jeudi 21 octobre 2021

Reconnaissance(s)

Reconnaître les crimes d’État…

Demi-pas. Le travail de mémoire est parfois un choc, un enjeu hautement politique en tant que devoir d’Histoire qui permet de tisser des récits au présent, de construire de nouveaux consensus – non sans réveiller quelques clivages bien rances. Depuis le début de son quinquennat, Mac Macron s’attelle à un exercice à haut risque, avec des hauts et des bas, celui de prendre plus ou moins à bras-le-corps le dossier le plus complexe de notre récit national précontemporain: la guerre d’Algérie. Après avoir déclaré que la colonisation était un «crime contre l’humanité», il n’a pas hésité, par plusieurs gestes forts, à s’émanciper de ses prédécesseurs. Ainsi nous n’oublierons jamais l’émotion de ses paroles concernant Maurice Audin, reconnaissant – enfin – le martyre du mathématicien communiste comme un crime d’État. Et si nous ne négligeons pas ses propos concernant le massacre du 17 octobre 1961, par lesquels il déclare que «les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon» sont «inexcusables pour la République», allant beaucoup plus loin que ceux de Normal Ier, est-ce cependant suffisant? Un demi-pas mémoriel, en vérité. Car cette répression policière ne relevait en rien d’une «bavure», mais résultait d’une véritable «terreur d’État» instaurée par le système de répression postérieure à la Seconde Guerre mondiale que le préfet Maurice Papon, aux mains pleines de sang des juifs, construisit à partir de son arrivée dans la capitale, en 1958. Des agissements perpétrés sous la responsabilité du gouvernement de Debré et du général de Gaulle. Bref, une page obscure qui connaîtra un prolongement au métro Charonne, dans la séquence finale vers l’indépendance de l’Algérie.

Vérité. De tous les crimes de la guerre d’Algérie, dont il est impossible d’établir une «échelle» dans l’infamie, le massacre du 17 octobre demeure à l’évidence l’un des plus signifiants, l’un des plus honteux, marquant pour toujours la trace du colonialisme et du racisme qui continue de hanter nos consciences. Il est une constance historique : la République s’abaisse dans la dissimulation et se grandit dans la vérité. D’où l’exigence des condamnations et, si nécessaire, d’une reconnaissance officielle. Non pour répéter le vague récit d’un passé douloureux, mais bien pour assumer un acte de mémoire au présent, indispensable pour l’à-venir, sachant que l’oubli ou toutes les formes de négationnisme structurent les logiques de revanche et participent à la production et à la reproduction des discriminations.

Héritage. Dès lors, doit-on s’étonner qu’une grande partie des responsables de droite, coalisés aux nationalistes de tout poil, évoquent à n’en plus finir les «repentances à répétition», que cela «multiplie les provocations anti-France» et qu’il y aurait une espèce de «criminalisation de notre histoire». On croit rêver. Tourner une page, comme le fit jadis l’Allemagne en reconnaissant sans équivoque ni subterfuge l’horreur du nazisme, est le ferment public du sentiment intime du repentir, celui qui ouvre l’espace à la réconciliation mémorielle. En France comme ailleurs, l’Histoire reste un héritage commun qui ne saurait s’affranchir de l’expérience ou de l’exigence de la pensée. En l’espèce, l’idée d’héritage implique non seulement réaffirmation mais aussi injonction, avec, à chaque instant, dans un contexte différent, un filtrage, un choix, une stratégie. Les héritiers ne sont pas seulement des individus qui reçoivent, mais ce sont des personnes qui choisissent et qui s’essaient à décider. L’héritage historique, avec ses pages sombres, ne se mesure pas par la passivité. La responsabilité politique commence par la mémoire ou la réception « active » et « critique » d’un legs qui se souviendra de nous-mêmes si nous procédons à sa négation. Reconnaître les crimes d’un pays comme la France n’est pas l’abaisser – mais la grandir.

