes, les rescapés du Tour, samedi 23 juillet, entre Megève et Morzine (146,5 km), avaient une nouvelle fois à leur disposition un théâtre d’expression sublime pour bousculer les hiérarchies. Quatre cols étaient au programme, les Aravis (Km 21), la Colombière (Km 45,5), la Ramaz (Km 93,5), avant d'attaquer Joux-Plane, seule difficulté classée hors catégorie du jour. Comme la veille, nous attendions beaucoup. Trop sans doute. D’autant qu’une pluie battante et sournoise déchirait les cimes, ce qui, vu ce qui s’était passé samedi et le nombre de chutes en cascade, n’incitait guère aux prises de risque inconsidérées.
Pour le chronicoeur – toujours sur le qui-vive malgré la fin annoncée de son vingt-septième Tour –, il fut donc assez désolant de constater que personne n’osa vraiment bouger, laissant au maillot jaune, Christopher Froome, le loisir de gérer sans se paniquer ses dernières frayeurs potentielles. Etait-il d’ailleurs diminué ou pas, après sa spectaculaire glissade vers Saint-Gervais? Bonne question. Mais nous ne le saurons jamais. Romain Bardet se contenta d’assurer sa place de dauphin acquise magistralement vingt-quatre heures plus tôt: nous ne lui en tiendrons nullement rigueur, bien au contraire, le jeune français, 25 ans, entre de plain-pied dans le gotha des futurs prétendants. Nairo Quintana assura la troisième marche du podium: nous savons qu’il n’espérait plus rien de mieux, qu’il s’agissait même d’un objectif qui lui parut, un temps, impossible. Quant aux autres, admettons habilement qu’ils avaient rendu les armes depuis si longtemps qu’il convenait, pour une fois, de les oublier un peu…
vendredi 22 juillet 2016
Tour : pour Froome, ça a Bardet !
Lors de la dix-neuvième étape, entre Albertville et
Saint-Gervais Mont Blanc, (146 km), splendide victoire en solitaire de Romain
Bardet, la première pour les Français. Le leader d’AG2R-LM s’empare de la deuxième
place du général. Christopher Froome, diminué par une chute, a contrôlé ses
rivaux, non sans difficultés.
Saint-Gervais Mont
Blanc (Haute-Savoie), envoyé spécial.
Au pays des rêves finissants, ce vendredi 22 juillet, il ne restait aux suiveurs qu’à espérer l’apparition d’ondes de chocs propices aux scénarios inattendus, disons de quoi faire mémoire commune, même si cela ne concernait que les accessits, à savoir les deuxièmes et troisièmes places du podium. Entre Albertville et Saint-Gervais Mont Blanc (146 km), le terrain de jeu s’avérait sévère pour que les derniers ascensionnistes du pays en élévation osent s’aventurer dans ce patrimoine montagneux digne d’intérêt. Quatre montées attendaient les 177 rescapés (1). Les deux premières portaient le même nom, la Forclaz (de Montmin tout d'abord, de Queige ensuite). Puis vint celle, inédite, de Bisanne, un col hors catégorie en raison de sa difficulté (12,4 km à 8,2 %) jusqu'à 1723 mètres d'altitude. La victoire, quant à elle, était adjugée au sommet d'un col de première catégorie (9,8 km à 8%) menant au Bettex. «La montée la plus irrégulière de ce Tour», commentait au matin le Français Romain Bardet, cinquième alors du classement général. La petite cité de Haute-Savoie (5800 habitants) de Saint-Gervais Mont Blanc, qui se flatte de posséder le sommet du Mont Blanc (4808 m) sur son territoire communal, accueillait la Grande Boucle pour la troisième fois de son histoire.
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| Le triomphe de Bardet. |
Au pays des rêves finissants, ce vendredi 22 juillet, il ne restait aux suiveurs qu’à espérer l’apparition d’ondes de chocs propices aux scénarios inattendus, disons de quoi faire mémoire commune, même si cela ne concernait que les accessits, à savoir les deuxièmes et troisièmes places du podium. Entre Albertville et Saint-Gervais Mont Blanc (146 km), le terrain de jeu s’avérait sévère pour que les derniers ascensionnistes du pays en élévation osent s’aventurer dans ce patrimoine montagneux digne d’intérêt. Quatre montées attendaient les 177 rescapés (1). Les deux premières portaient le même nom, la Forclaz (de Montmin tout d'abord, de Queige ensuite). Puis vint celle, inédite, de Bisanne, un col hors catégorie en raison de sa difficulté (12,4 km à 8,2 %) jusqu'à 1723 mètres d'altitude. La victoire, quant à elle, était adjugée au sommet d'un col de première catégorie (9,8 km à 8%) menant au Bettex. «La montée la plus irrégulière de ce Tour», commentait au matin le Français Romain Bardet, cinquième alors du classement général. La petite cité de Haute-Savoie (5800 habitants) de Saint-Gervais Mont Blanc, qui se flatte de posséder le sommet du Mont Blanc (4808 m) sur son territoire communal, accueillait la Grande Boucle pour la troisième fois de son histoire.
Tenter de domestiquer les pentes et d’en braver les
frontières, sans parler d’une météo chancelante et carrément orageuse par
temps lourd : tel fut le programme des irascibles et tempétueux. Ils
étaient d’ailleurs une vingtaine de courageux à prendre l’échappée du jour
(dont les Français Rolland, Vuillermoz, Moinar, Gallopin), sans qu’à aucun
moment nous n’imaginions y trouver le vainqueur de l’étape. Pourtant nous
espérions le bon coup de Pierre Rolland, malchanceux depuis bientôt trois
semaines. Et lorsque, à 45 kilomètres du but, il plaça une brutale
accélération, nous crûmes à l’exploit. Mais à peine percevions-nous le feu
sacré que le leader des Cannondale négocia si mal un virage, dans une descente
en apparence anodine, qu’il perdit le contact de la roue avant. Tout son corps
chavira dans une glissade impressionnante, qui parut ne jamais s’achever sur l’asphalte.
Le Français repartit, brinquebalant. Ses espoirs en berne.
L’essentiel, comme souvent, se déroula à l’arrière. Nous eûmes
rapidement une indication des intentions des uns et des autres en voyant les Astana
de Fabio Aru et les AG2R-LM de Romain Bardet imprimer le rythme du groupe
maillot jaune, réduit à une quarantaine d’unités.
jeudi 21 juillet 2016
Tour: Froome, l'un des passagers de la modernité
Lors de la 18e étape, un contre-la-montre
entre Sallanches et Megève (17 km), le maillot jaune remporte l’étape et creuse
des écarts. C’est dans cette côte de Domancy que Bernard Hinault devint
champion du monde…
Megève (Haute-Savoie),
envoyé spécial.
La mémoire, en terres cyclistes, demeure un invariant d’autant plus constitutif que la possibilité même de l’oubli se dérobe périodiquement à nos imperfections mentales. Ce legs d’amour, enraciné dans l’âme profonde des coureurs comme des suiveurs les plus fidèlement accrochés au mythe, se confond avec leurs propres tourments dans une cohabitation onirique qui les dépasse. Hier, lors du contre-la-montre dit «en côte» entre Sallanches et Megève (17 km), avec des passages assassins à près de 10%, le chronicoeur n’échappait pas au retour de flamme, ancré dans ses souvenirs d’adolescent. Sallanches: ça vous dit quelque chose? 1980: où séjourniez-vous, que faisiez-vous, étiez-vous seulement nés? Bernard Hinault: commencez-vous à comprendre? Peut-être le plus grand champion du monde de l’histoire: voilà, vous y êtes. Bienvenus dans la patrie du vélo. Celle où l’amnésie n’a pas de mise.
Qu’on pardonne au récipiendaire quotidien un trait de mélancolie, sinon d’amertume. Quand Christopher Froome s’élança, à 16h59 très précisément, pour atténuer la pesanteur terrestre de la célèbre côte de Domancy, intitulée pour l’occasion «Prix Bernard Hinault», une pensée sournoise s’insinua dans nos têtes: «Il n’a vraiment rien du Blaireau, celui-là!»
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| Hinault, 1980. |
La mémoire, en terres cyclistes, demeure un invariant d’autant plus constitutif que la possibilité même de l’oubli se dérobe périodiquement à nos imperfections mentales. Ce legs d’amour, enraciné dans l’âme profonde des coureurs comme des suiveurs les plus fidèlement accrochés au mythe, se confond avec leurs propres tourments dans une cohabitation onirique qui les dépasse. Hier, lors du contre-la-montre dit «en côte» entre Sallanches et Megève (17 km), avec des passages assassins à près de 10%, le chronicoeur n’échappait pas au retour de flamme, ancré dans ses souvenirs d’adolescent. Sallanches: ça vous dit quelque chose? 1980: où séjourniez-vous, que faisiez-vous, étiez-vous seulement nés? Bernard Hinault: commencez-vous à comprendre? Peut-être le plus grand champion du monde de l’histoire: voilà, vous y êtes. Bienvenus dans la patrie du vélo. Celle où l’amnésie n’a pas de mise.
