vendredi 27 mars 2015

Vérité(s): deux enseignements après le premier tour

Lors des élections départementales, le Front de gauche se structure durablement. Le Front nationaliste s’étend.
 

Détournement d'une affiche publicitaire
réalisé par des militants du Val-de-Marne.
Faits. Ainsi donc, à la faveur du premier tour des élections départementales, les commentateurs ont définitivement entériné l’apparition dans le paysage d’un «tripartisme imposé par les électeurs». Vous avez compris: l’UMP-UDI, le PS et le Front nationaliste se partageraient ad vitam aeternam l’essentiel des bulletins de vote de nos concitoyens. Outre que rien n’est jamais figé dans la vie, en politique comme en toutes choses, le phénomène médiatique qui consiste à éliminer systématiquement des radars le Front de gauche, particulièrement dans ce scrutin-là, devient sinon grotesque du moins scandaleux. Les lecteurs de l’Humanité, eux au moins, connaissent la réalité des chiffres, qu’il convient de rappeler brièvement pour la bonne compréhension de tous. En 2008, le PCF recueillait 8,8% dans la même élection. En 2011, le Front de gauche pointait à 8,9% des suffrages exprimés et 9,4% sur les cantons où il était présent. Parlons maintenant de 2015: les binômes où figure au moins une composante du Front de gauche recueillent 9,4% des suffrages exprimés, chiffre qui grimpe à 11,9% sur les seuls cantons où il présentait des candidats (1540 au total).

Disparition: Emile Besson, ou l'âge d'or des Géants de la route

L’ancien journaliste de l’Humanité, qui participa à 35 Tours de France, s’est éteint à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Résistant et titulaire de la croix de guerre, ce communiste de toujours était l’intime d’Anquetil et de «Poupou», sobriquet célèbre dont il fut l’inventeur.
 
Emile Besson (à droite) avec Bernard Hinault, en 1985.
«Il n’y a pas de grands hommes, quand on a juste fait ce qu’il fallait faire.» Dans le creuset battant de son cœur, chacun possède et préserve jalousement ses héros. Émile Besson, qui s’est éteint dans la nuit de dimanche à lundi, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans, était l’un de ces personnages rares qui comptent dans la transmission d’un monde. Ce héros-là a traversé les siècles avec l’élégance narquoise de ceux qui savent ce qu’ils ont accompli en ampleur, et le charme communicatif des combats menés, heureux depuis longtemps d’avoir à ne plus les justifier. Émile Besson, alias Mimile ou Milou, selon la chronologie de son compagnonnage dans le rang de l’amitié, a été l’une des figures d’une autre race que celle des journalistes dits sportifs. Avec son compère Abel Michéa, mort en 1986, ils ont agrégé à eux, pour le bonheur de générations de lecteurs de l’Humanité, une densité historique et politique qui faisait langage, inventant un phrasé qui engageait l’espoir dans ce qu’il a de plus sacré et touchait l’âme des gens.  

Droite la plus dure

Ce n’est pas en abandonnant les décisions politiques locales à la droite que la gauche alternative gagnera du terrain.

Le miroir de notre temps incite à la prudence, sinon à la crainte. Devant nous se dresse donc la droite, dont le programme délirant, s’il était appliqué dans les départements, ne vise qu’à hacher menu les politiques solidaires et ôter la chair même des prérogatives sociales de cet échelon territorial aimé par nos concitoyens. Le retour de cette droite triomphante, plus dure, conservatrice et ultralibérale que jamais, a de quoi effrayer. Souvenons-nous! Qu’était le palais de l’Élysée du temps de la mainmise sarkozyste, sinon l’espèce de QG glauque et vulgaire d’une mafia politique dirigée par un cabinet noir pour lequel tous les coups étaient permis? Trois ans après son départ du pouvoir, Sarkozy singe encore la victime salie et vaincue par la seule haine de ses adversaires. La thèse a pourtant fait long feu.

vendredi 20 mars 2015

Irascible(s): examen de conscience avant vote...

Un désespoir protéiforme s’invite 
dans toutes 
les sphères 
de la société.

