Les
blouses blanches ont crié leur colère noire et, avec elles, grâce
à elles plutôt, ce fut une certaine idée du service public de santé que
nous défendions solidairement, puisque leur combat est également le
nôtre.
Et pendant ce temps-là, comme des ombres projetées dans le miroir du temps qui incite au désarroi et/ou à l’action, les personnels hospitaliers craquent et le font savoir bruyamment. Hier, un peu partout en France, les blouses blanches ont ainsi crié leur colère noire et, avec elles, grâce à elles plutôt, ce fut une certaine idée du service public de santé que nous défendions solidairement, puisque leur combat est également le nôtre. Qui n’a ou n’aura besoin de l’excellence de ceux qui travaillent dans nos hôpitaux, jadis jalousés dans le monde entier et qui restent toujours une référence, notamment pour l’universalité des soins donnés. Qu’ont donc exprimé les milliers d’infirmiers et d’aides-soignants réunis à l’appel de dix-sept syndicats (FO, CGT, SUD, CFTC, etc.) ou associations, mais aussi, fait rare, d’une vingtaine d’organisations infirmières, salariées, libérales ou étudiantes, ce qui constitue un mouvement unitaire absolument inédit depuis 1988. Juste la réalité, rien que la réalité de leur quotidien. Ils dénoncent les cadences infernales, le manque de personnels et de temps passé auprès des malades, l’accroissement de l’activité, la course à la rentabilité… et accessoirement, ces femmes et ces hommes qui sauvent nos vies réclament une meilleure reconnaissance. «Il nous faudrait quatre jambes et quatre bras», raconte l’une. «Dans mon service, c’est le travail à la chaîne, pourquoi croyez-vous que nous assistons à une vague de suicides?», assure une autre. Ces mots d’exaspération témoignent tous du refus de briser l’esprit de corps, de trahir les règles de l’art médical et l’éthique personnelle. Au fond, ces mots ne disent qu’une chose: l’exigence du service public, notre bien commun.
mercredi 9 novembre 2016
jeudi 3 novembre 2016
Pauvreté(s): montée de l'intolérance?
L’hostilité envers les démunis s’exprime de plus en plus en France…
Scène I. Un homme tend une main, un autre passe et dit: «Encore? Et en plus, il pue!» Derrière l’église de la Trinité, dans le 9e arrondissement de Paris, sous un soleil généreux et inventif qui pénètre les âmes avant la venue de l’hiver, quelques hères attendent une distribution de soupe chaude. Le passant désinvolte passe sans honte, gratifiant le bloc-noteur d’un sourire qui découvre toutes ses dents ainsi qu’un bout de langue rose posé sur le bord de ses lèvres. Pour un peu, le type s’exprimerait comme un mémo de direction: «Vous êtes pauvres, ne l’oubliez pas.» Une désagréable impression de détestation indifférenciée parcourt les rues de la capitale, en ce matin de grand pont de la Toussaint. Comme si, l’air de rien, cette aversion diffuse se partageait au-delà des frontières de la connerie ordinaire contre tous ceux qui, frappés par le malheur, errent dans nos rues, d’où qu’ils viennent, d’ici ou d’ailleurs, avec leur passé de caillasse, de ronces et de poussières, avec pour tout héritage leurs trajectoires en eaux profondes. Les regards se détournent mécaniquement du petit attroupement d’affamés. Plus besoin de mots pour comprendre le message: «Qu’ils y restent.» Voire: «Qu’ils nous foutent la paix.»
dimanche 30 octobre 2016
Fait(s): croyances historiques et réalités religieuses...
Quand Régis Debray décide d'inquiéter nombre de lieux communs. "Parce que, dit-il, nous nous berçons de mots, toujours les mêmes, et que ces mots nous trompent, surtout quand on s’évite de les définir."
C
larifier. Attention: chef-d’œuvre. Il n’est pas rare que le bloc-noteur fasse la promotion enflammée d’un livre de Régis Debray. Ne lire dans ces mots aucun mea culpa ni acte de faiblesse emprunte d’amitié et d’admiration, puisqu’il s’agit, une fois encore, de promouvoir des idées et toujours des idées. Par les temps qui courent… L’été dernier, les auditeurs de France Culture ont découvert, ébahis, les prestations du philosophe et médiologue, invité au micro pour deux séries de conférences, l’une sur l’histoire, l’autre sur la religion. «Cela m’a permis, écrit Régis Debray, de résumer et clarifier les travaux un peu compliqués que je mène depuis quelques décennies sur nos affaires temporelles et spirituelles.» L’ouvrage que publient les éditions Gallimard, intitulé "Allons aux faits" (244 pages, 18 euros), transcrit pour l’essentiel ces heures d’écoute prodigieuses. Le but: «Inquiéter nombre de lieux communs, ce qui n’est jamais plaisant. Pourquoi? Parce que nous nous berçons de mots, toujours les mêmes, et que ces mots nous trompent, surtout quand on s’évite de les définir.» Ainsi, «La fable historique» et «Le fait religieux» s’en trouvent déconstruits à l’aune de perspectives quelque peu renversées. «L’histoire, ultime recours et suprême pensée? se demande-t-il. Oui, mais quelle histoire? à quelle fin? et avec quels a priori?» Quand Nietzsche distinguait, à son époque, trois sortes d’histoire – la monumentale, celle des pères ; l’antiquaire, celle des érudits ; la critique, celle qui libère du passé –, Debray en ajoute au moins deux autres: «L’aînée de la famille, l’histoire comme “objet d’étude”, pointilleuse et patiente, celle des fouilleurs d’archives, de Thucydide à Fernand Braudel, l’histoire-science des professeurs. Nous connaissons, par ouï-dire, ses oublis et ses lacunes. (…) Il y a une autre histoire encore plus altière, qui regarde nos vicissitudes du haut d’un belvédère, c’est l’histoire “objet de médiation”, celle dont on attend des leçons, des oracles, et même un sens de la vie. Celle des philosophes, de Vico à Karl Marx en passant par Hegel. C’est l’histoire de “l’humanité comme un seul peuple”, “la grande journée de l’Esprit” qui va d’est en ouest, la Bible de l’humanité.»
larifier. Attention: chef-d’œuvre. Il n’est pas rare que le bloc-noteur fasse la promotion enflammée d’un livre de Régis Debray. Ne lire dans ces mots aucun mea culpa ni acte de faiblesse emprunte d’amitié et d’admiration, puisqu’il s’agit, une fois encore, de promouvoir des idées et toujours des idées. Par les temps qui courent… L’été dernier, les auditeurs de France Culture ont découvert, ébahis, les prestations du philosophe et médiologue, invité au micro pour deux séries de conférences, l’une sur l’histoire, l’autre sur la religion. «Cela m’a permis, écrit Régis Debray, de résumer et clarifier les travaux un peu compliqués que je mène depuis quelques décennies sur nos affaires temporelles et spirituelles.» L’ouvrage que publient les éditions Gallimard, intitulé "Allons aux faits" (244 pages, 18 euros), transcrit pour l’essentiel ces heures d’écoute prodigieuses. Le but: «Inquiéter nombre de lieux communs, ce qui n’est jamais plaisant. Pourquoi? Parce que nous nous berçons de mots, toujours les mêmes, et que ces mots nous trompent, surtout quand on s’évite de les définir.» Ainsi, «La fable historique» et «Le fait religieux» s’en trouvent déconstruits à l’aune de perspectives quelque peu renversées. «L’histoire, ultime recours et suprême pensée? se demande-t-il. Oui, mais quelle histoire? à quelle fin? et avec quels a priori?» Quand Nietzsche distinguait, à son époque, trois sortes d’histoire – la monumentale, celle des pères ; l’antiquaire, celle des érudits ; la critique, celle qui libère du passé –, Debray en ajoute au moins deux autres: «L’aînée de la famille, l’histoire comme “objet d’étude”, pointilleuse et patiente, celle des fouilleurs d’archives, de Thucydide à Fernand Braudel, l’histoire-science des professeurs. Nous connaissons, par ouï-dire, ses oublis et ses lacunes. (…) Il y a une autre histoire encore plus altière, qui regarde nos vicissitudes du haut d’un belvédère, c’est l’histoire “objet de médiation”, celle dont on attend des leçons, des oracles, et même un sens de la vie. Celle des philosophes, de Vico à Karl Marx en passant par Hegel. C’est l’histoire de “l’humanité comme un seul peuple”, “la grande journée de l’Esprit” qui va d’est en ouest, la Bible de l’humanité.»Interrogations sur le climat politique
Chacun aura compris que la tâche historique qui nous incombe reste de reconstruire la gauche, si possible en un temps record, de renverser la table, d’en finir avec l’hégémonie du Parti socialiste...