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 22 octobre 2021.]

mardi 19 octobre 2021

Surenchère

Quand la droite et son extrême, poussés par les nationalistes, ne nous parlent que d’immigration et d'ordo-libéralisme.

Les moments de surenchère, à ce point délirants, démagnétisent l’intérêt général et abîment la politique. La pente est à l’excès, aux débats détournés qui passent en boucle sur nos petits écrans bonapartistes – loin des principales préoccupations des Français. Alors que nos concitoyens se disent inquiets par leur pouvoir d’achat, les bas salaires et l’avenir de leurs dépenses énergétiques, les représentants de la droite et de son extrême, poussés par les nationalistes, ne nous parlent que d’immigration comme cause de tous nos malheurs, de «grand remplacement», mettant à l’agenda de toutes leurs propositions l’ordo-libéralisme le plus agressif qu’on puisse imaginer, quitte à enfoncer toutes les barrières de la vérité. Une course folle, sur un océan de sondages démonté. Indigne d’un début de campagne.

Les idéologues décrispés n’hésitent plus à se livrer tels qu’ils sont. Ici, on réhabilite Pétain au nom d’une «civilisation» soi-disant en perdition, avec les bons prénoms qui vont avec, et le racisme ordinaire qui l’accompagne. Là, on propose de rouvrir un bagne dit «démocratique» aux îles Kerguelen. Ailleurs, on propose ni plus ni moins de supprimer 150.000 postes dans l’administration, de privatiser à outrance des pans entiers de ce qu’il reste de nos biens-communs et de repousser l’âge du départ à la retraite à 65, 67 ans. N’en jetez plus!

Ce climat ne durera pas. Pour une raison simple: les Français souffrent pour de tout autres raisons. Et ils l’expriment massivement. Plus des trois quarts d’entre eux, selon une étude Opinionway pour les Échos, redoutent une flambée des prix des produits alimentaires, du logement et de l’énergie. Et seul un quart des sondés déclarent avoir «confiance» dans l’action du gouvernement pour en limiter les effets. Impitoyable réalité. Tandis qu’on voudrait accaparer notre attention par un histrion néopétainiste, le monde capitaliste, lui, poursuit son chemin. N’oublions pas que le patrimoine des 500 plus grosses fortunes de notre pays est passé de 11% du PIB en 2010 à 43% en 2021…

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 20 octobre 2021.]

vendredi 15 octobre 2021

Confession(s)

Le secret de la confession et la République…

Leurre. Les lois de la République ont-elles quelque chose à voir avec celles du droit canon? En somme, doit-on mélanger le spirituel et le temporel pour mesurer – dans toutes ses acceptions – l’ampleur de la polémique après les propos surréalistes d’Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, selon lequel le secret de la confession est «plus fort que les lois de la République»? Beaucoup ont cru, au moment de cette déclaration, à un «dérapage» sinon à une «maladresse» langagière. Ne soyons pas naïfs. Le présupposé ainsi énoncé par l’homme d’Église ressemble, en vérité, à un leurre jeté à la conscience de toute la société dans un moment où l’épiscopat se trouve débordé et directement menacé par les terrifiantes révélations du rapport Sauvé, qui a constitué un véritable choc. Le nombre de mineurs victimes d’agressions sexuelles par des prêtres, des diacres et des religieux depuis 1950 s’élève à 216 000. Un «phénomène massif», un «caractère systémique». D’autant que la macabre statistique grimpe à 330 000, un chiffre probablement en deçà de la réalité, si nous ajoutons les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse, etc.). Vertigineux…