Qu’on pardonne au récipiendaire quotidien un trait de mélancolie, sinon d’amertume. Quand Christopher Froome s’élança, à 16h59 très précisément, pour atténuer la pesanteur terrestre de la célèbre côte de Domancy, intitulée pour l’occasion «Prix Bernard Hinault», une pensée sournoise s’insinua dans nos têtes: «Il n’a vraiment rien du Blaireau, celui-là!»
Tour : avec ou sans Emosson, Froome les asphyxie
Entre Berne et l’arrivée au sommet à Finhaut-Émosson, l’étape revient au Russe Ilnur Zakarin. Malgré les plans d’attaque annoncés, Christopher Froome n’a pas été chahuté. Il a même repris des secondes…
Route du Tour, envoyé spécial.
Dans l’un de ses hymnes liturgiques, saint Ambroise, évêque de Milan (374 à 397), écrit : « Que toujours soit dans ton cœur et ta bouche la méditation de la sagesse ; que ta langue énonce le jugement. (…) Parle avec toi-même comme chargé de juger ta conduite, pour ne jamais rester l’esprit vide. » Dans le registre de son Tour 2016, même si le chronicœur ne prétend pas à l’Histoire mémorielle, il doit à ses lecteurs la sagesse de la vérité et la vérité de sa conduite, les trois derniers jours ayant été particuliers. Pour le bien des finances du journal de Jaurès, qui ne dispose, comme vous le savez, ni de comptes à Berne ni de coffres à Genève, il a refusé catégoriquement d’accepter les prix prohibitifs des hôteliers pratiqués de l’autre côté de la frontière, décidant ainsi d’installer une salle de presse provisoire loin de la Suisse. Dans l’attente que le peloton réintègre une terre budgétaire plus égalitaire – dès aujourd’hui –, nous voulions d’ailleurs croire que l’entrée fracassante dans les Alpes offrirait à la vertu cycliste les suppléments d’âme qu’elle méritait et à laquelle nous aspirons tous depuis deux semaines de franche lassitude.
Il était 15 h 24, hier, quand débuta le tutoiement avec les cimes majeures, qui ne quitteront plus les coureurs jusqu’à samedi, veille des Champs-Élysées. Quatre jours à toiser du regard l’ombre tutélaire du mont Blanc, tandis que les rescapés affronteront en tous sens un joli bloc alpestre. Tout commença vraiment par le col de la Forclaz (13 km à 7,9 %), avant la montée sauvage et cruelle vers Finhaut-Émosson (10,4 km à 8,4 %), plantée dans le cirque d’Émosson, une cuvette d’origine glaciaire dont le lac sert, depuis les années 1920 et 1950, de théâtre naturel à une industrie hydroélectrique vertigineuse en tant qu’ouvrage d’art.
Route du Tour, envoyé spécial.
Dans l’un de ses hymnes liturgiques, saint Ambroise, évêque de Milan (374 à 397), écrit : « Que toujours soit dans ton cœur et ta bouche la méditation de la sagesse ; que ta langue énonce le jugement. (…) Parle avec toi-même comme chargé de juger ta conduite, pour ne jamais rester l’esprit vide. » Dans le registre de son Tour 2016, même si le chronicœur ne prétend pas à l’Histoire mémorielle, il doit à ses lecteurs la sagesse de la vérité et la vérité de sa conduite, les trois derniers jours ayant été particuliers. Pour le bien des finances du journal de Jaurès, qui ne dispose, comme vous le savez, ni de comptes à Berne ni de coffres à Genève, il a refusé catégoriquement d’accepter les prix prohibitifs des hôteliers pratiqués de l’autre côté de la frontière, décidant ainsi d’installer une salle de presse provisoire loin de la Suisse. Dans l’attente que le peloton réintègre une terre budgétaire plus égalitaire – dès aujourd’hui –, nous voulions d’ailleurs croire que l’entrée fracassante dans les Alpes offrirait à la vertu cycliste les suppléments d’âme qu’elle méritait et à laquelle nous aspirons tous depuis deux semaines de franche lassitude.
Il était 15 h 24, hier, quand débuta le tutoiement avec les cimes majeures, qui ne quitteront plus les coureurs jusqu’à samedi, veille des Champs-Élysées. Quatre jours à toiser du regard l’ombre tutélaire du mont Blanc, tandis que les rescapés affronteront en tous sens un joli bloc alpestre. Tout commença vraiment par le col de la Forclaz (13 km à 7,9 %), avant la montée sauvage et cruelle vers Finhaut-Émosson (10,4 km à 8,4 %), plantée dans le cirque d’Émosson, une cuvette d’origine glaciaire dont le lac sert, depuis les années 1920 et 1950, de théâtre naturel à une industrie hydroélectrique vertigineuse en tant qu’ouvrage d’art.
mardi 19 juillet 2016
"La course des suiveurs" encore en Berne
Entre Moirans-en-Montagne et Berne, en Suisse, victoire au sprint du Slovaque Peter Sagan, sa troisième. À moins d’une semaine de la fin de l’épreuve, la lassitude s’est emparée de la caravane…
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| L'une des salles de presse du Tour 2016. |
Observation crédible, évidemment. Et presque rassurante: nous avons assez écrit à quel point les coureurs flashés au-delà de 400 watts étaient suspects.
dimanche 17 juillet 2016
Tour : le Grand Colombier, "notre Ventoux à nous !"
Lors de la quinzième étape, entre Bourg-en-Bresse
et Culoz (160 km), le peloton a franchi la montagne mythique du Bugey, par deux
de ses versants. Le Colombien Jarlinson Pantano remporte l’étape. Journée calme
pour Christopher Froome…
Culoz (Ain), envoyé spécial.
Nous nous étonnions encore, un pied dans la joie et la bonne humeur, à la vue de cette montagne plantée en ciel si bleu. Etrangement, les corps des spectateurs, avec leurs désirs estivaux de houlà-hop, s’aéraient d’une bouffée d’oxygène. Leurs gorges déployées n’avaient d’autre moyen que d’exprimer leur vertige. Un précipice de clarté. Il était 16h25 quand des petits cyclistes échappés du jour, écrasés par l’apesanteur des cimes, ont franchi le sommet du Grand Colombier (HC, 12,8 km à 6,8%), 1501 mètres pour la route, 1531 mètres pour l’immense croix érigée sur la bosse sommitale. Tout en bas, les yeux à la verticale, le chroniqueur embrassa Armand, l’enfant du pays, né dans les contreforts, qui écuma toute sa jeunesse les routes du coin avec le maillot de l’Union cycliste de la vallée du Lange, le grand club régional d’Oyonnax. «Regarde, regarde bien! Ce qu’ils voient de là-haut est si puissamment ancré dans nos mémoires que je peux te décrire tout ce qui se passe dans leurs têtes.»
Depuis des années, Armand ne pédale plus. La faute à des jambes malades, qui le supportent à peine et ne l’autorisent plus aux anfractuosités des routes qui serpentent sous des boyaux. Mais il connaît chaque parcelle. Pour lui comme pour tous ici, cette montagne totem fut toujours écrasante, régulatrice des envies et des peurs enfouies en profondeur dans les souvenirs. De ce sommet situé géographiquement dans le Bugey, tout au sud du massif du Jura – «Ne jamais dire les Alpes!» –, le point de vue à 360° y est toujours plus grandiose qu’imaginé, d’une beauté panoramique unique en son genre. En contrebas, nous apercevons le lac du Bourget, alangui, et le Rhône intranquille. Plus loin, le Jura suisse, la chaîne du Mont Blanc, des pics italiens, la Vanoise, Belledonne, et puis la Dombes et ses mille étangs, les monts du Beaujolais et du Lyonnais, le massif du Pilat. Face au soleil éclatant que les vents du nord apaisent l’été, les deux autres grands lacs alpins, Annecy et Léman, scintillent telles des prunelles. «Ici, nous touchons à la démesure du monde dans ses élévations», confesse Armand d’une voix enrouée, affaiblie par le glissement sournois d’un étai de sanglots.
Culoz (Ain), envoyé spécial.