Juppé-Sarkozy, Hollande-Valls, primaires à gogo dont l’une d’elles serait, nous dit-on, jouée d’avance, sans parler de ces controverses sécuritaires nourries par une actualité «police» et «migrants» abondante, et nous voilà mangés par trois interrogations au moins. Primo: à qui profite la course quotidienne aux sondages? Secundo: qui a intérêt à l’hystérisation idéologique du débat public? Tertio: les polémiques concernant le président de la République à la suite de ses confidences au long cours – pour certaines accablantes – faites à deux journalistes sont-elles factices ou tactiques, ce qui, en tous les cas, accable l’action politique? La plupart des commentateurs semblent tellement accaparés par l’écume des politicailleries du moment qu’il y a tout lieu de penser qu’ils en oublient une quatrième question, peut-être la plus fondamentale: et si les Français étaient moins sensibles qu’on ne le croit aux discours dominants et se préoccupaient plus des thèmes économiques et sociaux, du chômage et de leurs conditions de vie de plus en plus précaires, et moins aux battages médiatiques incessants qui ignorent les vraies souffrances du peuple?
Juppé-Sarkozy, Hollande-Valls, primaires à gogo dont l’une d’elles serait, nous dit-on, jouée d’avance, sans parler de ces controverses sécuritaires nourries par une actualité «police» et «migrants» abondante, et nous voilà mangés par trois interrogations au moins. Primo: à qui profite la course quotidienne aux sondages? Secundo: qui a intérêt à l’hystérisation idéologique du débat public? Tertio: les polémiques concernant le président de la République à la suite de ses confidences au long cours – pour certaines accablantes – faites à deux journalistes sont-elles factices ou tactiques, ce qui, en tous les cas, accable l’action politique? La plupart des commentateurs semblent tellement accaparés par l’écume des politicailleries du moment qu’il y a tout lieu de penser qu’ils en oublient une quatrième question, peut-être la plus fondamentale: et si les Français étaient moins sensibles qu’on ne le croit aux discours dominants et se préoccupaient plus des thèmes économiques et sociaux, du chômage et de leurs conditions de vie de plus en plus précaires, et moins aux battages médiatiques incessants qui ignorent les vraies souffrances du peuple?
vendredi 21 octobre 2016
Fasciste(s): à la source des dérives actuelles
Grâce aux éditions Demopolis, nous pouvons revisiter le texte de Mussolini, "Le Fascisme", pour comprendre l’histoire et aujourd’hui...
Nationalisme. Fascisme, fascistes, fachos. Des sombres «matins bruns» aux «retours aux années 1930» ressassés çà et là périodiquement, hurlons-nous trop aux loups? Ces mots ont-ils encore un sens exact, précis, référencé? En somme, qu’est-ce que le fascisme? Quelle en fut la doctrine politique? Dans quelles circonstances historiques émergea-t-il? Et surtout, quel rapprochement opérer avec aujourd’hui? Les livres de salubrité publique sont trop rares pour les passer sous silence. Les éditions Demopolis publient cette semaine, non sans courage, l’intégralité du tristement célèbre texte de Mussolini "le Fascisme" (104 pages, 12 euros), écrit en 1932 pour "la Nouvelle Encyclopédie italienne". Il constituait à l’époque le début de l’article «Fascisme», paru en France en 1933 chez Denoël, l’éditeur du "Voyage au bout de la nuit" de Louis-Ferdinand Céline et d’auteurs comme Rebatet ou Brasillach. Pour la présente publication, Demopolis ne nous laisse pas sans repères. Outre un «avertissement aux lecteurs», dans lequel nous sommes invités à ne jamais oublier que «des crimes contre l’humanité ont été commis en application de cet ouvrage» et que «les manifestations actuelles de haine et de xénophobie participent de son esprit», deux spécialistes ont été requis pour commenter, en préface et en postface, ces lignes qui ont accouché du pire au XXe siècle: Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste, et Hélène Marchal, historienne et traductrice. «La publication de ce livre, écrivent-ils en préambule, doit permettre aux lectrices et lecteurs curieux, et parfois inquiets des évolutions du monde contemporain, de se forger leur propre opinion.» Voilà bien le défi. Et l’importance de savoir de quoi il s’agit précisément. Ainsi, le fascisme est une forme particulière de nationalisme, car «il n’y a pas de fascisme sans nationalisme mais il y a différentes formes de nationalisme qui ne sont pas du fascisme». De même, attention aux contresens: contrairement au libéralisme, le fascisme selon Benito Mussolini est une forme de nationalisme qui exalte le rôle central de l’Etat («l’État fasciste est une force, mais une force spirituelle qui résume toutes les formes de la vie morale et intellectuelle de l’homme», écrivait le dictateur), tout en affichant un programme social et en se prétendant «ni de droite ni de gauche», ce qui ne manque pas de nous rappeler beaucoup de débats en cours. Vous suivez notre regard?
samedi 15 octobre 2016
Lettre(s): l'amour et ses secrets...
Le grand destin de François Mitterrand: son amour absolu pour Anne Pingeot. De 1962 à 1995, il lui a déclaré sa flamme, dans plus de 1 200 lettres. Celles-ci paraissent aux éditions Gallimard.
Talent. Il convient parfois de commencer par la fin, bien que cette fin s’inscrive dans un continuum éternel, non quantifiable: «Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t’aimer davantage?», écrit François Mitterrand, le 22 septembre 1995, à Anne Pingeot. Cette «chance de vie» et ce verbe «aimer», l’un et l’autre déclinés durant plus de trente ans, sont inaliénables par-delà le temps, à peine mangés au seuil de la mort, quand l’incandescence d’une relation inatteignable redevint ce qu’elle fut: une union absolue, mais, à bien des égards, impossible à assumer pleinement, sauf dans le secret de l’Amour même, que nous découvrons, stupéfaits, en ampleur, en persistance, en continuité et en unicité… De 1962 à 1995, François Mitterrand a déclaré sa flamme à Anne Pingeot, de vingt-sept ans sa cadette, dans plus de 1 200 lettres. Celles-ci paraissent cette semaine aux éditions Gallimard. S’y jeter à corps perdu, les yeux souvent humides, s’avère un acte de foi en littérature autant qu’en politique. Aussi étrange que cela soit, aussi dérangeant, l’homme Mitterrand avait le goût des Lettres en majuscules et la passion du cœur qui manqua si fréquemment au président. Entendez-nous bien, juste pour ce que cela vaut: cette correspondance amoureuse, par sa longévité, son exclusivité et surtout sa qualité littéraire, défie au-delà de tout la raison politique, tout en lui donnant un relief singulier, une motricité propre et ambiguë. Comment, en effet, l’animal politique Mitterrand, que nous avons tant détesté (et pour cause!), pouvait-il cacher à ce point son talent pour l’amour, et les mots pour le dire? L’écrivain Mitterrand s’y lit, magistralement. Comme si nous devions, sur le tard, et improprement, de manière segmentée, le réévaluer à la hausse, au moins par comparaison avec ses successeurs, lui qui vénérait la langue française à s’en damner.