Secret. Faut-il comprendre que, pour l’épiscopat, un prêtre catholique pourrait être exempté du suivi des lois de l’État au nom du respect des lois de sa religion? Le bloc-noteur ne le sait que trop: pour un croyant, il existe bel et bien une «autorité» divine ou transcendante qui dépasse de loin toutes les institutions humaines, même en République. D’ailleurs, le législateur et la justice ont depuis longtemps examiné cette question épineuse, assez inextricable, celle du secret de la confession impossible à transgresser – du moins pour les intercesseurs de Dieu. Ils le tiennent même pour un secret professionnel, au même titre que celui des médecins, avocats, etc., lui donnant un cadre et des limites dont les nombreuses lois et jurisprudences se perdent dans l’histoire tant elles restent sujettes à interprétation. Car le signalement, autrement dit la dénonciation, est toujours possible quoique soumis aux aléas des époques : parfois le secret impose le silence ; d’autres fois, il permet le signalement. Soyons précis. La loi française (article 434-3 du Code pénal) punit la non-dénonciation aux autorités judiciaires de certains crimes et délits. Mais, dans l’article en question, il est toutefois précisé que des exemptions potentielles existent, en particulier pour les personnes… astreintes au secret. D’où la question fondamentale: peut-on, doit-on accepter une autorité suprême au-dessus de nos lois républicaines, à savoir Dieu? Grotesque suggestion, dès que la raison l’emporte. Comment croire (sic), en effet, que les catholiques et leurs représentants parviennent à nous convaincre que la règle du secret de la confession est le résultat d’une autorité divine – non contestable – qui doit mécaniquement s’imposer à la loi commune?

Victimes. Si Éric de Moulins-Beaufort avait voulu rassembler autour de l’épiscopat les catholiques les plus traditionnels, c’est-à-dire ne pas perdre les plus «classiques» d’entre eux en pleine tourmente, il ne s’y serait pas pris autrement, quitte à opposer un bloc anti-religions à un autre bloc pro-religions prêt à affronter l’État. Pari risqué: opposer lois de Dieu et lois de la République relève ni plus ni moins d’une conception archaïque du christianisme. Oublions donc l’idée d’une divinité législatrice, puisque l’enjeu se trouve ailleurs. Il concerne l’Église de France et son attitude, désormais, face aux centaines de milliers de victimes de violences sexuelles passées et peut-être à venir. Même les croyants admettront que ce sont les autorités religieuses – et non Dieu! – qui n’ont pas réussi à prévenir la pédocriminalité au sein de leur institution. Dès lors, jusqu’à quel point tolérer une pratique, le secret de la confession, dont l’un des effets nous a été clairement révélé? «J’ai vu le mal le plus absolu», a déclaré Jean-Marc Sauvé, responsable de la commission indépendante sur la pédocriminalité dans l’Église catholique, en rendant son rapport. Le voilà, le vrai sujet…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 15 octobre 2021.]

dimanche 10 octobre 2021

Dans six mois…

Le spectacle bestial de la précampagne. Combien de temps encore ce climat d’hystérisation des débats durera-t-il? 

Désolante constatation. L’écume ultra-surexposée de la vie politique du moment inciterait à baisser les yeux, tel un réflexe pavlovien, ne laissant que des phrases en peluche et des idées en vrac. Ces agitations, ces reptations odieuses, ces provocations cyniques et revanchées, propulsées à l’infini par les sphères médiatiques dominantes, nous affligent autant qu’elles nous inquiètent. Pourtant, dans six mois très exactement, nous voterons pour la monarchie présidentielle instituée par les urnes, élection qui déterminera un bon bout de notre avenir. Et dans huit mois, échéance tout aussi fondamentale, les Français devront élire une majorité à l’Assemblée nationale, cœur législatif de nos institutions.

Une urgente question se pose et elle traverse tous les esprits authentiquement républicains: combien de temps encore ce climat d’hystérisation des débats durera-t-il pour qu’une société démocratique comme la nôtre puisse encaisser le choc inouï d’une confrontation quasi confisquée, nous autorisant, enfin, à une prise de hauteur qui permettrait de retrouver collectivement le chemin de la pensée et de l’idéal d’un vrai affrontement?