Nous nous étonnions encore, un pied dans la joie et la bonne humeur, à la vue de cette montagne plantée en ciel si bleu. Etrangement, les corps des spectateurs, avec leurs désirs estivaux de houlà-hop, s’aéraient d’une bouffée d’oxygène. Leurs gorges déployées n’avaient d’autre moyen que d’exprimer leur vertige. Un précipice de clarté. Il était 16h25 quand des petits cyclistes échappés du jour, écrasés par l’apesanteur des cimes, ont franchi le sommet du Grand Colombier (HC, 12,8 km à 6,8%), 1501 mètres pour la route, 1531 mètres pour l’immense croix érigée sur la bosse sommitale. Tout en bas, les yeux à la verticale, le chroniqueur embrassa Armand, l’enfant du pays, né dans les contreforts, qui écuma toute sa jeunesse les routes du coin avec le maillot de l’Union cycliste de la vallée du Lange, le grand club régional d’Oyonnax. «Regarde, regarde bien! Ce qu’ils voient de là-haut est si puissamment ancré dans nos mémoires que je peux te décrire tout ce qui se passe dans leurs têtes.»
Depuis des années, Armand ne pédale plus. La faute à des jambes malades, qui le supportent à peine et ne l’autorisent plus aux anfractuosités des routes qui serpentent sous des boyaux. Mais il connaît chaque parcelle. Pour lui comme pour tous ici, cette montagne totem fut toujours écrasante, régulatrice des envies et des peurs enfouies en profondeur dans les souvenirs. De ce sommet situé géographiquement dans le Bugey, tout au sud du massif du Jura – «Ne jamais dire les Alpes!» –, le point de vue à 360° y est toujours plus grandiose qu’imaginé, d’une beauté panoramique unique en son genre. En contrebas, nous apercevons le lac du Bourget, alangui, et le Rhône intranquille. Plus loin, le Jura suisse, la chaîne du Mont Blanc, des pics italiens, la Vanoise, Belledonne, et puis la Dombes et ses mille étangs, les monts du Beaujolais et du Lyonnais, le massif du Pilat. Face au soleil éclatant que les vents du nord apaisent l’été, les deux autres grands lacs alpins, Annecy et Léman, scintillent telles des prunelles. «Ici, nous touchons à la démesure du monde dans ses élévations», confesse Armand d’une voix enrouée, affaiblie par le glissement sournois d’un étai de sanglots.
samedi 16 juillet 2016
Tour : les oiseaux se cachent pour les laisser courir
Lors de la quatorzième
étape, entre Montélimar et Villars-les-Dombes Parc des Oiseaux (208,5 km), victoire
au sprint du Britannique Mark Cavendish. Une journée tranquille pour le
peloton. Beaucoup ont encore la tête ailleurs…
Villars-les-Dombes Parc des Oiseaux (Ain), envoyé spécial.
Cette fois, qui leur en tiendra rigueur? L’ambiance est telle sur la route du Tour, que les coureurs eux-mêmes semblaient avoir la tête ailleurs lors de la quatorzième étape, samedi 16 juillet, entre Montélimar et Villars-les-Dombes Parc des Oiseaux (208,5 km). Bien sûr, il y eut les échappées du jour, quatre courageux (Elmiger, Roy, Howes, Benedetti) partis tôt après le départ, avancé d’un quart d’heure en raison d'un fort vent de face. Bien sûr, il y eut, lors du départ fictif, une minute de silence observé par tout le peloton en mémoire des victimes de la tuerie de Nice, avec, en première ligne, les porteurs des différents maillots de leader et le champion de France Arthur Vichot. Bien sûr, il y eut une course tactique des équipes de sprinters, gérant la faible avance des fuyards jusqu’à les étouffer dans les derniers kilomètres. Bien sûr, il y eut la visite du Parc des Oiseaux, plus grand centre ornithologique de France, avec ses 300 espèces de tous les continents. Bien sûr, il y eut un vainqueur, le Britannique Mark Cavendish, sa quatrième depuis le départ du Mont-Saint-Michel… Mais les intérêts de l’épreuve semblaient encore dérisoires, sans parler des polémiques des derniers jours, nées dans le chaos du Mont Ventoux. Pour le chronicoeur comme pour beaucoup de ses confrères, que tout cela paraissait loin…
Villars-les-Dombes Parc des Oiseaux (Ain), envoyé spécial.
Cette fois, qui leur en tiendra rigueur? L’ambiance est telle sur la route du Tour, que les coureurs eux-mêmes semblaient avoir la tête ailleurs lors de la quatorzième étape, samedi 16 juillet, entre Montélimar et Villars-les-Dombes Parc des Oiseaux (208,5 km). Bien sûr, il y eut les échappées du jour, quatre courageux (Elmiger, Roy, Howes, Benedetti) partis tôt après le départ, avancé d’un quart d’heure en raison d'un fort vent de face. Bien sûr, il y eut, lors du départ fictif, une minute de silence observé par tout le peloton en mémoire des victimes de la tuerie de Nice, avec, en première ligne, les porteurs des différents maillots de leader et le champion de France Arthur Vichot. Bien sûr, il y eut une course tactique des équipes de sprinters, gérant la faible avance des fuyards jusqu’à les étouffer dans les derniers kilomètres. Bien sûr, il y eut la visite du Parc des Oiseaux, plus grand centre ornithologique de France, avec ses 300 espèces de tous les continents. Bien sûr, il y eut un vainqueur, le Britannique Mark Cavendish, sa quatrième depuis le départ du Mont-Saint-Michel… Mais les intérêts de l’épreuve semblaient encore dérisoires, sans parler des polémiques des derniers jours, nées dans le chaos du Mont Ventoux. Pour le chronicoeur comme pour beaucoup de ses confrères, que tout cela paraissait loin…
vendredi 15 juillet 2016
Tour : malgré le deuil, la caravane passe, Froome aussi...
Lors du premier
contre-la-montre entre Bourg-Saint-Andéol et La Caverne du Pont-d’Arc (37,5 km),
victoire pour le Néerlandais Tom Dumoulin. Christopher Froome creuse de nouveaux
écarts sur ses autres prétendants. Beaucoup n’avaient pas la tête à la course…
La Caverne du Pont-d’Arc
(Ardèche), envoyé spécial.
Les crêpes noirs, les messages de solidarité et même, par-delà la route du Tour, toutes les pensées les plus vibrantes n’y suffirent pas. La treizième étape, disputée entre Bourg-Saint-Andéol et La Caverne du Pont-d’Arc (37,5 km), était endeuillée. Et rien, absolument rien, ne put extirper de nos cerveaux les images d’horreur des heures précédentes. Le chronicoeur – comme nombre de ses collègues suiveurs – avait les yeux creusés d’une nuit sans sommeil, loin des tourments du vélo, fussent-ce sur la plus grande épreuve du monde, la plus belle, la plus mythique, la plus onirique de l’histoire. C’était jour sombre, ce vendredi 15 juillet. Un jour si sombre sous un soleil limpide mais des températures assez timides, un jour si puissamment déplacé que les pédalées des uns et des autres nous parurent sinon dérisoires, du moins facultatives.
Au matin, nous apprenions pourtant que l’étape serait officiellement « maintenue » mais dépourvue de «son caractère festif», annonçait le directeur du Tour, Christian Prudhomme après une réunion avec le préfet de l’Ardèche. Le chronicoeur se gratta la tête longuement. Show must go on. Pourquoi pas. Mais lorsque le même Prudhomme ajouta que la caravane publicitaire ne serait pas entravée dans son petit commerce quotidien et pourrait, silencieusement certes (ce qui était bien le moins), défiler sur le parcours du contre-la-montre, une sorte de haut-le-cœur nous remonta jusqu’à la gorge. Pas de trêve pour la publicité. Circulez, tout reste à voir pour les généreux sponsors d’ASO, jamais à un déshonneur près. Rassurez-vous, une minute de silence fut observée au départ et à l'arrivée. «Nous souhaitons que cette journée soit digne, en hommage aux victimes de Nice», déclara Prudhomme avant le départ. Nous avions déjà pris le large.
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| Minute de silence. |
Les crêpes noirs, les messages de solidarité et même, par-delà la route du Tour, toutes les pensées les plus vibrantes n’y suffirent pas. La treizième étape, disputée entre Bourg-Saint-Andéol et La Caverne du Pont-d’Arc (37,5 km), était endeuillée. Et rien, absolument rien, ne put extirper de nos cerveaux les images d’horreur des heures précédentes. Le chronicoeur – comme nombre de ses collègues suiveurs – avait les yeux creusés d’une nuit sans sommeil, loin des tourments du vélo, fussent-ce sur la plus grande épreuve du monde, la plus belle, la plus mythique, la plus onirique de l’histoire. C’était jour sombre, ce vendredi 15 juillet. Un jour si sombre sous un soleil limpide mais des températures assez timides, un jour si puissamment déplacé que les pédalées des uns et des autres nous parurent sinon dérisoires, du moins facultatives.