Talent. Il convient parfois de commencer par la fin, bien que cette fin s’inscrive dans un continuum éternel, non quantifiable: «Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t’aimer davantage?», écrit François Mitterrand, le 22 septembre 1995, à Anne Pingeot. Cette «chance de vie» et ce verbe «aimer», l’un et l’autre déclinés durant plus de trente ans, sont inaliénables par-delà le temps, à peine mangés au seuil de la mort, quand l’incandescence d’une relation inatteignable redevint ce qu’elle fut: une union absolue, mais, à bien des égards, impossible à assumer pleinement, sauf dans le secret de l’Amour même, que nous découvrons, stupéfaits, en ampleur, en persistance, en continuité et en unicité… De 1962 à 1995, François Mitterrand a déclaré sa flamme à Anne Pingeot, de vingt-sept ans sa cadette, dans plus de 1 200 lettres. Celles-ci paraissent cette semaine aux éditions Gallimard. S’y jeter à corps perdu, les yeux souvent humides, s’avère un acte de foi en littérature autant qu’en politique. Aussi étrange que cela soit, aussi dérangeant, l’homme Mitterrand avait le goût des Lettres en majuscules et la passion du cœur qui manqua si fréquemment au président. Entendez-nous bien, juste pour ce que cela vaut: cette correspondance amoureuse, par sa longévité, son exclusivité et surtout sa qualité littéraire, défie au-delà de tout la raison politique, tout en lui donnant un relief singulier, une motricité propre et ambiguë. Comment, en effet, l’animal politique Mitterrand, que nous avons tant détesté (et pour cause!), pouvait-il cacher à ce point son talent pour l’amour, et les mots pour le dire? L’écrivain Mitterrand s’y lit, magistralement. Comme si nous devions, sur le tard, et improprement, de manière segmentée, le réévaluer à la hausse, au moins par comparaison avec ses successeurs, lui qui vénérait la langue française à s’en damner.
mardi 11 octobre 2016
Les quartiers populaires ont besoin d’un choc de dignité
Nous parlons là de territoires de la République en décrochage, où la grande pauvreté et les conditions d’existence atteignent un tel degré d’atomisation sociale que les faits et gestes élémentaires de la vie quotidienne sont empêchés ou laminés.
![]() |
| Cité de la Grande Borne. |
2017: idées de campagne
Du point de vue des communistes, qui n’entreront donc pas en campagne comme tout le monde, une formule résume leur état d'esprit: «Notre candidat, c’est le programme.»
Les Français de la gauche de transformation, engagés corps et âme pour qu’un véritable changement de paradigme politique et social voie enfin le jour, disposent d’une ample mémoire, d’une immense fidélité. Ils savent même se fixer un horizon. Et ils le disent. Du moins une partie d’entre eux, qui viennent d’exprimer jusque dans le détail ce qu’ils souhaitent profondément pour notre pays en vue de la séquence électorale. 65.000 de ces irascibles qui, de près ou de loin, sont attachés aux idées communistes et à l’avenir – conceptuel et pratique – du Front de gauche en tant que rassemblement possible des forces alternatives ont ainsi répondu à un vaste questionnaire, intitulé «Que demande le peuple?», qui foisonne de sens commun dont les traits forts (reprendre le pouvoir sur la finance, une autre République, égalité, une France protectrice et solidaire, produire autrement, changer l’Europe) devraient résonner dans le cœur de tous les progressistes.
jeudi 6 octobre 2016
Mort(s): ces douleurs extrêmes si tenaces...
Quatre Français sur dix se sentent «en
deuil». En deuil de quoi ?
Deuil. La mélancolie est parfois une œuvre d’art: la seule dont soit
capable un individu dans ses aliénations, celles enfantées par ses douleurs
extrêmes. Que nous sachions l’accepter ou non, nous sommes tous dans la
souffrance de quelque chose, plus ou moins inconsidérément, orphelin de
quelqu’un, d’un amour impossible, d’une quête incertaine, d’un Graal qui, pour
mille raisons, s’évapora peu à peu de nos esprits. Nous croyons-nous
responsables de ces tourments?
Comment les juguler? À peu près sur le même
thème, un article de la Croix, cette semaine, a jeté le bloc-noteur dans un
profond désarroi. Le saviez-vous? Quatre Français sur dix se sentent «en deuil». Notre étonnement ne provient pas de la statistique
elle-même, révélée par le Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des
conditions de vie), mais du fait que cette réalité est largement passée sous
silence. Le sociologue Tanguy Châtel l’explique au journal: «Si les effets psychiques du deuil sont bien documentés, les études
sociologiques
sont rares et les pouvoirs publics ne semblent guère s’y intéresser. Souvent,
l’item n’est pas reconnu comme tel dans ces bases de données statistiques.»
Une sorte d’indifférence. Que nous vivons nous-mêmes, incapables que nous
sommes à admettre nos propres peines, à les regarder en face, à les traiter.
D’autant que ces deuils – quels qu’ils soient! – peuvent durer longtemps. «Un tiers des deuils considérés comme en début de processus datent de
plus de cinq ans», note le Credoc. Des maladies longues. Pathologiques. «Le
survivre est un concept qui ne se dérive pas», expliquait
Jacques Derrida ("Sur
parole. Instantanés philosophiques", éditions de l’Aube, 1999).
mardi 4 octobre 2016
Alstom : l’Etat loin du compte…
L’impression de bricolage de ce plan conçu à la va-vite nous donne un sentiment de médiocrité et de sauvetage temporaire, comme si l’urgence électorale constituait l’unique boussole.
Alstom Belfort respire… pour quelques mois. Disons, jusqu’aux élections du printemps prochain, peut-être jusqu’en 2018, date initiale à laquelle la direction souhaitait sacrifier le site. Prenons acte: cette fois, personne ne pourra reprocher à François Hollande d’avoir lâché son constructeur national, comme il l’avait fait à Florange avec les ArcelorMittal. Accordons un minimum de crédit à l’initiative gouvernementale – comme quoi, cela se peut! – pour remplir les carnets de commandes d’Alstom et maintenir la production de Belfort, sauvant 480 emplois et bloquant pour l’heure la dévitalisation programmée du territoire. Notons au passage que rien ne serait arrivé – ni les quelques reculs des dirigeants du groupe ni ces annonces – sans la forte mobilisation des salariés, de leurs représentants syndicaux, ainsi que de la population, ce qui permit de transformer le dossier en emblème stratégique national. Et c’est bien le cas. Voilà pourquoi l’impression de bricolage de ce plan conçu à la va-vite nous donne un sentiment de médiocrité et de sauvetage temporaire, comme si l’urgence électorale constituait l’unique boussole, comme si l’État actionnaire, qui n’a soi-disant rien vu venir, cédait au chantage à l’emploi honteusement pratiqué par une entreprise roulant sur l’or. L’État est loin du compte. Non seulement il refuse d’utiliser la puissance de son bras séculier, mais ce rafistolage à court terme, qui vise à sauver les apparences, ne constitue en rien une réelle stratégie industrielle.
dimanche 2 octobre 2016
Possible(s): mais oui, qui décide de ce qui est possible?
Entre Zola et Cézanne, l'amitié et les conflits furent créatifs, et leur langage eut une coloration propre. Et en politique aujourd'hui? Pour Alain Badiou, il est temps de "se réapproprier un langage de combat pour modifier le contexte".
Génies. Qui décide de ce qui est possible? Et comment? Et avec qui ? Quand l’histoire nous enseigne souvent la vérité des choses, quelques personnages de l’histoire nous instruisent, eux, des mystères de la création et des processus qui se mettent en cours au-dedans d’eux et au-delà d’eux-mêmes, poussés par autrui et les orgueils conjugués, comme si les aventures singulières d’hommes hors normes devaient encore nous dorloter avec de fausses croyances immuables, la foi, l’amour, la loyauté, la fidélité, l’amitié. Allez voir à tout prix le dernier film de Danièle Thompson, Cézanne et moi, qui narre l’étonnante relation qui lia, pour le meilleur et pour le pire, deux génies du XIXe siècle, venus l’un et l’autre échouer leurs vies à l’orée du XXe. Paul Cézanne (magistral Guillaume Gallienne) et Émile Zola (admirable Guillaume Canet) se vouèrent un lien si puissant qu’il dura toujours. Presque. Nous le savons: l’amitié se veut supérieure à l’amour dans la mesure où n’y entrent pas des sentiments de jalousie, de rancœur, de calcul d’ego. Foutaise. Paul, fils de riche, et Émile, très tôt orphelin de son père, ne se quittèrent jamais vraiment. Ces deux camarades de collège d’Aix-en-Provence formulèrent des rêves communs. L’un serait peintre, l’autre poète ou écrivain. Cézanne disposa d’une rente familiale, quoique modeste. Zola bouffa les pissenlits jusqu’à la racine. Mais ils étaient heureux. Dès l’adolescence, leur amitié ne cessa de nourrir l’œuvre picturale de l’un, le travail romanesque de l’autre. L’inspiration vint, ou pas, et se prolongera longtemps, ou pas, sur les sentiers conduisant à la montagne Sainte-Victoire, laquelle fut peinte une quarantaine de fois par Cézanne, comme s’il ne lui fallut jamais cesser de la comprendre. Les deux hommes grandirent, se mesurèrent, se comparèrent, ils étaient les mémoires vivantes de l’autre, identiques. Ils s’aimaient. Et le succès vint: pour Zola. Pas pour Cézanne. Chacun traça son sillon. Émile à Paris. Paul dans le Sud. Une correspondance foisonnante s’installa (lire "Lettres croisées", 1858-1887, éditions Gallimard) et, dans le secret de leur intimité, chacun tenta de hisser l’autre. «J’aurais voulu peindre comme tu écris.» «Crois-tu que moi, je ne me lève pas la nuit pour changer une virgule?»
