Nous connaissions déjà pas mal le vrai visage d’Emmanuel
Macron ; il nous apparaît cette fois de manière encore plus éclatante. Avec
lui, le libéral est d’abord et avant tout libéral, même paré d’une étiquette de
« socialiste », dont il ne reste manifestement rien.
Dans l’exercice de sa fonction à la tête de l’économie
française et d’une des administrations les plus régaliennes qui soient,
Emmanuel Macron possède une double particularité. Primo, il se prend pour ce
qu’il n’est pas: un ministre de gauche. Secundo, il nous prend pour ce que nous
ne sommes pas: des imbéciles. Dans les deux cas, même si tout est affaire de
regard et d’oreille, le spectacle affligeant de sa soi-disant «libre-parole» a
quelque chose de bestial. Emmanuel Macron se plaît à danser sur le fumier de
l’époque, où il puise l’essentiel de ce qu’il considère comme du «courage
politique», mais qui, admettons-le, ressemble à s’y méprendre à de la vanité
sitôt dissoute dans l’acide financier. Voilà donc l’homme «moderne», libéral et
idéologiquement compatible avec le capitalisme, qu’il affirmait vouloir, il y a
quelques mois, «façonner à l’image de nos ambitions». Après ses critiques sur
les 35 heures, fin août, c’est sur le statut des fonctionnaires que ledit
ministre «de gauche» cogne à tour de bras. Lors d’un débat organisé par le
think tank En temps réel, M. Macron a donc remis en cause le statut des agents
de la fonction publique, qui, selon lui, ne serait «plus adapté au monde tel
qu’il va» et «surtout plus justifiable»…
dimanche 20 septembre 2015
jeudi 17 septembre 2015
Ebranlement(s): un géant nommé Torreton
L’inoubliable prestation de Philippe Torreton au stand des Amis, à la Fête de l’Humanité, un vendredi 11 septembre 2015...
Poésie. Magie des poètes et des artistes, capables de pousser l’homme en tant qu’homme dans ses derniers retranchements, de l’arraisonner comme on aborde un bateau en sabordant tout ce que l’on présupposait, avant. Dans le registre un peu fou de nos humanités, puisant sans relâche dans le creuset de nos imaginations, histoire de s’inventer un nouveau monde arraché à nos mélancolies, il n’y a pas mieux qu’une création culturelle, puisque «l’homme de culture doit être un inventeur d’âmes», confessait Aimé Césaire. Vendredi dernier, au stand des Amis de l’Humanité, au cœur d’une Fête 2015 qui a rehaussé chacun de ses participants au-delà de lui-même, l’acteur Philippe Torreton a touché cet impossible qui transforme toute quête en magnificence concrète. Plaisir rare et souverain d’avoir à l’écrire : dans le bouleversant spectacle Mec !, l’homme à la trentaine de films cinématographiques, à la quarantaine de pièces de théâtre et à la vingtaine de téléfilms ou documentaires est parvenu à révéler – oui, révéler – toute la poésie des textes du regretté chanteur Allain Leprest. Avec son prodigieux percussionniste, Edward Perraud, nous avons vu un Philippe Torreton au sommet de ce qu’un interprète sur des planches peut offrir en partage, ruisselant de bonheur et de gravité, presque au vertige de l’instinctuel et du réfléchi, quand l’intelligence du jeu et la compréhension des mots touchent au sublime. Croyez-en l’expérience d’un des modestes animateurs de ce stand des Amis, lieu improbable où l’on ne répugne jamais à l’audace de la création malgré l’environnement bruyant: ce vendredi 11 septembre fut une date charnière dans une histoire déjà si riche. Ceux qui y étaient en témoigneront longtemps encore, des sanglots dans la voix et leurs prunelles d’yeux éclairées, depuis, comme des phares. Des phares dans la nuit.
Poésie. Magie des poètes et des artistes, capables de pousser l’homme en tant qu’homme dans ses derniers retranchements, de l’arraisonner comme on aborde un bateau en sabordant tout ce que l’on présupposait, avant. Dans le registre un peu fou de nos humanités, puisant sans relâche dans le creuset de nos imaginations, histoire de s’inventer un nouveau monde arraché à nos mélancolies, il n’y a pas mieux qu’une création culturelle, puisque «l’homme de culture doit être un inventeur d’âmes», confessait Aimé Césaire. Vendredi dernier, au stand des Amis de l’Humanité, au cœur d’une Fête 2015 qui a rehaussé chacun de ses participants au-delà de lui-même, l’acteur Philippe Torreton a touché cet impossible qui transforme toute quête en magnificence concrète. Plaisir rare et souverain d’avoir à l’écrire : dans le bouleversant spectacle Mec !, l’homme à la trentaine de films cinématographiques, à la quarantaine de pièces de théâtre et à la vingtaine de téléfilms ou documentaires est parvenu à révéler – oui, révéler – toute la poésie des textes du regretté chanteur Allain Leprest. Avec son prodigieux percussionniste, Edward Perraud, nous avons vu un Philippe Torreton au sommet de ce qu’un interprète sur des planches peut offrir en partage, ruisselant de bonheur et de gravité, presque au vertige de l’instinctuel et du réfléchi, quand l’intelligence du jeu et la compréhension des mots touchent au sublime. Croyez-en l’expérience d’un des modestes animateurs de ce stand des Amis, lieu improbable où l’on ne répugne jamais à l’audace de la création malgré l’environnement bruyant: ce vendredi 11 septembre fut une date charnière dans une histoire déjà si riche. Ceux qui y étaient en témoigneront longtemps encore, des sanglots dans la voix et leurs prunelles d’yeux éclairées, depuis, comme des phares. Des phares dans la nuit.
Chemin. Nous connaissions, nous aimions Allain Leprest. Bizarrement, comme si le chanteur en question avait quelque peu étouffé l’auteur majeur, nous connaissions moins le poète… Un tragédien du théâtre apparaît, les deux pieds plantés, droit derrière un micro, et les phrases de Leprest, pourtant familières, prennent soudain un sens nouveau, un chemin inconnu, se frayant une grandeur dans le fourmillement des arts.
mercredi 16 septembre 2015
Peuple de gauche
L’immense succès de la Fête de l’Humanité – n’en déplaisent aux médias dominants – a permis de cristalliser l’ampleur des débats en cours et, sait-on jamais, d’accélérer la conscience d’un tournant politique.
Singulier «après-Fête». Mélange de rêveries concrètes et de profondes envies d’en découdre avec la matière politique dans ce qu’elle a de plus noble, comme si nous étions tous, déjà, les dépositaires d’une gigantesque chaîne d’union de centaines de milliers de mains, gonflés par un souffle porteur, poussés dans le dos, en quelque sorte… Ce ne sont pas que des mots. Dans un contexte de désarroi dramatique du peuple de gauche, sidéré et exaspéré par la politique de Hollande-Valls, l’immense succès de la Fête de l’Humanité – n’en déplaisent aux médias dominants – a permis de cristalliser l’ampleur des débats en cours et, sait-on jamais, d’accélérer la conscience d’un tournant politique. Face au chantier d’une refondation de la «gauche alternative» et de la gauche tout court, le temps passe et presse. Des forces immenses dans le pays «cherchent la nouvelle voie», comme le soulignait Pierre Laurent lors de son discours. Ouvrir cette nouvelle voie est désormais une urgence absolue.
vendredi 11 septembre 2015
Romanlutionnaire(s): adhérons à la Brigade du rire !
Attention: le nouveau roman de Gérard Mordillat atteint des sommets.
Personnages. Le roman – «cette clef des portes closes», comme disait Aragon – s’avère quelquefois une ouverture à fantasmes d’autant plus essentielle à emprunter qu’elle ouvre sur une certaine idée du monde et offre toutes les possibilités de ne pas s’en contenter, de s’en affranchir et, pour le dire sommairement, de vouloir déjà le transformer. Rares sont les écrivains qui osent, à ce point, manier toutes les révoltes de notre ici-et-maintenant pour convertir la fiction en réel supposé. Et pas n’importe lequel. Dans son nouveau roman, la "Brigade du rire" (516 pages, Albin Michel), Gérard Mordillat réussit non seulement le tour de force de renouveler sa veine «sociale», mais aussi, et surtout, de vous embarquer dans une fresque à la fois drolatique et féroce qui n’épargne ni les puissants ni ceux qui prêchent la bonne parole libérale à longueur d’antenne. Les personnages centraux du livre ont deux traits communs. Primo: ils sont tous d’anciens copains qui jouaient, au temps béni de leur jeunesse, dans une équipe de handball, ce qui les souda pour la vie autour de valeurs de solidarité et de noblesse d’âme assez simples mais essentielles. Secundo: malgré les affres de l’existence et les nombreuses blessures nées des désillusions, ils ont tous préservé plus ou moins l’essentiel de leurs idées sans jamais les remiser à la cave avec leurs vieux sacs de sport. Leurs révoltes paraissent intactes. Ils ont juste vieilli. Et leur écœurement vis-à-vis de la toute-puissance financière n’a fait que grandir, jusqu’à atteindre un point d’incandescence. Ceci expliquant cela.
Révolutionnaire. Comme souvent avec Mordillat (Vive la sociale, les Vivants et les morts, etc.), vous n’oublierez jamais les personnages de ce roman, qui, sur un coup de tête moins spontané qu’il n’y paraît, vont créer la Brigade du rire.
lundi 7 septembre 2015
A Claude Cabanes...
