jeudi 16 février 2017

Populaire(s)

Il y a dix ans, lors des révoltes de 2005, le regretté sociologue Robert Castel évoquait déjà  la «discrimination négative» dont sont victimes les jeunes héritiers de l’immigration, assignés à résidence, victimes d’un combat de classes à sens unique.
 
Différenciation. Certaines violences policières disent beaucoup de choses de l’état d’un pays. Comment qualifier le nôtre et l’ici-maintenant que nous traversons, à la lumière des événements qui secouent quelques quartiers populaires depuis quinze jours, depuis qu’un jeune homme a subi ce que nous savons? Les appels au calme, certes indispensables, appuyés par les déclarations de Théo lui-même – «Soyons unis, stop à la guerre» –, suffiront-ils à apaiser les vives tensions qui resurgissent périodiquement et posent sur chacun d’entre nous un miroir grossissant? Tellement d’ailleurs que prêcher un catéchisme républicain ne suffit plus, désormais, à résorber une fracture d’autant plus profonde qu’elle porte atteinte précisément aux ferments républicains. Soyons clairs, et ce n’est pas faute de le répéter dans les colonnes du journal de Jaurès, depuis si longtemps que nos plumes semblent comme asséchées par la répétition: jamais la République, dans l’exercice de sa puissance contemporaine, n’a autant délaissé et/ou humilié ses enfants les plus démunis. Le pacte social s’est non seulement délité, mais qu’en reste-t-il vraiment dans les zones les plus paupérisées, là où la simple survie devient une tâche quotidienne et bouche l’horizon? Si la République –par le truchement des représentants missionnés par l’État– ne passe plus dans les quartiers populaires, où passera-t-elle encore? Que devient, que deviendra la dignité des plus faibles? Voici donc un cas de plus, emblématique, éloquent. Un cas de trop. Tout cela à quelques semaines d’une échéance électorale majeure, alors que les grands médias et la plupart des candidats oublient l’«égalité» de nos frontons et résument la vie des quartiers à des «zones de non-droit» et leurs jeunes habitants à des «racailles» à éradiquer, fussent-ils en colère et que ce soit légitime ou non: disproportionné souvent, parfois absurde et contre-productif. Et alors? Ces citoyens-là se sentent-ils traités à parité, comme des semblables, indépendamment de leur origine sociale ou géographique ? 
 

mardi 14 février 2017

Macron, l'homme de main


«Tout commence en mystique et finit en politique», disait Péguy. Au moins tiendrons-nous la citation pour une prophétie. Quand le mystique Macron passera vraiment à la politique, c’en sera fini!

Pour un peu, même en le relisant cent fois, on pourrait ne pas le croire… Parlant de la campagne électorale, à quelques semaines de la présidentielle, le candidat Emmanuel Macron affirme donc que «c’est une erreur de penser que le programme est le cœur». Les propos de Macron-la-finance sont tellement édifiants et hallucinants qu’ils devraient le disqualifier sine die. Loin des yeux, loin du cœur. Sans doute loin de l’esprit aussi. Puisque, selon lui, «la politique c’est un style» et «une magie» (sic), puisque «la politique, c’est mystique», sans doute connaît-il ses classiques: «Tout commence en mystique et finit en politique», disait Péguy, qui a connu des plagiats bien meilleurs. Au moins tiendrons-nous la citation pour une prophétie. Quand le mystique passera vraiment à la politique, c’en sera fini! Car soyons sérieux deux minutes. Passé au laminoir de ses idées et – pardon – de ce qu’il est fondamentalement, Macron a tout de la créature d’un système à bout de souffle, alors que les médias dominants nous le présentent du matin au soir comme le candidat «antisystème».

Pourtant, qu’incarne-t-il d’autre que le cœur du réacteur? Il le revendique d’ailleurs, par ses manières affirmées de vouloir «façonner un capitalisme à l’image de nos ambitions». Quelles ambitions? Énarque, banquier d’affaires, conseiller de François Hollande, ministre de l’Économie, militant de l’ubérisation la plus sauvage et de la loi catastrophique qui porte son nom, Macron n’a rien du qualificatif «progressiste» dont il s’affuble en braillant, encore moins du vocable de «révolution», comme l’affirme le titre de son livre. Comment ne pas croire que le plan de com, si grossier, n’explosera pas bientôt en rase-mottes? Macron, c’est le relookage d’un quinquennat de hautes trahisons dont la justice de classe s’est déjà emparée pour l’histoire. Oui, un relookage en vue d’un prolongement politique inespéré pour tous les libéraux et leurs ultras. Qu’on ne se trompe pas. Beaucoup de nos puissants – à droite comme à gôche – ne l’ont pas choisi au hasard. Il est l’homme de main de l’ordre établi, son meilleur manche à air, pour parachever la conversion du pays au libéralisme total. 

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 14 février 2017.]

mercredi 8 février 2017

Hommage à Roger Walkowiak

L’ancien vainqueur du Tour de France 1956 s’est éteint, à l’âge de 89 ans. Voici un extrait de mon livre, « Tour de France, une belle histoire ? » (éditions Michel de Maule, 2008), où j’évoquait la figure du cycliste.

 
VERBATIM :
 
Et le monde ouvrier?, me direz-vous. Où se situe-t-il dans le ventre-mou de ce demi-siècle de reconstruction, bientôt appelé les Trente Glorieuses? Nous croyons trouver une réponse indirecte, en 1956. Le 11 juillet très exactement. L’étape du Tour, la septième, s’élance de Lorient et file vers Angers. Darrigade porte le paletot jaune, mais, allez savoir pourquoi, le peloton vagabonde plus que de nature. Bercé par le vent d’ouest, les leaders laissent se déployer une échappée anodine composée de 31 coureurs. Cette échappée fleuve, qui prend forme sur les bords de Loire, deviendra tout simplement l’une des plus célèbres de l’histoire.
 
