Alors qu’il publie pour la première fois son autobiographie, le « pape » du vélo depuis quarante ans évoque la figure centrale du champion belge, Eddy Merckx, dont l’incroyable palmarès ne sera sans doute jamais égalé. Et Cyrille Guimard, indissociable de l’histoire moderne du sport, n’est pas tendre avec le Cannibale !
«Beaucoup considèrent qu’Eddy Merckx n’est pas le plus grand vainqueur de l’histoire du cyclisme, mais le plus grand tout simplement. Son palmarès, incomparable, témoigne à lui seul de la dimension surréelle de ce coureur: cinq Tour de France, cinq Giro, une Vuelta, vingt-sept classiques (!), dont sept fois Milan-san-Remo ou cinq fois Liège-Bastogne-Liège… ajoutons trois titres ce champion du monde sur route et arrêtons-là l’incroyable énumération. Avec lui, en permanence, l’unique voisine avec l’exploit, et le Belge n’a trouvé son propre épanouissement que dans l’accroissement de son exposition permanente. Gagner. Gagner à tout prix. Gagner toujours et partout.
Cela est-il suffisant pour basculer dans la légende? Que les choses soient claires: je ne porte pas sur Merckx le même regard que sur Jacques Anquetil par exemple. Pour une raison simple: Merckx n’était pas – et n’est toujours pas – un homme charismatique. Il est à mes yeux l’un des quatre ou cinq plus grands champions du XXe siècle, bien sûr. Et il possède le plus incroyable palmarès du cyclisme – et peut-être de tous les sports d’ailleurs… Mais en l’espèce, le palmarès ne fait pas tout. (…)
lundi 2 juillet 2012
samedi 30 juin 2012
Tour: et en guise de prologue, encore Cancellara !
Huit ans plus tard, le Suisse s’adjuge un prologue dans le Tour. Le cinquième de sa carrière.
Depuis Liège (Belgique).
Le cyclisme a-t-il à ce point du mal à se renouveler qu’il lui faut, périodiquement, comme on offre à ses plus sympathiques contempteurs des bâtons pour se faire battre, ressortir les mêmes histoires à cauchemarder debout? Chacun le savait, le Suisse Fabian Cancellara a toujours eu l’habitude de marquer d’une pierre blanche la date du prologue du Tour dans son calendrier. N’en doutons pas. Jusque-là, le rouleur de RadioShack (équipe orpheline d’Andy Schleck) avait déjà remporté quatre victoires dans l'exercice (en comptant le contre la montre d'ouverture de Monaco en 2009, disputé sur 15,5 km). Et avec l’énorme pancarte de favori à la place du dossard, que croyez-vous qu’il arriva? Juste ce qui devait arriver…
Ajoutons que les organisateurs avaient fait ce qu’il fallait, en réservant au «Spartacus» d'opérette des pelotons un parcours identique à celui de 2004 (Liège avait déjà accueilli le Grand Départ). Cette année-là, Cancellara s’était révélé au grand public en atomisant un certain Lance Armstrong sur un parcours quasi identique et déjà tracé sur les bords de la Meuse. Huit ans plus tard, huit ans déjà, comme figé dans un obscur cauchemar d’une époque maudite, le Suisse s’est rappelé à notre mauvais souvenir. Cinquième victoire dans un prologue du Tour. Il y aurait sûrement de quoi lever notre verre: nous avons laissé le geste aux dizaines de milliers de Belges massés sur le parcours. Eux au moins n’avaient pas besoin d’un exploit de Cancellara pour se fêter eux-mêmes.
Depuis Liège (Belgique).