J'ai hésité durant des jours et des jours, mais, plusieurs amis proches m'ont finalement convaincu de mettre en ligne sur mon blog le texte que j'ai écrit et lu lors de l'hommage rendu à Claude Cabanes, mercredi 2 septembre dernier, au Père Lachaise, après Patrick Le Hyaric et Pierre Laurent. Voici ce texte dans son intégralité :
" Y a-t-il sur moi d’autre vêtement que ce lambeau de rage et de stupeur? Depuis quelques jours et quelques nuits, je me demandais en vain d’où me viendrait encore la force, ici et maintenant, d’élever la voix. Je voudrais croire, je l’espère du moins, que je la reçois, cette force qui autrement me manquerait, de Claude lui-même.
D’avance je le savais confusément, je serai incapable aujourd’hui de parler, de trouver, comme on dit, les mots. Claude m’aurait pardonné. Alors pardonnez-moi de lire, donc, et de lire non pas ce que je crois devoir dire – sait-on jamais ce qu’il faut dire en un tel moment? – mais juste de quoi ne pas laisser le silence l’emporter sur tout, juste, par fragments, ce que j’ai pu arracher au silence au fond duquel je serais, comme vous sans doute, tenté de m’enfermer. Claude est à la fois trop absent et trop proche: en moi, en dedans de moi. Je n’ai pas le cœur de raconter, ni de prononcer un éloge, il y aurait trop à dire et ce n’est pas le moment. Mais le silence en lui-même, pour ce qu’il ne dit pas ou laisse croire, est aussi insupportable. Je n’en supporte pas l’idée, comme si en moi Claude n’en supportait pas l’idée.
Soit. Dire. Parler. Comment parler de l’homme et de l’ami sans trahir ni l’un ni l’autre. Car vous savez tout de lui, vous sa famille, vous ses proches, vous qui l’avez aimé et qui êtes ici, vous savez tout de cet hidalgo de la pensée, de ce séducteur des idées, de cet intellectuel – qu’est-ce qu’un intellectuel? – de cet intellectuel de l’engagement. Vous savez tout de ce vrai-faux dandy du journalisme. Vous savez tout de cet amoureux transi des Lettres, de la littérature, des arts, de la politique, du bon goût.
" Y a-t-il sur moi d’autre vêtement que ce lambeau de rage et de stupeur? Depuis quelques jours et quelques nuits, je me demandais en vain d’où me viendrait encore la force, ici et maintenant, d’élever la voix. Je voudrais croire, je l’espère du moins, que je la reçois, cette force qui autrement me manquerait, de Claude lui-même.
D’avance je le savais confusément, je serai incapable aujourd’hui de parler, de trouver, comme on dit, les mots. Claude m’aurait pardonné. Alors pardonnez-moi de lire, donc, et de lire non pas ce que je crois devoir dire – sait-on jamais ce qu’il faut dire en un tel moment? – mais juste de quoi ne pas laisser le silence l’emporter sur tout, juste, par fragments, ce que j’ai pu arracher au silence au fond duquel je serais, comme vous sans doute, tenté de m’enfermer. Claude est à la fois trop absent et trop proche: en moi, en dedans de moi. Je n’ai pas le cœur de raconter, ni de prononcer un éloge, il y aurait trop à dire et ce n’est pas le moment. Mais le silence en lui-même, pour ce qu’il ne dit pas ou laisse croire, est aussi insupportable. Je n’en supporte pas l’idée, comme si en moi Claude n’en supportait pas l’idée.
Soit. Dire. Parler. Comment parler de l’homme et de l’ami sans trahir ni l’un ni l’autre. Car vous savez tout de lui, vous sa famille, vous ses proches, vous qui l’avez aimé et qui êtes ici, vous savez tout de cet hidalgo de la pensée, de ce séducteur des idées, de cet intellectuel – qu’est-ce qu’un intellectuel? – de cet intellectuel de l’engagement. Vous savez tout de ce vrai-faux dandy du journalisme. Vous savez tout de cet amoureux transi des Lettres, de la littérature, des arts, de la politique, du bon goût.
dimanche 6 septembre 2015
Migrants : protection citoyenne !
Même tardifs, tous les sursauts authentiquement civiques et humanistes sont les bienvenus. Voilà ce à quoi, semble-t-il, nous assistons concernant le sort des migrants: à un possible basculement des opinions publiques.
Pour capter une part de la réalité d’un moment et chasser les ombres qui hantent bien des esprits humains, il faut que le courage de l’intelligence et de la raison surmonte les épreuves de la peur. Dès lors, ces ombres peuvent éclairer comme en plein jour. Qu’on le veuille ou non, quoi qu’on en pense, le cliché du petit corps sans vie échoué sur une plage turque, tel un vulgaire détritus, a livré en mondovision tous les éléments émotionnels qui sortent de la banalisation, comme si, hélas, il fallait une photographie, celle-là plus que toute autre, pour que l’horreur devenue précisément banale et quotidienne ne soit plus perçue comme telle et que certaines lâchetés collectives s’effacent derrière la gêne, elle-même à la mesure de l’effroi provoqué par une forme de passivité devenue insoutenable.
Même iconique, une photo ne change pas le monde. Mais par la puissance d’un déclic qui arraisonne tout cerveau humain normalement constitué, une photo, comme l’histoire nous l’a souvent prouvé, modifie en revanche les consciences des hommes, quelquefois en masse. Après, ce sont ces mêmes hommes qui changent le monde…
Même iconique, une photo ne change pas le monde. Mais par la puissance d’un déclic qui arraisonne tout cerveau humain normalement constitué, une photo, comme l’histoire nous l’a souvent prouvé, modifie en revanche les consciences des hommes, quelquefois en masse. Après, ce sont ces mêmes hommes qui changent le monde…
vendredi 4 septembre 2015
Etre(s)-Vivant(s): le journalisme sans Claude Cabanes
La mort de l'ancien directeur de la rédaction, ou l’héritage de notre singularité, à nous journalistes de l'Humanité.
![]() |
| Claude Cabanes, en 1999. |
Combats. La mort imminente, la mort impossible, et la mort déjà passée : voilà trois certitudes apparemment incompatibles mais dont l’implacable vérité nous fait don de la première provocation à penser à notre propre possibilité d’un aujourd’hui. Disons un certain aujourd’hui, aussi avéré qu’il a pris acte. Disparaître sans mourir, c’est assez commun. Mourir sans disparaître, ce n’est pas donné à n’importe qui.
jeudi 3 septembre 2015
Claude Cabanes: les mots pour le dire
Tous le savaient communiste, journaliste, l'un n'allant pas sans l'autre, d'aucuns l'ont dit dandy parce qu'il portait haut l'élégance et le verbe, signatures d'un rhéteur et d'un bretteur tout entier dans le combat contre le désordre du monde. Polémiste de haute volée, ce natif de Toulouse à l'accent rocailleux avait un cœur de romantique révolutionnaire. Hommage au frère, à l'ami.
Quand le miroir du temps s’érige en juge de paix, perturbant les rêveries plus ou moins contemplatives de nos nuits estivales, certains étés s’avèrent quelquefois sordides. Celui de 2015 restera tristement gravé dans la mémoire de l’Humanité, qui vient de perdre l’une des figures les plus importantes de son histoire contemporaine. C’était un mardi. Le 25 août. Ce soir-là, comme un lointain souvenir, la chaleur semblait se dissiper définitivement, tandis que la lumière du jour s’évanouissait dans le ciel parisien chargé d’humidité. L’été n’était déjà plus vraiment l’été. Claude Cabanes venait de s’éteindre, terrassé par un cancer, à l’âge de 79 ans. Mourir au mois d’août, pour un homme du Sud, quelle singularité, quelle ironie – à moins que ce ne soit la marque d’une inégalable élégance.
Quand le miroir du temps s’érige en juge de paix, perturbant les rêveries plus ou moins contemplatives de nos nuits estivales, certains étés s’avèrent quelquefois sordides. Celui de 2015 restera tristement gravé dans la mémoire de l’Humanité, qui vient de perdre l’une des figures les plus importantes de son histoire contemporaine. C’était un mardi. Le 25 août. Ce soir-là, comme un lointain souvenir, la chaleur semblait se dissiper définitivement, tandis que la lumière du jour s’évanouissait dans le ciel parisien chargé d’humidité. L’été n’était déjà plus vraiment l’été. Claude Cabanes venait de s’éteindre, terrassé par un cancer, à l’âge de 79 ans. Mourir au mois d’août, pour un homme du Sud, quelle singularité, quelle ironie – à moins que ce ne soit la marque d’une inégalable élégance.
Le voilà donc, le
choc de la disparition. Comme si une longue et intense course personnelle
s’interrompait dans la brutalité d’une évidence nommée pudiquement «longue
maladie», mais que lui-même, dans toutes nos discussions depuis des mois,
appelait par son nom et son seul nom, «cancer», avec un variante
bien à lui, «ce cancer en moi»,
comme on aurait dit un «être étranger», une «saloperie» ou une
«fin de vie». Attendre l’annonce terrible, que nous savions
inéluctable depuis mi-août, fut difficile. Frayeur de la sonnerie du téléphone
portable, du moindre SMS. Imaginer malgré tout lui parler encore, encore une
fois, comme ce fut le cas le 5 août, puis le 7 août, l’entendre dire: «Tu sais, mon petit Jean-Emmanuel, je
crois que là, ça va être bien difficile pour moi…» Avant de passer à
autre chose, d’évoquer, par exemple, ses éternelles craintes sur la situation
politique: «Je suis très
inquiet sur ce qui va vous arriver, car dorénavant je ne dis plus ‘’nous’’, car
je sais ce qui m’attend.» Puis de parler et parler et parler de sa célèbre
voix presque éteinte par le mal, dans un ultime enthousiasme, étincelant, du
dernier livre qu’il venait péniblement d’achever. Parler tel un
«passeur». Comme il le faisait toujours.