Effraction. Avez-vous remarqué, vous aussi, à quel point les discussions de rue prennent ces temps-ci des tournures assez surréalistes et quelquefois franchement irritantes? Étrillés par les méchancetés du moment, les mots, portés par les vents mauvais, grossissent et explosent de façon irrationnelle, comme si la «libération de la parole» que constatent les sociologues fonctionnait à l’inverse d’un bienfait, disons à la manière d’un exutoire assez immonde. Citoyenneté, où es-tu? Entre le ­ras-le-bol de ceux qui ne comprennent plus à quoi sert vraiment la politique quand tout s’écrit à la marge du libéralisme et de l’ultralibéralisme, entre les rancœurs du peuple de gauche à l’endroit des socialistes de gouvernement, et ceux, paumés, qui ont renoncé par colère à croire en quoi que ce soit dès qu’il s’agit d’évoquer l’idée de représentativité, voici le désespoir protéiforme qui s’invite cette fois comme par effraction dans toutes les sphères de la société. Une élection en est souvent le reflet le plus flou, mais le plus cruel aussi. Et ce qui se passe sous nos yeux effarés – du côté des médias mais également du côté de certains Français – a de quoi nous inquiéter ou nous terrifier selon les cas. En somme, soyons lucides: ­attendons-nous à des secousses terribles, qui dépasseront de loin les seuls résultats des urnes.

mardi 17 mars 2015

Dans le miroir

Pourquoi la campagne électorale des Départementales, médiatiquement, nous accable et nous inquiète.

Regardons autour de nous, la tentation est grande. Celle du ras-le-bol généralisé devant le spectacle affligeant de la mise en scène médiatique d’une campagne électorale dont nous ne savons plus quel dessein elle présuppose et prépare sournoisement dans l’entrelacs des basses œuvres. À cinq jours d’un vote crucial pour l’avenir de nos départements – l’un des échelons territoriaux les plus fondamentaux dans la vie sociale et solidaire des citoyens à l’heure où se distendent voire se disloquent les liens sacrés d’une République qui protège de moins en moins les plus faibles –, tout se passe comme si la banalité des arguments les plus creux et les plus vils satisfaisait pleinement ceux qui nous les infligent quotidiennement, au point de les rendre ivres d’eux-mêmes, donc totalement inopérants. Manuel Valls et Nicolas Sarkozy? Les voilà qui s’apostrophent à distance et placent volontairement le FN au centre de l’échiquier politique, sans jamais évoquer leurs responsabilités communes face à la montée de l’extrême droite et du poujado-nationalisme exacerbé, ni sans jamais, bien sûr, parler des ravages de l’austérité et des politiques libérales qu’ils partagent au moins dans les grandes lignes et qu’ils nous ont imposées et nous imposent encore. Dans son fameux «appel de Boisseuil», le 6 mars, le premier ministre demandait: «Où est la gauche?» S’il avait tendu un miroir pour y apercevoir son visage, il aurait pu répondre qu’il ne la voyait pas, en effet, sinon le reflet du désespoir infligé.
 

jeudi 12 mars 2015

Piège(s): Fifille-la-voilà et ses kapos

Pour combattre l’extrême-droite? S’armer et armer les autres d’une dialectique des idées assez puissante pour dénoncer les contradictions d’un programme inepte et dangereux pour la démocratie.
 
 
Argument. Pour que Fifille-la-voilà se détruise en plein vol et s’enfonce dans les abysses de notre histoire, la rhétorique éthique et les discours humanistes, aussi beaux et nécessaires soient-ils, n’y suffiront plus. À la faveur des élections départementales, le Front nationaliste entend essaimer sur l’ensemble du territoire, passer le pays au tamis de ses idées fourre-tout et attrape-tout, laisser des empreintes vives. Pour l’essentiel, le mal est déjà fait et il n’y a aucune honte à devoir se dire qu’il faudra peut-être plus de temps pour extirper l’extrême droite du paysage politique et idéologique qu’il en a fallu au père et à la fille pour s’y installer. Ne le cachons pas: prétendre revenir en arrière, à un point zéro fantasmé, ne sert plus à rien. Dans notre ici-et-maintenant, alors que l’organisation poujado-fascisante revendique la première place dans l’échiquier électoral, il s’agit d’affronter le monstre pied à pied, argument contre argument, de desceller pierre par pierre ce qui a été bâti avec l’assentiment actif ou passif de la médiacratie rampante.

mercredi 11 mars 2015

La vraie vie...