Le cyclisme a-t-il à ce point du mal à se renouveler qu’il lui faut, périodiquement, comme on offre à ses plus sympathiques contempteurs des bâtons pour se faire battre, ressortir les mêmes histoires à cauchemarder debout? Chacun le savait, le Suisse Fabian Cancellara a toujours eu l’habitude de marquer d’une pierre blanche la date du prologue du Tour dans son calendrier. N’en doutons pas. Jusque-là, le rouleur de RadioShack (équipe orpheline d’Andy Schleck) avait déjà remporté quatre victoires dans l'exercice (en comptant le contre la montre d'ouverture de Monaco en 2009, disputé sur 15,5 km). Et avec l’énorme pancarte de favori à la place du dossard, que croyez-vous qu’il arriva? Juste ce qui devait arriver…
Ajoutons que les organisateurs avaient fait ce qu’il fallait, en réservant au «Spartacus» d'opérette des pelotons un parcours identique à celui de 2004 (Liège avait déjà accueilli le Grand Départ). Cette année-là, Cancellara s’était révélé au grand public en atomisant un certain Lance Armstrong sur un parcours quasi identique et déjà tracé sur les bords de la Meuse. Huit ans plus tard, huit ans déjà, comme figé dans un obscur cauchemar d’une époque maudite, le Suisse s’est rappelé à notre mauvais souvenir. Cinquième victoire dans un prologue du Tour. Il y aurait sûrement de quoi lever notre verre: nous avons laissé le geste aux dizaines de milliers de Belges massés sur le parcours. Eux au moins n’avaient pas besoin d’un exploit de Cancellara pour se fêter eux-mêmes.
Et c'est reparti pour un Tour...
La 99e édition du Tour de France s’élance demain depuis Liège. Comme une mauvaise habitude, on parle déjà plus des affaires que de la course. Europcar dans le viseur?
Depuis Liège (Belgique).
Parce que le Tour reste ce lieu étrange où rien ne se juge vraiment à l’aune des palmarès, le corps, le cœur, la pensée, les exploits, les émotions fluctuantes, les vivas du peuple et même la plume du chronicœur y sont convoqués rituellement pour que l’altérité y trouve son compte. Pas encore élancée, l’édition 2012, 99e du genre, a déjà rempli son office. Mais, croyez-nous, pas de quoi, pour l’instant, enrichir le grand livre des Illustres. À l’heure où nous devrions concentrer toute notre attention sur les prochains chronos, les rendez-vous décisifs des étapes de montagne à venir et les quelques favoris encore debout avant de s’élancer pour trois semaines de train fou, nous revoilà plongés dans le creuset des affaires en tout genre.
Tellement que, depuis de nombreuses heures, les habitants de la Cité ardente de Liège, agglutinés devant les hôtels des coureurs et prêts à tous les sacrifices corporels pour les apercevoir ou les toucher, hésitent entre la nécessaire prise de recul face aux événements inhérents au cyclisme et la franche dévotion qu’ils ont, heureusement, du mal à contenir. En ces contrées enivrées par la passion, aimer le vélo est un pléonasme. Une qualité supérieure que tout homme de raison devrait envier. N’est-ce pas? Mais le climat s’avère lourd, pesant. Et nous ne parlons pas là de la densité des rayons du soleil qui viendrait à flancher sur les Ardennes belges… «À chaque début de Tour, son affaire, ça devient lassant», commentait, un rien ironique, le vieil Eddy Merckx, qui compte bien sur ce «grand départ» pour profiter de sa popularité inégalée dans le royaume. Mais pour une fois, les foudres de la suspicion viennent de s’abattre sur une équipe française : celle de Jean-René Bernaudeau.
Depuis Liège (Belgique).
Parce que le Tour reste ce lieu étrange où rien ne se juge vraiment à l’aune des palmarès, le corps, le cœur, la pensée, les exploits, les émotions fluctuantes, les vivas du peuple et même la plume du chronicœur y sont convoqués rituellement pour que l’altérité y trouve son compte. Pas encore élancée, l’édition 2012, 99e du genre, a déjà rempli son office. Mais, croyez-nous, pas de quoi, pour l’instant, enrichir le grand livre des Illustres. À l’heure où nous devrions concentrer toute notre attention sur les prochains chronos, les rendez-vous décisifs des étapes de montagne à venir et les quelques favoris encore debout avant de s’élancer pour trois semaines de train fou, nous revoilà plongés dans le creuset des affaires en tout genre.