Au matin, nous apprenions pourtant que l’étape serait officiellement « maintenue » mais dépourvue de «son caractère festif», annonçait le directeur du Tour, Christian Prudhomme après une réunion avec le préfet de l’Ardèche. Le chronicoeur se gratta la tête longuement. Show must go on. Pourquoi pas. Mais lorsque le même Prudhomme ajouta que la caravane publicitaire ne serait pas entravée dans son petit commerce quotidien et pourrait, silencieusement certes (ce qui était bien le moins), défiler sur le parcours du contre-la-montre, une sorte de haut-le-cœur nous remonta jusqu’à la gorge. Pas de trêve pour la publicité. Circulez, tout reste à voir pour les généreux sponsors d’ASO, jamais à un déshonneur près. Rassurez-vous, une minute de silence fut observée au départ et à l'arrivée. «Nous souhaitons que cette journée soit digne, en hommage aux victimes de Nice», déclara Prudhomme avant le départ. Nous avions déjà pris le large.
Tour : "Moi, le Mont Ventoux, ils m'ont escamoté"
«Les coureurs ont
eu peur de venir chatouiller mon crâne chauve en s’arrêtant à 6,5 kilomètres de
mon sommet. J’ai laissé gagner Thomas De Gendt. Mais Christopher Froome, qui m’avait
vaincu il y a trois ans, a cassé sa machine, couru à pied, puis perdu son
maillot jaune, avant de le récupérer. A ma demande.»
Mont Ventoux (Vaucluse), envoyé spécial.
«Qui va là? Quel est ce bruit sourd et monstrueux, que je perçois au loin, sur mes flancs baptismaux? Qui crie et souffre sur ma terre martelée depuis le fonds des âges, qu’aucun démiurge n’a jamais vaincu, sauf par méprise ou folie? Qui a peur de mes contreforts oblongs? Qui craint ma dizaine de vents répertoriés selon les saisons, rasants de leurs effluves célestes toute vie organique? Qui redoute mon massif calcaire tondu comme un moine, d’où mon surnom, ‘’Mont Chauve’’, où se disputent soleil et rafales au gré de mes humeurs? Ils sont venus sans me voir vraiment. Ils m’ont effleuré, à peine suggéré. Par effroi. Par lassitude d’eux-mêmes. Alors je les ai écrasé de mon ombre, j’ai laissé en eux un goût de limaille de sueur dans la bouche, un frisson périphérique qui tapissait l’intérieur de leurs mâchoires. Ils se sont arrêtés à Chalet Reynard. A 6,5 kilomètres de mon faîte. Ils ont osé. Moi, le Mont Ventoux, ils m’ont escamoté!
Mont Ventoux (Vaucluse), envoyé spécial.
«Qui va là? Quel est ce bruit sourd et monstrueux, que je perçois au loin, sur mes flancs baptismaux? Qui crie et souffre sur ma terre martelée depuis le fonds des âges, qu’aucun démiurge n’a jamais vaincu, sauf par méprise ou folie? Qui a peur de mes contreforts oblongs? Qui craint ma dizaine de vents répertoriés selon les saisons, rasants de leurs effluves célestes toute vie organique? Qui redoute mon massif calcaire tondu comme un moine, d’où mon surnom, ‘’Mont Chauve’’, où se disputent soleil et rafales au gré de mes humeurs? Ils sont venus sans me voir vraiment. Ils m’ont effleuré, à peine suggéré. Par effroi. Par lassitude d’eux-mêmes. Alors je les ai écrasé de mon ombre, j’ai laissé en eux un goût de limaille de sueur dans la bouche, un frisson périphérique qui tapissait l’intérieur de leurs mâchoires. Ils se sont arrêtés à Chalet Reynard. A 6,5 kilomètres de mon faîte. Ils ont osé. Moi, le Mont Ventoux, ils m’ont escamoté!
mercredi 13 juillet 2016
Tour : le vent le portera
Dans la 11e
étape, entre Carcassonne et Montpellier (162,5 km), Peter Sagan l’emporte
devant ses compagnons d’échappée, parmi lesquels Christopher Froome, le maillot
jaune en personne, qui reprend une dizaine de secondes aux autres favoris.
Montpellier (Hérault), envoyé spécial.
Ceux qui cherchent encore un sens émotionnel au Tour – nous
ne parlons pas là de la course elle-même, qui impose sa vie en propre sans se
soucier du mythe qu’elle se surprend parfois à honorer ou à profaner – aurait dû
suivre le chroniqueur dans sa voiture de l’Humanité,
mercredi 13, entre Carcassonne et Montpellier, pour la dixième étape (162,5
km). La topographie du parcours, en apparence assez plane, n’offrait à priori qu’un
décor paisible et champêtre au temple de Juillet, pour une grande et plutôt
belle visitation des vignes locales, par l’Aude et l’Hérault, croisant par
dizaines des villages de pierres érigés à flancs de collines. La particularité
de cette traversée d’ouest en est pour rejoindre les presque bords de la Méditerranée,
était pourtant attendu depuis le matin: le vent. Pas de ces vents d’été
qui flottent à la surface des choses en rafraîchissant les âmes cuites. Non, l’un
de ces vents qui se frottent depuis les terres du massif central jusqu’au
plaines narbonnaises et catapultent tout sur son passage. Si le chronicoeur fut
contrôlé à 66 km/h dans une ligne droite par la zélée maréchaussée, les rafales,
elles, atteignaient des pointes de 90 km/h. Eole avait décidé de s’en donner à cœur
joie. Quand le peloton s’ébroua par-delà les côtes de Minerve (km 38) et de
Villespassans (km 57), les coureurs étaient déjà à l’ouvrage. Le cyclisme,
sport de voile, se prête mal aux flots des cieux. Les suiveurs, arrimés à leur
passion, apprécièrent et salivèrent. Forcément, quelque chose allait survenir.
Et que dire alors de cette foule compacte. Mais quelle foule mon dieu (celui du vélo), amassée telle une haie d’honneur de bout en bout. Prodigieux Peuple du Tour, dont on ne sait plus bien ce qu’il vient chercher sur les bords de routes – peut-être se regarde-t-il lui-même d’ailleurs –, à tendre des mains pour choper le moindre présent de la caravane, à crier sa joie d’y être, simplement d’y être, la banane aux lèvres, en famille, en groupe ou en solo. Croyez-nous: une rangée de milliers et de milliers d’yeux dans l’inextricable réseau de fils des regards très mobiles, tant et tant qu’ils finissent presque par lasser le chauffeur, pourtant peu avare en émotions dans ces moments-là. Dans ces chaleureuses ambiances de kermesse ensoleillée, ultra populaire, dispendieuse d’un amour incertain, nous entendions l’affection du peuple à l’heure de la sieste. Et aussi, trop rarement sans doute, une forme d’engagement. Ce fut cet homme, au village-départ, traînant une immense croix en bois sur son dos, une inscription figurant à sa base: «Ci-gît la loi travail.» Ou un peu plus loin, vers le kilomètre 80, une banderole tendue par une femme: «Contre le 49-3, ça va Bardet!», du nom du grimpeur français. Quelquefois, nous eûmes des éléments de langage plus prosaïques, moins idéologiques, au passage d’une femme ensoleillée à la portière d’un véhicule: «Oh, sexy les pieds!» Ou encore: «Pas mal.» Le Tour dans ses emportements, par sa respiration des congés payés, libre et expressive.
Montpellier (Hérault), envoyé spécial.
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| Sagan et Froome. |
Et que dire alors de cette foule compacte. Mais quelle foule mon dieu (celui du vélo), amassée telle une haie d’honneur de bout en bout. Prodigieux Peuple du Tour, dont on ne sait plus bien ce qu’il vient chercher sur les bords de routes – peut-être se regarde-t-il lui-même d’ailleurs –, à tendre des mains pour choper le moindre présent de la caravane, à crier sa joie d’y être, simplement d’y être, la banane aux lèvres, en famille, en groupe ou en solo. Croyez-nous: une rangée de milliers et de milliers d’yeux dans l’inextricable réseau de fils des regards très mobiles, tant et tant qu’ils finissent presque par lasser le chauffeur, pourtant peu avare en émotions dans ces moments-là. Dans ces chaleureuses ambiances de kermesse ensoleillée, ultra populaire, dispendieuse d’un amour incertain, nous entendions l’affection du peuple à l’heure de la sieste. Et aussi, trop rarement sans doute, une forme d’engagement. Ce fut cet homme, au village-départ, traînant une immense croix en bois sur son dos, une inscription figurant à sa base: «Ci-gît la loi travail.» Ou un peu plus loin, vers le kilomètre 80, une banderole tendue par une femme: «Contre le 49-3, ça va Bardet!», du nom du grimpeur français. Quelquefois, nous eûmes des éléments de langage plus prosaïques, moins idéologiques, au passage d’une femme ensoleillée à la portière d’un véhicule: «Oh, sexy les pieds!» Ou encore: «Pas mal.» Le Tour dans ses emportements, par sa respiration des congés payés, libre et expressive.