Il y a quelque chose de furieusement aliénant à voir s’agiter les Hollande, Valls, Macron et les autres si loin des priorités du peuple dans sa masse.
 
La méconnaissance s’avère parfois pire que l’ignorance. Onze jours nous séparent désormais du premier tour des élections départementales et tout se passe comme si le pouvoir en place avait décidé de négliger ce qui lui ­incombe prioritairement: la cohésion sociale, l’avenir d’une République ferme sur ses principes et surtout, oui, surtout, la vie des gens, la dignité des plus faibles, en somme… Il y a quelque chose de furieusement aliénant à voir s’agiter les Hollande, Valls, Macron et les autres si loin des priorités du peuple dans sa masse, piétinant chaque jour un peu plus l’humus des valeurs de gauche. L’ultra-majorité des progressistes réclame une relance économique et une réorientation réelle des politiques en faveur de l’emploi? Qu’importe. Seul fonctionne à plein régime l’étouffoir gouvernemental à coups d’austérité et de régressions sociales, heureusement contesté jusque dans les rangs socialistes, à défaut pour l’instant d’être battu en brèche. En creusant la désespérance sociale, Manuel Valls ne s’y prendrait pas autrement s’il voulait amplifier le phénomène d’abstention, qu’il prétend dénoncer par ailleurs en annonçant à cor et à cri la victoire du FN. L’impasse conduit souvent à la folie politique, et vice versa. Cette fois, ajoutons en plus la schizophrénie. 

dimanche 8 mars 2015

Dominé(s): fifille-la-voilà s’avance sans complexe et sans vergogne

Quand l'extrême droite joue sur une idéologie-de-la-crise.

Dessin de Charb paru dans Charlie Hebdo en juillet 2013.
Extrême-droitisation. «Et si l’imaginaire collectif et les représentations sociales avaient basculé à droite et à son extrême…» Au milieu d’une discussion téléphonique qui a pour thème «l’air du temps n’annonce rien de bon» et «n’est-il pas trop tard», un ami philosophe, volontairement provocateur, ne s’embarrasse pas de la forme interrogative pour plaquer des mots sur un diagnostic qu’il veut implacable, car, dit-il, «il faut arrêter de se raconter des histoires». À en croire l’avalanche de sondages qui tous affirment que les candidats de fifille-la-voilà risquent de réussir de larges scores au premier tour le 22 mars, l’échéance électorale des départementales, d’ordinaire peu favorable à l’extrême droite, a de quoi effrayer tout bon républicain qui se respecte. Le climat politico-médiacratique est tel, d’ailleurs, depuis des mois, que l’affaire semble entendue, jouée d’avance. Circulez, passez votre chemin! Comme si le malheur collectif d’un pays comme le nôtre suffisait à expliquer le choix d’une dérive mortelle contre laquelle nous ne pourrions plus rien. Si nous doutons de cette sinistre fatalité, reconnaissons, néanmoins, que rien n’incite à l’optimisme.

dimanche 1 mars 2015

Fatalité, l'arme du système

La médiacratie sondagière l'annonce: les élections départementales sont déjà jouées, il serait inutile de s'en mêler...
 
La course aux sondages est parfois proportionnelle à la frénésie des chasseurs de scoops en mal de sensations fortes par temps de crise. L’usage qui est fait de ces sondages varie même selon les cas. Depuis quelque temps, une tendance effrayante s’impose dès que nous allumons notre télévision, notre radio: pour les élections départementales des 22 et 29 mars, restez chez vous, tout est joué, inutile de participer à des débats citoyens et surtout, surtout, ne cherchez pas à comprendre ce qui se trame dans votre dos avec ce scrutin local, le petit monde de la médiacratie s’occupe de tout! Voilà ce qu’à peu près nous entendons du matin au soir. Le précipice est là, devant nous, et il n’y aurait rien à faire, rien à changer, rien à espérer pour ceux qui souffrent le plus. Juste se préparer à un scénario écrit par avance. L’extrême droite arriverait en tête du premier tour, la droite raflerait la mise au second, le PS serait atomisé, quant à la gauche alternative et anti-austérité, pourtant jamais aussi rassemblée dans la constitution de ses listes, elle ne ramasserait que des miettes… Le Journal du dimanche, qui a publié l’un de ces sondages, hier, nous explique que «l’électorat se radicalise». Tous les signes montrent au contraire une banalisation coupable et mortifère à laquelle les médias ont participé activement: celle du Front national et du poujadisme abject. Qui sème récolte.

vendredi 27 février 2015

Après-guerre(s): ce que revenir veut dire

Le recueil "choc" d'un américain vétéran d'Irak, Phil Klay.