Tellement que, depuis de nombreuses heures, les habitants de la Cité ardente de Liège, agglutinés devant les hôtels des coureurs et prêts à tous les sacrifices corporels pour les apercevoir ou les toucher, hésitent entre la nécessaire prise de recul face aux événements inhérents au cyclisme et la franche dévotion qu’ils ont, heureusement, du mal à contenir. En ces contrées enivrées par la passion, aimer le vélo est un pléonasme. Une qualité supérieure que tout homme de raison devrait envier. N’est-ce pas? Mais le climat s’avère lourd, pesant. Et nous ne parlons pas là de la densité des rayons du soleil qui viendrait à flancher sur les Ardennes belges… «À chaque début de Tour, son affaire, ça devient lassant», commentait, un rien ironique, le vieil Eddy Merckx, qui compte bien sur ce «grand départ» pour profiter de sa popularité inégalée dans le royaume. Mais pour une fois, les foudres de la suspicion viennent de s’abattre sur une équipe française : celle de Jean-René Bernaudeau.
Anquetiliste(s): un chef d'oeuvre de Paul Fournel
Dans "Anquetil tout seul" (Seuil), l'écrivain nous raconte sa relation au grand champion cycliste. A lire de toute urgence.
Fournel. «Anquetil jouissait de la bienveillance des vents, son nez aigu et son visage de fine lame lui ouvraient la route et son corps tout entier se coulait derrière, fendant les mistrals, pénétrant les bises d’hiver et les autans d’été.» Par cette toute première phrase, l’écrivain Paul Fournel a déjà gagné. La course des mots. Celle de l’éternelle estime. Celle de la légende des cycles. Celle de la fidélité à l’enfance. Celle de la littérature, qui, parfois, dans la roue des champions d’exception, devient elle-même une exception si rare et si prodigieuse que vous restez collé à la lecture, comme dans un contre-la-montre, jusqu’à l’épuisement de la sensation ultime : le bonheur du talent. Avec "Anquetil tout seul" (Seuil), l’ami Paul Fournel enroule devant nos yeux ébahis un braquet hors du commun, prêtant sa plume à la gloire d’un des cyclistes qui a le plus hanté les écrivains et les intellectuels (du moins ceux qui osent admettre leur fascination pour la Petite Reine). Oui, Anquetil fut le héros de Fournel. Depuis sa plus tendre enfance. Disons depuis 1957 pour être précis. Le futur écrivain avait alors dix ans. Et le futur quintuple vainqueur du Tour de France ramenait à Paris son premier maillot jaune, à l’âge de vingt-trois ans. Fournel, qui raconte à la fois son voisinage avec l’Idole mais aussi le lien mystérieux et intime qu’il a entretenu à distance avec ce Normand qui brûlait l’existence par tous les sens, écrit: «J’avais dix ans, j’étais petit brun et rond, il était grand blond et mince, je voulais être lui. Je voulais son vélo, son allure, sa nonchalance, son élégance.» Car le grand Jacques était-il autre chose qu’«un réacteur, une machine IBM et un alambic», selon la formule de Raphaël Geminiani, son directeur sportif? Paul Fournel s’est toujours interrogé. Encore «petit cycliste», il avait «des idées claires sur ce que devait être un champion», «d’abord et avant tout un être porté à l’exploit, et pour cela il devait aimer son sport plus que tout, sans débat». Problème insoluble, puisque Jacques déclarait à souhait: «Je crois bien que je n’aime pas, que je n’ai jamais aimé, que je n’aimerai jamais le vélo.» Le croyez-vous?
Noblesse. Anquetil-Fournel. Au fil des pages, à la mesure des années écoulées, nous devinons la proximité en ampleur entre les deux hommes. Fournel: «Anquetil se tient nu, en équilibre inquiet au-dessus de la baignoire qui se remplit d’eau bouillante. La vapeur monte, lui saisit le sexe, les fesses, les jambes : précieux mollets, cuisses d’or.»