Ne plus attendre,
maintenant, est bien pire. lundi 27 juillet 2015
Tour : Chris Froome a vaincu la haine, pas la suspicion
Le leader des Sky a remporté son deuxième Tour de France. Froome aura tout connu en trois semaines: la domination écrasante, l’hostilité du public et une forme de défaillance physique et psychologique.
«Le Tour, c’est un voyage extraordinaire.» Ainsi parlait Christopher Froome en 2013, au soir de sa première victoire dans le Tour. Il venait de succéder à son compatriote Bradley Wiggins, et ses façons uniformes de planter son personnage laissaient déjà apparaître un caractère, sinon mécanique, du moins programmé pour assumer un destin qu’aucun spécialiste digne de ce nom n’aurait imaginé si brillant quand il devint cycliste professionnel en 2007. Deux ans plus tard, au fond, le coureur a peu changé. À deux détails près. Ce type dégingandé au squelette apparent, si blême et diaphane dans l’effort qu’il effraierait n’importe quel spécialiste en chaire universitaire de médecine, a appris depuis quinze jours la haine dans le regard des autres, puis, ce n’était pas prévu, une forme d’évanouissement progressif, physique et psychologique, qui aurait pu se terminer par une défaillance totale si ses principaux adversaires avaient eu l’audace – et le courage – de le harceler un peu plus. Jusqu’aux Alpes, le double vainqueur du Tour, originaire du Kenya, âgé de 30 ans désormais, ex-étudiant en Afrique du Sud, citoyen britannique et résident monégasque, pensait avoir donné tous les gages d’une aisance non discutable sous la férule d’une équipe surpuissante, la Sky, qui aurait tellement professionnalisé sa manière de préparer ses champions qu’elle serait parvenue à l’excellence absolue en toutes choses (1). Mais le chronicœur peut en témoigner: la balade se transforma en épreuves.
«Le Tour, c’est un voyage extraordinaire.» Ainsi parlait Christopher Froome en 2013, au soir de sa première victoire dans le Tour. Il venait de succéder à son compatriote Bradley Wiggins, et ses façons uniformes de planter son personnage laissaient déjà apparaître un caractère, sinon mécanique, du moins programmé pour assumer un destin qu’aucun spécialiste digne de ce nom n’aurait imaginé si brillant quand il devint cycliste professionnel en 2007. Deux ans plus tard, au fond, le coureur a peu changé. À deux détails près. Ce type dégingandé au squelette apparent, si blême et diaphane dans l’effort qu’il effraierait n’importe quel spécialiste en chaire universitaire de médecine, a appris depuis quinze jours la haine dans le regard des autres, puis, ce n’était pas prévu, une forme d’évanouissement progressif, physique et psychologique, qui aurait pu se terminer par une défaillance totale si ses principaux adversaires avaient eu l’audace – et le courage – de le harceler un peu plus. Jusqu’aux Alpes, le double vainqueur du Tour, originaire du Kenya, âgé de 30 ans désormais, ex-étudiant en Afrique du Sud, citoyen britannique et résident monégasque, pensait avoir donné tous les gages d’une aisance non discutable sous la férule d’une équipe surpuissante, la Sky, qui aurait tellement professionnalisé sa manière de préparer ses champions qu’elle serait parvenue à l’excellence absolue en toutes choses (1). Mais le chronicœur peut en témoigner: la balade se transforma en épreuves.
samedi 25 juillet 2015
Tour : Thibaut Pinot dans la légende de l'Alpe
Dans une étape courte
(110,5 km), entre Modane et l’Alpe d’Huez, le Français Thibaut Pinot (FdJ) remporte
une immense victoire de prestige. Comme prévu, Quitana a fait trembler le
maillot jaune de Froome, qui remporte son deuxième Tour. C’était une ascension
vécue dans le souvenir du grand Fausto Coppi…
Alpe d’Huez (Isère),
envoyé spécial.
Et voilà un moment de grâce, comme nous en avons vécu trop peu durant trois semaines. C’était l’heure du goûter et des sucreries, quelques nuages blancs crémaient le ciel bleu et nous aurions presque aperçu, au-delà des cimes, le corridor des Grandes Rousses et même le pic du Lac Blanc, au-dessus de l’Alpe d’Huez. Thibaut Pinot, seul au monde, fendait le destin et les rangées de spectateurs. Dans un effort qui n’avait plus de prix, sinon celui d’un esprit supérieur, nous vîmes son vélo osciller harmonieusement entre ses jambes, comme si la douleur s’effaçait à chaque mètre. Il allait avec heurts mais s’appliquait férocement à dissimuler ses douleurs pour que personne d’autre que lui-même n’en tirât avantage. Au terme d’une étape souveraine, de celles qui rangent les héros dans le livre des Illustres, le Français de la FdJ retrouva sa puissance légendaire et imposa à la vue de tous cette sorte de dandysme décalé que les cyclistes offrent parfois à l’Histoire.
![]() |
| Pinot savoure. |
Et voilà un moment de grâce, comme nous en avons vécu trop peu durant trois semaines. C’était l’heure du goûter et des sucreries, quelques nuages blancs crémaient le ciel bleu et nous aurions presque aperçu, au-delà des cimes, le corridor des Grandes Rousses et même le pic du Lac Blanc, au-dessus de l’Alpe d’Huez. Thibaut Pinot, seul au monde, fendait le destin et les rangées de spectateurs. Dans un effort qui n’avait plus de prix, sinon celui d’un esprit supérieur, nous vîmes son vélo osciller harmonieusement entre ses jambes, comme si la douleur s’effaçait à chaque mètre. Il allait avec heurts mais s’appliquait férocement à dissimuler ses douleurs pour que personne d’autre que lui-même n’en tirât avantage. Au terme d’une étape souveraine, de celles qui rangent les héros dans le livre des Illustres, le Français de la FdJ retrouva sa puissance légendaire et imposa à la vue de tous cette sorte de dandysme décalé que les cyclistes offrent parfois à l’Histoire.
En signant le plus beau de ses triomphes dans les pentes de l’Alpe
d’Huez, Thibaut Pinot venait d’écrire un scénario épatant. Le chronicoeur ne
put détacher son regard de cette silhouette à la peau lustrée et parfois si translucide
qu’elle semblait cristalline sous le bronzage de trois semaines intenses. Son
effort dans toute sa brutalité ressembla à un écorchement, tantôt effrayant,
tantôt élégant, qui repoussait et attirait à la fois. « Cette montée me faisait rêver, c'est une étape que tout le monde
coche, déclara le vainqueur du jour. C'était
beaucoup de stress. Je n'avais aucune information sur les écarts durant toute
la montée. J'ai eu beaucoup de malchance dans ce Tour, mais j'y ai toujours cru…
C'était ma dernière chance. »
vendredi 24 juillet 2015
Tour : Froome a un visage, il est même humain
Entre
Saint-Jean-de-Maurienne et La Toussuire (138 km), l’Italien Vincenzo Nibali,
vainqueur de l’édition 2014, remporte la dix-neuvième étape, la reine des
Alpes. Quintana a attaqué le maillot jaune et repris 30 secondes. De quoi nourrir
des espoirs samedi, dans l’Alpe d’Huez?
La Toussuire (Savoie),
envoyé spécial.
Et soudain, dans ses déhanchements inesthétiques si caractéristiques, comme s’il s’employait à abolir tout style en lui, Chris Froome se positionna étrangement en danseuse, à la manière d’un pur grimpeur. L’imminence d’un danger sans doute : le Britannique était attaqué, rien d’anormal, mais cette fois le Colombien Nairo Quintana prit quelques mètres et nous sentîmes le maillot jaune en légère difficulté. Il était pourtant tard – trop tard – dans cette étape royale des Alpes, la plus belle assurément, entre Saint-Jean-de-Maurienne et La Toussuire (138 km) et quatre ascensions au programme, dont l’épouvantable col de la Croix de Fer (2067 m, 22,4 km à 6,9%). Les patrons du peloton se trouvaient alors à six bornes du sommet de La Toussuire, et Froome, avec sa pédalée de moulin à vent, montra des signes de lassitude. Quintana prit vingt mètres, puis cinquante, puis cent…
![]() |
| Froome, lâché par Quintana... |
Et soudain, dans ses déhanchements inesthétiques si caractéristiques, comme s’il s’employait à abolir tout style en lui, Chris Froome se positionna étrangement en danseuse, à la manière d’un pur grimpeur. L’imminence d’un danger sans doute : le Britannique était attaqué, rien d’anormal, mais cette fois le Colombien Nairo Quintana prit quelques mètres et nous sentîmes le maillot jaune en légère difficulté. Il était pourtant tard – trop tard – dans cette étape royale des Alpes, la plus belle assurément, entre Saint-Jean-de-Maurienne et La Toussuire (138 km) et quatre ascensions au programme, dont l’épouvantable col de la Croix de Fer (2067 m, 22,4 km à 6,9%). Les patrons du peloton se trouvaient alors à six bornes du sommet de La Toussuire, et Froome, avec sa pédalée de moulin à vent, montra des signes de lassitude. Quintana prit vingt mètres, puis cinquante, puis cent…
Le maillot jaune releva le buste et la tête à plusieurs
reprises, en recherche d’oxygène, huma une bouffée de taillis frais sur sa
gauche, puis, pivotant légèrement le visage sur la droite, retrouva la
souffrance du silence sans lever le pied, comme on s’adoucit après une colère. Froome,
rapidement délaissé par ses équipiers en perdition (dont Geraint Thomas, quatrième
au départ), était seul face à lui-même pour limiter les dégâts. Nous lui vîmes à
cet instant précis un visage : un visage humain. Et lui comprit au même
moment que tous les silences ne se valent pas. Parfois le bruit des spectateurs
sur le Tour, qu’ils soient amicaux ou hostiles, rend au silence une forme de
terreur non-dite.
jeudi 23 juillet 2015
Tour : Bardet renoue les lacets de la victoire
Entre Gap et Saint-Jean-de-Maurienne, Romain Bardet (AG2R) remporte la dix-huitième étape également animée par Pierre Rolland, deuxième. Le peloton a escaladé l’une des étrangetés du tracé: les lacets de Montvernier.