L’avance se stabilise d’abord, aux alentours des 5 minutes après 160 kilomètres. Puis, en progressant vers la capitale d’Anjou, sans méfiance collective particulière, comme si le peloton n’était pas à une minute près au regard des étapes de montagne à venir, le temps s’écoule soudain moins lentement. Et puis dangereusement. A l’arrivée, le chronomètre indique près de 19 minutes de retard. Darrigade, Gaul, Bahamontes sont – temporairement pense-t-on – distancés. Et à qui le maillot jaune? A un inconnu? Pas vraiment: Roger Walkowiak.
 
Au départ de ce Tour (1), Walko n’était pas l’un des favoris mais entretenait déjà un certain mystère. A ses débuts, on le compare à Bobet, avec lequel d’ailleurs il rivalise fréquemment. Il fait partie d’une équipe régionale (le Nord-Est-Centre), il court sous les couleurs de la marque Géminiani/Saint-Raphaël, il compte sur son équipier Deledda, il a la sympathie des autres régionaux comme Lauredi et Dotto, il a une tête toute ronde, des cheveux bouclés… mais c’est un émotif invétéré, un «faible» pensent certains. C’est mal connaître ce fils d’immigré polonais (2), un ancien mineur venu s’installer dans le Bourbonnais. Jacques Goddet raconte: «Le soir, Walko pose son maillot jaune sur son lit et verse quelques larmes.»
 

lundi 6 février 2017

Légitime(s)

La France a besoin d’une rupture à gauche d’une ampleur sans précédent.
 
Rêve. Dans sa chronique hebdomadaire donnée à Libération, intitulée «Médiatiques», Daniel Schneidermann n’avait pas tort, cette semaine. «Un intrus s’est glissé sur les plateaux de la politique continue: le rêve. (…) Au début, l’éditocratie dominante, prise de court, ne se montre pas hostile. Comment pourrait-on s’opposer au rêve? (…) Mais voici que Hamon franchit en tête le premier tour de la primaire. Alors là, ce n’est plus drôle du tout. Rendez-nous nos cauchemars préférés, la dette et le terrorisme!» En quelques mots, tout est dit. Et plutôt bien vu. Même s’il conclut ainsi, comme un pied de nez qu’on ne saurait lui reprocher: «Ce n’est pas Bakounine, Hamon. Ce n’est pas Lénine. On ne sait pas s’il faut y croire, à son rêve. Peut-être qu’on sent bien, au fond, qu’il faudra se réveiller un jour.» Le moment politique actuel s’avère tellement imprévisible, à la limite d’une séquence pré-insurrectionnelle, pensent certains, que, dans un journal comme l’Humanité, Benoît Hamon nous intéresse, sans parler d’une partie de son discours «culturel», qui ne peut pas nous laisser indifférents. Il nous intéresse d’autant plus que son succès «dit» quelque chose qui n’a rien d’anecdotique, et qui, admettons-le, ne se mesure pas uniquement au nombre de voix. Comme l’a écrit Jean-Luc Mélenchon au lendemain du second tour de la primaire: «Le fait n’est donc plus la primaire mais ce qui s’exprime à travers elle.» Pour le signifier autrement, comment ne pas se réjouir de la volonté d’une partie de la gauche non seulement d’avoir sorti sans ménagement les sortants, responsables de la catastrophe du quinquennat, mais également d’avoir voulu, consciemment ou non, se ressourcer à gauche après une trop longue période d’égarement idéologique? D’ailleurs, à bien y réfléchir, le «rêve» a-t-il vraiment un rapport avec cette situation? Réenchanter la gauche, la vraie gauche, cela ne serait-il qu’un songe?
 

lundi 30 janvier 2017

Maturation en cours...

Après la primaire socialiste, voyons bien le phénomène de maturation en cours et à quel point cela donne du crédit et de la force à ceux, tous ceux, qui ont construit des contenus alternatifs crédibles et donnent de la cohérence, depuis longtemps, à ce qu’ils proposent.
 
On pensera ce qu’on voudra de Benoît Hamon et de la primaire, dont il vient de sortir large vainqueur, mais au moins une chose est sûre désormais. L’instinct de survie «de gauche» des militants socialistes nous dit quelque chose d’assez fondamental sur le moment politique. Et singulièrement sur le peuple de gauche lui-même. Car cette victoire, aussi inattendue pouvait-elle paraître il y a deux mois encore, marque non seulement une volonté de rupture brutale avec le hollandisme et le vallsisme, mais, surtout, elle installe dans le débat plus global des propositions supplémentaires pour une véritable alternative. Analysons donc la situation au plus près de sa réalité et mesurons le chemin parcouru au fil du quinquennat. Si ce vote est une bonne nouvelle pour la gauche tout entière, allons déjà plus loin. Au cœur de ce grand chamboule-tout, que Jean-Luc Mélenchon nomme à juste titre le «dégagisme», il nous reste prioritairement à observer ce qui constitue sans doute la principale leçon des dernières semaines: le besoin de vraie gauche est là, tellement là que beaucoup de libéraux de droite comme de gôche prennent peur. Ils doivent pourtant s’habituer à l’idée. La gauche de transformation sociale pèse beaucoup plus lourd que certains ne l’imaginaient. Peut-être nous-mêmes, c’est dire…
 

vendredi 27 janvier 2017

Primaire(s)

Le besoin de (vraie) gauche est là, probant, réel et concret.