Tour : les armadas et la lutte des classes dans le brouillard
Dans la 10e étape, entre Andorre et Revel
(197 km), après le passage du célèbre Port d’Envalira, toit du Tour cette année
(2408 m), victoire de l’Australien Michael Matthews. Pendant ce temps-là, certains s’interrogent sur la mainmise des
puissantes équipes du peloton…
Revel (Haute-Garonne), envoyé spécial.
Tous les silences ne se valent pas. Parfois, les bruits assourdissants, même ceux du Tour, rendent au silence une forme de terreur assez appréciable. Le chronicoeur avait la tête dans les brumes au franchissement du Port d’Envalira, toit du Tour (2408 m), mais l’impressionnant brouillard qui restait couché dans les lacets ne l’aveuglait pas. Pourtant, les effets d’opacités de cette purée de pois obscurcissaient jusqu’à la peau ambrée des quatre vrais premiers attaquants-escaladeurs de la 10e étape Andorre-Revel (Costa, Caruso, Landa et Nibali), rejoints dans la descente par onze courageux (Sagan, Matthews, Boasson Hagen, Gallopin, Cummmings, Durbridge, Impey, Dumoulin, Izaguirre, Van Avermaet et Chavanel). Le célèbre col était en effet distant du but de 173 bornes. Ce fut néanmoins là, sous les lumières bleutées des phares d’automobiles, honorant les lieux d’un halo antédiluvien, et sous l’ombre portée de cette montagne écrasée par l’histoire, que nous ressentîmes une impression de contentement. Heureux de quitter Andorre et ses décors de carton-pâte, ses banques et ses empires défiscalisés, sans parler de ses enseignes livrées au consumérisme absolu où s’abrutissent des caniches nains venus là pour dépenser leurs euros et assourdir leur morale. Dieu merci, le livre des Illustres, toujours posé à côté du road-book, s’ouvrit comme par miracle à la bonne page : nous pensâmes alors à notre Maître, Jacques Anquetil, le 6 juillet 1964, quand il plongea dans cette même pente – déjà perdu dans le brouillard – et faillit tout perdre, au lendemain d’un méchoui fortement arrosé de sangria…
Revel (Haute-Garonne), envoyé spécial.
Tous les silences ne se valent pas. Parfois, les bruits assourdissants, même ceux du Tour, rendent au silence une forme de terreur assez appréciable. Le chronicoeur avait la tête dans les brumes au franchissement du Port d’Envalira, toit du Tour (2408 m), mais l’impressionnant brouillard qui restait couché dans les lacets ne l’aveuglait pas. Pourtant, les effets d’opacités de cette purée de pois obscurcissaient jusqu’à la peau ambrée des quatre vrais premiers attaquants-escaladeurs de la 10e étape Andorre-Revel (Costa, Caruso, Landa et Nibali), rejoints dans la descente par onze courageux (Sagan, Matthews, Boasson Hagen, Gallopin, Cummmings, Durbridge, Impey, Dumoulin, Izaguirre, Van Avermaet et Chavanel). Le célèbre col était en effet distant du but de 173 bornes. Ce fut néanmoins là, sous les lumières bleutées des phares d’automobiles, honorant les lieux d’un halo antédiluvien, et sous l’ombre portée de cette montagne écrasée par l’histoire, que nous ressentîmes une impression de contentement. Heureux de quitter Andorre et ses décors de carton-pâte, ses banques et ses empires défiscalisés, sans parler de ses enseignes livrées au consumérisme absolu où s’abrutissent des caniches nains venus là pour dépenser leurs euros et assourdir leur morale. Dieu merci, le livre des Illustres, toujours posé à côté du road-book, s’ouvrit comme par miracle à la bonne page : nous pensâmes alors à notre Maître, Jacques Anquetil, le 6 juillet 1964, quand il plongea dans cette même pente – déjà perdu dans le brouillard – et faillit tout perdre, au lendemain d’un méchoui fortement arrosé de sangria…
lundi 11 juillet 2016
Tour : dans les Pyrénées, Froome Andorre la concurrence
Dans la neuvième étape, entre Vielha Val
d’Aran et Andorre Arcalis (185,5 km), étape reine des Pyrénées adjugée sous un
déluge de pluie et de grêle, le Néerlandais Tom Dumoulin l’emporte. Pinot, loin
au général, a essayé en vain. Christopher Froome contrôle et conserve le jaune.
Andorre Arcalis, envoyé spécial.
Le chronicoeur, qui n’aspire encore à son Tour que pour
rejoindre en silence cette passion qui manque à toute passion, a ressenti
faussement, hier, perdu dans les lacets des cols pyrénéens d’une splendeur
ensauvagée, quelque chose de hautement supérieur capable d’embellir son amour
du vélo. D’abord, un théâtre propice à l’explosion de la vue, des cimes
alentours cisaillant le profond d’un ciel bleu ourlé de légers nuages blancs,
aux façades des maisons en pierre, opulentes de bout en bout, qui ne faisaient
qu’une et se découpaient comme un décor d’opéra défiscalisé. Ensuite, une
chaleur si étouffante que trouver souffle réclamait sacrifice. Enfin, et
c’était là l’essentiel, une topographie cycliste plutôt imaginative qui
offrait, après deux premiers jours à tournicoter chez la déesse Pyrène, des
cols pour certains inédits, cinq en tout, et une arrivée au sommet. Entre
Vielha Val d’Aran et Andorre Arcalis (185,5 km), nous tutoyions, pas de doute,
l’étape reine. Mais la règle à calculs était-elle vraiment assortie de
sentiments, de quoi affectivement s’identifier?
Vous connaissez la formule consacrée: «Ce sont les coureurs qui font la course.» La Grande Boucle, saisie dans ses limites et sa grandeur, n’échappe pas à la règle. Personne ne passe au-dessus de son temps, ni les prophètes, ni les champions d’exception. Alberto Contador ne nous démentira pas. Depuis sa chute en Normandie, l’attente du débarquement le guettait. La souffrance fut cette fois trop forte. A cent kilomètres du but, l’Espagnol, double vainqueur, monta dans une voiture de son équipe Tinkoff, arracha un dossard invisible d’un geste fier, lassé de crocher dans le désastre. Abandon. Sa bouche était indécise et molle, le menton fuyant, le nez camus, les mots rares. Dans la petite lucarne, nous découvrîmes même que ses yeux louchaient, un peu trop pour qu’y affleure un soupçon de dramaturgie. Un pied dans une tristesse muette, étrangement, son corps se refusait aux pleurs visibles pour ne pas s’effondrer. A 33 ans, le vélo ressemble pour lui à un brouillon, une emphase atrophiée, une épure meurtrière dans toute sa froideur biologisée.
Vous connaissez la formule consacrée: «Ce sont les coureurs qui font la course.» La Grande Boucle, saisie dans ses limites et sa grandeur, n’échappe pas à la règle. Personne ne passe au-dessus de son temps, ni les prophètes, ni les champions d’exception. Alberto Contador ne nous démentira pas. Depuis sa chute en Normandie, l’attente du débarquement le guettait. La souffrance fut cette fois trop forte. A cent kilomètres du but, l’Espagnol, double vainqueur, monta dans une voiture de son équipe Tinkoff, arracha un dossard invisible d’un geste fier, lassé de crocher dans le désastre. Abandon. Sa bouche était indécise et molle, le menton fuyant, le nez camus, les mots rares. Dans la petite lucarne, nous découvrîmes même que ses yeux louchaient, un peu trop pour qu’y affleure un soupçon de dramaturgie. Un pied dans une tristesse muette, étrangement, son corps se refusait aux pleurs visibles pour ne pas s’effondrer. A 33 ans, le vélo ressemble pour lui à un brouillon, une emphase atrophiée, une épure meurtrière dans toute sa froideur biologisée.
samedi 9 juillet 2016
Tour : Froome a couru "à l'instinct"...
Le nouveau détenteur du maillot jaune, Chris Froome (Sky), explique les raisons pour lesquelles il a attaqué en descente pour gagner la 8e étape du Tour de France, samedi, à l'arrivée à Bagnères-de-Luchon.
- Michal Kwiatkowski, qui a rejoint l'équipe Sky cette année, vous a-t-il inspiré pour faire cette descente?
- Oui, je me suis beaucoup entraîné avec lui cette année, surtout dans les stages. Ce que j'ai fait, c'est la reproduction de ce qu'on fait souvent à l'entraînement. On se lance des défis entre nous pour descendre le plus vite possible. Tout cet entraînement a payé. Appelez cette technique comme vous voulez, c'est juste pour moi une manière de faire du vélo pour aller le plus vite possible.