Et encore: «La tête reçoit les effluves, elle fait thermomètre. Anquetil regarde ses pieds sans les voir. Il absorbe la chaleur, il en gave ses muscles. Il ne pense pas à la course dont il va prendre le départ, il n’en répète pas mentalement les virages et le profil. Le tracé est roulé en boule dans son ventre, il le sent dur, compact, douloureux, noué, et il sait que tout à l’heure, juste après le départ, il se défroissera et se déroulera au centimètre comme la plus rigoureuse des cartes routières. Il a peur.»
Fournel. «Anquetil jouissait de la bienveillance des vents, son nez aigu et son visage de fine lame lui ouvraient la route et son corps tout entier se coulait derrière, fendant les mistrals, pénétrant les bises d’hiver et les autans d’été.» Par cette toute première phrase, l’écrivain Paul Fournel a déjà gagné. La course des mots. Celle de l’éternelle estime. Celle de la légende des cycles. Celle de la fidélité à l’enfance. Celle de la littérature, qui, parfois, dans la roue des champions d’exception, devient elle-même une exception si rare et si prodigieuse que vous restez collé à la lecture, comme dans un contre-la-montre, jusqu’à l’épuisement de la sensation ultime : le bonheur du talent. Avec "Anquetil tout seul" (Seuil), l’ami Paul Fournel enroule devant nos yeux ébahis un braquet hors du commun, prêtant sa plume à la gloire d’un des cyclistes qui a le plus hanté les écrivains et les intellectuels (du moins ceux qui osent admettre leur fascination pour la Petite Reine). Oui, Anquetil fut le héros de Fournel. Depuis sa plus tendre enfance. Disons depuis 1957 pour être précis. Le futur écrivain avait alors dix ans. Et le futur quintuple vainqueur du Tour de France ramenait à Paris son premier maillot jaune, à l’âge de vingt-trois ans. Fournel, qui raconte à la fois son voisinage avec l’Idole mais aussi le lien mystérieux et intime qu’il a entretenu à distance avec ce Normand qui brûlait l’existence par tous les sens, écrit: «J’avais dix ans, j’étais petit brun et rond, il était grand blond et mince, je voulais être lui. Je voulais son vélo, son allure, sa nonchalance, son élégance.» Car le grand Jacques était-il autre chose qu’«un réacteur, une machine IBM et un alambic», selon la formule de Raphaël Geminiani, son directeur sportif? Paul Fournel s’est toujours interrogé. Encore «petit cycliste», il avait «des idées claires sur ce que devait être un champion», «d’abord et avant tout un être porté à l’exploit, et pour cela il devait aimer son sport plus que tout, sans débat». Problème insoluble, puisque Jacques déclarait à souhait: «Je crois bien que je n’aime pas, que je n’ai jamais aimé, que je n’aimerai jamais le vélo.» Le croyez-vous?
Noblesse. Anquetil-Fournel. Au fil des pages, à la mesure des années écoulées, nous devinons la proximité en ampleur entre les deux hommes. Fournel: «Anquetil se tient nu, en équilibre inquiet au-dessus de la baignoire qui se remplit d’eau bouillante. La vapeur monte, lui saisit le sexe, les fesses, les jambes : précieux mollets, cuisses d’or.»
Et encore: «La tête reçoit les effluves, elle fait thermomètre. Anquetil regarde ses pieds sans les voir. Il absorbe la chaleur, il en gave ses muscles. Il ne pense pas à la course dont il va prendre le départ, il n’en répète pas mentalement les virages et le profil. Le tracé est roulé en boule dans son ventre, il le sent dur, compact, douloureux, noué, et il sait que tout à l’heure, juste après le départ, il se défroissera et se déroulera au centimètre comme la plus rigoureuse des cartes routières. Il a peur.»
jeudi 28 juin 2012
Guimard: «Le sport peut-il encore être préservé face au business?»
Voici le long entretien de Cyrille Guimard réalisé par Eric Serres et publié dans l'Humanité du 15 juin dernier, à l'occasion de la sortie de son autobiographie, que j'ai co-écrite avec lui, "Dans les secrets du Tour de France" (éditions Grasset). Le cyclisme, Cyrille l’a connu sur son vélo, au volant de sa voiture de directeur sportif, puis au micro en tant que consultant. Un homme indissociable de l’histoire moderne du sport...