![]() |
| Les deux Guillaume, Gallienne et Canet. |
mercredi 28 septembre 2016
Tous au théâtre de Poche !
Le premier rendez-vous public du Comité parisien des Amis de
l'Humanité se déroulera le lundi 3 octobre.
Cher-e-s ami-e-s,
Nous sommes heureux-ses de vous annoncer la création du Comité Parisien des Amis de l'Humanité. Notre première rencontre, lundi 3 octobre à 19 heures, aura pour thème «Le pouvoir des mots du pouvoir». À l'heure de l'hégémonie de la pensée ultralibérale, comment décrypter le vocabulaire dominant? Comment nous réapproprier les mots de combat, de fraternité, de progrès?
Le débat se déroulera en présence de Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste (dernier livre «Moi, Présidente», éditions Autrement) et Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de l'Humanité et écrivain (dernier livre «Bernard, François, Paul et les autres», éditions Anne Carrière, prix Louis Nucéra 2016).
Théâtre de Poche.
75, boulevard du Montparnasse 75006 Paris.
Métros: Montparnasse-Bienvenüe (lignes 4, 6, 12, 13)
Bus: (lignes 96, 95, 94, 92, 91, 89, 82, 58)
Entrée libre.
Cher-e-s ami-e-s,
Nous sommes heureux-ses de vous annoncer la création du Comité Parisien des Amis de l'Humanité. Notre première rencontre, lundi 3 octobre à 19 heures, aura pour thème «Le pouvoir des mots du pouvoir». À l'heure de l'hégémonie de la pensée ultralibérale, comment décrypter le vocabulaire dominant? Comment nous réapproprier les mots de combat, de fraternité, de progrès?
Le débat se déroulera en présence de Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste (dernier livre «Moi, Présidente», éditions Autrement) et Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de l'Humanité et écrivain (dernier livre «Bernard, François, Paul et les autres», éditions Anne Carrière, prix Louis Nucéra 2016).
Théâtre de Poche.
75, boulevard du Montparnasse 75006 Paris.
Métros: Montparnasse-Bienvenüe (lignes 4, 6, 12, 13)
Bus: (lignes 96, 95, 94, 92, 91, 89, 82, 58)
Entrée libre.
mardi 27 septembre 2016
Réinventer l'industrie, une urgence
En moins d’un quinquennat, 887 usines ont fermé leurs portes en France. Une débâcle industrielle.
Les chiffres que nous publions le mercredi 28 septembre dans l'Humanité valent toutes les radiographies les plus savantes sur l’état de l’économie de notre pays. Certains feignent de les ignorer, comme s’il convenait de reporter le réel à une date ultérieure et de s’accommoder d’une forme de déclin qui touche à l’existence même de notre indépendance, sinon à notre capacité à maîtriser notre destin. Lisez bien: en moins d’un quinquennat, 887 usines ont fermé leurs portes en France. Une débâcle industrielle. Et si nous osons encore affirmer qu’il n’y a pas de pays fort sans une industrie forte et que l’époque nécessite une nouvelle maîtrise publique des outils de production et des moyens d’investissement, nous pratiquons, comme l’écrit le Monde, un «populisme industriel»…
Quoiqu’en disent pourtant les tenants d’une économie de purs services et sans usines, les Français ont à peu près compris – et ils le déplorent souvent avec colère – les effets dramatiques de la désindustrialisation. Un million d’emplois industriels perdus, un déficit commercial chronique, des champions nationaux qui passent sous contrôle étranger, des pans entiers du territoire dévitalisés… sans parler, bien sûr, des plus de six millions de chômeurs, des quelque dix millions de pauvres, et de cette jeunesse sacrifiée, non intégrée, ni intégrable, dans ce marché ou dans ce salariat. L’incapacité des pouvoirs publics à remédier à ce déclassement est un véritable scandale. Quant aux dispositifs mis en place par Hollande, ils n’ont fait qu’alimenter la broyeuse à profits.
lundi 26 septembre 2016
Le droit à l'IVG, un combat permanent... et européen
En Pologne, le gouvernement réactionnaire, soutenu par l’Église, veut
entériner une proposition de loi visant l’interdiction quasi totale de
l’avortement, même en cas de viol...
Pour ceux qui doutent que les droits essentiels ne soient jamais gravés dans le marbre ad vitam aeternam, fussent-ils arrachés par les plus nobles conquêtes collectives, l’exemple polonais, un parmi tant d’autres, devrait les refroidir, sinon les réveiller. La Pologne est membre de l’Union européenne. Pourtant, la machine libéralo-catholique-patriarcale qui s’abat sur ce pays atteint désormais la dignité des femmes dans leur engagement même pour le droit à l’avortement. Singulière ironie de l’histoire. Nous avons tous en mémoire le souvenir d’une mère, d’une grand-mère nous racontant qu’avant la loi Veil beaucoup de Françaises s’absentaient pour pratiquer une IVG en… Pologne. En 2016, ce sont les Polonaises qui traversent les frontières, du moins celles qui le peuvent, les autres ayant recours à la clandestinité : entre 100.000 et 150.000 par an. Pour l’instant, la loi polonaise reste l’une des plus strictes en Europe et n’autorise l’IVG que dans les cas extrêmes, danger pour la vie de la mère, pathologie irréversible du fœtus ou grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste. Seulement voilà, le gouvernement réactionnaire, soutenu par l’Église, veut entériner une proposition de loi visant l’interdiction quasi totale de l’IVG, même en cas de viol...
Pour ceux qui doutent que les droits essentiels ne soient jamais gravés dans le marbre ad vitam aeternam, fussent-ils arrachés par les plus nobles conquêtes collectives, l’exemple polonais, un parmi tant d’autres, devrait les refroidir, sinon les réveiller. La Pologne est membre de l’Union européenne. Pourtant, la machine libéralo-catholique-patriarcale qui s’abat sur ce pays atteint désormais la dignité des femmes dans leur engagement même pour le droit à l’avortement. Singulière ironie de l’histoire. Nous avons tous en mémoire le souvenir d’une mère, d’une grand-mère nous racontant qu’avant la loi Veil beaucoup de Françaises s’absentaient pour pratiquer une IVG en… Pologne. En 2016, ce sont les Polonaises qui traversent les frontières, du moins celles qui le peuvent, les autres ayant recours à la clandestinité : entre 100.000 et 150.000 par an. Pour l’instant, la loi polonaise reste l’une des plus strictes en Europe et n’autorise l’IVG que dans les cas extrêmes, danger pour la vie de la mère, pathologie irréversible du fœtus ou grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste. Seulement voilà, le gouvernement réactionnaire, soutenu par l’Église, veut entériner une proposition de loi visant l’interdiction quasi totale de l’IVG, même en cas de viol...
dimanche 25 septembre 2016
Pacte(s): la gauche française en question
Le corps du peuple sans l’âme du progrès social n’est qu’un squelette en voie de décomposition. Nous laisserons-nous embarquer sans réagir, alors que, à gauche, de nombreux mouvements rassemblés montrent qu’une dynamique peut être engagée?