Instinct. «Je vais y aller… voter. Il faut virer Valls du paysage. Bref, je vais faire mon devoir… mais ne me demandez pas, en plus, de montrer de l’enthousiasme!» Il était environ seize heures, dimanche dernier, dans un grand hôpital proche de Paris. La chef d’un des services les plus importants du quatorzième étage enfilait son manteau en maugréant, harassée par les gardes du week-end et passablement énervée par les conditions de travail de ses infirmières en néphrologie. «Tout se dégrade, si vite, répétait-elle. Combien de temps leur faudra-t-il, à tous, pour qu’ils en prennent conscience?» Même pas quarante ans, des énigmes posées sur ses blessures quotidiennes qu’elle affirme «ne jamais parvenir à relativiser», elle réclamait, ce jour-là, «de la raison et de l’intelligence» pour «remettre les socialistes à gauche», eux «qui ont tout oublié en un quinquennat». Dans le vaste couloir, elle épousseta son pardessus d’un geste lent, se retourna: «À vous, je peux le dire, j’ai choisi Hamon, le plus humain des candidats, mais je ne suis pas sûre de voter PS au premier tour dans trois mois.» Pris isolément, le cas de cette toubib ultra-spécialisée peut paraître anodin. Quelque chose dans ses mots, néanmoins, ici et en ce lieu, témoignait comme d’un instinct de survie. Pas seulement d’un ras-le-bol ou d’un geste en l’air qui ne servirait à rien. Non, nous parlons bien là d’un instinct de survie assez fondamental qu’il convient de regarder lucidement pour ce qu’il vaut: celui de celles et ceux pour qui une gauche ferme sur ses valeurs a encore un sens, malgré tout.
 
Oublieux. Donc, la voilà, cette fracture ouverte au Parti socialiste. Doit-on s’en étonner? Les électeurs qui se sont mobilisés ont ainsi donné une majorité claire et nette aux frondeurs ou supposés tels, ceux qui en tout cas ont contesté de plus en plus vigoureusement l’action du gouvernement et de Normal Ier depuis trois ans. Chacun l’aura compris, la seconde place de l’ex-premier sinistre symbolise l’ampleur de cette sanction – à condition qu’elle soit confirmée sinon amplifiée, ce dimanche.

jeudi 19 janvier 2017

Résistance(s)

À gauche, l’hégémonie du PS est aujourd’hui anéantie. Qui prendra la relève?

Crises. Vous sentez-vous encore courageux, impétueux, portés par des énergies titanesques, prêts à vous aventurer dans les plus profonds et dangereux labyrinthes d’une société sens dessus dessous, si martelée par les incontinences verbales et les concepts idéologiques foireux, qu’il est temps de ne plus céder de terrain, quoi qu’il nous en coûte? Puisque les logiques de capitulation sont à l’œuvre et nient jusqu’à l’existence même du conflit historique entre le travail et le capital, puisque la sauvagerie du libéralisme atteint toutes les sphères de nos vies, de nos esprits, il nous revient de mettre de la Résistance et de l’invention dans tous nos actes et paroles. Au moins pour une raison: nous traversons une période tellement inédite, qui multiplie les crises (crise de civilisation, crise économico-globalisante, crise morale, crise sociale, crise de projection en l’avenir, crises symboliques, crise de représentation, etc.), que nulle expérience dans le passé récent ou lointain ne peut nous servir de point de repère unique, encore moins de modèle. Regardons froidement l’évolution du Parti socialiste (nous ne parlons pas là de tous les socialistes). Le quinquennat qui s’achève aura été marqué, de bout en bout, par un fait politique majeur qui perturbe toute la tradition de la gauche française, même si nous ne nous faisions aucune illusion. Pour résumer, jusqu’à l’élection de Normal Ier, le PS et les sociaux-démocrates infléchissaient régulièrement leur doctrine économique et sociale vers les canons libéraux, sans assumer pour autant les dogmes «sociaux»-libéraux des Britanniques ou des Allemands. Souvenons-nous que Lionel Jospin, alors premier ministre, usait d’une formule: «Oui à l’économie de marché, non à la société de marché.» Chacun se contentait de ce modus vivendi bien commode qui avait le désavantage de ne rien trancher sur le fond concernant la question sociale. Nous avons vu, depuis, que cette période s’est achevée dans la brutalité des choix économiques de l’hôte passager de l’Élysée. Normal Ier a en effet théorisé et mis en pratique «sa» cohérence sociale-libérale et ordolibérale, caractérisée par deux idées majeures: la baisse des déficits publics et la baisse du «coût» du travail. Le tout articulé à partir de deux autres logiques: l’austérité à tous les étages et l’ordre pseudo-républicain (renforcé par la lutte contre le terrorisme). Cette politique pleinement endossée par le pouvoir socialiste a conduit immanquablement le peuple de gauche et la gauche tout entière dans le mur. À un détail près.

dimanche 15 janvier 2017

2017: notre boussole

Les socialistes ont tellement peur de Jean-Luc Mélenchon et des forces qui le soutiennent – ils ont raison – qu’ils ne savent plus où ils habitent, ni sur qui braquer leurs regards.
 
Chaque jour un peu plus, un état de panique parcourt le Parti socialiste, partagé, pour ne pas dire écartelé, entre le débat des primaires, qui devrait être un temps de controverses intenses, et l’héritage en négatif du quinquennat, si lourd, pour le moins, qu’il pèse comme un sépulcre sur la plupart des protagonistes. Loi Macron, loi travail, Cice, etc., aucun des dispositifs importants des gouvernements de François Hollande ne résiste à une vraie critique de gauche. D’ailleurs, la crédibilité de la parole publique en période de campagne électorale devient, inévitablement, un sujet central. Car, tout de même ! Comment réagir quand Manuel Valls déclare au journal le Monde de ce week-end: «Je pense que le libéralisme économique n’est pas la réponse à la situation de la France.» Convient-il de se réjouir de cette lucidité soudaine? Ou de s’inquiéter de son amnésie caractérisée? Que penser encore des propos de Ségolène Royal, qui affirmait, hier, dans le JDD: «Il n’y avait pas de conflit entre François Hollande et Emmanuel Macron.» Simple figure de style? Ou, déjà, une préposture de possible ralliement au candidat d’En marche!, sachant qu’elle ajoute ces phrases énigmatiques: «Il faut tenir des discours positifs. Emmanuel regarde vers le futur.» Les socialistes ont tellement peur de Jean-Luc Mélenchon et des forces qui le soutiennent – ils ont raison – qu’ils ne savent plus où ils habitent, ni sur qui braquer leurs regards. Après la désignation de leur candidat, tous les scénarios restent envisageables.
 

vendredi 13 janvier 2017

Saint-Denis, mon amour et ma colère

Voici l'article de Caroline Constant, publié dans l'Humanité du 12 janvier 2017 et consacré à la sortie de mon nouveau roman : 
... 
 