-Pourquoi avoir écrit ce livre aujourd’hui, pourquoi avoir mis tant d’années à revenir sur votre histoire qui se mélange avec celle de l’histoire du cyclisme de ces quarante dernières années?
Cyrille Guimard. Pourquoi ne pas en avoir écrit un plus tôt? Il y a eu un premier livre, mais qui ne compte pas. En fait, j’ai toujours refusé, pas parce que je n’avais rien à dire, mais parce que c’était trop tôt et que je n’avais pas assez de recul. Je n’ai jamais été vraiment passionné par la lecture des livres sur les champions. Ça manquait souvent de profondeur. C’était souvent: «Moi, ma vie, mes exploits!» En disant cela, je ne veux critiquer qui que ce soit, mais quand je lisais cela, j’étais moi-même trop impliqué dans le monde du sport. Tout ce que j’y trouvais, je le connaissais déjà, à se demander même si l’on avait vu la même chose.
-Est-ce à dire que vous avez pris du recul par rapport aux événements, à votre vie ?
Cyrille Guimard. Oui. En partie! Mais je pense que c’est le livre qui va m’en faire prendre encore plus que tout le reste. On se rend compte qu’une vie racontée en 200 pages, c’est trop court, et comme je n’ai pas la capacité d’en écrire une dizaine, il y a comme une frustration : sans la plume de Jean-Emmanuel Ducoin, que les lecteurs de l’Huma connaissent bien, ce projet n’aurait pas vu le jour… Vous savez, il y avait tellement d’autres choses dont j’avais envie de parler, et je ne l’ai découvert, bizarrement, que lorsque le livre arrivait à sa fin.
-Pourquoi avoir écrit ce livre aujourd’hui, pourquoi avoir mis tant d’années à revenir sur votre histoire qui se mélange avec celle de l’histoire du cyclisme de ces quarante dernières années?
Cyrille Guimard. Pourquoi ne pas en avoir écrit un plus tôt? Il y a eu un premier livre, mais qui ne compte pas. En fait, j’ai toujours refusé, pas parce que je n’avais rien à dire, mais parce que c’était trop tôt et que je n’avais pas assez de recul. Je n’ai jamais été vraiment passionné par la lecture des livres sur les champions. Ça manquait souvent de profondeur. C’était souvent: «Moi, ma vie, mes exploits!» En disant cela, je ne veux critiquer qui que ce soit, mais quand je lisais cela, j’étais moi-même trop impliqué dans le monde du sport. Tout ce que j’y trouvais, je le connaissais déjà, à se demander même si l’on avait vu la même chose.
-Est-ce à dire que vous avez pris du recul par rapport aux événements, à votre vie ?
Cyrille Guimard. Oui. En partie! Mais je pense que c’est le livre qui va m’en faire prendre encore plus que tout le reste. On se rend compte qu’une vie racontée en 200 pages, c’est trop court, et comme je n’ai pas la capacité d’en écrire une dizaine, il y a comme une frustration : sans la plume de Jean-Emmanuel Ducoin, que les lecteurs de l’Huma connaissent bien, ce projet n’aurait pas vu le jour… Vous savez, il y avait tellement d’autres choses dont j’avais envie de parler, et je ne l’ai découvert, bizarrement, que lorsque le livre arrivait à sa fin.
dimanche 24 juin 2012
Illusion(s): bilan et perspectives après élections...