Face à spectacle bestial, tout est affaire de regard. Ceux à qui il reste des yeux pour voir se passent très bien des caméras de surveillance idéologique et de cette frénésie sondagière, aiguisée par la «fabrication» Zemmour, qui crée des bulles aux effets pervers et attise un confusionnisme à outrance. Emmanuel Macron s’y conforme assez bien, d’ailleurs. Installé depuis cinq ans dans son mortifère tête-à-tête avec Marine Le Pen – ce qui explique en grande partie la situation actuelle –, voilà qu’il donne désormais l’impression d’entamer une partie de duettistes avec l’histrion de service, comme s’il avait déniché un autre idiot utile du système. Terrible moment de saturation de l’espace public, qui, hélas, donne du crédit à une possible et violente contre-révolution idéologique.

Les progressistes, les syndicats et les forces de gauche ont un énorme rôle à jouer – et une responsabilité majeure – pour éviter le pire et réenchanter les alternatives de transformation sociale, démocratique et écologique. Les citoyens doivent s’en mêler, dès maintenant. L’heure est au combat. Et au travail. On ne pratique pas la politique en regardant ses pieds – mais en projetant loin sa vision et ses intentions, très loin même. 

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 11 octobre 2021.]

jeudi 7 octobre 2021

Massacreur(s)

Bernard Tapie, incarnation de la dérive néolibérale.

Errements. Les emballements médiatiques nous tuent, quand ils procèdent, si régulièrement, à d’odieux révisionnismes. Ainsi donc, quoi que nous pensions d’un défunt, il conviendrait à toute force d’écrire: la mort force le respect, comme le combat contre la maladie, etc. Admettons volontiers qu’il y a un temps pour tout, et que certaines batailles s’inclinent devant les circonstances. À une condition néanmoins: ne rien oublier, ne rien omettre, ne rien enfouir dans les tiroirs incommodes de l’Histoire. Bernard Tapie s’en est allé, et avec lui quarante ans de fascination déplacée. Il aurait connu «mille vies», un «destin hors norme». Et alors? Les défauts et les qualités de l’homme importent peu, en vérité. Ce qui compte, à l’heure des bilans, c’est ce qu’il a incarné en profondeur, à savoir les mutations dérivantes – sinon délirantes – du paysage idéologique et politique au tournant des XXe et XXIe siècles. Prenons bien la mesure. Le bloc-noteur ne parle pas là d’une coupe aux grandes oreilles qui chavira de bonheur toute la France, comme si un triomphe pouvait effacer la mémoire d’un pseudo-entrepreneur sans scrupule, massacreur d’entreprises. Non, Bernard Tapie a simplement personnifié, plus que d’autres, la dérive néolibérale de notre société, au point de miner de l’intérieur la social-démocratie française, l’entraînant dans des errements qu’elle paie encore aujourd’hui. Et pourtant, en dépit de sa maladie, la séduction de voyou qui l’avait porté au pinacle continuait d’opérer sur tant d’esprits. Étrange mystère, n’est-ce pas?

Opportuniste. Il n’y a plus de quoi, il n’y a plus que des qui. Et ce qui, Bernard Tapie, n’a cessé d’insuffler une conception très individualiste de la politique – fameuse glorification de la «réussite» – annonçant bien avant l’heure une forme de «populisme à la française» capable de tout, frayant le chemin de ce que d’aucuns nomment désormais «l’illibéralisme», dans un mélange opaque entre affaires et gestion de la chose publique. Une dérive bien plus fondamentale que nous le pensions à l’époque, sans doute, qui participa de la décrépitude générale. Que des mauvais souvenirs, pour peu qu’on y réfléchisse sérieusement. Comment accorder encore du crédit (sic) à un pirate du capitalisme déglingué, à un rôdeur des tribunaux de commerce qui pillait les épaves, amassant une fortune de capitaine d’industrie opportuniste, devenu pour beaucoup le héraut d’une modernité clinquante et ultrafriquée, accélérant jusqu’à l’orgueil et l’orgie cette maudite «conversion libérale»?