Gauche. Nous vivons tous à l’affût de surprises qui sauraient rendre nos mémoires toujours plus fidèles, ce qui nous éviterait de nous fuir, de nous tromper, et accessoirement de perdre de vue l’essentiel par les temps qui courent: croire encore «en la» politique (comme on dirait croire en l’amour). Idée absurde, n’est-ce pas, tellement décalée, presque vieux jeu. Faut-il qu’il ait existé entre l’idée «de la» politique et nous-mêmes des complicités si profondes et si inconscientes pour que l’évoquer encore et encore soit toujours indispensable! Admettez que le sort de la gauche française – et son pôle d’attraction le plus social et révolutionnaire possible – nous importe et nous occupe presque quotidiennement, au moins par devoir et passion, sinon par fonction, comme si les déboussolés que nous sommes par l’évolution en cours nous permettaient la posture de l’observateur, un pied dedans, un pied dehors. Le philosophe et médiologue Régis Debray, présent au stand des Amis de l’Humanité lors de la dernière Fête, à La Courneuve, résumerait le dilemme d’une formule savoureuse: «La gauche, sans faire le détail de ses tribus et avec tous ses aggiornamentos, a dans son ADN un pacte avec la durée, parce qu’elle est “transmission”, transport d’une information rare le long du temps.» C’est au nom de ce «pacte» et de cette «durée» que nous nous autorisons à nous interroger sur la séquence électorale qui s’ouvre, avec la crainte de revivre un cauchemar pour cette gauche de transformation qui nous tient lieu de maison commune. Celle-ci possède pourtant une définition assez simple: le «peuple de gauche», comme concept et permanence, est une histoire longue, ou plus exactement l’unité de cette histoire. Les deux coexistent, plus ou moins bien selon les périodes, mais il n’est jamais bon que l’un chasse l’autre. Disons, pour schématiser, que nous traversons (temporairement?) une période creuse.
jeudi 22 septembre 2016
Frères en humanité, frères de classe
Il faut accueillir les migrants. Si la vie de nos
concitoyens s’avère si difficile socialement, est-ce la faute des migrants ou
des politiques libérales et d’austérité mises en œuvre depuis si longtemps?
Les débats majeurs, ceux qui nous déterminent, méritent de la vigilance et ce surcroît d’attention et d’intelligence collective qui devrait être le propre d’une grande République comme la nôtre. Assez souvent, pourtant, ceux qui font profession de parler au nom des Français nous donnent la nausée. Que dire de l’attitude des responsables de droite et de son extrême dès que le mot «migrants» est prononcé? Comment réagir face à l’ignominie de ce que nous entendons quotidiennement, sachant que plus l’ignominie sera terrible, plus elle s’attirera une place de choix dans les médias? À écouter les Wauquiez, les Estrosi, les Sarkozy et les autres, qui n’ont que «la France, la France» au bout des lèvres, le pays de Voltaire et d’Hugo devrait cesser d’être une terre d’accueil. Dans ce contexte de surenchères irresponsables, qui attisent la haine des uns contre les autres et au bout du compte accréditent la xénophobie, le Front national vient même de créer un collectif de maires intitulé Ma commune sans migrants… vous savez, ces peaux foncées, ces parasites, ces illettrés, ces bas morceaux, ces morts-la-faim…
Maintenant, ça suffit! Les migrants sont nos frères en humanité, nos frères de classe.
Les débats majeurs, ceux qui nous déterminent, méritent de la vigilance et ce surcroît d’attention et d’intelligence collective qui devrait être le propre d’une grande République comme la nôtre. Assez souvent, pourtant, ceux qui font profession de parler au nom des Français nous donnent la nausée. Que dire de l’attitude des responsables de droite et de son extrême dès que le mot «migrants» est prononcé? Comment réagir face à l’ignominie de ce que nous entendons quotidiennement, sachant que plus l’ignominie sera terrible, plus elle s’attirera une place de choix dans les médias? À écouter les Wauquiez, les Estrosi, les Sarkozy et les autres, qui n’ont que «la France, la France» au bout des lèvres, le pays de Voltaire et d’Hugo devrait cesser d’être une terre d’accueil. Dans ce contexte de surenchères irresponsables, qui attisent la haine des uns contre les autres et au bout du compte accréditent la xénophobie, le Front national vient même de créer un collectif de maires intitulé Ma commune sans migrants… vous savez, ces peaux foncées, ces parasites, ces illettrés, ces bas morceaux, ces morts-la-faim…
Maintenant, ça suffit! Les migrants sont nos frères en humanité, nos frères de classe.
jeudi 15 septembre 2016
Exception(s): une certaine idée d'être ensemble
Extase. Et, soudain, l’inattendu nous rattrape par la manche. Comme par effraction. Ou par grâce. À nos pensées douloureuses du moment succèdent alors un sentiment de liberté, une invitation brutale à se délester de nous-mêmes, au point d’éprouver une sorte de vertige et la promesse d’une jubilation (même relative) que nous nous étions interdits jusque-là. Un frémissement. Une élévation. Voici le miracle de la Fête de l’Humanité, unique en tant qu’exception. Vous allez plutôt mal? La Fête vous immunise. Vous avez la tête ailleurs? Elle vous réaffirme. Vous manquez de courage? Elle vous rehausse. Vous avez honte de n’être pas assez vous-mêmes, de trahir parfois le sens profond de votre intimité? Elle vous irrigue et vous impose cette petite extase qui atrophie les heurts et les chasse. Avec la Fête, notre horizon compose quelquefois des ourlets que seule l’imagination déplisse avec progressivité, comme on dirait avec «l’ambition du progrès». Quels meilleurs mots, une semaine après, pour traduire le sentiment qui domine, alors que les ultimes échos résonnent au loin du côté du parc de La Courneuve, nous laissant, chaque année recommencée, un peu orphelin? Sachez-le, une question nous a hantés encore cette année, par exemple au stand des Amis de l’Humanité, le dimanche soir venu, quand un sentiment de joie intense dissipait toutes les fatigues: comment poursuivre le « temps » de la Fête pour que ce temps-là, unique en son genre, ne soit pas qu’une trace éphémère, un souffle, une respiration éperdue mais déjà dissipée par la suite qui mange le meilleur de nous-mêmes? Le bloc-noteur traduit là, en somme, ce que beaucoup pensent: comment préserver «l’esprit» de la Fête jusque dans ses moindres détails de diversité, de richesse et d’intelligence, comment continuer d’ouvrir les fenêtres et d’aérer les idées?
L'intégralité de l'échange
entre Philippe Martinez et Régis Debray,
au stand des Amis de l'Humanité, à la Fête 2016.
mercredi 14 septembre 2016
Le "quoi", le "qui"...
Le message du Peuple de la Fête de l'Humanité à toute la gauche critique. Une sorte de mode d'emploi.
Trois jours se seront bientôt écoulés, déjà, et la mémoire vivante de la Fête de l’Humanité, tel un mode d’emploi, ne se dissipe pas. Au contraire, prend-elle un sens plus évolutif, à mesure que se déclinent sous nos yeux les fracas d’une actualité comme autant de matières emblématiques qui nécessitent un grand renversement de la conscience collective. Cette année plus encore que d’ordinaire, tant la nécessité d’une refondation de la gauche alternative – et de la gauche tout court – s’avère urgente. Dans un contexte de désarroi profond du peuple de gauche, longtemps figé dans la sidération, nous pourrions résumer d’une seule formule le « message » du Peuple de la Fête : de quelle société voulons-nous ? La question paraît banale pour ceux qui connaissent l’âme politique de la majorité des participants, néanmoins, elle cristallise l’ampleur des attentes à l’heure d’échéances électorales primordiales pour notre avenir. Lisez l’Humanité d’aujourd’hui et vous comprendrez ce que signifie répondre à cette interrogation, au fil des articles, quel que soit le sujet.
Trois jours se seront bientôt écoulés, déjà, et la mémoire vivante de la Fête de l’Humanité, tel un mode d’emploi, ne se dissipe pas. Au contraire, prend-elle un sens plus évolutif, à mesure que se déclinent sous nos yeux les fracas d’une actualité comme autant de matières emblématiques qui nécessitent un grand renversement de la conscience collective. Cette année plus encore que d’ordinaire, tant la nécessité d’une refondation de la gauche alternative – et de la gauche tout court – s’avère urgente. Dans un contexte de désarroi profond du peuple de gauche, longtemps figé dans la sidération, nous pourrions résumer d’une seule formule le « message » du Peuple de la Fête : de quelle société voulons-nous ? La question paraît banale pour ceux qui connaissent l’âme politique de la majorité des participants, néanmoins, elle cristallise l’ampleur des attentes à l’heure d’échéances électorales primordiales pour notre avenir. Lisez l’Humanité d’aujourd’hui et vous comprendrez ce que signifie répondre à cette interrogation, au fil des articles, quel que soit le sujet.
jeudi 8 septembre 2016
Présidente(s): prémunissez-vous du pire
Une nouvelle élue s’installe à l’Elysée... Un livre drolatique et cauchemardesque de Gérard Mordillat.