Saint-Denis, mon amour et ma colère
Jean-Emmanuel Ducoin a pris sa ville comme cadre de son nouveau roman. Un livre qui chamboule les idées reçues et vendues par certains médias.
 
Rue de la République,  
roman de Jean-Emmanuel Ducoin.
Éditions Anne Carrière.
380 pages, 19 euros.
 
La rue de la République, à Saint-Denis, est une artère centrale de la ville. Elle trace une ligne droite entre deux églises, la basilique de Saint-Denis et l’Église-Neuve. C’est une rue très commerçante, et très passante, puisqu’entre le métro et la gare elle draine, chaque jour, des milliers de voyageurs. La rue de la République est devenue tristement célèbre, le 18 novembre 2015, lorsque le sinistre Abaaoud et ses complices ont été délogés par le Raid. Jean-Emmanuel Ducoin, qui vit à Saint-Denis, y a situé le cadre de son nouveau roman, Rue de la République, qui se situe, justement, en partie au moment des événements qui ont secoué la France et la ville, le 13 et le 18 novembre 2015.  
 
Loin des clichés éculés sur la Seine-Saint-Denis, loin des réquisitoires, loin des amalgames, son roman met en scène les habitants de cette ville. Dans leurs détresses et leurs forces. On appréciera aussi les clins d’œil et les digressions sur l’écriture et le journalisme de Paul Kerjean, journaliste à Lumières, et dont les locaux se situent rue Jean-Jaurès, où notre journal, l’Humanité a siégé de 1989 à 2008.
 
Rue de la République, habite donc Aminata Bakayoko, mère de deux enfants, qui vit dans un taudis, et bosse chez Orange comme femme de ménage. Aminata découvre un matin le corps sans vie, pendu, d’un cadre de la compagnie de télécommunications et époux de la directrice de cabinet du maire, Emmanuelle Dayet. Lorsque le commissaire Jean Valmy apprend à Emmanuelle le suicide de son époux, celle-ci se tourne vers son ancien amant, Paul Kerjean. Rue de la Rép, comme on dit à Saint-Denis, vivent aussi Mohamed et Malika : il est une graine de champion de boxe, elle est au chômage. Les destins de ces personnages vont se croiser, s’entrecroiser, se mêler.
 

Conduite(s)

Que faut-il pour que le peuple de l’Abîme se dresse enfin ?
 
Solitude. Le déboussolé de gauche – quoique ferme sur ses bases – continue d’écarquiller les yeux. Comme si le temps ne s’était pas vraiment écoulé. Comme si quelque chose l’avait distendu. Comme si le déboussolé en question, pourtant jamais avare de débats et de disputes, avait simplement vieilli hors de ce temps consumé. Le philosophe et médiologue Régis Debray écrivait dès 2012: «La gauche, sans faire le détail de ses tribus et avec tous ses aggiornamentos, a dans son ADN un pacte avec la durée, parce qu’elle est “transmission”, transport d’une information rare le long du temps.» Combien de vies brûlées! Le fagot reste posé là, l’énigme toujours vivante. Les désillusions et l’espoir côte à côte. Histoire de colères. Mais avec une seule ligne de conduite: ne jamais avoir honte d’être des héritiers par l’esprit et les idées – puisque c’est bien cela qui nous fait homme. Face à la gôche qui a entériné la disparition des humanités, des classiques, des chronologies et de l’histoire elle-même, en avalisant le sacre de l’homo œconomicus et l’extension de la norme marchande à toutes les activités humaines, y compris les gratuites, il ne suffit plus d’un examen d’émotion pour retisser les liens sacrés avec le peuple. Creuser la terre et les consciences, c’est aussi creuser la langue. Convaincre, tout en déchiffrant nos propres mystères, n’est pas une mince affaire dans les dédales de nos meurtrissures, quand la solitude nous incite à reculer en nous-mêmes. Toutefois nous croyons encore aux passerelles invisibles qui atteignent d’autres horizons, par l’ardeur du combat et de l’action qui nous offrent une perspective. Nous y sommes. 

lundi 9 janvier 2017

Les mots

La stratégie illusionniste du «coup de barre à gauche» pendant une campagne afin d’endormir les consciences ne fonctionnera plus, cette fois, quels que soient les arguments et les mains sur le cœur.
 
À en croire de nombreux commentateurs depuis deux jours, tous les protagonistes de gauche, du moins ceux qui aspirent à jouer un rôle lors des échéances électorales à venir, auraient donc retrouvé le sens du «travail» au point de mettre cette thématique «au centre» de leurs campagnes. Ce serait le cas des candidats à la primaire socialiste, qui, nous dit-on, «savent très bien» que celle-ci se gagnera sur des idées de gauche, l’un des proches de Manuel Valls affirmant d’ailleurs qu’il ne fallait «pas confondre la primaire avec l’élection présidentielle». L’aveu ne nous étonnera pas, même s’il convient, avec sérieux, de ne pas accuser tous les candidat(e)s en question d’insincérité. Mais enfin, quand l’ex-premier ministre ose mentir et se répudier sur son propre usage du 49-3, tout en déclarant qu’il veut «incarner un modèle républicain et social», on nous permettra de montrer les dents. La stratégie illusionniste du «coup de barre à gauche» pendant une campagne afin d’endormir les consciences ne fonctionnera plus, cette fois, quels que soient les arguments et les mains sur le cœur. Le discours du Bourget, c’était il y a bientôt cinq ans. Et depuis? Hollande et Valls n’ont pas rendu leur dignité aux plus faibles. Au contraire, ils ont enclenché, au nom de la gôche, une dynamique de mépris et d’humiliation des classes populaires, dont le point d’orgue aura été précisément la «loi travail»… Les mots rabâchés tactiquement comme autant de tours de passe-passe, c’est fini! 
 

jeudi 5 janvier 2017

Grondement(s)... pour 2017

Troquons nos bonnes résolutions pour quelques bonnes révolutions.
 