Marqueurs. Voilà où nous en sommes. Et plus personne, ou presque, ne pose cette question : comment contrôler la sauvagerie plantée au cœur de l’économie libérale et sauvegarder la discipline collective propre à toute civilisation? Lui fut tout le contraire. Il y a cent ans, les conservateurs vomissaient la République, et les socialistes et les communistes, le capitalisme (chaque camp se définissait par ce rejet même). La droite, depuis lors, a épousé Marianne en secondes noces, et une partie de la gauche, le FMI. Que nous reste-t-il des marqueurs essentiels au milieu de cette confusion globale? Les solidarités collectives opposées au sauve-qui-peut individualiste? Régis Debray écrivait, dès 2008: «Le ’’du bonheur et rien d’autre’’ est un facteur commun. La lutte des classes ? Celles-ci se définissaient par ’’leur place dans le processus de production’’. La société du loisir et des services immatériels ne facilite pas le repérage.» Les «années Tapie» ont filé, emportant tout sur leur passage, et le constat s’avère plus cruel ici-et-maintenant. Lors de son face-à-face avec Le Pen, en 1994, tandis qu’un minable présentateur sortait des paires de gants de boxe sur le plateau de télévision, Tapie déclara: «C’est sérieux, la politique.» Pour une fois, il avait raison. Pour une fois seulement…

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 8 octobre 2021.]

mardi 5 octobre 2021

Le mal absolu

Au moins 330.000 victimes de pédocriminalité. L’épiscopat exprime «sa honte», «son effroi» et demande «pardon». Mais ce pardon ne suffira pas à dépasser l’insupportable vérité.

«J’ai vu le mal le plus absolu.» Les propos sans ambiguïté de Jean-Marc Sauvé, ancien grand serviteur de l’État et responsable de la Commission indépendante sur la pédocriminalité dans l’Église catholique, résonnent comme un coup de tonnerre. Quant aux conclusions du rapport de 2 500 pages, fruit d’un travail lancé en 2018, elles constituent un choc pour toute la société française. Le nombre de mineurs victimes de prêtres, diacres et religieux depuis 1950 s’élève à 216.000. Un «phénomène massif» qui présente donc un «caractère systémique».

Un crime accablant, dont l’ampleur ne nous surprend pas puisqu’il fut couvert pendant des décennies par le silence et l’inaction de toute la hiérarchie catholique. D’autant qu’il convient d’ajouter les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse, etc.): la macabre statistique grimpe dès lors à 330.000, un chiffre probablement en deçà de la réalité. Combien d’autres, pour jamais oubliées de l’Histoire? Combien de familles brisées pour toujours?

L’épiscopat, par la voix du président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, exprime «sa honte», «son effroi» et demande «pardon» aux victimes. Il était temps. Mais ce pardon ne suffira pas à dépasser l’insupportable vérité, qui dépeint la responsabilité collective d’une tragédie.

«N’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive.» L’Église ferait bien de s’inspirer des paroles de son Christ. Les mots ne suffisent plus, désormais, encore moins une quelconque repentance confessionnelle. Car le problème n’est pas l’Église, mais les victimes détruites à vie. Aller jusqu’au fond de la plaie, la désinfecter réclame courage et lucidité, réparations et décisions fortes. Plus rien ne sera comme avant et le rapport Sauvé marque un tournant radical. Nous n’emballons pas certaines horreurs dans du papier de soie. En 2018, convoqué au Vatican, l’épiscopat chilien avait démissionné en bloc. S’il n’était pas suivi d’effets, ce rapport terrifiant serait une trahison des victimes. L’omerta est définitivement morte. Mais du célibat aux carcans d’un autre âge, l’aggiornamento de l’Église doit suivre.

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 6 octobre 2021.]