Mission. En pleine polémique sur le film de Clint Eastwood American Sniper, dont le succès commercial outre-Atlantique dépasse toutes les prévisions (à suivre?), il est un autre triomphe public, et d’estime celui-là, qui a tout à voir avec le même sujet: la guerre et ses retombées. Ou plus exactement le retour de la guerre, et métaphoriquement de ces guerres menées par l’impérialisme qui hantent tant les esprits états-uniens. Le livre en question, intitulé sobrement ''Fin de mission'' (éditions Gallmeister, 312 pages), composé de douze nouvelles d’une violence inouïe et d’une crudité fascinante et précise, a été écrit par Phil Klay, un inconnu du monde littéraire américain, qui, par cette publication, est entré de plain-pied dans le panthéon du genre en recevant, en 2014, le prestigieux National Book Award. Ancien marine, Phil Klay stationna treize mois en Irak entre 2007 et 2008, durant lesquels il consigna scrupuleusement ce qu’il vit et fit, jusque dans les moindres détails. Ou comment les scènes vécues ne purent rester en lui. Aux États-Unis, les associations se multiplient afin de permettre à ceux qu’on appelle encore, là-bas, les «vétérans», d’exprimer leurs souvenirs, de les faire «sortir» d’eux-mêmes, de les «expurger» comme thérapie à défaut de les renvoyer à l’oubli. Du Vietnam à l’Irak, de la Corée à l’Afghanistan, la descente aux enfers des jeunes Américains rentrés au pays possède un puissant invariant: les traumatismes ne passent pas…

vendredi 20 février 2015

Esprit(s): la température de nos convictions

L'après-11 janvier suscite bien des interrogations. Légitimes.


Réflexion. Plusieurs lectures vivifiantes, ces derniers jours, sur le thème «Quel avenir pour la France du 11 janvier?». Sous-entendu: l’impressionnant et revigorant mouvement citoyen – par son nombre et son exigence revendiquée – né au lendemain des odieux attentats à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher passera-t-il l’hiver? Les avis divergent. Nous-mêmes, qui savons ce que coûte tout optimisme candide, ne sommes pas à l’abri de déconvenues. Si l’événement de ces tueries marque, peut-être, l’avènement de la «déterritorialisation du monde», comme le suggère le juriste Antoine Garapon, dans la dernière livraison de la revue Esprit, en tant que fin du lien historique entre territoires et populations, individus et nations, doit-on pour autant aller jusqu’à penser, comme Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, que l’esprit du 11 janvier serait à la fois «celui d’un pacte républicain réaffirmé comme celui d’une communauté nationale disloquée»? L’affaire s’avère sérieuse.

lundi 16 février 2015

Soldat Jaurès: l'article de l'Humanité consacré à mon nouveau roman

Article invité: par Alain Nicolas.
 
Un roman très personnel de Jean-Emmanuel Ducoin, intitulé ''Soldat Jaurès'' (Fayard), 
sur le destin du fils de Jean Jaurès mort au front à vingt ans.
 
Soldat Jaurès,
de Jean-Emmanuel Ducoin.
Fayard. 224 pages, 17 euros.
«Quand on est le fils de Jean Jaurès on doit donner l’exemple.» Jaurès avait un fils, on l’a oublié, peu de gens le savaient, d’ailleurs. Louis Jaurès, né en 1898, mort à Pernant, dans l’Aisne, avant d’avoir atteint sa vingtième année. Donner l’exemple, pour lui, c’était s’engager, avant l’âge, être fidèle à sa façon à son père, mort pour avoir tenté d’empêcher cette guerre. «L’internationalisme ­philosophique n’est pas incompatible avec la définition de la patrie, quand la vie de celle-ci est en jeu», disait le jeune homme. Jean-Emmanuel Ducoin est hanté, depuis 2008 et un numéro spécial de l’Humanité sur la der des der, par la figure de ce presque enfant abattu pendant les derniers mois de la guerre.
 