Futur. Savez-vous ce qu’est une sotie? Voici la définition donnée par Gérard Mordillat en exergue de son dernier livre: «Farce à caractère satirique jouée par des acteurs en costumes de bouffons, allégorie de la société du temps.» Le genre peut paraître désuet aux non-lecteurs-spectateurs d’arts comiques grinçants. Croyez-nous pourtant sur parole. Notre époque de bric et de broc – qui tue toute critique anticipatrice – exige des méthodes parfois iconoclastes et audacieuses pour en dénoncer les travers idéologiques. Le verbe et la satire peuvent se révéler une arme redoutable. Tous les moyens ne sont-ils pas bons, désormais, pour réveiller les consciences et secouer ceux qui refusent de voir la réalité et derrière la réalité un petit bout de ce qui se profile à l’horizon si rien ne change. Avec "Moi, présidente" (éditions Autrement, 122 pages), Gérard Mordillat se transporte dans la préfiguration d’un futur risible mais très cauchemardesque. À l’Élysée, une équipe de TV Près De Chez Vous, la télévision façon ORTF du pouvoir fraîchement installé, filme la nouvelle présidente élue dans l’exercice de ses fonctions. Dans les coulisses, nous croisons le ministre du Racisme Efficace, le ministre de la Police et Répression, le ministre de la Propagande Officielle, le ministre de la Précarité Raisonnable, le ministre du Savoir et Folklore, le ministre de Ma Guerre – celui de la Défense a été supprimé, puisque, «s’il y a la guerre, c’est bien moi qui le décide et qui commande à tous les connards le petit doigt sur la couture du pantalon». Nous côtoyons également l’Éminence des Cultes, utile pour le redressement moral du bas peuple, le Patron des Patrons, de même que l’Actuel de madame la Présidente (comprendre: le conjoint en mode serpillière).
dimanche 4 septembre 2016
Ne nous laissons pas impressionner
Les vendeurs de nostalgie veulent nous imposer des thématiques mortifères, accaparés qu’ils sont par leur culture de l’exclusion et de la sélection entre citoyens. Regardons devant nous sans ciller et sans mollir. La séquence électorale qui s’ouvre réclame des débats de fond.
Macron, Valls, Sarkozy, Fillon, Le Pen… Identité française, sécurité, islam… Si, vous aussi, vous en avez marre du médiocre feuilleton qui pollue quotidiennement la rentrée, sachez-le : vous n’êtes pas les seuls ! Alors que nous nous lançons déjà dans une campagne politique majeure et fondamentale pour l’avenir du pays, il semble que nos concitoyens soient moins sensibles aux discours dominants qu’il n’y paraît. Pour une fois qu’une étude d’opinion nous intéresse, ne boudons pas notre plaisir. D’après un sondage Elabe, 64% des Français se déclarent davantage préoccupés par les thèmes économiques et sociaux que par l’identité et la sécurité. Parmi eux, et pour cause, pas moins de 83% des sympathisants de gauche évoquent la réduction du chômage et la lutte contre les inégalités sociales. Une véritable claque aux minables marquis de la politicaillerie qui, de la droite à son extrême, jusqu’à certains membres éminents du gouvernement, détournent volontairement leur regard et ignorent les vraies souffrances qui martèlent la masse du peuple.
vendredi 2 septembre 2016
Rentrée(s): ancrée dans le réel
Le climat de ce mois de septembre possède quelque chose de puissamment ambigu. Mais déjà, qui ne comprend pas que l’établissement d’une nouvelle République est une urgence absolue?
Tréfonds. Un invariant utile à se remémorer aux heures de troubles persistants et de crises diverses propices à tous les dangers: les tragédies de l’existence – et donc celles qui frappent aussi les autres – ne concernent que ceux qui souffrent par passion, et seulement ceux-là. Nous en sommes. Intimement. Certes nous vieillissons et les rentrées s’empilent sur nous comme des montagnes de Lego livrées à nos gamins, laissant des traces accumulées, chaque année plus prégnantes. Si peu ragaillardis par des chaleurs harassantes, à peine bronzés à l’ombre des conifères, nous agitons les bras, nous prenons des voix de conteurs pour tenter déjà de narrer la suite ancrée dans le réel, tandis que la fin de l’été meurtrier continue de nous essorer autant qu’il nous maintient en éveil – assez utilement au fond. Le climat de ce mois de septembre, à une semaine de la Fête de l’Humanité et à quelques mois d’une double échéance électorale majeure, possède quelque chose de puissamment ambigu. D’un côté, la petite musique médiatico-politique repart sur un rythme pestilentiel, encagée dans des problèmes subalternes dont le fameux vêtement féminin de baignade a constitué le fait marquant (sic), du matin au soir et sur tous les tons, dans le prolongement d’une longue séquence autour de la seule religion musulmane, suspecte de tous les troubles inhérents à la vie quotidienne, favorisant surtout les pires hypocrisies, tous les amalgames, prétendument combattus, alors que, pendant ce temps-là, le chômage de masse, la précarité du travail, les maux sociaux comme les dérèglements climatiques, sans parler des tensions guerrières mondiales, passent au second rang. Et d’un autre côté, assez paradoxalement peut-être, nous sentons dans les tréfonds du peuple français une envie de changement considérable, comme si le « moment » qui se présentait devant nous se révélait assez historique pour qu’une prise de conscience collective attise les esprits les plus farouchement attachés à notre à-venir commun.
mercredi 31 août 2016
Passion
« Seul l'amour-passion rend heureux, puisque seul il
emploie, jusqu'en ses réserves cachées, notre provision d'énergie vitale, et
les souffrances qu'il cause. »
Léon Blum (in Stendhal
et le beylisme, 1914)
jeudi 25 août 2016
Eté meurtrier
Distinguons l'amour de la passion. La passion, née du hasard, délire, folie du cœur ou des sens, ainsi que toute maladie aiguë, dure peu. L'amour, au contraire, basé sur les qualités morales, sur l'estime et la vertu, est éternel: c'est un morceau de cire qui peut changer de forme et de nom, mais jamais de fond.
Auguste Guyard (Quintessences, 1847)
jeudi 28 juillet 2016
mercredi 27 juillet 2016
Saint-Etienne-du-Rouvray: le contraste
Vaincre le terrorisme et vivre en sécurité ne réclame pas des coups de
menton, des claquements de talons sécuritaires et des discours
guerriers, mais plus de République.
Le temps est maintenant venu d’affirmer les choses clairement, avec le mépris qui sied aux circonstances. Ceux qui continuent de surfer sur les drames, sur les peurs, sur la surenchère, sur les pires pulsions réactionnaires qui tentent d’atomiser toute idée d’intelligence intime et collective, sont indignes de la France. Oui, indignes de cette France dont ils n’ont que le nom à la bouche, la main sur le cœur, et dont ils trahissent l’esprit à chacune de leurs sorties médiatiques, quand s’exprime le vice appuyé sur le bras de la haine. Nous n’avons pas de mots assez durs pour qualifier les postures mortifères des Sarkozy et consorts, des Le Pen et de la fachosphère, et même de certains pseudo-journalistes, qui en oublient le sens premier de leurs responsabilités impérieuses par temps de crises successives. Tous ces braves gens agissent comme s’ils se tenaient à l’affût depuis toujours. Mais que proposent-ils, sinon une rupture bonapartiste ou pétainiste avec notre corpus républicain? Leur modèle de société ressemble aux pompes funèbres. Ils sont des receleurs de la mort au profit de leurs succursales idéologiques.
![]() |
| Le maire, Hubert Wulfranc. |
lundi 25 juillet 2016
Le sort des Roms à Montpellier, un scandale d'Etat
Quand un préfet et un procureur de la République s'entendent pour accélérer les expulsions, sans respecter les procédures légales...