- Aviez-vous pensé attaquer de cette façon?
- J'ai couru à l'instinct, j'ai juste profité de l'occasion qui se présentait. Mes coéquipiers ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour moi dans cette étape qui était dure. Ils ont fait tellement de boulot que j'ai voulu essayer. Je l'ai fait une fois dans la montée (de Peyresourde) mais ça n'a pas marché. Je me suis dit ''on verra ce que ça donnera dans la descente''. J'ai pris des risques mais pas trop. Je savais comment était la descente. Le pire qui pouvait m'arriver, c'était d'être rattrapé. L'écart n'est pas important mais se retrouver en jaune est formidable. Des étapes beaucoup plus sélectives sont devant nous.
- Vous avez repoussé de la main un supporter colombien...
- Je n'ai rien contre eux. Ils mettent une belle ambiance dans les montées mais celui-là était trop près de mon guidon, je l'ai repoussé sans lui vouloir du mal. Je voudrais dire que c'est formidable d'avoir autant de fans pour nous encourager mais, s'il vous plaît, dites-leur de ne pas courir si près des coureurs.
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| Froome à l'arrivée. |
- Oui, je me suis beaucoup entraîné avec lui cette année, surtout dans les stages. Ce que j'ai fait, c'est la reproduction de ce qu'on fait souvent à l'entraînement. On se lance des défis entre nous pour descendre le plus vite possible. Tout cet entraînement a payé. Appelez cette technique comme vous voulez, c'est juste pour moi une manière de faire du vélo pour aller le plus vite possible.
- Aviez-vous pensé attaquer de cette façon?
- J'ai couru à l'instinct, j'ai juste profité de l'occasion qui se présentait. Mes coéquipiers ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour moi dans cette étape qui était dure. Ils ont fait tellement de boulot que j'ai voulu essayer. Je l'ai fait une fois dans la montée (de Peyresourde) mais ça n'a pas marché. Je me suis dit ''on verra ce que ça donnera dans la descente''. J'ai pris des risques mais pas trop. Je savais comment était la descente. Le pire qui pouvait m'arriver, c'était d'être rattrapé. L'écart n'est pas important mais se retrouver en jaune est formidable. Des étapes beaucoup plus sélectives sont devant nous.
- Vous avez repoussé de la main un supporter colombien...
- Je n'ai rien contre eux. Ils mettent une belle ambiance dans les montées mais celui-là était trop près de mon guidon, je l'ai repoussé sans lui vouloir du mal. Je voudrais dire que c'est formidable d'avoir autant de fans pour nous encourager mais, s'il vous plaît, dites-leur de ne pas courir si près des coureurs.
(Propos recueillis en conférence de presse, à Bagnères-de-Luchon.)
Tour : Froome descendeur, Pinot simple coureur
Lors de la huitième
étape, qui franchissait quatre cols pyrénéens entre Pau et Bagnères-de-Luchon
(184 km), le Britannique Christopher Froome fait coup double, victoire et
maillot jaune. Thibaut Pinot a attaqué, essayé, avant de craquer définitivement…
Luchon (Haute-Garonne),
envoyé spécial.
Sous un soleil de plomb, débuta un long mano à mano avec la fébrilité des cimes. Les 198 coureurs du Tour s’étaient élancés peu après midi – il n’y avait toujours pas d’abandon après une semaine, un événement (1) – pour cette huitième étape qui franchissait quatre cols pyrénéens entre Pau et Bagnères-de-Luchon (184 km). De quoi rehausser l’ambition d’une course passablement décevante jusqu’ici? Le tracé débutait par le Tourmalet, seule ascension classée hors catégorie du jour, escaladé pour la quatre-vingt-troisième fois sur les routes de la Grande Boucle, un record absolu. Le «Géant», grimpé par le versant de Barèges (19 km à 7,4%), culmine à 2115 mètres. Suivait une longue descente jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan, par la route qu'Eugène Christophe parcourut à pied en 1913 sur quatorze kilomètres, le vélo sur l'épaule, pour aller réparer lui-même sa fourche, à la forge du village. Anecdote mille fois répertoriée…
Ce fut là, ensuqués par la chaleur, juste après les rampes mortifères du Tourmalet, que nous nous frottâmes très fort les yeux pour être sûr du spectacle qui s’agitait devant nous. Thibaut Pinot, plus orgueilleux que jamais, avait décidé de passer à l’essentiel, de tout bazarder par-dessus bord, à commencer par sa supposée prudence et sa psychologie défaillante, pour venir tutoyer le déraisonnable – cette valeur chère au cœur du chronicoeur de Juillet. Mais à quoi donc jouait le leader de la FDJ, attaquant magnifique en compagnie de Martin et Majka, comptant jusqu’à plus de deux minutes d’avance, mais si défaillant la veille, que le matin même Cyrille Guimard en personne nous parlait d’un «problème de mental récurent qu’il devra vaincre faute de lourdes, très lourdes déconvenues»… L’attaque, pour éviter d’avoir à se défendre? Bref, cette stratégie du courage allait-elle s’avérer payante, puisqu’elle était déjà honorifique? Le dilemme était d’ailleurs simple pour les autres ténors du peloton : Pinot représentait-il encore un danger pour le général, malgré ses trois minutes concédées dans Aspin, vendredi? Nous eûmes la réponse dès la montée du col de La Hourquette d'Ancizan (8,2 km à 4,9 %), avant de basculer vers Saint-Lary-Soulan. L’armada Sky de Christopher Froome, au complet, prit les devants et entama son long travail de sape, façon usure temporelle. Comme pour signifier au clan Pinot que l’audace avait ses limites, qu’elle ne dépasserait pas les frontières de l’acceptable.
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| Pinot a attaqué... en vain. |
Sous un soleil de plomb, débuta un long mano à mano avec la fébrilité des cimes. Les 198 coureurs du Tour s’étaient élancés peu après midi – il n’y avait toujours pas d’abandon après une semaine, un événement (1) – pour cette huitième étape qui franchissait quatre cols pyrénéens entre Pau et Bagnères-de-Luchon (184 km). De quoi rehausser l’ambition d’une course passablement décevante jusqu’ici? Le tracé débutait par le Tourmalet, seule ascension classée hors catégorie du jour, escaladé pour la quatre-vingt-troisième fois sur les routes de la Grande Boucle, un record absolu. Le «Géant», grimpé par le versant de Barèges (19 km à 7,4%), culmine à 2115 mètres. Suivait une longue descente jusqu'à Sainte-Marie-de-Campan, par la route qu'Eugène Christophe parcourut à pied en 1913 sur quatorze kilomètres, le vélo sur l'épaule, pour aller réparer lui-même sa fourche, à la forge du village. Anecdote mille fois répertoriée…
Ce fut là, ensuqués par la chaleur, juste après les rampes mortifères du Tourmalet, que nous nous frottâmes très fort les yeux pour être sûr du spectacle qui s’agitait devant nous. Thibaut Pinot, plus orgueilleux que jamais, avait décidé de passer à l’essentiel, de tout bazarder par-dessus bord, à commencer par sa supposée prudence et sa psychologie défaillante, pour venir tutoyer le déraisonnable – cette valeur chère au cœur du chronicoeur de Juillet. Mais à quoi donc jouait le leader de la FDJ, attaquant magnifique en compagnie de Martin et Majka, comptant jusqu’à plus de deux minutes d’avance, mais si défaillant la veille, que le matin même Cyrille Guimard en personne nous parlait d’un «problème de mental récurent qu’il devra vaincre faute de lourdes, très lourdes déconvenues»… L’attaque, pour éviter d’avoir à se défendre? Bref, cette stratégie du courage allait-elle s’avérer payante, puisqu’elle était déjà honorifique? Le dilemme était d’ailleurs simple pour les autres ténors du peloton : Pinot représentait-il encore un danger pour le général, malgré ses trois minutes concédées dans Aspin, vendredi? Nous eûmes la réponse dès la montée du col de La Hourquette d'Ancizan (8,2 km à 4,9 %), avant de basculer vers Saint-Lary-Soulan. L’armada Sky de Christopher Froome, au complet, prit les devants et entama son long travail de sape, façon usure temporelle. Comme pour signifier au clan Pinot que l’audace avait ses limites, qu’elle ne dépasserait pas les frontières de l’acceptable.
vendredi 8 juillet 2016
Tour : l'arche dénouée
Dans la septième étape,
entre L’Isle-Jourdain et le Lac de Payolle (162,5 km), victoire du Britannique Stephen
Cummings. Le maillot jaune Greg Van Avermaet reprend du temps aux favoris. Le col d’Aspin est fatal à Thibaut Pinot,
qui perd plus de deux minutes…
Lac de Payolle (Hautes-Pyrénées),
envoyé spécial.