Que sait-on de lui? À dix-sept ans, son baccalauréat en poche, il devance l’appel de sa classe et rejoint un ­régiment de dragons. En 1918, il est aspirant dans un bataillon de chasseurs à pied. Pendant l’offensive Ludendorff, où l’Allemagne jette ses dernières forces et obtient presque la percée décisive, il est blessé à Chaudun, en tentant de retarder l’avancée allemande. On le transporte à Pernant, où il meurt le 3 juin 1918. Voilà tout ce qu’on sait. Ce qu’on ne sait pas, c’est à la littérature de le dire, non de l’inventer, mais de le reconstruire, d’«inciser le corps de la mémoire commune» avec les outils de l’enquête pour le faire décoller sur les ailes de la fiction.

vendredi 13 février 2015

Stratégie(s): réflexions après l'élection du Doubs

La résistible ascension du Front National? A voir…

 
Doubs. Souvent, la bravoure et l’audace vont de pair avec la peur. L’extralucidité qu’elle diffuse s’aiguise à travers l’imagination crépusculaire et offre la chance de paroles et d’actions qui sauvent. Il y a des jours, comme ça, où certains rendez-vous électoraux laissent un goût amer et une impression d’avant-vu. Prenez le scrutin législatif dans la 4e circonscription du Doubs, dimanche dernier: 51% d’abstentions, plus de 8% de votes blancs et nuls, et au final, moins de 3% d’écart entre les candidats du PS et du Front national. La gauche du second tour s’en est sortie, mais in extremis… Dans ce duel gauche-extrême droite, deux premières conclusions s’imposent et valent analyse. Primo: dans ce genre de circonstances, le parti de Fifille-la-voilà est à droite, très à droite, et à ce titre elle récupère une bonne partie du vote de la droite dite «classique», ce qui confirme, si besoin était, que l’essentiel du vote lepéniste de ces dernières années provient directement de cette droite traditionnelle et nicoléonienne qui a brûlé son âme à force de courir derrière les thématiques frontistes et identitaires.

Le nouvel horizon des Amis de l'Humanité

Article invité: par Caroline Constant.
 
Fondée en 1996, l’association a décidé, ce week-end, de modifier ses statuts pour prendre un nouvel essor. Le directeur du journal, Patrick Le Hyaric, a insisté sur la nécessité de lire l’Humanité.
 
Ernest Pignon-Ernest, le président de l'association.
Jean-Emmanuel Ducoin, le secrétaire national.

Les Amis de l’Humanité ont bientôt vingt ans. C’est l’âge de tous les possibles et de toutes les conquêtes. Samedi 7 février, près de deux cents adhérents se sont réunis en assemblée générale annuelle, à la Maison des métallos, dans le 11e arrondissement de Paris. L’occasion, pour les Amis, de constater, sous la houlette de leur secrétaire national, Jean-Emmanuel Ducoin, qu’il est temps de prendre un nouvel essor. Car l’association est coincée dans une contradiction: d’un côté, elle multiplie, avec bonheur, les initiatives et les rapprochements avec d’autres organisations (CGT, Attac, Ligue des droit de l’homme, Ligue de l’enseignement, etc.), de l’autre, elle perd des adhérents – en moyenne cinquante par an – depuis 2011, a signalé la trésorière Colette Millereux. «Il nous faut inventer un autre chemin», a souligné Jean-Emmanuel Ducoin. La modification des statuts de l’association prévoit que les cotisations des adhérents dans leur association remontent à l’association nationale, histoire d’être redistribuées, notamment en direction des projets naissants qui ont besoin d’être financés. La proposition a créé un large débat dans la salle, avec des propositions pour rendre cette mesure effective et efficace. Les Amis ont au cœur un credo: cette volonté d’ouverture au mouvement progressiste de ce pays, qui a toujours été inscrit dans l’ADN de l’association. «Il ne faut pas s’isoler, il faut résister à la tentation de rester au chaud en famille», a complété Jean-Emmanuel Ducoin.
 