Expulser les Roms par tous les moyens: pour les lecteurs de l’Humanité, l’information sur les pratiques souvent inacceptables du pouvoir ne surprendra personne. Mais ce que nous révélons aujourd’hui dans nos colonnes démontre point par point jusqu’où peut aller la perversité de la puissance publique soumise aux diktats d’une politique d’immigration qui rejette, presque par principe, l’idée du respect des procédures de droit, quitte à entraver les règles républicaines les plus sacrées. L’affaire se passe à Montpellier, mais comment croire que ces méthodes soient circonscrites à cette seule grande métropole. Jugez-en : les procès-verbaux que nous nous sommes procurés prouvent que, pour chasser le Roms le plus vite possible, à moindre coût et évidemment en masse pour «faire du chiffre», le procureur de la République de Montpellier et la préfecture de l’Hérault ont littéralement monté un système de collusion, au moins depuis 2012. Pris dans les rouages de cette machine à détruire des individus, les citoyens roumains servent de cobayes à des actes qui enfreignent et/ou détournent toutes les procédures pénales et légales. Juste un exemple parmi d’autres : certaines OQTF – les fameuses «obligations de quitter le territoire français» – sont datées le jour même du contrôle de police de certains Roms, ce qui signifie qu’elles sont prérédigées, avant les recours normaux, comme recevoir l’appui juridique d’un avocat… sans parler de PV carrément illégaux! Un véritable scandale d’État.
Expulser les Roms par tous les moyens: pour les lecteurs de l’Humanité, l’information sur les pratiques souvent inacceptables du pouvoir ne surprendra personne. Mais ce que nous révélons aujourd’hui dans nos colonnes démontre point par point jusqu’où peut aller la perversité de la puissance publique soumise aux diktats d’une politique d’immigration qui rejette, presque par principe, l’idée du respect des procédures de droit, quitte à entraver les règles républicaines les plus sacrées. L’affaire se passe à Montpellier, mais comment croire que ces méthodes soient circonscrites à cette seule grande métropole. Jugez-en : les procès-verbaux que nous nous sommes procurés prouvent que, pour chasser le Roms le plus vite possible, à moindre coût et évidemment en masse pour «faire du chiffre», le procureur de la République de Montpellier et la préfecture de l’Hérault ont littéralement monté un système de collusion, au moins depuis 2012. Pris dans les rouages de cette machine à détruire des individus, les citoyens roumains servent de cobayes à des actes qui enfreignent et/ou détournent toutes les procédures pénales et légales. Juste un exemple parmi d’autres : certaines OQTF – les fameuses «obligations de quitter le territoire français» – sont datées le jour même du contrôle de police de certains Roms, ce qui signifie qu’elles sont prérédigées, avant les recours normaux, comme recevoir l’appui juridique d’un avocat… sans parler de PV carrément illégaux! Un véritable scandale d’État.
dimanche 24 juillet 2016
Tour : Froome, Bardet, re-Tour vers le futur
![]() |
| Romain Bardet. |
Il s’en fallut de peu. À trois jours près, le Tour 2016 s’achevait sans émotion, sans discorde ou presque, dans un long monologue écrit à l’avance, dépourvu des fioritures habituelles qui disgracient ou façonnent un peu plus notre amour du vélo. Plus grave sans doute, les trois semaines auraient trépassé sans cette flamme de la Grande Boucle qui nous trouble périodiquement et brûle encore en nous l’idée que nous nous faisons de cette aventure de l’extrême pourtant si ordinaire, devenue au fil des décennies cette « grande chose qui nous dépasse » et dépasse parfois – souvent désormais – les Géants de la route eux-mêmes. Rarement le chronicœur, qui attend toujours trop d’excellence et nourrit sa déception avant terme, aura autant pesté contre ces pédaleurs passifs, soumis, atomisés dans leurs propres logiques étriquées, cadenassés par des équipes n’ayant qu’un but : la sauvegarde de leurs intérêts. Fût-ce au détriment de l’aventure. Quitte à occire une part de la légende sur laquelle elles sont pourtant assises.
D’un été l’autre, alors que le Peuple du Tour continue de se masser sur ces gradins ouverts qu’est la France de juillet, les scénarios se permettent de temps à autre de forger des destins insensés, d’inventer une cohorte de héros dont nous nous transmettons, d’une génération à l’autre, le souvenir. Cette année, outre le nom du vainqueur, le Britannique Christopher Froome, qui entre de plain-pied dans le Panthéon de la Petite Reine en signant sa troisième victoire (1), sans jamais avoir fléchi à la régulière – en dehors de sa chute de vendredi et de sa perte de vélo dans le Ventoux –, celui d’un Français s’est installé dans les mémoires collectives comme possibilité: Romain Bardet. Depuis son exploit vendredi vers Saint-Gervais-Mont-Blanc, lorsqu’il renversa le podium en s’installant dans la position du dauphin légitime, le Français de 25 ans n’a pas seulement changé de dimension en s’inscrivant dans la filiation des audacieux capables de dynamiter les événements, il a surtout conquis les cœurs et ce supplément d’âme cycliste que notre pays attend depuis plus de trente ans : l’espoir d’un renouveau, disons, plus massivement, l’espoir d’un successeur à Bernard Hinault.
samedi 23 juillet 2016
Froome assure son Tour
Lors de la vingtième étape, entre Megève et
Morzine (146,5 km), l’Espagnol Ion Izagirre remporte une étape de prestige. Personne
n’a osé attaquer le maillot jaune, qui remportera, dimanche, sa troisième
Grande Boucle. Son dauphin s’appelle Romain Bardet. Il est français.
Morzine (Haute-Savoie), envoyé spécial.
Livré aux tortures de plus en plus désordonnées de leurs efforts après trois semaines à sillonner les routes, les rescapés du Tour, samedi 23 juillet, entre Megève et Morzine (146,5 km), avaient une nouvelle fois à leur disposition un théâtre d’expression sublime pour bousculer les hiérarchies. Quatre cols étaient au programme, les Aravis (Km 21), la Colombière (Km 45,5), la Ramaz (Km 93,5), avant d'attaquer Joux-Plane, seule difficulté classée hors catégorie du jour. Comme la veille, nous attendions beaucoup. Trop sans doute. D’autant qu’une pluie battante et sournoise déchirait les cimes, ce qui, vu ce qui s’était passé samedi et le nombre de chutes en cascade, n’incitait guère aux prises de risque inconsidérées.
Pour le chronicoeur – toujours sur le qui-vive malgré la fin annoncée de son vingt-septième Tour –, il fut donc assez désolant de constater que personne n’osa vraiment bouger, laissant au maillot jaune, Christopher Froome, le loisir de gérer sans se paniquer ses dernières frayeurs potentielles. Etait-il d’ailleurs diminué ou pas, après sa spectaculaire glissade vers Saint-Gervais? Bonne question. Mais nous ne le saurons jamais. Romain Bardet se contenta d’assurer sa place de dauphin acquise magistralement vingt-quatre heures plus tôt: nous ne lui en tiendrons nullement rigueur, bien au contraire, le jeune français, 25 ans, entre de plain-pied dans le gotha des futurs prétendants. Nairo Quintana assura la troisième marche du podium: nous savons qu’il n’espérait plus rien de mieux, qu’il s’agissait même d’un objectif qui lui parut, un temps, impossible. Quant aux autres, admettons habilement qu’ils avaient rendu les armes depuis si longtemps qu’il convenait, pour une fois, de les oublier un peu…
Morzine (Haute-Savoie), envoyé spécial.
Livré aux tortures de plus en plus désordonnées de leurs efforts après trois semaines à sillonner les routes, les rescapés du Tour, samedi 23 juillet, entre Megève et Morzine (146,5 km), avaient une nouvelle fois à leur disposition un théâtre d’expression sublime pour bousculer les hiérarchies. Quatre cols étaient au programme, les Aravis (Km 21), la Colombière (Km 45,5), la Ramaz (Km 93,5), avant d'attaquer Joux-Plane, seule difficulté classée hors catégorie du jour. Comme la veille, nous attendions beaucoup. Trop sans doute. D’autant qu’une pluie battante et sournoise déchirait les cimes, ce qui, vu ce qui s’était passé samedi et le nombre de chutes en cascade, n’incitait guère aux prises de risque inconsidérées.
Pour le chronicoeur – toujours sur le qui-vive malgré la fin annoncée de son vingt-septième Tour –, il fut donc assez désolant de constater que personne n’osa vraiment bouger, laissant au maillot jaune, Christopher Froome, le loisir de gérer sans se paniquer ses dernières frayeurs potentielles. Etait-il d’ailleurs diminué ou pas, après sa spectaculaire glissade vers Saint-Gervais? Bonne question. Mais nous ne le saurons jamais. Romain Bardet se contenta d’assurer sa place de dauphin acquise magistralement vingt-quatre heures plus tôt: nous ne lui en tiendrons nullement rigueur, bien au contraire, le jeune français, 25 ans, entre de plain-pied dans le gotha des futurs prétendants. Nairo Quintana assura la troisième marche du podium: nous savons qu’il n’espérait plus rien de mieux, qu’il s’agissait même d’un objectif qui lui parut, un temps, impossible. Quant aux autres, admettons habilement qu’ils avaient rendu les armes depuis si longtemps qu’il convenait, pour une fois, de les oublier un peu…
vendredi 22 juillet 2016
Tour : pour Froome, ça a Bardet !