Quand nuages et grisaille cohabitent avec une certaine chaleur et s’invitent sur les premiers escarpements des Pyrénées, le grondement de la course ne tonne jamais bien loin, comme si l’imminence de quelque-chose de puissant allait se produire au moindre lacet. Hier, entre L’Isle-Jourdain (dans le Gers) et le Lac de Payolle (162,5 km), qui domine Saint-Marie-de-Campan et les contreforts du Pic du Midi de Bigorre, le chronicoeur, qui continue de lutter contre une conception atterrée de la course, attendait avec gourmandise l’ascension éthérée du col d’Aspin (première catégorie, 1490 m), avec douze kilomètres de montée à 6,5% de moyenne. Il l’attendait d’autant plus qu’une forme de désolation a gagné la caravane depuis une semaine, tant les scénarios quotidiens ont déçu notre ambition de frénésie.
L’impression de déception, ce vendredi, fut quelque peu identique, même si l’émotion d’Aspin possède toujours une saveur particulière. Il fallut pourtant attendre la descente vers le Lac de Payolle, la course étant déjà entendue, pour connaître un événement inattendu. Ce fut l’image du jour, tellement insolite et surréaliste qu’elle nous tira (pardon) un rictus d’amusement. Car soudain l’arche gonflable du dernier kilomètre tomba sur la tête du groupe des favoris, avec, pour conséquence principale, de provoquer la chute du Britannique Adam Yates (menton en sang). Ce n’était plus le Tour de France, mais l’arche dénouée ! Mais pas de panique. « Les temps, pour calculer les écarts, ont été pris aux 3 kilomètres », précisa immédiatement le commentateur sur Radio-Tour. Une information confirmée par le directeur de course, Thierry Gouvenou, qui évoqua, dieu merci, « un incident majeur ».
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| Thibaut Pinot. |
Quand nuages et grisaille cohabitent avec une certaine chaleur et s’invitent sur les premiers escarpements des Pyrénées, le grondement de la course ne tonne jamais bien loin, comme si l’imminence de quelque-chose de puissant allait se produire au moindre lacet. Hier, entre L’Isle-Jourdain (dans le Gers) et le Lac de Payolle (162,5 km), qui domine Saint-Marie-de-Campan et les contreforts du Pic du Midi de Bigorre, le chronicoeur, qui continue de lutter contre une conception atterrée de la course, attendait avec gourmandise l’ascension éthérée du col d’Aspin (première catégorie, 1490 m), avec douze kilomètres de montée à 6,5% de moyenne. Il l’attendait d’autant plus qu’une forme de désolation a gagné la caravane depuis une semaine, tant les scénarios quotidiens ont déçu notre ambition de frénésie.
L’impression de déception, ce vendredi, fut quelque peu identique, même si l’émotion d’Aspin possède toujours une saveur particulière. Il fallut pourtant attendre la descente vers le Lac de Payolle, la course étant déjà entendue, pour connaître un événement inattendu. Ce fut l’image du jour, tellement insolite et surréaliste qu’elle nous tira (pardon) un rictus d’amusement. Car soudain l’arche gonflable du dernier kilomètre tomba sur la tête du groupe des favoris, avec, pour conséquence principale, de provoquer la chute du Britannique Adam Yates (menton en sang). Ce n’était plus le Tour de France, mais l’arche dénouée ! Mais pas de panique. « Les temps, pour calculer les écarts, ont été pris aux 3 kilomètres », précisa immédiatement le commentateur sur Radio-Tour. Une information confirmée par le directeur de course, Thierry Gouvenou, qui évoqua, dieu merci, « un incident majeur ».
jeudi 7 juillet 2016
Tour : ne piquer jamais Montauban
Entre Arpajon-sur-Cère
et Montauban (190,5 km), victoire du Britannique Mark Cavendish. Pendant ce
temps-là, les proches de sang de l’«affaire Puerto» font son retour
dans le cyclisme. Bientôt de nouvelles révélations? Le peloton tremble.
Montauban (Tarn-et-Garonne), envoyé spécial.
Par le Cantal, l’Aveyron et le Tarn-et-Garonne, la sixième étape entre Arpajon-sur-Cère et Montauban (190,5 km), frappée d’une stupéfiante chaleur, avait quelque-chose de la carte postale estivale présentant tous les atours d’une mélancolie géographique autant qu’historique. Côté géographie : près des rivières, ensommeillées dans ce paysage presqu’ardéchois, quelques viragos devaient rêver à leurs Combis garés plus haut sous les branchages, ignorant ostensiblement cette francité insolente du Tour qui condescend une fois l’an à parcourir les entrailles de juillet sous les yeux de familles enjouées. Côté histoire: alors que les deux échappés du jour (Barta et Arashiro) s’échinaient à conserver en vain leurs cinq minutes d’avance sur un peloton passablement tranquille à la veille d’attaquer les Pyrénées, beaucoup de suiveurs étaient encore hantés par une vieille aporie du cyclisme, resurgie depuis moins de quarante-huit heures, le dopage.
Montauban (Tarn-et-Garonne), envoyé spécial.
Par le Cantal, l’Aveyron et le Tarn-et-Garonne, la sixième étape entre Arpajon-sur-Cère et Montauban (190,5 km), frappée d’une stupéfiante chaleur, avait quelque-chose de la carte postale estivale présentant tous les atours d’une mélancolie géographique autant qu’historique. Côté géographie : près des rivières, ensommeillées dans ce paysage presqu’ardéchois, quelques viragos devaient rêver à leurs Combis garés plus haut sous les branchages, ignorant ostensiblement cette francité insolente du Tour qui condescend une fois l’an à parcourir les entrailles de juillet sous les yeux de familles enjouées. Côté histoire: alors que les deux échappés du jour (Barta et Arashiro) s’échinaient à conserver en vain leurs cinq minutes d’avance sur un peloton passablement tranquille à la veille d’attaquer les Pyrénées, beaucoup de suiveurs étaient encore hantés par une vieille aporie du cyclisme, resurgie depuis moins de quarante-huit heures, le dopage.
Tour : et arrivèrent les premiers sommets, une fois !
Pour la cinquième étape, entre Limoges et la
station du Lioran (216 km), au-dessus de 1200 mètres, Greg Van Avermaet réussit
l’histoire belge du jour : étape et maillot jaune. Côté patrimoine, le
peloton passait dans le village de Raymond Poulidor… en sa présence.
Le Lioran (Cantal), envoyé spécial.
Un théâtre de lumière où s’apaisent les conifères, à peine dérangés par le fracas d’un jour de furie hurlante et de foule ensoleillée. Le Tour a changé d’altitude, hier, entre Limoges et la station du Lioran (216 km). En gagnant quelques sublimes sommets, quoique modestes, les suiveurs un peu rêveurs se sont blottis au pied du Plomb du Cantal, qui, tout là-haut au-dessus de nos yeux bleuis, culminent à 1850 mètres. Rassurez-vous, les coureurs n’allèrent pas jusque-là. Le col de Font de Cère (troisième cat.), qui constituait la dernière difficulté, ne culmine qu’à 1294 mètres. Tout de même. Après les quatre premières vraies difficultés de cette édition 2016, dont le col de Puy Mary (1589 m, deuxième cat.), l’exercice s’avéra entraînant, sinon instructif.
Mais avant les réjouissances cyclistes et la quête des maillots distinctifs contemporains de tous coloris, le chronicoeur et tous ses congénères ne pouvaient échapper au rendez-vous avec l’histoire cycliste. Pas n’importe laquelle. Entre les départementales 941 et 13, au kilomètre 16,5 de l’épate, un public compact, attentif et hystérisé par la gloire locale se dressait tel un mur de ferveur, tout du long d’une côte répertoriée (quatrième cat.). Soudain, les enluminures sépia jamais délavée d’un temps-qui-dure cohabitèrent avec les couleurs sponsorisées d’une caravane des temps modernes. Personne n’était venu pour ça.
Le Lioran (Cantal), envoyé spécial.
Un théâtre de lumière où s’apaisent les conifères, à peine dérangés par le fracas d’un jour de furie hurlante et de foule ensoleillée. Le Tour a changé d’altitude, hier, entre Limoges et la station du Lioran (216 km). En gagnant quelques sublimes sommets, quoique modestes, les suiveurs un peu rêveurs se sont blottis au pied du Plomb du Cantal, qui, tout là-haut au-dessus de nos yeux bleuis, culminent à 1850 mètres. Rassurez-vous, les coureurs n’allèrent pas jusque-là. Le col de Font de Cère (troisième cat.), qui constituait la dernière difficulté, ne culmine qu’à 1294 mètres. Tout de même. Après les quatre premières vraies difficultés de cette édition 2016, dont le col de Puy Mary (1589 m, deuxième cat.), l’exercice s’avéra entraînant, sinon instructif.