Une vraie bagarre de position, dont il était temps qu’elle survienne… L’étape venait de quitter Gap en direction de Saint-Jean-de-Maurienne (186,5 km), avec sept cols et côtes au programme, quand les premières attaques tranchantes dynamitèrent un peloton encore en roue libre. Le col Bayard à peine avalé, vingt-neuf chevaliers prirent résolument les devants, parmi lesquels nous retrouvions quelques connaissances tricolores ayant annoncé leurs intentions : Thibaut Pinot (FdJ), frustré de la veille, Romain Bardet (AG2R) et plusieurs représentants de la formation Europcar dirigée par Jean-René Bernaudeau (1), Pierre Rolland, Cyril Gautier, Thomas Voeckler et Romain Sicard. De quoi imposer du caractère à une course cadenassée depuis dix jours. Nous pensions à Pierre Rolland, qui, sans doute poussé par l’avenir incertain du groupe vendéen, voulait que l’acte cycliste atteigne ici à l’essence même du tragique caché, dans l’orgueil des êtres qui s’y consacrent. Nous pensions aussi à Romain Bardet, martyrisé lui aussi par les circonstances, plus que jamais pétri de revanche.
Tour : les ascensionnistes à flanc de ravin
Entre Digne-les-Bains
et Pra Loup (161 km, 17e étape), avec quatre cols et une arrivée au sommet, victoire
de l’Allemand Simon Geschke (Giant). Cette étape fut aussi un exercice de
mémoire, référence au Tour 1975 et l’exploit de Bernard Thévenet face à Eddy
Merckx…
Pra Loup (Alpes-de-Haute-Provence), envoyé spécial.
Dans l’apprentissage du pays en élévation, les ascensionnistes recherche d’ordinaire quelque chose qui les dépasse et disposent d’un avantage hautement supérieur : ils osent se jouer du patrimoine solaire et tentent d’en domestiquer les dangers, d’en braver les frontières. Les cyclistes du Tour écrivent parfois des histoires dont nous faisons mémoire commune et qui, le soir venu, nourrissent les fins de repas. Hier, entre Digne-les-Bains et Pra Loup (161 km), par une fièvre de chaleur écrasante, le peloton a fondu à mesure que le goudron se décollait au passage des boyaux. Avec quatre cols et une arrivée au sommet, cette étape alpestre avait aussi le mérite de revisiter le patrimoine de cette francité effrontée qui condescend une fois l’an à honorer les exploits en tricolore. Cette France du Tour dessine alors les contours d’un Hexagone de salle de classe. Avec ses bordures. Ses reliefs. Et ses héros.
Pra Loup, juillet 1975. Ce fut ici, dans la vallée de l’Ubaye, qu’Eddie Merckx subit la plus incroyable – et la vraie première – défaite de sa carrière céleste, une sorte de chant du cygne vécu par tout un peuple hystérique. L’auteur de cette prouesse portait le nom d’un Bourguignon, un fils d’agriculteur, Bernard Thévenet, qui pénétra si profondément le cœur des Français qu’aujourd’hui encore il reste le « tombeur du Cannibale », celui par qui le cyclisme changea d’époque.
Pra Loup (Alpes-de-Haute-Provence), envoyé spécial.
Dans l’apprentissage du pays en élévation, les ascensionnistes recherche d’ordinaire quelque chose qui les dépasse et disposent d’un avantage hautement supérieur : ils osent se jouer du patrimoine solaire et tentent d’en domestiquer les dangers, d’en braver les frontières. Les cyclistes du Tour écrivent parfois des histoires dont nous faisons mémoire commune et qui, le soir venu, nourrissent les fins de repas. Hier, entre Digne-les-Bains et Pra Loup (161 km), par une fièvre de chaleur écrasante, le peloton a fondu à mesure que le goudron se décollait au passage des boyaux. Avec quatre cols et une arrivée au sommet, cette étape alpestre avait aussi le mérite de revisiter le patrimoine de cette francité effrontée qui condescend une fois l’an à honorer les exploits en tricolore. Cette France du Tour dessine alors les contours d’un Hexagone de salle de classe. Avec ses bordures. Ses reliefs. Et ses héros.
Pra Loup, juillet 1975. Ce fut ici, dans la vallée de l’Ubaye, qu’Eddie Merckx subit la plus incroyable – et la vraie première – défaite de sa carrière céleste, une sorte de chant du cygne vécu par tout un peuple hystérique. L’auteur de cette prouesse portait le nom d’un Bourguignon, un fils d’agriculteur, Bernard Thévenet, qui pénétra si profondément le cœur des Français qu’aujourd’hui encore il reste le « tombeur du Cannibale », celui par qui le cyclisme changea d’époque.
Tour : la guerre de Cent ans n'aura pas lieu
Pour l’entrée dans les
Alpes, entre Bourg de Péage et Gap (201 km, 16e étape), l’Espagnol Ruben Plaza Molina
(Lampre) l’emporte. Chris Froome domine toujours son sujet, même si la
polémique Sky se poursuit…
Gap (Hautes-Alpes), envoyé spécial.
L’attente d’une descente ancrée dans l’histoire du Tour, fût-elle récente, a toujours quelque chose de dépréciatif. Celle de La Rochette, qui file à tombeau-ouvert en direction de Gap, fut le théâtre épique, en 2003, de la célèbre chevauchée de Lance Armstrong à travers champ, mais, surtout, de la terrible chute de Joseba Beloki, qui se solda par un abandon, un poignet, un coude et une hanche brisés, et une fin de carrière tronquée. Il était 16h50, hier, sous une canicule assommante, quand les coureurs s’essayèrent aux vertiges du vide. Bienvenu dans les Alpes, là où, d’ici samedi, le peloton affrontera des pourcentages déments. Entre Bourg de Péage et Gap (201 km), comme un prélude, les montagnes déchiraient l’horizon et leurs roches formaient des compositions insolites taillées telles des sculptures issues du fonds des âges.
Gap (Hautes-Alpes), envoyé spécial.
L’attente d’une descente ancrée dans l’histoire du Tour, fût-elle récente, a toujours quelque chose de dépréciatif. Celle de La Rochette, qui file à tombeau-ouvert en direction de Gap, fut le théâtre épique, en 2003, de la célèbre chevauchée de Lance Armstrong à travers champ, mais, surtout, de la terrible chute de Joseba Beloki, qui se solda par un abandon, un poignet, un coude et une hanche brisés, et une fin de carrière tronquée. Il était 16h50, hier, sous une canicule assommante, quand les coureurs s’essayèrent aux vertiges du vide. Bienvenu dans les Alpes, là où, d’ici samedi, le peloton affrontera des pourcentages déments. Entre Bourg de Péage et Gap (201 km), comme un prélude, les montagnes déchiraient l’horizon et leurs roches formaient des compositions insolites taillées telles des sculptures issues du fonds des âges.
Dans les rares odeurs de rhododendrons, l’avant-garde du
peloton était composée de vingt-trois échappés, bientôt dispersés par
l’escalade du col de Manse, principale difficulté du jour (2e cat.,
8,9 km à 5,6%). Nous retenions notre souffle, tout en nous respirait la crainte
devant l’imminence d’un accident qui ceint les spectateurs d’un halo de chaleur
angoissé. Dans le rôle des casse-cous absolus, l’Espagnol Ruben Plaza Molina
(Lampre), parti dans la montée, se montra le plus sérieux dans la descente et
remporta l’étape, avec, à ses trousses, le Slovaque Peter Sagan (Tinkoff), porteur
du maillot vert, dont les prises de risques nous souleva le cœur.
lundi 20 juillet 2015
Tour : une odeur d'urine se répand sur la Sky
Depuis son numéro de puissance mardi dernier dans les Pyrénées, Chris Froome et toute l’équipe britannique Sky sont pris pour cible par les spectateurs. Samedi, le maillot jaune a reçu un jet d’urine…
Les champions cyclistes restent d’épouvantables mélancoliques qui ne cherchent que le regard d’autrui dans la performance avérée. Voyez comme leurs yeux passent de l’exorbitation à la bouffissure, comme sporadiquement ils s’avancent puis se replient sous les meurtrières de leurs paupières, tellement bien camouflées par des lunettes high-tech que nous ne devinons que rarement l’ampleur de leurs tourments. Derrière le mur assourdissant de leur apparence, ils portent néanmoins en eux une fragilité qui fascine et les enveloppe, chaque fois que leurs corps chétifs sont jetés à une vindicte qui n’a plus rien de populaire, quand certains rêvent secrètement de les voir jetés au sol. Même Jacques Anquetil et Eddy Merckx, pour ne citer qu’eux, connurent jadis la haine de spectateurs qui ne supportaient pas leur écrasante domination et cette forme d’arrogance inhérente à la performance d’exception…
Entendons-nous bien. Nous n’irons pas jusqu’à comparer Chris Froome, le leader de l’intrigante équipe Sky, avec les monstres sacrés de la Petite Reine.
samedi 18 juillet 2015
Tour : à Mende honorable pour Bardet et Pinot
Lors de la splendide 14e
étape entre Rodez et Mende (178,5 km), les deux Français d’AG2R et de la FdJ
ont été piégés dans le final par le Britannique Stephen Cummings (MTN-Qhubeka).