Conflit. Donc, nous y voilà, déjà plongés à pleines brassées dans cette année décisive. À l’image du climat ces temps-ci, le ciel reste couvert au-dessus de nos âmes, mais nous filons comme un tonnerre à travers les grisâtres draperies des journées, des mois qui s’avancent. Entre deux accès de fièvre dus aux soubresauts de l’actualité qui ne flanchent jamais, insensibles que nous sommes aux coups de pointe que nous distillent les penseurs dominants dont les esprits sont bourrés d’un mortier de doctrines qui ne sert qu’à cimenter les arcs-boutants de l’ordre libéral établi, nous préférons, en conscience, troquer nos bonnes résolutions pour quelques bonnes révolutions. Cela paraît insensé, n’est-ce pas, tant pullulent les mercenaires de l’oligarchie, drapés dans leur moralité conservatrice, au même titre que l’étaient jadis les hommes de la garde suisse, sous l’ancienne monarchie française, fidèles à ceux qui leur donnent du pain et du sel, et la solde annuelle, soutenant, sinon par conviction du moins par intérêt, les avantages de leurs employeurs. Depuis Hugo, Marx, Jaurès et même Jack London (relisez absolument le ''Talon de fer'', 1907, que vient de rééditer le Temps des cerises), nous savons irréconciliable le conflit entre le travail et le capital. Plus que jamais, d’ailleurs, tant le capitalisme a retrouvé sa sauvagerie –désormais globalisée– et poursuit son unique chemin, sa rudimentaire disposition spoliatrice: avoir tout ce qu’il peut prendre et contrôler les esprits.

1976 : la France des rêves et des poteaux carrés

Ce devait être l’aboutissement de l’épopée stéphanoise... Même le public de Glasgow s’était rangé derrière les Verts, que l’on disait imbattables en cette finale de Coupe d’Europe. Pourtant, devant 20 millions de Français rivés à la télé, les tentatives de Saint-Etienne, comme le coup de tête « imparable » de Santini, échouent. Et l’espoir vient mourir à l’angle de ces foutus poteaux carrés...

Les Stéphanois, finalistes de 1976.
Les empreintes de l’histoire nous révèlent autant qu’elles nous élèvent et aussi loin que poussent et s’exaltent nos souvenirs de déceptions, certaines marquent plus que d’autres et cristallisent dans nos mémoires des instants collectifs qui méritent réexamen face à l’épaisseur du temps. Que faisiez-vous, le mercredi 12 mai 1976 ? Où étiez-vous? Devant votre téléviseur en noir et blanc? À moins que votre paternel, pour fêter dignement l’événement de gloire attendu, n’ait investi dans la couleur pour que le vert scintille enfin dans le salon familial? Étiez-vous supporters affolés? Ou juste attentifs à l’invitation de cette communion patriotique dont le creuset identificatoire puisait loin dans les racines d’une ville devenue singulière et symbolique par le truchement d’un maillot, d’une équipe, d’une épopée un peu folle et d’une ferveur magnifiée mais bien candide, témoignant, plus que toute autre trace peut-être, d'une époque nonchalante et pas encore totalement désenchantée?
En ce jour particulier, la France entière braquait ses yeux embués d’espoirs sur une ville d’Écosse, à l’autre bout du continent, cap au nord. Glasgow y accueillait la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, l’équivalent aujourd’hui de la Ligue des champions. Les héros de Saint-Etienne, avec leurs gueules de soixante-huitards attardés, leurs cheveux filasse et leurs mots simples comme un dimanche autour d’une miche de pain, croisaient la route des ogres du Bayern Munich. Un France-Allemagne, déjà, qui en préfigurerait bien d’autres, non moins célèbres.
 

Quand l’apprentissage de la langue passe au Vert

Lancée en 2005, l’opération «Salut les mots» dispense  aux étrangers de la ville des cours de français. Une quarantaine de «professeurs», bénévoles de l’association Lire à Saint-Étienne, participent à ce travail de transmission des savoirs. Même des footballeurs de l’équipe pro de l’Asse en bénéficient.

Le siège du club de Saint-Etienne.
L’Étrat, Saint-Étienne (Loire), envoyé spécial. 
«Vas-y, reprends la phrase doucement.» Les pupilles mutines s’échappent et se replient sous les meurtrières de ses paupières. «Détache les syllabes, essaie encore.» Les footballeurs, même jeunes, restent d’épouvantables mélancoliques qui ne cherchent dans le regard d’autrui que leur performance avérée. «Pense à l’accent, c’est un “u”, pas un “ou”.» Depuis six mois qu’il a installé ses valises et ses brassées d’espoirs au centre de formation de l’Association sportive de Saint-Étienne (Asse), Kenny Dos Santos, 16 ans et des poussières de vie, ne  pense qu’au Cap-Vert, le pays qu’il a quitté pour tâter du ballon chez les professionnels du continent européen, avec la perspective sinon la promesse d’une carrière dans l’un des championnats les plus réputés du monde. «Voilà, c’est mieux… tu vois quand tu veux!» Le gamin, cheveux frisés hirsutes, lève la tête et montre sa bouille caramel, avec une nonchalance si naturelle qu’elle pourrait paraître coupable à un visiteur inattentif. Pas à son «professeur» qui se trouve face à lui, studieux et calme, d’une douceur exquise. Jacques Barthez, 66 ans, lui dispense des cours de français deux à trois heures par semaine, au siège même de l’Asse, à L’Étrat, l’une des proches bourgades stéphanoises, où près de deux cents salariés veillent aux destinées du grand club forézien. 