Lors de la dix-neuvième étape, entre Albertville et
Saint-Gervais Mont Blanc, (146 km), splendide victoire en solitaire de Romain
Bardet, la première pour les Français. Le leader d’AG2R-LM s’empare de la deuxième
place du général. Christopher Froome, diminué par une chute, a contrôlé ses
rivaux, non sans difficultés.
Saint-Gervais Mont
Blanc (Haute-Savoie), envoyé spécial.
Au pays des rêves finissants, ce vendredi 22 juillet, il ne restait aux suiveurs qu’à espérer l’apparition d’ondes de chocs propices aux scénarios inattendus, disons de quoi faire mémoire commune, même si cela ne concernait que les accessits, à savoir les deuxièmes et troisièmes places du podium. Entre Albertville et Saint-Gervais Mont Blanc (146 km), le terrain de jeu s’avérait sévère pour que les derniers ascensionnistes du pays en élévation osent s’aventurer dans ce patrimoine montagneux digne d’intérêt. Quatre montées attendaient les 177 rescapés (1). Les deux premières portaient le même nom, la Forclaz (de Montmin tout d'abord, de Queige ensuite). Puis vint celle, inédite, de Bisanne, un col hors catégorie en raison de sa difficulté (12,4 km à 8,2 %) jusqu'à 1723 mètres d'altitude. La victoire, quant à elle, était adjugée au sommet d'un col de première catégorie (9,8 km à 8%) menant au Bettex. «La montée la plus irrégulière de ce Tour», commentait au matin le Français Romain Bardet, cinquième alors du classement général. La petite cité de Haute-Savoie (5800 habitants) de Saint-Gervais Mont Blanc, qui se flatte de posséder le sommet du Mont Blanc (4808 m) sur son territoire communal, accueillait la Grande Boucle pour la troisième fois de son histoire.
![]() |
| Le triomphe de Bardet. |
Au pays des rêves finissants, ce vendredi 22 juillet, il ne restait aux suiveurs qu’à espérer l’apparition d’ondes de chocs propices aux scénarios inattendus, disons de quoi faire mémoire commune, même si cela ne concernait que les accessits, à savoir les deuxièmes et troisièmes places du podium. Entre Albertville et Saint-Gervais Mont Blanc (146 km), le terrain de jeu s’avérait sévère pour que les derniers ascensionnistes du pays en élévation osent s’aventurer dans ce patrimoine montagneux digne d’intérêt. Quatre montées attendaient les 177 rescapés (1). Les deux premières portaient le même nom, la Forclaz (de Montmin tout d'abord, de Queige ensuite). Puis vint celle, inédite, de Bisanne, un col hors catégorie en raison de sa difficulté (12,4 km à 8,2 %) jusqu'à 1723 mètres d'altitude. La victoire, quant à elle, était adjugée au sommet d'un col de première catégorie (9,8 km à 8%) menant au Bettex. «La montée la plus irrégulière de ce Tour», commentait au matin le Français Romain Bardet, cinquième alors du classement général. La petite cité de Haute-Savoie (5800 habitants) de Saint-Gervais Mont Blanc, qui se flatte de posséder le sommet du Mont Blanc (4808 m) sur son territoire communal, accueillait la Grande Boucle pour la troisième fois de son histoire.
Tenter de domestiquer les pentes et d’en braver les
frontières, sans parler d’une météo chancelante et carrément orageuse par
temps lourd : tel fut le programme des irascibles et tempétueux. Ils
étaient d’ailleurs une vingtaine de courageux à prendre l’échappée du jour
(dont les Français Rolland, Vuillermoz, Moinar, Gallopin), sans qu’à aucun
moment nous n’imaginions y trouver le vainqueur de l’étape. Pourtant nous
espérions le bon coup de Pierre Rolland, malchanceux depuis bientôt trois
semaines. Et lorsque, à 45 kilomètres du but, il plaça une brutale
accélération, nous crûmes à l’exploit. Mais à peine percevions-nous le feu
sacré que le leader des Cannondale négocia si mal un virage, dans une descente
en apparence anodine, qu’il perdit le contact de la roue avant. Tout son corps
chavira dans une glissade impressionnante, qui parut ne jamais s’achever sur l’asphalte.
Le Français repartit, brinquebalant. Ses espoirs en berne.
L’essentiel, comme souvent, se déroula à l’arrière. Nous eûmes
rapidement une indication des intentions des uns et des autres en voyant les Astana
de Fabio Aru et les AG2R-LM de Romain Bardet imprimer le rythme du groupe
maillot jaune, réduit à une quarantaine d’unités.
jeudi 21 juillet 2016
Tour: Froome, l'un des passagers de la modernité
Lors de la 18e étape, un contre-la-montre
entre Sallanches et Megève (17 km), le maillot jaune remporte l’étape et creuse
des écarts. C’est dans cette côte de Domancy que Bernard Hinault devint
champion du monde…
Megève (Haute-Savoie),
envoyé spécial.
La mémoire, en terres cyclistes, demeure un invariant d’autant plus constitutif que la possibilité même de l’oubli se dérobe périodiquement à nos imperfections mentales. Ce legs d’amour, enraciné dans l’âme profonde des coureurs comme des suiveurs les plus fidèlement accrochés au mythe, se confond avec leurs propres tourments dans une cohabitation onirique qui les dépasse. Hier, lors du contre-la-montre dit «en côte» entre Sallanches et Megève (17 km), avec des passages assassins à près de 10%, le chronicoeur n’échappait pas au retour de flamme, ancré dans ses souvenirs d’adolescent. Sallanches: ça vous dit quelque chose? 1980: où séjourniez-vous, que faisiez-vous, étiez-vous seulement nés? Bernard Hinault: commencez-vous à comprendre? Peut-être le plus grand champion du monde de l’histoire: voilà, vous y êtes. Bienvenus dans la patrie du vélo. Celle où l’amnésie n’a pas de mise.
Qu’on pardonne au récipiendaire quotidien un trait de mélancolie, sinon d’amertume. Quand Christopher Froome s’élança, à 16h59 très précisément, pour atténuer la pesanteur terrestre de la célèbre côte de Domancy, intitulée pour l’occasion «Prix Bernard Hinault», une pensée sournoise s’insinua dans nos têtes: «Il n’a vraiment rien du Blaireau, celui-là!»
![]() |
| Hinault, 1980. |
La mémoire, en terres cyclistes, demeure un invariant d’autant plus constitutif que la possibilité même de l’oubli se dérobe périodiquement à nos imperfections mentales. Ce legs d’amour, enraciné dans l’âme profonde des coureurs comme des suiveurs les plus fidèlement accrochés au mythe, se confond avec leurs propres tourments dans une cohabitation onirique qui les dépasse. Hier, lors du contre-la-montre dit «en côte» entre Sallanches et Megève (17 km), avec des passages assassins à près de 10%, le chronicoeur n’échappait pas au retour de flamme, ancré dans ses souvenirs d’adolescent. Sallanches: ça vous dit quelque chose? 1980: où séjourniez-vous, que faisiez-vous, étiez-vous seulement nés? Bernard Hinault: commencez-vous à comprendre? Peut-être le plus grand champion du monde de l’histoire: voilà, vous y êtes. Bienvenus dans la patrie du vélo. Celle où l’amnésie n’a pas de mise.
Qu’on pardonne au récipiendaire quotidien un trait de mélancolie, sinon d’amertume. Quand Christopher Froome s’élança, à 16h59 très précisément, pour atténuer la pesanteur terrestre de la célèbre côte de Domancy, intitulée pour l’occasion «Prix Bernard Hinault», une pensée sournoise s’insinua dans nos têtes: «Il n’a vraiment rien du Blaireau, celui-là!»
Inscription à :
Articles (Atom)