Mende (Lozère), envoyé spécial.
Ô magnificence! quand tu nous tiens par le bout de tes paysages… Ce samedi 18 juillet, entre Rodez et Mende (178,5 km), le chronicoeur a traversé l’Aveyron et la Lozère de part en part, jugeant, à l’aune de son plaisir renouvelé, l’extraordinaire beauté d’un panorama poétique à plus d’un titre. Au petit matin, avant de rejoindre le village-départ, ce fut d’abord une brève escale à Bozouls pour y découvrir son fameux « Trou », un canyon monumental jadis classé parmi les sept merveilles du Rouergue. Comme une lente ambition de mise à distance, certes éphémère, mais où nous pouvions recentrer ce qui nous avait semblé s’être dispersé, un silence de grâce se fit devant ce cirque naturel en forme de fer à cheval, creusé dans les calcaires secondaires du Causse Comtal au fond desquels coule paisiblement un mince torrent, si délicat que nous l’apercevions à peine du haut d’un belvédère impressionnant. A 500 mètre d’altitude, le village se niche des deux côtés de ce site géologique improbable. La partie historique, réputée pour son incomparable position de défense, avec son église romane du XIIe siècle, bâtie par des premiers de cordée du christianisme à la pointe du promontoire. Puis la partie moderne, d’où le tableau prêtait à la rêverie, à la méditation bien méritée après quinze jours de Tour à user les pneus d’une automobile en surchauffe.
Mende (Lozère), envoyé spécial.
Ô magnificence! quand tu nous tiens par le bout de tes paysages… Ce samedi 18 juillet, entre Rodez et Mende (178,5 km), le chronicoeur a traversé l’Aveyron et la Lozère de part en part, jugeant, à l’aune de son plaisir renouvelé, l’extraordinaire beauté d’un panorama poétique à plus d’un titre. Au petit matin, avant de rejoindre le village-départ, ce fut d’abord une brève escale à Bozouls pour y découvrir son fameux « Trou », un canyon monumental jadis classé parmi les sept merveilles du Rouergue. Comme une lente ambition de mise à distance, certes éphémère, mais où nous pouvions recentrer ce qui nous avait semblé s’être dispersé, un silence de grâce se fit devant ce cirque naturel en forme de fer à cheval, creusé dans les calcaires secondaires du Causse Comtal au fond desquels coule paisiblement un mince torrent, si délicat que nous l’apercevions à peine du haut d’un belvédère impressionnant. A 500 mètre d’altitude, le village se niche des deux côtés de ce site géologique improbable. La partie historique, réputée pour son incomparable position de défense, avec son église romane du XIIe siècle, bâtie par des premiers de cordée du christianisme à la pointe du promontoire. Puis la partie moderne, d’où le tableau prêtait à la rêverie, à la méditation bien méritée après quinze jours de Tour à user les pneus d’une automobile en surchauffe.
Nous n’avions encore rien vu. Cette quatorzième étape – taillée
pour des yeux bleus de romance au féminin – ne manquait ni de relief ni de
beauté, de quoi s’affranchir des banalités.
Un Belge mate la 13e étape du Four de France
Entre Muret et Rodez (198,5 km), la 13e étape a été remportée par le Belge Greg Van Avermaet (BMC). Ce fut une journée de tous les excès : ceux de la chaleur !
Et le vainqueur du jour porte un nom redouté par tout cycliste en herbe: canicule. Il fallait être sur la route du Tour, ce vendredi 17 juillet, à fureter devant le peloton, à pique-niquer entre la caravane publicitaire et les régulateurs de la course, pour comprendre ce que les chaleurs extrêmes produisent sur les organismes humains. De Muret à Rodez (198,5 km), le Tour aurait mérité d’être rebaptisé «le Four», parole d’un spectateur torse-nu croisé à mi-chemin entre Lavaur et Graulhet, qui, «exceptionnellement», disait-il, avait cette fois le mérite de «mettre beaucoup d’eau» dans son Ricard. C’était une foule venue encore en masse pour accueillir les coureurs sur l’une des plus belles étapes visuelles de cette édition, parfois le long du Tarn, dans un décor d’immensité alentour composé de plaines et de collines taillées par la main de l’homme. Le chronicoeur et ses passagers se sentirent le visage doux, les cheveux collés aux temps, comme emportés en avant, déjà aspirés par le vide de chaleur laissés derrière eux, négligemment embarqués par l’enthousiasme de ce Peuple du Tour qui ne se dément toujours pas.
vendredi 17 juillet 2015
Tour : le spectre du passé sur un plateau
Pour la dernière arrivée au sommet dans les Pyrénées, entre Lannemezan et le plateau de Beille (195 km), adjugée sous des trombes d’eau, l’Espagnol Joaquim Rodriguez s’impose. Froome poursuit sa balade.
Plateau de Beille (Ariège),
envoyé spécial.
L’acte cycliste par excellence atteint-il encore, de-ci de-là, à l’essence même du tragique caché, dans la ferveur qui doit s’y consacrer? Quand Cyrille Guimard, notre maître, répète dans le creux de l’oreille du chronicœur: «Quelle ambiance, mon dieu, quelle ambiance!», c’était la preuve éclatante que quelque chose de supérieurement triste se propageait dans la caravane. Et quand il ajoutait: «La course devient presque accessoire», nous nous sommes dit que l’heure des enthousiasmes et du lyrisme réunis était derrière nous.
Un spectre hante le Tour ; le spectre de la triche. De la triche en grand, qu’elle soit médicale ou mécanique, ce que le président de l’Union cycliste internationale, Brian Cookson, dit prendre «très au sérieux». Pas un suiveur n’échappe à ce genre d’évocation. Depuis la démonstration de Chris Froome à La Pierre-Saint-Martin, suivie de la publication d’une vidéo furtive sur sa montée au Ventoux, en 2013, la rumeur s’est emparée du maillot jaune. Elle ne le quittera plus, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, même une hypothétique défaillance serait désormais mise sur le compte d’un mauvais dosage ou d’un « désarmement » précipité. Appliquons au vélo une idée empruntée à Karl Marx: le passé pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Ce fameux «passé qui ne passe pas», faute d’avoir été vraiment analysé, déconstruit, repensé.
jeudi 16 juillet 2015
La Brigade du rire s’empare du Tour
Première grande étape
des Pyrénées, entre Pau et Cauterets (188 km). Victoire du Polonais Rafal
Majka. Chris Froome continue de se balader. Les rumeurs le concernant
alimentent la caravane. Même Lance Armstrong exprime des doutes…
Cauterets (Pyrénées-Atlantiques),
envoyé spécial.
La montagne d’ordinaire se prête à la poétisation des circonstances, plus rarement à leur soumission. Comme pour revisiter l’idée que le Tour ne dépend pas uniquement de ses champions, qu’il continue malgré tout de créer des mythologies et qu’il domine ceux qui l’incarnent. Il était environ 15h30, hier, quand le long vertige avec le silence des hauts-lieux débuta dans les lacets du mythique Tourmalet (HC, 17,1 km, à 7,3%), emprunté par La Mongie et placé juste après l’ascension du col d’Aspin (première cat.). Etait-ce dans ce curieux plaisir de la souffrance vue et acceptée qui provoquent le tremblement des corps sous l’épreuve d’une pédalée saccadée, que le chronicoeur tenta, en vain, d’oublier la «stupéfaction Froome» de la veille?
![]() |
| Chris Froome. |
La montagne d’ordinaire se prête à la poétisation des circonstances, plus rarement à leur soumission. Comme pour revisiter l’idée que le Tour ne dépend pas uniquement de ses champions, qu’il continue malgré tout de créer des mythologies et qu’il domine ceux qui l’incarnent. Il était environ 15h30, hier, quand le long vertige avec le silence des hauts-lieux débuta dans les lacets du mythique Tourmalet (HC, 17,1 km, à 7,3%), emprunté par La Mongie et placé juste après l’ascension du col d’Aspin (première cat.). Etait-ce dans ce curieux plaisir de la souffrance vue et acceptée qui provoquent le tremblement des corps sous l’épreuve d’une pédalée saccadée, que le chronicoeur tenta, en vain, d’oublier la «stupéfaction Froome» de la veille?
Chacun attendait la grande bataille, observant d’un coin de
l’œil le porteur du maillot jaune, dégingandé par sa carcasse voûtée dont
l’extrême maigreur, sous la peau diaphane, laisse une impression de fragilité
extrême. Las, nous n’assistâmes qu’à une course au train, une forme
d’escamotage du géant Tourmalet (un affront) par les principaux favoris. Exit Péraud,
Bardet, Pinot et consorts. Devant, il fallut attendre la montée terminale vers
Cauterets, (6,4 km à 5%) pour une impossible régalade. Victoire du Polonais
Rafal Majka, rescapé de l’échappée du matin. Et ballade de santé pour Chris
Froome, qui contrôla sans se forcer ses adversaires (Quitana et Contador),
reprenant même des secondes à Nibali dans le final. D’où la question :
pourra-t-il seulement être attaqué dans les jours qui viennent?
mercredi 15 juillet 2015
Ni hasard ni justice : Froome écrase le Tour
Le peloton a quitté
Tarbes vers La Pierre-Saint-Martin (167 km), mardi 14 juillet, sans l’Italien Ivan Basso, qui a
annoncé souffrir d’un cancer à un testicule. Première arrivée au sommet:
Christopher Froome gagne l’étape et fait le ménage.