vendredi 6 février 2015

Fétichisme(s): être-en-France

Il y a un mois, un mois déjà, la tragédie Charlie…

Ame. Un mois. Un mois déjà que des amis s’en sont allés par le fer et le sang, assassinés parce que journalistes ou caricaturistes, blasphémateurs ou bouffeurs de dévots et d’idoles de toute nature, irrespectueux en toutes choses et toujours plus ou moins éveilleurs de consciences rabougries, en une époque où tout se tend et se distend, où les hiérarchies essentielles s’effacent derrière le tout-se-vaut, où soufflent plus que jamais les airs de la démagogie libérale et de la marchandisation des êtres jusqu’à leur intimité, parfois leur inconscient même. Un mois, oui, un mois que leurs voix ont été anéanties dans le chaos d’un carnage inqualifiable qui n’a pas tué que des individus mais une certaine idée d’être-en-France, de faire-République, d’imaginer l’autre comme élément d’un soi-collectif si singulier qu’il a pu transcender dans l’histoire l’idée d’universalité en tant qu’objectif. Ce qui est mort avec les morts, nos morts, ce qu’ils ont emporté malgré nous, c’est une part de leur innocence, donc une grande partie de la nôtre, sachant qu’il nous faudra coûte que coûte poursuivre quelque chose, creuser le même sillon, labourer leur trace-sans-trace puisque «toute âme est une mélodie qu’il s’agit de renouer», si l’on en croit Mallarmé.

mardi 3 février 2015

Nouveau rapport de forces en Europe?

Alexis Tsipras, engagé dans une tournée anti-austérité afin de compter ses soutiens en vue d’un allégement de la dette, pourra tester les yeux dans les yeux la sincérité de François Hollande.

Alexis Tsipras.
Souvenons-nous. Avant son élection, François Hollande voulait s’attaquer à la finance et réorienter l’Europe. Ces desseins n’étaient que des mots… Après avoir tenté, en vain, de rencontrer Hollande dès mai 2012 pour parler de l’avenir de l’Union européenne, Alexis Tsipras est invité ce mercredi à Paris par le président de la République. Le premier ministre grec, engagé dans une tournée anti-austérité afin de compter ses soutiens en vue d’un allégement de la dette, pourra tester les yeux dans les yeux la sincérité du chef de l’État français. Une manière de le mettre au pied du mur, de le rappeler à ses contradictions. Face à l’audace de la politique proposée par Tsipras, comment réagira François Hollande, dans sa volonté affichée d’aborder «l’ensemble des questions» soulevées par la nouvelle situation en Grèce? Continuera-t-il à s’aligner benoîtement sur Angela Merkel? Ou aura-t-il le courage d’ouvrir un vrai dialogue? Ce mercredi, la France sera observée comme jamais par les peuples européens: elle s’honorerait de rouvrir officiellement le débat.

dimanche 1 février 2015

"Soldat Jaurès": la critique vidéo de Gérard Collard

Le libraire et chroniqueur littéraire Gérard Collard possède la librairie La Griffe Noire, à Saint-Maur-des-Fossés, l'une des trente plus importantes de France. Il a lancé en 2009 le Salon international du livre au format de poche, il fait également partie de l'équipe de rédaction du blog lesdeblogueurs.tv et participe à plusieurs émissions de télé, tous les vendredis dans Le Magazine de la santé, sur France 5, ou sur le plateau de Valérie Expert, dans On en parle, sur LCI.
Voici la critique qu'il vient de réaliser concernant mon dernier roman, "Soldat Jaurès", sorti mi-janvier aux éditions Fayard.

Cliquez sur le lien:
https://www.youtube.com/watch?v=C2KEaO2T7jc

samedi 31 janvier 2015

À Auschwitz, voir n’est qu’une première étape pour comprendre

Le camp d’extermination n’est pas devenu symbolique par hasard: par son unicité, il résume la criminalité du régime nazi. Plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants, d’abord des juifs, y furent massacrés.
 

Auschwitz I.
Depuis Oswiecim (Auschwitz-Birkenau, Pologne).
Et soudain, comme une effraction, la confiance en soi s’effrange en déraison. Être déjà venu là, ici et nulle part ailleurs, ne change rien à la conscience altérée, au choc annoncé, à l’intensité prévisible du retour sur les lieux en tant qu’unicité. Le ciel de craie aux tons uniformes du petit matin d’hiver n’arrange rien, tellement irréel qu’on le croirait peint par une main invisible. Que vous arriviez de Katowice ou de Cracovie – les deux grandes villes polonaises les plus proches, distantes de quelques dizaines de kilomètres du plus grand cimetière de l’humanité –, vous laissez toujours dansles rétroviseurs une part de vous-même, l’image figée d’un avant et d’un après qui se brouille à mesure que vous progressez sur des routes extirpées du temps et restées longtemps informes. Dans la voiture, comme un écho dissipé, nous nous murons dans un silence accepté déjà fondu dans un tumulte d’émotions, chaque fois revisité. Nous pensons à Primo Levi: «Bien des mots furent alors prononcés, bien des gestes accomplis, dont il vaut mieux taire le souvenir.» (1)
 