Près d'un électeur sur deux s’est abstenu aux législatives. Les moins de quarante-cinq ans, majoritairement, ne se sont pas exprimés. Et il en est de même avec les catégories sociales les plus défavorisées... Pour François II, l’adhésion reste à conquérir…
Majorité. À force de répéter sur tous les tons que «la gauche, cette fois, ne peut pas décevoir», qu’elle n’en a «pas le droit», faute de quoi le pire serait à envisager dans un avenir plus ou moins proche, certains omettent de dimensionner le périmètre du mot «gauche» ainsi utilisé dans une globalité erronée. En l’espèce, nous devons entendre: les socialistes et leurs alliés gouvernementaux. Ceux pour lesquels les élections législatives furent un moment de grâce. Ou presque. Mettons de côté les destins personnels, concentrons-nous sur ce que nous nous permettrons de considérer comme un sacre en trompe-l’œil. Il n’est nullement question, ici, de minimiser l’ampleur de la victoire des socialistes: en nombre, sinon en pourcentage, jamais la gauche n’avait obtenu semblable hégémonie à l’Assemblée. D’autant que ladite gauche domine dorénavant le paysage politique comme jamais cela ne s’était produit depuis l’avènement de la Ve République: le Palais-Bourbon, le Sénat, l’essentielle des régions, la majorité des départements et la plupart des grandes villes. Que reste-t-il à la droite parlementaire? Soyons précis: 3 régions sur 26, dont 2 en outre-mer ; 40 départements sur 101 ; 12 villes de plus de 100.000 habitants sur 41. Du jamais-vu, inutile de le préciser.
Vertige. Bien sûr, cette hyperdomination ne tombe pas du ciel. Après cinq années de nicoléonisme et de dérives en tout genre, l’envie de changement était la plus forte et les Français ne se sont pas contentés, aux législatives, de confirmer le résultat de la présidentielle.
Vertige. Bien sûr, cette hyperdomination ne tombe pas du ciel. Après cinq années de nicoléonisme et de dérives en tout genre, l’envie de changement était la plus forte et les Français ne se sont pas contentés, aux législatives, de confirmer le résultat de la présidentielle.
mercredi 20 juin 2012
Rio+20 : oui, la maison brûle...
Un développement humainement durable: est-ce compatible avec la virulence du modèle financier?
«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.» Personne n’a oublié l’intuition oratoire de Jacques Chirac, le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en ouverture du IVe Sommet de la terre. Cette prise de parole conscientisée à l’extrême, avec sa part de dramatisation, n’avait d’autre but que de rappeler aux dirigeants du monde leur devoir sacré: lutter contre l’indifférence des Terriens face aux menaces environnementales, face aux destructions de la nature et de ses ressources, qui mettent en danger l’espèce humaine tout entière. Ce jour-là, le président de l’époque s’exprimait dix ans après le premier sommet de Rio. En 1992, la Terre s’était assise à la table des négociations onusiennes. Les préoccupations écologiques et de développement durable s’écrivaient à l’encre noire dans tous les agendas internationaux…
Où en est-on aujourd’hui? Ne le cachons pas, la réunion de l’ONU en présence d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement, qui se tient de nouveau à Rio, comme un symbolique retour aux sources, s’ouvre sur un constat d’alarme. Le bilan de l’action des États n’a rien de rassurant. Et le contexte mondial laisse apparaître des contradictions majeures : consommation d’énergies en plein boom, pics d’émissions de gaz à effet de serre, hausse des déchets et des pollutions chimiques, exploitation de l’écosystème jusqu’à la négation de la biodiversité, pillage des biens communs de l’humanité, marchandisation du concept d’«économie verte» au profit des grands trusts privés, nouvelle explosion de l’énergie fossile… tout cela frappé du sceau de la poursuite effrénée du système productiviste néocapitaliste !