La
Pierre-Saint-Martin (Hautes-Pyrénées), envoyé
spécial.
Le cancer frappe paraît-il au hasard ; n’y voir aucune justice immanente ; a priori. La caravane a quitté Tarbes, hier, en direction des Pyrénées tant redoutées, et les suiveurs avaient au fond du cœur autant d’empathie que de questions sans réponse. Un coureur manquait à l’appel, un Italien, Ivan Basso, 37 ans, ex-gloire des années Armstrong qui, à l’image de l’Américain, ruisselait jadis de bonheur et d’arrogance dans les exactions sans frein d’un cyclisme à la dérive. Vainqueur à deux reprises du Giro (2006 et 2010) et dauphin du Texan en 2005 sur le Tour, l’actuel capitaine de route d’Alberto Contador a donc annoncé qu’il souffrait d’un cancer à un testicule. Le mimétisme avec Armstrong – lui-même victime de cette maladie en 1996 qui faillit le faucher dans sa jeune vie –, avait de quoi troubler jusqu’aux plus incrédules d’entre-nous.
Lors d’une conférence de presse organisée durant la journée de repos, lundi à Pau, Ivan Basso, l’œil vif et la tête haute, a confirmé qu’il quittait l’épreuve, qu’il allait être opéré d’urgence avant de débuter un tout autre combat, le plus important de son existence. Flanqué d’un Alberto Contador en pleurs, Basso a expliqué qu’il avait ressenti une «vive douleur», conséquence d’une chute subie dans la cinquième étape.
«J’ai consulté un cancérologue de Pau, a-t-il confessé. C’est cette chute qui a déclenché la douleur. Il m’a surtout dit que sans cette chute et cette douleur, j’aurai peut-être attendu deux ans avant de savoir que j’avais un cancer. Il m’a dit: ‘’C’est quelque part une chance pour vous que vous soyez tombé car ce genre de cancer se guérit très bien s’il est pris à temps.» Les cyclistes affirment souvent qu’une chute n’est jamais le fruit du hasard, que la course s’effeuille comme une fleur solitaire, folle et pleine de sagesse quand elle égrène le meilleur et le pire. Le pire vient de survenir pour lui, bien qu’il ait déjà connu les affres du dopage lors de la fameuse affaire Puerto en 2006, l’un des plus grands scandales du cyclisme. Accusé «d'usage de substance ou de méthode dopante», il fut condamné par la justice italienne à deux ans de suspension. La tumeur dont il souffre désormais n’en serait qu’à un stade très précoce. Qu’on se le dise. Même un (ex?) tricheur assiégé par son corps en révolte ne mérite la sanction suprême de la maladie.
![]() |
| Ivan Basso. |
Le cancer frappe paraît-il au hasard ; n’y voir aucune justice immanente ; a priori. La caravane a quitté Tarbes, hier, en direction des Pyrénées tant redoutées, et les suiveurs avaient au fond du cœur autant d’empathie que de questions sans réponse. Un coureur manquait à l’appel, un Italien, Ivan Basso, 37 ans, ex-gloire des années Armstrong qui, à l’image de l’Américain, ruisselait jadis de bonheur et d’arrogance dans les exactions sans frein d’un cyclisme à la dérive. Vainqueur à deux reprises du Giro (2006 et 2010) et dauphin du Texan en 2005 sur le Tour, l’actuel capitaine de route d’Alberto Contador a donc annoncé qu’il souffrait d’un cancer à un testicule. Le mimétisme avec Armstrong – lui-même victime de cette maladie en 1996 qui faillit le faucher dans sa jeune vie –, avait de quoi troubler jusqu’aux plus incrédules d’entre-nous.
Lors d’une conférence de presse organisée durant la journée de repos, lundi à Pau, Ivan Basso, l’œil vif et la tête haute, a confirmé qu’il quittait l’épreuve, qu’il allait être opéré d’urgence avant de débuter un tout autre combat, le plus important de son existence. Flanqué d’un Alberto Contador en pleurs, Basso a expliqué qu’il avait ressenti une «vive douleur», conséquence d’une chute subie dans la cinquième étape.
«J’ai consulté un cancérologue de Pau, a-t-il confessé. C’est cette chute qui a déclenché la douleur. Il m’a surtout dit que sans cette chute et cette douleur, j’aurai peut-être attendu deux ans avant de savoir que j’avais un cancer. Il m’a dit: ‘’C’est quelque part une chance pour vous que vous soyez tombé car ce genre de cancer se guérit très bien s’il est pris à temps.» Les cyclistes affirment souvent qu’une chute n’est jamais le fruit du hasard, que la course s’effeuille comme une fleur solitaire, folle et pleine de sagesse quand elle égrène le meilleur et le pire. Le pire vient de survenir pour lui, bien qu’il ait déjà connu les affres du dopage lors de la fameuse affaire Puerto en 2006, l’un des plus grands scandales du cyclisme. Accusé «d'usage de substance ou de méthode dopante», il fut condamné par la justice italienne à deux ans de suspension. La tumeur dont il souffre désormais n’en serait qu’à un stade très précoce. Qu’on se le dise. Même un (ex?) tricheur assiégé par son corps en révolte ne mérite la sanction suprême de la maladie.
Hier, c’était donc 14 Juillet. Changement de décor, sous un
soleil harassant.
lundi 13 juillet 2015
Tour : de la chair bretonne, parole d’Hinault
Il y a trente ans, en juillet 1985, le Blaireau remportait son cinquième Tour. Durant trois jours, la Grande Boucle
a visité les terres bretonnes de son dernier vainqueur français. En éternel héros à la carrière tellurique.
Et la parole se fit chair. «Où que vous soyez ici, la mémoire du vélo s’impose à nous comme le vent, la pluie, la vie et la mort.» Ne dites surtout pas à Laouenan, un Breton de soixante-douze ans, qu’il accorde à l’espace mythique du Tour une importance telle qu’elle lui garantit une présence des esprits pouvant irriter tout rationaliste de Juillet. «Quand vous respirez le vélo, vous êtes la terre, la nature, les arbres et le feu.» Son regard scintilla d’un éclat noir dont la brillance intérieure n’appelait aucune contradiction. Lui croit savoir – mais a-t-il seulement tort? – que le capital symbolique du Tour donne encore à lire une certaine idée du genre, un résidu du rêve, une fabrique à ramener l’enfance. Plus qu’ailleurs sans doute, la structuration de la légende trouve une part de ses origines en Bretagne, terre dévolue à la gloire de la Petite Reine qui rend perceptible, sur un mode à la fois narratif et onirique, la grande idée de Michelet, héritière de la Révolution, selon laquelle la France est une personne. Quand le peuple du Tour, par les yeux et dans les cœurs, prend corps par l’intermédiaire des exploits pédalant de leurs pareils, hommes durs à la tâche. En Bretagne, cette France du Tour est aussi une personne. Elle porte même un nom, Bernard Hinault.
samedi 11 juillet 2015
En Bretagne, le Français Alexis Vuillermoz fait le Mûr
Entre Rennes et Mûr de
Bretagne, une étape longue de 181,5 kilomètres disputée samedi 11 juillet, le
Français Alexis Vuillermoz apporte à la France sa première victoire. Le premier
«positif» avait quitté le Tour la veille. Le jour où le sulfureux
docteur Mabuse faisait une curieuse apparition…
Le revoilà donc, ce Mûr de Bretagne, montagne façon ligne
droite sortie du granit de la Haute Cornouaille. Si le cyclisme a survécu à
toutes les proses de couleurs, celle de cette terre empierrée où le cyclisme est
devenu roi, a pris, samedi 11 juillet, toutes les teintes d’une fabuleuse haie
d’honneur. Une foule considérable de Bretons endiablés a accueilli l’arrivée de
la huitième étape, dans un final unique en son genre, une côte dressée tel un
mont qui offrait aux coureurs de quoi s’affronter à la dure sur deux kilomètres
d’une ascension sèche à 6,9% de moyenne. Le chronicoeur regarda donc cette
bagarre bercée d’antiques ondes de choc avec, à l’esprit, un (petit) avant-goût
des Pyrénées, que le peloton entamera dès mardi prochain après dix jours très
éprouvants.
vendredi 10 juillet 2015
Au Havre, le Tour a la fête qui tourne
Le Tchèque Zdenek Stybar remporte au sprint la sixième étape, jeudi 9 juillet, marquée par la chute du maillot jaune Tony Martin. Il franchira, grimaçant de douleur, l’arrivée au Havre, ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
«Pour le Tour de France, j’ai la fête qui tourne.» La force d’une formule symbolique comme lien sacré de la généalogie des mots accolés au vélo tient parfois du mystère. Ou du génie. C’était au kilomètre 160 de l’étape, à l’instant même où l’avant-garde du peloton allait entamer la côte du Tilleul, que le chronicœur, allez savoir pourquoi, repensa à ces mots d’Antoine Blondin (1) comme réponse aux interrogations d’un jour de juillet. Un œil sur le road-book, l’autre sur le paysage maritime qui déchirait l’horizon, cheveux au vent, nous revisitions la Côte normande dans sa sauvagerie ensorceleuse, si belle dans sa découpe façonnée par le lent travail des marées tempétueuses. De Dieppe au Havre, sur plus de cent vingt bornes, Blondin aurait adoré lécher la Manche du regard et juger à l’aune des coups de pédale la force d’une filiation de coureurs.
jeudi 9 juillet 2015
Tour: la Somme de mélancolies et de requiem
Au terme d’une cinquième étape pluvieuse, mercredi 8 juillet,
entre Arras et Amiens (189,5 km), l’Allemand André Greipel remporte le premier
sprint massif du Tour. Le Français Nasser Bouhani abandonne sur chute, avant
même de voir l'Historial de la Grande Guerre de Péronne.