Comme les quarante-cinq bénévoles de l’association Lire à Saint-Étienne, Jacques Barthez, ancien directeur dans la grande distribution, n’était pas destiné à devenir un jour un «enseignant» dans le cadre de l’opération «Salut les mots», lancée en 2005, qui organise tous les ans 1 500 heures de leçons particulières à une centaine d’«élèves» étrangers, venus d’au moins vingt-six pays différents, selon les années. «Kenny est footeux jusqu’au bout des ongles, explique Jacques. Il ne veut parler que de foot, mais moi, je m’en fous du foot. Et comme au début il ne parlait que le portugais, une langue étrangère pour moi, il a fallu, comme à chaque fois, prendre tout depuis le début. “Bonjour”, “merci”, “s’il vous plaît”, quelques mots techniques indispensables sur les terrains, définir les objets usuels, etc. Les progrès ont été lents… parfois ça va plus vite.»
 

Grand Paris: stop ou encore?

Une partie de la droite qui aspire à reprendre le pouvoir suprême a d’ores et déjà annoncé que l’institution serait bientôt caduque… Simple menace? Ou réelle volonté de casser un «outil» déjà en action?

Les projets politiques d’envergure portent toujours en eux deux potentiels contradictoires: le meilleur comme le pire. L’exemple du Grand Paris, le plus vaste programme institutionnel et d’aménagement du territoire que notre pays a mis en chantier depuis longtemps, est l’un des plus emblématiques. Au départ, cette idée avait de quoi séduire, car elle pouvait –avec l’aide des compétences locales, et seulement à cette condition– déboucher sur un projet mettant en œuvre plus d’égalité et plus d’inclusion, et pourquoi pas «réparer» certaines des politiques publiques responsables d’inégalités sociales et territoriales d’espaces urbains en profonde mutation. Cette zone définie du Grand Paris n’est-elle pas le poumon économique de la France?

Reconnaissons que deux conceptions assez opposées s’affrontent encore aujourd’hui. L’une, libérale, vise à minimiser les champs d’action des collectivités locales pour réduire le plus possible la place et l’importance des services publics dans la vie quotidienne des citoyens. L’autre, que l’on dira «progressiste», consiste à valoriser le bien commun, sachant qu’il nous apparaît impossible d’imposer de réelles solidarités à cette échelle sans une intervention publique forte, au plus près des citoyens. Alors que nous fêterons en janvier prochain le premier anniversaire de la métropole du Grand Paris (MGP), une question reste donc pertinente: cette gouvernance métropolitaine rénovée peut-elle apporter des réponses concrètes et durables? 

mercredi 4 janvier 2017

Combat de classe

Dans notre pays –censément l’un des phares de l’humanité–, l’Insee recense 9 millions de pauvres, soit 14,1% de la population, dont un tiers d’enfants.
 
Quoi, les pauvres? Comment ça, la France des «oubliés» et des «invisibles» dont parlent les géographes, celle que beaucoup ont cessé de voir et même de vouloir juste regarder, à l’heure des grands froids ou pour tempérer un excès de culpabilité devant les scènes de rue quotidiennes, sans parler de ceux qui se terrent, en silence, drapés dans leur ultime dignité? Pauvres, travailleurs pauvres, chômeurs, chômeurs de longue durée ou en fin de droits, SDF, familles à la dérive, dépourvues du strict minimum pour passer les semaines, souvent les jours, sans perspective autre que d’arraisonner le continent du désespoir… La précarité est là, partout. Les statistiques donnent d’ailleurs le vertige, à condition d’en prendre l’ampleur, car il ne s’agit pas que de chiffres désincarnés pour économistes de plateaux télé. Dans notre pays –censément l’un des phares de l’humanité–, l’Insee recense 9 millions de pauvres, soit 14,1% de la population, dont un tiers d’enfants. Les quinze dernières années constituent un tournant. La pauvreté avait fortement baissé des années 1970 jusqu’au milieu des années 1990. Depuis, nous assistons à une inversion de tendance historique: en dix ans, 1,2 million de personnes sont venues grossir les rangs des laissés-pour-compte. Les plus pauvres sont de plus en plus pauvres, les plus riches de plus en plus riches. Combien de temps faudra-t-il encore pour que ce scandale parvienne à dessiller les yeux les plus rétifs à la réalité?
 

mardi 3 janvier 2017

"Rue de la République": mon nouveau roman arrive...

Réception des tous premiers exemplaires de mon nouveau roman, "Rue de la République" (éditions Anne Carrière, 380 pages, 19 euros). Il sort le 12 janvier dans les librairies, les FNAC et autres lieux...
Première vente publique, en avant-première même, justement le 12 janvier, à 19 heures, à Saint-Denis (ça tombe bien, c'est le sujet), à la librairie Folies d'Encre, devant la sortie du métro Saint-Denis-Basilique.

Pour infos:
http://www.anne-carriere.fr/ouvrage_rue-de-la-republique-je…

mardi 20 décembre 2016

Le 12 janvier: la sortie de mon prochain roman

"Rue de la République": voici le titre de mon prochain roman (380 pages), qui sortira aux éditions Anne Carrière le 12 janvier prochain, dont le "personnage" principal est la ville de Saint-Denis. Ce roman est publié chez le même éditeur que pour "Bernard, François, Paul et les autres", mon précédent livre, publié en juin 2015, pour lequel j'ai obtenu le prix Louis-Nucéra.