«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.» Personne n’a oublié l’intuition oratoire de Jacques Chirac, le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en ouverture du IVe Sommet de la terre. Cette prise de parole conscientisée à l’extrême, avec sa part de dramatisation, n’avait d’autre but que de rappeler aux dirigeants du monde leur devoir sacré: lutter contre l’indifférence des Terriens face aux menaces environnementales, face aux destructions de la nature et de ses ressources, qui mettent en danger l’espèce humaine tout entière. Ce jour-là, le président de l’époque s’exprimait dix ans après le premier sommet de Rio. En 1992, la Terre s’était assise à la table des négociations onusiennes. Les préoccupations écologiques et de développement durable s’écrivaient à l’encre noire dans tous les agendas internationaux…
Où en est-on aujourd’hui? Ne le cachons pas, la réunion de l’ONU en présence d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement, qui se tient de nouveau à Rio, comme un symbolique retour aux sources, s’ouvre sur un constat d’alarme. Le bilan de l’action des États n’a rien de rassurant. Et le contexte mondial laisse apparaître des contradictions majeures : consommation d’énergies en plein boom, pics d’émissions de gaz à effet de serre, hausse des déchets et des pollutions chimiques, exploitation de l’écosystème jusqu’à la négation de la biodiversité, pillage des biens communs de l’humanité, marchandisation du concept d’«économie verte» au profit des grands trusts privés, nouvelle explosion de l’énergie fossile… tout cela frappé du sceau de la poursuite effrénée du système productiviste néocapitaliste !
dimanche 17 juin 2012
Lance Armstrong : l’imposture va s’achever, enfin !
Le septuple vainqueur du Tour de France est rattrapé par la justice sportive américaine. Une nouvelle enquête en cours pourrait bien chambouler les palmarès cyclistes. Que penser de ce coup de tonnerre?
À défaut de toujours frayer une place en philosophie,
le cyclisme permet de lire l’âme humaine comme dans un livre ouvert. Témoins d’une époque de métamorphose des corps, de modifications sanguines et génétiques, accouchée dans l’horreur des pires prédictions du bio-pouvoir et de l’homme-machine à performer, nous regardons avec lucidité la sortie de route peut-être définitive de Lance Armstrong. Tandis que l’Agence américaine antidopage déclare détenir les preuves que l’Américain, septuple vainqueur de la Grande Boucle,
fut un grand tricheur, un mot nous vient à l’esprit, un mot qui résonne presque comme un cri: enfin!
Le cyclisme avait-il besoin de la mondialisation d’abord, d’Armstrong ensuite, pour sombrer dans le produit du modèle anglo-saxon? Jusqu’au dopage «scientifique» des années 1990, avec sa substance phare, l’EPO, le vélo avait plus ou moins préservé son onctuosité poétique, protégeant jusqu’à l’orgueil cette fraîche bataille des «hommes de loin qui vivent près de chez nous», comme l’écrivait Blondin. Ce fameux Tour d’enfance projetait encore sur ces champions une part de nos fantasmes d’émancipation. Pour le chronicœur-suiveur, ayant quelques bouteilles au compteur, comment ne pas croire qu’Armstrong et ses congénères, complices ou semblables, nous ont trahis? Prenons bien conscience de ce que furent les années «Armstrong»: avec ces hommes sans foi ni loi, qui ont raturé la définition même de la légende des Géants de la route, le cyclisme a cessé d’être un sport spectaculaire pour devenir un spectacle sportif, symptôme et produit d’une société capitaliste qui ne vit que pour (se) vendre. Tôt ou tard, les imposteurs de l’histoire doivent rendre des comptes.
![]() |
| Le livre que j'ai publié sur Armstrong, en 2009 (éditions Michel de Maule). |
Le cyclisme avait-il besoin de la mondialisation d’abord, d’Armstrong ensuite, pour sombrer dans le produit du modèle anglo-saxon? Jusqu’au dopage «scientifique» des années 1990, avec sa substance phare, l’EPO, le vélo avait plus ou moins préservé son onctuosité poétique, protégeant jusqu’à l’orgueil cette fraîche bataille des «hommes de loin qui vivent près de chez nous», comme l’écrivait Blondin. Ce fameux Tour d’enfance projetait encore sur ces champions une part de nos fantasmes d’émancipation. Pour le chronicœur-suiveur, ayant quelques bouteilles au compteur, comment ne pas croire qu’Armstrong et ses congénères, complices ou semblables, nous ont trahis? Prenons bien conscience de ce que furent les années «Armstrong»: avec ces hommes sans foi ni loi, qui ont raturé la définition même de la légende des Géants de la route, le cyclisme a cessé d’être un sport spectaculaire pour devenir un spectacle sportif, symptôme et produit d’une société capitaliste qui ne vit que pour (se) vendre. Tôt ou tard, les imposteurs de l’histoire doivent rendre des comptes.
