dimanche 4 juillet 2010

Tour : maintenant, même les vélos sont contrôlés…

Depuis Bruxelles (Belgique).
Vous avez peut-être suivi les dernières évolutions du buzz qui, depuis deux mois, maintient Radio Peloton sur la plus haute des fréquences. Toute la famille du vélo est en effet partagée en deux catégories irréconciliables. Il y a ceux qui pensent dur comme fer que le Suisse Fabian Cancellara a bel et bien triché lors des classiques de printemps en utilisant un vélo muni d’une pile électrique permettant d’augmenter, sans forcer, la puissance de sa fréquence de pédalage. Et il y a ceux qui, décidément, ne peuvent imaginer qu’une telle tricherie soit possible. Cancellara n'a-t-il pas gagné le prologue, samedi, à la seule force de son jarret?

Je vous dois la vérité. Pour ce qui me concerne, je n’en sais strictement rien. Et si la rumeur est revenue à mes oreilles trois jours après Paris-Roubaix (donc bien après le Tour de Flandres), sur le moment, je m’étais dit en toute sincérité: «Et pourquoi pas ? Ils ne sont plus à ça prêt.» La personnalité pour le moins controversée de Cancellara y est aussi pour beaucoup: le Suisse fut «pisté» par l’UCI et traqué par les douaniers, à l’hiver 2009, en raison de paramètres sanguins anormaux découverts semble-t-il à la lecture de son passeport biologique. Alors…

Alors ? Vélo électrique ou pas ? Au moins, sur le Tour, l’épreuve de prestige sans laquelle le cyclisme ne serait pas grand-chose, l’affaire semble entendue. Les directeurs sportifs ont appris la veille du départ de Rotterdam que l’UCI venait de mettre en place son processus de contrôle des vélos, grâce à l’usage d’un scanner prévu à cet effet et qui ressemble, paraît-il, à ceux utilisés dans les aéroports. Vous avez bien lu: maintenant, même les vélos sont contrôlés...

«C’est le jury des commissaires qui décidera quels vélos seront testés suivant ce qui se passe en course, une performance exceptionnelle, un changement de vélo étrange par exemple», explique le président du jury. L’éventuelle fraude signifiera la mise hors course du coureur.

Au passage, il n’est pas inutile de noter que certains ne changeront décidément jamais. A propos de cette supposée tricherie avec une «arme technologique», n'oublions jamais les mots de Patrick Lefevere, le patron de l’équipe belge Quick-Step: «Si tout cela est vrai, c’est pire que la drogue.» A la place du mot «drogue», lisez évidemment «dopage» (trop difficile à dire pour lui). De même, l’ami Raphaël Géminiani, alias le «Grand Fusil», l’ancien coureur que l’on sait et directeur sportif du grand Jacques (Anquetil), n’a rien trouvé de mieux que de dire (à l’Equipe): «Si cette tricherie est avérée, alors c’est la mort du vélo.» Nous pardonnerons à Gem. Parce que c'est Gem...

Mais vous avez compris ce que ces mots et ces déclarations sous-tendent (il y en a bien d'autres exemples du même bois). Le dopage, bon, ça a toujours existé et après tout, pourquoi pas ; que la santé des coursiers soient en jeu, c'est une vieille habitude... Par contre, imaginer une quelconque assistance mécanique, non, décidément c'est impossible, sous peine d'être envoyé dans les catacombes du grand Livre cycliste! Comme si l'affaire, pas même avérée, était plus «grave» (je ne dis pas que ce serait pas grave) que des piquouses administrées la nuit dans des chambres d’hôtels glauques qui puent le sang séché, plus «grave» que la mort de Pantani, plus «grave» que le sort des sacrifiés sur l'autel des résultats, parmi lesquels les ex-maillots jaunes ne manquent pas...

Je ne sais ce que vous en pensez, mais moi, je trouve que quelque-chose ne tourne décidément pas rond. Non ?

(A plus tard…)

5 commentaires:

Jérôme a dit…

J'apprécie que vous mettiez en exergue (ce qui est extrêmement rare dans le milieu journalistique) des propos de certains grands pontes du cyclisme en général, et du Tour de France en particulier, en prenant l'exemple de cette polémique du vélo "électrique". Ceux de Mr Lefevere, lu il y a quelques semaines, m'avaient laissé un sentiment étrange sur cette comparaison entre mécanique et sanguin : il ose le faire (cynisme ou décalage avec la réalité?)

Au plaisir de vous lire,

Continuez Mr Ducoin

Loïc a dit…

A propos de Cancellara et dans le genre "quelque chose ne tourne pas rond" : l'attitude scandaleuse du peloton à l'arrivée aujourd'hui. Depuis quand on ne sprinte pas quand il pleut ? En quoi la descente de la côte de Stockeu est-elle particulièrement dangereuse ? Liège-Bastogne-Liège l'a emprunté des dizaines de fois ! Ceux qui ne sont pas content n'ont qu'à rouler moins vite ou être devant ! Ou faire du Tour du Qatar leur objectif de la saison : là-bas, ils ne risquent pas de glisser sur une route sinueuse ! Et les journalistes qui parlent de l'esprit chevaleresque du suisse... On croit rêver ! Comme s'il avait le choix, d'attendre ou pas Andy Schleck ! L'Esprit chevaleresque, c'est Merckx, souffrant, qui n'abandonne pas le Tour 75 pour ne pas dévaloriser la victoire de Thévenet ! Là, c'est tout le contraire : et comme par hasard, ça tombe sur un Français...

Jean-Baptiste a dit…

Il faut vraiment être stupide pour croire qu’un bon nombre d’êtres humains n’est pas capable de rouler à plus de 40 km/h en vélo et qu’un nombre plus réduit n’est pas capable de rouler à plus de 50 km/h.
Ces gens qui critiquent la vitesse des coureurs n’ont aucune culture sportive (cycliste) alors qu’ils se taisent au lieu de raconter des bêtises.
Même des pépés de 70 ans roulent à 35 km/h le dimanche matin. C’est que quand on passe son temps à faire du gras au resto, on ne peut ni comprendre, ni faire pareil.

Anonyme a dit…

Perso, je suis de ceux qui considèrent le dopage mécanique comme bien plus grave que le dopage médical.

Le dopage médical est un problème centenaire, qui a existé bien avant Garin. Mais au moins, même "aidé" par des médicaments, des stimulants ou des liquides, c'est quand même l'organisme du coureur qui fait avancer le vélo...même dans des cas de supercherie extrême, genre Riis, Armstrong.

Dans le cas de Cancellara, c'est le sommet du foutage de gueule. Selon Franck Schleck, il était hors de forme au début des classiques, avant de ridiculiser le peloton dans les flandriennes.. Sur la partie difficile du Mur de Grammont, le site cyclismag a chronométré Cancellara en 19", contre un excellent 24" pour Boonen, temps record ( hors Cancellara ) de ces dernières saisons..

immo a dit…

Cela parait étonnant, des vélos dotés d'un tel système. Ce serait effectivement inquiétant. Mais, il n' y a pas eu de véritable échos depuis.