Voici le résumé des éditeurs:
"Aminata Bakayoko est femme de ménage. C’est elle qui va découvrir, lors d’une nuit de travail, le corps d’un suicidé, Jean-Michel Gayet, cadre sup chez Orange. Gayet laisse derrière lui, outre une note incendiaire, sa femme, Emmanuelle, directrice du cabinet du maire de Saint-Denis. Emmanuelle est l’ancienne maîtresse de Paul Kerjean, un journaliste qui n’a pas baissé les bras devant l’injustice et qui est l’ami de Jean Valmy, le flic chargé de l’enquête. Ce qui les réunit, c’est la ville de Saint-Denis, cette mal-aimée cosmopolite, à la frontière physique et économique de la capitale, avec son Stade gigantesque, ses 40 % de logements sociaux et son taux de chômage de 22 %. Une ville que les médias aiment résumer en quelques formules lapidaires, comme « émeutes », « voitures brûlées » et « islamistes », quand les terroristes mettent Paris à feu et à sang. 
Dans ce tendre et palpitant roman choral, c’est bien à cette ville de Saint-Denis que l’auteur rend hommage. S’emparant de tous les sujets d’actualité, il déploie son intrigue pour nous offrir un grand roman populaire qui nous fait passer du plus beau côté du miroir, celui où les hommes et les femmes de toutes les couleurs, de toutes origines, ne veulent pas se laisser réduire à des gros titres racoleurs, mais vivent, saignent, aiment et se mélangent pour former un tableau qu’on pourrait tout simplement intituler « le peuple »."
Pour en savoir plus, et partager le lien:
http://www.anne-carriere.fr/ouvrage_rue-de-la-republique-jean-emmanuel-ducoin-305.html

lundi 19 décembre 2016

La bataille des idées

Les chocs successifs des politiques cul par-dessus tête, dont François Hollande fut le dernier avatar, offrent la possibilité d’un vaste débat pour l’émergence d’une République sociale, protectrice et ambitieuse.
 
Par principe, sinon lucidité, méfions-nous des vagues de sondages, qui ne disent qu’imparfaitement la photographie du moment, sans jamais prévoir ni le futur réel, ni les évolutions d’une société très éruptive par temps de crises. Néanmoins, depuis l’élection triomphale de François Fillon comme leader de la droite extrême, quelque chose dans le climat politique et social nous informe plutôt positivement sur ce que les citoyens ne veulent pas. En moins de trois semaines, plusieurs enquêtes d’opinion le confirment: les perspectives de l’ultra-ordo-libéralisme inquiètent. Et pas qu’un peu. Dans un sondage Elabe, plus de 80% se déclarent opposés à la baisse des dépenses publiques, 90% quand il s’agit des dépenses de santé, 89% pour les retraites ou la sécurité, 86% pour l’éducation… Dans un sondage Odoxa, 61% refusent la privatisation de La Poste. Dans un sondage Ifop, pas plus tard qu’hier matin, seulement 28% des électeurs souhaitent que Fillon soit élu en 2017, alors que 72% pensent qu’il a eu raison de retirer (qui le croit?) sa proposition sur la réforme de la Sécurité sociale. Sans parler de cette étude réalisée par la sociologue Anne Muxel, «Generation What?», sur les jeunes de 18 à 34 ans : 62% affirment être prêts à «participer à un grand mouvement de révolte», tandis que 93% clament que «c’est la finance qui dirige le monde»… Quel est le trait commun à tous ces sondés? Leur attachement à la solidarité républicaine, constitutive du modèle social qui est le nôtre, du moins ce qu’il en reste… 
 

jeudi 15 décembre 2016

Hystérisation(s)

Quand Macron-la-finance, dans son premier meeting de campagne, confond charisme et hurlements.
 
Que dit l'hystérie verbale ?
Rhétorique. De certaines images politiques affleure souvent la démesure grandiloquente, sinon grotesque, des personnages qui les incarnent, comme la signification symbolique de notre époque. À quelques mois d’échéances électorales majeures «perdues d’avance», beaucoup pensent la gauche en déroute, qu’elle ne sait plus où elle va ni comment. Soit. Encore conviendrait-il de savoir de quelle gauche nous parlons. Dans la séquence actuelle, où les bonnes âmes consacrent à longueur d’antenne «l’union pour survivre» face à la droite extrême de François Fuyons et l’extrême droite de Fifille-la-voilà, la tentation faible des médias dominants et des «penseurs de gôche» tenant chroniques un peu partout consiste à encenser –la forme comme le fond d’ailleurs– le premier discours de Macron-la-finance. Le cirque du «petit prodige» transformé en «homme providence» recommence, alimenté par la rhétorique de l’ancien ministre de l’Économie lors de son meeting, porte de Versailles. Partant de l’adage intellectuel qui consiste à dire que plus nous nous crions haut et fort moins nous avons de choses sincères à exprimer, la harangue surréaliste du candidat d’En Marche!, prisonnier d’une exaltation surjouée jusqu’aux ultimes mots prononcés, se révèle une authentique plongée dans la supercherie des communicants, qui nous ont habitués à l’aspiration par le vide. Qu’avons-nous vu en vérité? L’ex-ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a-t-elle tort en affirmant que les envolées de Macron-la-finance ressemblaient aux prêches vitaminés du personnage campé par Leonardo DiCaprio dans le film le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese? Confondre à ce point charisme et hurlements, art oratoire et hystérisation de son propos, a quelque chose de confondant sinon d’inquiétant.

vendredi 9 décembre 2016

Social-démocratie(s)

Les sociaux-démocrates, en tant que genre, ont disparu. Ils se sont dissous eux-mêmes.

Déroute. Prenons le risque d’une phrase que nous regretterons peut-être un jour: la social-démocratie n’existe plus. Après tout, les civilisations s’éteignent parfois, pourquoi pas les grands courants de pensée, puisque leur existence dans le temps long tient plus aux hommes qui les transmettent qu’à leur importance dans l’histoire, fut-elle singulière et grandiose. La social-démocratie s’apprend déjà dans les manuels, comme certaines langues mortes. Dont acte. Les sociaux-démocrates, eux, en tant que genre, ont disparu, ils se sont dissous eux-mêmes, laminés par les Delors, Blair, Schröder, Renzi, Hollande, Valls et tous les autres en Europe, qui, à leur échelle mais avec une obstination mortifère, ont oublié en chemin que « leur » social-démocratie dont ils se revendiqu(ai)ent avait été fondée historiquement –quoi qu’on en pense– sur la défense réformiste de la classe ouvrière, avant de la transformer en une simple et brutale force d’accompagnement du libéralisme. Aux orties, les vulgates marxistes et socialistes qui servaient de tronc commun à l’idée d’un parti de masse transfrontalier ayant connu, dans le nord du continent en particulier, de beaux succès pour repenser et inventer une contre-société plus protectrice, s’inspirant quelquefois de ce qui fut, en France, une référence absolue, à savoir le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) et toutes ses déclinaisons. Oubliées, la solidarité de masse et l’égalité partout, au profit d’une «modernisation» synonyme de reniements. Le choix stratégique, presque ontologique, depuis la guerre froide, se résume ainsi: tous ces partis, depuis les années 1960, ont progressivement adopté une orientation réformiste, sans rompre avec le capitalisme, contrairement aux partis communistes. Le SPD allemand fut le premier, puis vinrent les partis scandinaves, puis britanniques, etc., gagnant la Grèce avec la déroute idéologique du Pasok, et enfin la France, peu à peu, jusqu’à l’atomisation presque totale du Parti socialiste depuis le règne de Normal Ier…