Mais avant les réjouissances cyclistes et la quête des maillots distinctifs contemporains de tous coloris, le chronicoeur et tous ses congénères ne pouvaient échapper au rendez-vous avec l’histoire cycliste. Pas n’importe laquelle. Entre les départementales 941 et 13, au kilomètre 16,5 de l’épate, un public compact, attentif et hystérisé par la gloire locale se dressait tel un mur de ferveur, tout du long d’une côte répertoriée (quatrième cat.). Soudain, les enluminures sépia jamais délavée d’un temps-qui-dure cohabitèrent avec les couleurs sponsorisées d’une caravane des temps modernes. Personne n’était venu pour ça.
mercredi 6 juillet 2016
Tour : Coquard de sort...
Quatrième étape entre Saumur et
Limoges (237,5 km), où le peloton a enfin découvert les chaleurs du soleil, l’Allemand
Marcel Kittel bat d’un souffle le Français Bryan Coquard.
Limoges (Haute-Vienne), envoyé spécial.
Il y eut, entre Saumur et Limoges (237,5 km), à savoir la plus longue étape de l’édition 2016, comme un moment d’aphasie dû autant au surgissement d’un soleil rageur qu’à la toute première procession vers le sud, vécue par beaucoup de suiveurs comme un exode bénéfique et psychologiquement attendu, lassés des prises d’air et d’eau. Sans parler des coureurs. Laissant derrière eux le Cadre noir saumurois et ses chevaux rutilants exposés dans de prospères propriétés assoupies le long de la Loire, ils ont ainsi pu goûter à d’éparses températures dignes de juillet (jusqu’à 28 degrés), maraudant quelques splendeurs de ciel bleu dans une palette chromatique assez pastelle. Autour d’eux, le paysage n’avait plus ce petit air à la fois rafistolé et précaire, mais bien, avec éclat, un parfum d’été que rehaussaient les murs de spectateurs érigés, barrières humaines aux touches de couleurs sophistiquées.
De quoi provoquer un peu de bagarres inattendues ? Nous avions tous en mémoire ce qui s’était passé lundi, vers Angers, et la longue, très longue promenade de santé du peloton que seul Thomas Voeckler, le capitaine de route de l’équipe Direct Energie, avait décidé de dynamiter, ce qui lui fut reproché par une poignée de managers stupides.
Limoges (Haute-Vienne), envoyé spécial.
Il y eut, entre Saumur et Limoges (237,5 km), à savoir la plus longue étape de l’édition 2016, comme un moment d’aphasie dû autant au surgissement d’un soleil rageur qu’à la toute première procession vers le sud, vécue par beaucoup de suiveurs comme un exode bénéfique et psychologiquement attendu, lassés des prises d’air et d’eau. Sans parler des coureurs. Laissant derrière eux le Cadre noir saumurois et ses chevaux rutilants exposés dans de prospères propriétés assoupies le long de la Loire, ils ont ainsi pu goûter à d’éparses températures dignes de juillet (jusqu’à 28 degrés), maraudant quelques splendeurs de ciel bleu dans une palette chromatique assez pastelle. Autour d’eux, le paysage n’avait plus ce petit air à la fois rafistolé et précaire, mais bien, avec éclat, un parfum d’été que rehaussaient les murs de spectateurs érigés, barrières humaines aux touches de couleurs sophistiquées.
De quoi provoquer un peu de bagarres inattendues ? Nous avions tous en mémoire ce qui s’était passé lundi, vers Angers, et la longue, très longue promenade de santé du peloton que seul Thomas Voeckler, le capitaine de route de l’équipe Direct Energie, avait décidé de dynamiter, ce qui lui fut reproché par une poignée de managers stupides.
mardi 5 juillet 2016
On parle de "Bernard, François, Paul et les autres"
Article invité: par Bernard Gensane, du Club Mediapart
Rédacteur en chef du quotidien l’Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin est l’un des meilleurs chroniqueurs du cyclisme français actuel. Je cite régulièrement son blog, dans ma revue de presse. Il fut proche de Laurent Fignon, de Cyrille Guimard et, pour ce présent et remarquable ouvrage, a quelque peu côtoyé Bernard Hinault.
"Bernard, François, Paul et les autres", éditions Anne Carrière
(prix Louis-Nucéra 2016).
Né en 1966, Ducoin avait donc 19 ans lorsque Hinault remporta son cinquième et dernier Tour de France en 1985. Le jeune homme va accompagner cette épopée dramatique (Hinault se blessa durement au visage dans l’étape de Saint-Etienne) en compagnie de son grand-père, groupie de François Mitterrand, alors que lui, militant communiste lucide, ne passe rien aux socialistes qui ont fait le choix de “L’Europe, l'Europe, l'Europe” (comme disait De Gaulle) contre les intérêts des classes populaires. On l’a compris: ce livre sur le cyclisme s’inscrit – comme on dit – dans un contexte social et politique qui n’a guère changé depuis, celui de la prise en main de la politique mondiale par le capitalisme financier. Longwy s'effondre, le savoir-faire sidérurgique français disparaît à jamais. La classe ouvrière lorraine meurt à moyen feu sous un gouvernement de gauche, sous l’autorité de Louis Schweitzer (petit-neveu d’Albert Schweitzer et de Charles Munch, cousin de Jean-Paul Sartre, mais ceci est une autre histoire), directeur de cabinet du ministre de l’Industrie Fabius, qui enverra 21 000 lettres de licenciement, comme autant de flèches assassines, à des travailleurs «blêmes » qui se souvenaient que Giscard et Barre avaient nationalisé Usinor et Sacilor pour repousser une liquidation industrielle néanmoins voulue. La CFDT va jouer un rôle mortifère et grotesque. Ancien responsable syndicaliste, Jacques Chérèque, le père moustachu de son fils zozotant, devenu «préfet délégué pour le redéploiement industriel en Lorraine» propose des Schtroumpfs pour remplacer les laminoirs! Deux ans et 107 millions de francs de déficit plus tard, la couillonnade à Schtroumpfs fait faillite. En 1995, il ne reste plus que 500 métallurgistes dans le bassin de Longwy.
Tour : Cofidis, crédit épuisé
Sans leur sprinteur Nacer
Bouhanni, l’équipe française Cofidis a le vague à l’âme. Lors de la troisième étape, entre Granville et
Angers (223,5 km), victoire du Britannique Mark Cavendish.
Angers (Maine-et-Loire),
envoyé spécial.
«Là, franchement… pas trop envie de parler.» La respiration, les césures, la singularité du timbre unie à celle de l’effort déjà passé, tout ressemblait à une fête noire dans une partition de chair à vif. Et de psychologie plutôt démontée. Dimanche soir, le chronicoeur furetait dans les couloirs d’un hôtel à la recherche d’une équipe: Cofidis. A la vue de Cyril Lemoine, l’un des plus âgés de la formation nordiste du haut de ses 33 ans, la quête paraissait en bonne voie. Mais l’homme, d’ordinaire plutôt affable et proverbial côté confessions, avait la tête de biais et les mots rares. Ambiance. «C’est vrai, nous sommes un peu orphelins de Nacer Bouhanni… il a fallu se remobiliser au dernier moment, quand il a déclaré forfait», raconte Lemoine, sans même prendre le temps de poser ses fesses trois minutes. Avant d’ajouter: «Nous étions dans le brouillard avant le départ de ce Tour, heureusement, nous sommes solidaires entre-nous, la dernière des grandes qualités cyclistes.»
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| Cyril Lemoine. |
«Là, franchement… pas trop envie de parler.» La respiration, les césures, la singularité du timbre unie à celle de l’effort déjà passé, tout ressemblait à une fête noire dans une partition de chair à vif. Et de psychologie plutôt démontée. Dimanche soir, le chronicoeur furetait dans les couloirs d’un hôtel à la recherche d’une équipe: Cofidis. A la vue de Cyril Lemoine, l’un des plus âgés de la formation nordiste du haut de ses 33 ans, la quête paraissait en bonne voie. Mais l’homme, d’ordinaire plutôt affable et proverbial côté confessions, avait la tête de biais et les mots rares. Ambiance. «C’est vrai, nous sommes un peu orphelins de Nacer Bouhanni… il a fallu se remobiliser au dernier moment, quand il a déclaré forfait», raconte Lemoine, sans même prendre le temps de poser ses fesses trois minutes. Avant d’ajouter: «Nous étions dans le brouillard avant le départ de ce Tour, heureusement, nous sommes solidaires entre-nous, la dernière des grandes qualités cyclistes.»
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