Amiens (Nord), envoyé spécial.
En mélancolie cycliste, les jours de pluie et d’impression de froidure s’offrent aux méditations dignes d’un requiem. Hier matin, à Arras, avant de filer vers Amiens pour une étape plate comme le Pas-de-Calais et la Somme réunis (189,5 km), les suiveurs ont découvert un ciel si bas et si relâché qu’ils se sont demandé si les dieux du vélo n’avaient pas été exclus dans la nuit pour fait avéré de tricherie. A force de nous habituer à la canicule, la chute des températures étaient telles, environ treize degrés, qu’il devenait presque difficile de se projeter vers l’avenir. Les questions ne manquent pourtant pas, afin d’y voir plus clair sur le caractère de cette édition 2015.
Amiens (Nord), envoyé spécial.
En mélancolie cycliste, les jours de pluie et d’impression de froidure s’offrent aux méditations dignes d’un requiem. Hier matin, à Arras, avant de filer vers Amiens pour une étape plate comme le Pas-de-Calais et la Somme réunis (189,5 km), les suiveurs ont découvert un ciel si bas et si relâché qu’ils se sont demandé si les dieux du vélo n’avaient pas été exclus dans la nuit pour fait avéré de tricherie. A force de nous habituer à la canicule, la chute des températures étaient telles, environ treize degrés, qu’il devenait presque difficile de se projeter vers l’avenir. Les questions ne manquent pourtant pas, afin d’y voir plus clair sur le caractère de cette édition 2015.
mercredi 8 juillet 2015
Tour : les souffrances tiennent le haut du pavé
A l’issue d’une étape aux parfums de
Paris-Roubaix, disputée mardi 7 juillet entre Seraing et Cambrai (223,5 km), l’Allemand Tony
Martin gagne l’étape et prend le maillot jaune. Thibaut Pinot a encore perdu
trois minutes…
Cambrai (Nord), envoyé spécial.
Un ciel crémeux, faussement velouté, menaçant à tout instant de se charger de plomb. Un soupçon de vent que la lourdeur des terres meubles accompagne d’exhalaisons fugaces. Une ambiance de kermesse dispendieuse en cris d’amour, celui du peuple à l’heure de la bière, pour que la tenaille des souffrances à endurer enserre aussi les coureurs de la nécessité de la contemplation… C’était un jour peu ordinaire, en vérité, une traversée d’est en ouest pour la plus longue étape de cette édition, 223,5 kilomètres entre Seraing et Cambrai, avec comme fétiche une phrase qui a tourné en boucle dans nos véhicules, une phrase insignifiante en apparence mais qui s’apparente à un mauvais rite et gonfle d’orgueil le suiveur dans sa singularité: «Ca y est, nous sommes entrés en France!», l’air de suggérer sans vraiment oser le dire qu’il était temps.
Au kilomètre 140, les coureurs ont donc pénétré sur le territoire national. Au moins le cœur accompagnait cette procession traditionnelle, lorsque le Tour s’élance depuis l’étranger. Mélancolie historique autant que géographique, chaque Juillet recommencé condescend à cette francité insolente propre à la Grande Boucle, forte de l’exemplarité de ses coutumes. Le chronicoeur hélas n’échappe pas à la règle du genre. Ajoutons qu’il y avait dans l’air aussi ce petit rien qui encadrait la scène d’ambiance. Résumons-le d’un mot: grandiose. Oui, quelque chose de grandiose. Et d’électrique.
Cambrai (Nord), envoyé spécial.
Un ciel crémeux, faussement velouté, menaçant à tout instant de se charger de plomb. Un soupçon de vent que la lourdeur des terres meubles accompagne d’exhalaisons fugaces. Une ambiance de kermesse dispendieuse en cris d’amour, celui du peuple à l’heure de la bière, pour que la tenaille des souffrances à endurer enserre aussi les coureurs de la nécessité de la contemplation… C’était un jour peu ordinaire, en vérité, une traversée d’est en ouest pour la plus longue étape de cette édition, 223,5 kilomètres entre Seraing et Cambrai, avec comme fétiche une phrase qui a tourné en boucle dans nos véhicules, une phrase insignifiante en apparence mais qui s’apparente à un mauvais rite et gonfle d’orgueil le suiveur dans sa singularité: «Ca y est, nous sommes entrés en France!», l’air de suggérer sans vraiment oser le dire qu’il était temps.
Au kilomètre 140, les coureurs ont donc pénétré sur le territoire national. Au moins le cœur accompagnait cette procession traditionnelle, lorsque le Tour s’élance depuis l’étranger. Mélancolie historique autant que géographique, chaque Juillet recommencé condescend à cette francité insolente propre à la Grande Boucle, forte de l’exemplarité de ses coutumes. Le chronicoeur hélas n’échappe pas à la règle du genre. Ajoutons qu’il y avait dans l’air aussi ce petit rien qui encadrait la scène d’ambiance. Résumons-le d’un mot: grandiose. Oui, quelque chose de grandiose. Et d’électrique.
mardi 7 juillet 2015
Tour: les chemins de croix du mur de Huy
Au sommet du «chemin des Chapelles», lundi 6 juillet, victoire de l’Espagnol
Joaquim Rodriguez. L’Anglais Chris Froome s’empare du maillot jaune au terme d’une étape marquée par une gigantesque chute collective.
Un parfum de souvenirs ensuqués d’éblouissements, comme si nous agitions sans relâche nos yeux d’hier et d’avant-hier sur des lieux qui nous hantent, tels des fantômes taillés dans la pierre. Le Tour reste un exercice de visitation de la passion référencée par les lieux, particulièrement quand il honore les théâtres historiques du cyclisme, absorbé dans la tautologie topographique qui glorifie, presque autant que les coureurs, les valeurs du sol et de l’enracinement. Bienvenu sur les hauteurs de Huy, son fort, ses bateaux de croisière sur la Meuse encanaillée, ses musées et ses dernières bigotes vêtues de noir qu’honorent une fois l’an les héros de la Petite Reine lors d’une des deux classiques ardennaises, la Flèche Wallonne. Ici, les amoureux du genre en appellent au vélo comme patrimoine, comme valeur immanente qui réunifie l’espace et le temps. De quoi alimenter ce que l’amour a oublié dans l’amour. Le pèlerinage. La redécouverte.
lundi 6 juillet 2015
Tour: en mer du Nord, les fracas de la course au large
Entre Utrech et la province
de Zelande (166 km), dimanche 5 juillet, les favoris à la victoire finale sont entrés dans la bataille à la faveur
de la pluie et du vent. Belle opération pour Contador et Froome. Victoire pour Greipel.
Maillot jaune pour Cancellara.
Zelande – Neeltje Jans (Pays-Bas), envoyé spécial.
Déjà une impression de fracas. Un étrange sentiment de course au large rehaussé par les caprices de la météorologie locale, si changeante qu’elle vous rince sans prévenir. En arrivant d’Utrecht, d’est en ouest sans se retourner, la province de Zelande ressemble à ces dépaysements surréalistes que seules les aventures humaines de l’extrême offrent quelquefois. La Grande Boucle en est une. Imaginez un peu le décor. Autour de nous, à perte de vue, des landes de terre léchées par la mer du Nord que les vents mêlent à leur destinée incertaine. Des vagues d’une rare brutalité en cette saison, qui viennent s’échouer comme des bateaux ivres sur les barrières anti-tempêtes les plus vastes du monde, qualifiées de «huitième merveille du monde» et érigées sous le nom de code «plan Delta» à la suite des inondations historiques et dramatiques de 1953.
Penchés en avant pour se protéger des embruns et de la pluie mêlés, des spectateurs harnachés progressent dans le grand nulle-part pour se positionner au mieux. Une fille du cru nous lance un «Good luck!» ravageur. Les mouettes surexcitées braillent à s’en rincer le gosier. Quant aux odeurs de moules, elles diffusent dans l’air des sucs embusqués. Dans ce pays de contraire, vous avez devant vous un paysage qui coupe le souffle à force d’abaisser l’horizon.
Zelande – Neeltje Jans (Pays-Bas), envoyé spécial.
Déjà une impression de fracas. Un étrange sentiment de course au large rehaussé par les caprices de la météorologie locale, si changeante qu’elle vous rince sans prévenir. En arrivant d’Utrecht, d’est en ouest sans se retourner, la province de Zelande ressemble à ces dépaysements surréalistes que seules les aventures humaines de l’extrême offrent quelquefois. La Grande Boucle en est une. Imaginez un peu le décor. Autour de nous, à perte de vue, des landes de terre léchées par la mer du Nord que les vents mêlent à leur destinée incertaine. Des vagues d’une rare brutalité en cette saison, qui viennent s’échouer comme des bateaux ivres sur les barrières anti-tempêtes les plus vastes du monde, qualifiées de «huitième merveille du monde» et érigées sous le nom de code «plan Delta» à la suite des inondations historiques et dramatiques de 1953.