mercredi 7 décembre 2016

Une lettre à La Poste

Ce qui se passe depuis quelques années chez le «premier employeur de France après l’État» n’est pas seulement inquiétant, mais révoltant,

La souffrance au travail, vous connaissez? La destruction progressive des conditions d’exercer son métier dans les règles de l’art, les pressions, la précarisation, la subordination, la sauvagerie de la concurrence et du chacun-pour-soi, la rentabilité à tous les échelons, les mobilités forcées, la fixation d’objectifs irréalisables, l’atomisation de tout esprit de corps… Sachez-le: partout sur le territoire, quels que soient l’endroit et les spécificités locales, les postiers n’en peuvent plus. Et ils le clameront haut et fort, aujourd’hui, lors d’une mobilisation syndicale nationale et unitaire qui s’annonce de très grande ampleur, jusque devant le Sénat où se déroulera un débat sur l’avenir de l’entreprise à l’initiative des sénateurs communistes. Signalons que ce mouvement social, assez inédit, possède en lui toutes les clés du succès dans la mesure où il réunit les salariés, les syndicalistes, les usagers et une multitude d’élus. Et pour cause. Ce qui se passe depuis quelques années chez le «premier employeur de France après l’État» n’est pas seulement inquiétant, mais révoltant, et nous rappelle ce que connurent et vivent les salariés d’Orange. De restructurations en compressions, la réalité s’avère en effet d’une cruauté extrême: stress, ambiance délétère, conditions de travail en dégradation accélérée, rapports alarmants des médecins du travail, managements cruels, harcèlement… et même suicides.

samedi 3 décembre 2016

Idéologique(s): courage Fuyons

«Il n’y a pas de victoire sans victoire idéologique», répète François Fuyons…

Tendance. Quand les malins de l’ordre économique et de la morale dominent, il devient vital de s’interroger, prendre l’empreinte du paysage. La victoire «surprise» et «écrasante» de François Fuyons, l’homme lige de la réaction traditionaliste, «devenu tendance» au fil des semaines, nous instruit autant sur lui que sur le moment que nous vivons au pays des grands retournements. L’ex-premier ministre de Nicoléon a toujours été catholique assidu, libéral conservateur dans la ligne dure, très méprisant à l’endroit de ceux qui pensent la société dans ses bouleversements familiaux et «sociétaux»: à en croire les commentateurs, longtemps ce positionnement conformiste et figé dans l’ardeur d’une vieille-France-rance l’a «handicapé», le rendant même «inaudible» et carrément «démodé». Mais par quel miracle ce type étriqué de Sablé-sur-Sarthe, où les Fuyons possèdent leur manoir, a-t-il réussi à écraser toute la droite jusqu’à incarner cet homme-programme providentiel qui, censément, ferait fuir n’importe quelle personne de bonne volonté, fût-elle gaulliste ou du centre droit ? Son directeur de campagne, Patrick Stefanini, qui fut le chef d’orchestre machiavélique du triomphe, répond simplement: «Est-ce que c’est lui qui a changé? Non. C’est le monde qui a bougé.» Ce serait donc l’époque qui accréditerait cet ultradroitier doublé d’un ultralibéral. Que doit-on comprendre? Que les mutations de notre société, au lieu de nous projeter, nous tirent vers l’arrière? Est-ce si évident? François Fuyons le pense. Comme en témoigne sa conclusion face à Alain Juppé: «Il n’y a pas de victoire sans victoire idéologique.» Tous ses proches confirment. Cette phrase, ils l’ont entendue des centaines de fois dans sa bouche, depuis des années. Victoire idéologique?

Air France: justice des puissants

Dans l’affaire dite « de la chemise arrachée », trois salariés écopé de trois ou quatre mois de prison avec sursis, dix autres d’amendes. Ces condamnations sont scandaleuses!

Dans quel pays vivons-nous? En général, les décisions des tribunaux devraient être des moments de consolidation de la République dans ses fondations les plus essentielles, habitée qu’elle est, censément, par la justice et l’égalité de traitement. Vous connaissez la formule, rabâchée par les pouvoirs successifs: «On ne discute pas les décisions de justice.» Non seulement nous pouvons les commenter, mais nous sommes même en droit de les contester vivement quand elles viennent heurter nos consciences et témoignent de marques d’infamies et d’injustices insupportables. Voilà notre devoir de citoyen. Or, au lendemain de ce qui s’est noué au tribunal de Bobigny, tous les citoyens un peu instruits du dossier disposent d’arguments solides pour exprimer leur indignation devant le jugement rendu dans l’affaire dite «de la chemise arrachée», en octobre 2015, au siège d’Air France. Trois salariés ont en effet écopé de trois ou quatre mois de prison avec sursis, dix autres d’amendes. Les deux seuls relaxés de cette «affaire», solidaires de leurs collègues, ne nous démentiront pas: ces condamnations sont scandaleuses! D’autant que le président du tribunal en personne a reconnu que les images utilisées comme preuves contre les manifestants, venus contester les orientations de leur direction, ne pouvaient «être qu’interprétables»…