Trouver Auschwitz par ses propres moyens n’est pas aisé. Ici, c’est Oswiecim (2), et les faubourgs de la ville vous rappellent immanquablement certaines scènes du film de Claude Lanzmann, Shoah. Il faut attendre le premier rond-point, non loin de l’actuelle gare, pour dénicher l’un des rares panneaux indicateurs: «Auschwitz Musée». Vous avez bien lu, un musée. Pour les visiteurs avertis, Auschwitz demeure cette plaie ouverte dont il convient d’examiner sans relâche la nature et le devenir. Le nom même n’est pas devenu symbolique et métaphorique par hasard: plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants y furent assassinés.

Domino(s): le courage retrouvé grâce à Syriza

L’Histoire rattrape toujours à coups de crocs ceux qui cherchent à lui échapper. La preuve en Grèce.
 

Démocratie. «Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience.» Les blessures sont fécondes à ceux qui lisent encore René Char. Parfois, de nouvelles naissances surgissent, elles défient la peur et redonnent une part de leur dignité à ceux qui n’ont jamais désespéré. Les Grecs viennent de nous rendre un immense service en honorant la promesse qu’ils doivent au monde auquel, depuis toujours, ils ont tant donné. Ne cachons pas notre joie et notre plaisir. La victoire électorale de Syriza, que nous pouvons qualifier d’éclatante car elle s’adosse à une base sociale solide, octroie aux peuples européens transis un peu plus que de l’émotion, disons les raisons d’un courage à retrouver. Jusque-là, souvenons-nous, nous avions assisté à des attaques féroces, orchestrées par tous les bien-pensants du libéralisme sans frein, par l’establishment international et par tous ceux qui composent la médiacratie affiliée aux puissances financières, quelles qu’elles soient, et à cette troïka dévastatrice. Tout avait été tenté pour empêcher le parti d’Alexis Tsipras d’accéder au pouvoir, donnant à voir l’une des facettes les plus obscures de la situation postdémocratique dans laquelle ils voulaient nous avilir: beaucoup pensaient même – comment leur en vouloir? – que la mondialisation avait réduit à néant les marges de manœuvre des instances politiques et que le capitalisme globalisé, organisé avec une opacité redoutable, continuerait d’imposer ses choix à tous les peuples du Vieux Continent. Seulement voilà, l’Histoire rattrape toujours à coups de crocs ceux qui cherchent à lui échapper.

jeudi 22 janvier 2015

Discernement(s): "discrimination négative" contre "apartheid ethnique"

Dans la France d’après, nous n’avons pas fini de parler des différenciations.
 
Inégalités. À l’heure des principes de précaution valorisés et appliqués soi-disant à tous les domaines de l’existence, jusques et y compris dans la Constitution, jamais la République, dans l’exercice de sa puissance contemporaine, n’a autant délaissé ses enfants les plus démunis. Rendre la dignité aux plus faibles ne semble plus être une mission à laquelle s’assignaient, jadis, les représentants missionnés d’un État qui apparaissait d’autant plus protecteur qu’il imposait, au moins dans ses principes et sa volonté, l’horizon d’un pacte social partagé. Qu’est devenue l’égalité de nos frontons? Et l’école, «gratuite, laïque et obligatoire», qui a donné à tous les citoyens la possibilité d’être traités à parité, comme des semblables, indépendamment de leur origine sociale ou géographique. Ce fut l’honneur de la République de rompre avec les facteurs de différenciation fondés dans la nature, les traditions ou les hiérarchies. L’égalité des citoyens devant la loi n’est pas un vain mot. Alors que dire des inégalités imposées dans les quartiers populaires? Il y a dix ans, le regretté sociologue Robert Castel évoquait déjà «la discrimination négative» dont sont victimes les jeunes héritiers de l’immigration, assignés à résidence. Nous n’avons pas fini d’en parler.