Penchés en avant pour se protéger des embruns et de la pluie mêlés, des spectateurs harnachés progressent dans le grand nulle-part pour se positionner au mieux. Une fille du cru nous lance un «Good luck!» ravageur. Les mouettes surexcitées braillent à s’en rincer le gosier. Quant aux odeurs de moules, elles diffusent dans l’air des sucs embusqués. Dans ce pays de contraire, vous avez devant vous un paysage qui coupe le souffle à force d’abaisser l’horizon.
samedi 4 juillet 2015
Le maillot jaune pour Dennis, celui de l’hypocrisie pour Astana
Le jeune Australien Rohan Dennis remporte le
contre-la-montre disputé à Utrecht. Dès le premier jour, l’équipe Astana est
empêtrée dans une affaire de dopage supposé…
Utrecht (Pays-Bas), envoyé spécial.
La foule semble ne faire qu’une et s’agite comme les figurants d’un décor d’opéra sur le jour clair, accablé de chaleur (jusqu’à 32°). La fournaise néerlandaise a quelque chose de réconfortant pour le chronicoeur, heureux de retrouver le cliquetis des vélos et le cul et les jambes des coureurs bientôt affutées avant trois semaines au long cours. Comme si le chaudron du Tour, bouillant de centaines de milliers de spectateurs massés sur le parcours du contre-la-montre ouvrant la 102e édition (13,8 km), diffusait une odeur de souffre propice à toutes les étincelles. Les meilleures. Ou les pires.
Débutons comme il se doit par
le pire. Disons plutôt: le presque pire. Avant même que le premier coureur
ne s’élance dans les rues d’Utrecht, samedi à 14 heures, l’équipe Astana du
tenant du titre (l’Italien Vincenzo Nibali) nous a rejoué, sans le vouloir
évidemment, mais pas vraiment contre son gré, l’un de ses sketches favoris. Comment
doper l’un de ses coureurs sans en avoir l’air et sans franchir les limites
tout en les franchissant! Essayons d’expliquer simplement et brièvement pourquoi
le coureur Néerlandais Lars Boom, l’un des principaux capitaines de route de
Nibali, s’est retrouvé en quelques heures au milieu de ce chaudron en ébullition.
Utrecht (Pays-Bas), envoyé spécial.
La foule semble ne faire qu’une et s’agite comme les figurants d’un décor d’opéra sur le jour clair, accablé de chaleur (jusqu’à 32°). La fournaise néerlandaise a quelque chose de réconfortant pour le chronicoeur, heureux de retrouver le cliquetis des vélos et le cul et les jambes des coureurs bientôt affutées avant trois semaines au long cours. Comme si le chaudron du Tour, bouillant de centaines de milliers de spectateurs massés sur le parcours du contre-la-montre ouvrant la 102e édition (13,8 km), diffusait une odeur de souffre propice à toutes les étincelles. Les meilleures. Ou les pires.
![]() |
| Lars Boom. |
vendredi 3 juillet 2015
Bernard Hinault, un héros français
C'était en juillet 1985. Et de cinq! De retour en jaune sur les Champs alors qu’il a failli tout perdre entre Toulouse et Luz-Ardiden, le «Blaireau», monstre de courage et de panache, avait refusé de rompre avec le fil de son histoire... Il se hissait au rang des plus grands cyclistes de tous les temps.
Il venait de se hisser plus haut que lui-même et d’abaisser la ligne d’horizon, et pourtant ce jour-là, au cœur du Paris de juillet, tout en bas des Champs-Élysées, sur un podium improvisé, venaient de s’atténuer les tempétuosités si hargneuses qui l’habitaient depuis toujours. La capitale était belle et rayonnante, le décor urbain avait pris les teintes tricolores que l’homme du jour ne renierait jamais, et devant cette bacchanale de sollicitations qu’il repoussait d’un geste du menton, comme un excès de fierté, le héros du cyclisme français, qui avait assis sa réputation et les lignes de son palmarès par un orgueil démesuré et un talent hors norme, décida de rester quasiment muet pour savourer intérieurement l’accomplissement total, scellé dans le crépuscule d’un âge d’or dont personne ne savait rien encore. Il appartenait désormais à l’histoire. À l’histoire seule.
Il venait de se hisser plus haut que lui-même et d’abaisser la ligne d’horizon, et pourtant ce jour-là, au cœur du Paris de juillet, tout en bas des Champs-Élysées, sur un podium improvisé, venaient de s’atténuer les tempétuosités si hargneuses qui l’habitaient depuis toujours. La capitale était belle et rayonnante, le décor urbain avait pris les teintes tricolores que l’homme du jour ne renierait jamais, et devant cette bacchanale de sollicitations qu’il repoussait d’un geste du menton, comme un excès de fierté, le héros du cyclisme français, qui avait assis sa réputation et les lignes de son palmarès par un orgueil démesuré et un talent hors norme, décida de rester quasiment muet pour savourer intérieurement l’accomplissement total, scellé dans le crépuscule d’un âge d’or dont personne ne savait rien encore. Il appartenait désormais à l’histoire. À l’histoire seule.
Ce 21 juillet 1985, Bernard Hinault, dans la plénitude de ses 30 ans bientôt révolus, enfilait le dernier maillot jaune au terme de l’ultime étape. Il venait de remporter son cinquième Tour de France. La planète vélo n’avait d’yeux que pour lui. Des yeux lumineux, frénétiques et incontrôlables, où se lisaient l’admiration et l’émotion mêlées. Il y avait de quoi: cinq Grandes Boucles à son actif –ce qui le propulsait au niveau du grand Jacques Anquetil et d’un certain Cannibale–, auxquels il convenait d’ajouter trois Tours d’Italie, deux Tours d’Espagne, trois Dauphiné Libéré, un Tour de Romandie, un titre de champion du monde, deux Liège-Bastogne-Liège, un Paris-Roubaix, deux Tours de Lombardie, et tant d’autres exploits que des livres entiers ne suffiraient pas à les narrer dans leurs exactitudes. Plus de 200 victoires en 10 ans et un goût immodéré pour l’écrasement des adversaires, qu’il laissait souvent brisés sous ses roues. Un gagnant de la race des seigneurs, que seul le Belge Eddy Merckx, bardé d’un palmarès invaincu et inatteignable, lui conteste encore au panthéon du sport. Merckx le plus grand? Pourquoi pas. Hinault le plus impressionnant? Une évidence.
jeudi 2 juillet 2015
Pays-Bas: au pays du vélo, le Tour se sent comme chez lui
La ville d’Utrecht a
déboursé la somme record de 6 millions d’euros pour s’offrir le Grand Départ et
ainsi profiter du rayonnement de la plus belle course cycliste du monde. Le
profil de la 102e édition s’annonce grandiose.
Utrecht (Pays-Bas), envoyé spécial.
La fournaise n’annonce pas toujours le pire. «Quand l’extrême chaleur s’invite au départ d’un Tour de France, c’est toujours la marque des grandes années, une bénédiction des cieux!» Le légendaire Cyrille Guimard, revenant d’un footing matinal par plus de trente degrés à l’ombre, s’anime déjà comme un théâtre ambulant et prédit «l’enfer pour les coureurs, le paradis pour les suiveurs… et pour les autres, c’est leur problème». Les températures harassantes écrasent Utrecht mais le grand barnum du Tour, installé dans un gigantesque et luxuriant Parc des expositions, ne fonctionne pas au ralentit contrairement à la population locale, si peu habituée au climat saharien qu’elle semble fléchir sous le poids de l’air saturé. «Ah! le Tour, le Tour… vive le Tour!» Toutes les bouches irradient de bonheur. Pensez donc, inscrire le nom de la ville des Traités Louis-quatorzien dans l’histoire du cyclisme, ça vaut toutes les promotions! C’est un peu comme si chaque habitant se devait de justifier les six millions d’euros –un record– déboursés par la communauté d’agglomération pour accueillir ce Grand Départ. Peu importe le prix, le Tour est un soleil autour duquel il convient de tourner.
Utrecht (Pays-Bas), envoyé spécial.
La fournaise n’annonce pas toujours le pire. «Quand l’extrême chaleur s’invite au départ d’un Tour de France, c’est toujours la marque des grandes années, une bénédiction des cieux!» Le légendaire Cyrille Guimard, revenant d’un footing matinal par plus de trente degrés à l’ombre, s’anime déjà comme un théâtre ambulant et prédit «l’enfer pour les coureurs, le paradis pour les suiveurs… et pour les autres, c’est leur problème». Les températures harassantes écrasent Utrecht mais le grand barnum du Tour, installé dans un gigantesque et luxuriant Parc des expositions, ne fonctionne pas au ralentit contrairement à la population locale, si peu habituée au climat saharien qu’elle semble fléchir sous le poids de l’air saturé. «Ah! le Tour, le Tour… vive le Tour!» Toutes les bouches irradient de bonheur. Pensez donc, inscrire le nom de la ville des Traités Louis-quatorzien dans l’histoire du cyclisme, ça vaut toutes les promotions! C’est un peu comme si chaque habitant se devait de justifier les six millions d’euros –un record– déboursés par la communauté d’agglomération pour accueillir ce Grand Départ. Peu importe le prix, le Tour est un soleil autour duquel il convient de tourner.
Inscription à :
Commentaires (Atom)


