[ARTICLE publié dans l'Humanité du 15 juin 2012.]
Ukrainien(s): 9 août 1942, l'honneur d'un sport et d'un peuple
Dans "Gagner à en Mourir", Pierre-Louis Basse nous raconte l'histoire d'un match méconnu entre le FC Start et les meilleurs joueurs de l'Allemagne nazie...
Foot. Pierre-Louis Basse a mille fois raison: nous aimons tous le football comme nous aimons notre enfance, «avec insouciance et regret, car nous passons une partie non négligeable de notre vie à regretter cette enfance». Tôt ou tard, le monde des adultes squatte notre présent et avant même de nous en rendre compte, nous avons quitté les bords de rive où s’échangeaient nos rêves de ballon rond et de numéros de dossard du Tour de France. Les brumes du présentisme, avec son performatif, remplacent alors l’éclat des ciels clairs des gamins. «Je n’ai jamais cessé de croire – au nom de cette passion pour l’enfance – que le football n’était rien d’autre que le merveilleux prolongement d’une époque», écrit Pierre-Louis Basse, plus mélancolique que jamais à refuser l’idéalisation du passé et plus encore sa nostalgie. Dans son dernier livre, Gagner à en mourir (Robert Laffont), le journaliste et écrivain sort de son silence forcé de la plus belle des manières. Mettant sa plume au service du sport, de l’histoire et de la politique.
Voix. Petit rappel aux oublieux: Pierre-Louis Basse n’est plus journaliste à Europe 1 depuis l’été 2011. Et croyez-nous, son émission, où se côtoyaient des philosophes, des musiciens, des ouvriers et parfois même des bloc-noteurs (eh oui), ne manque pas qu’aux auditeurs! Écarté, viré: chacun choisira la bonne expression.
Foot. Pierre-Louis Basse a mille fois raison: nous aimons tous le football comme nous aimons notre enfance, «avec insouciance et regret, car nous passons une partie non négligeable de notre vie à regretter cette enfance». Tôt ou tard, le monde des adultes squatte notre présent et avant même de nous en rendre compte, nous avons quitté les bords de rive où s’échangeaient nos rêves de ballon rond et de numéros de dossard du Tour de France. Les brumes du présentisme, avec son performatif, remplacent alors l’éclat des ciels clairs des gamins. «Je n’ai jamais cessé de croire – au nom de cette passion pour l’enfance – que le football n’était rien d’autre que le merveilleux prolongement d’une époque», écrit Pierre-Louis Basse, plus mélancolique que jamais à refuser l’idéalisation du passé et plus encore sa nostalgie. Dans son dernier livre, Gagner à en mourir (Robert Laffont), le journaliste et écrivain sort de son silence forcé de la plus belle des manières. Mettant sa plume au service du sport, de l’histoire et de la politique.
Voix. Petit rappel aux oublieux: Pierre-Louis Basse n’est plus journaliste à Europe 1 depuis l’été 2011. Et croyez-nous, son émission, où se côtoyaient des philosophes, des musiciens, des ouvriers et parfois même des bloc-noteurs (eh oui), ne manque pas qu’aux auditeurs! Écarté, viré: chacun choisira la bonne expression.
jeudi 14 juin 2012
Messieurs, Mesdames de l'UMP: taisez-vous !
« Le Front de gauche et le Front national, c’est pareil », disent les ténors de l’UMP. Ils insultent la mémoire du général de Gaulle.
Comme souvent, le secrétaire général de l’UMP aurait mieux fait de ne pas se laisser aller à ses songeries ambulatoires, qui, chez lui, ne produisent que de la pensée «pour les nuls». Réagissant à la décision gouvernementale, prise hier, de plafonner à 450 000 euros annuels les rémunérations des dirigeants des entreprises publiques, Jean-François Copé a qualifié «d’extrêmement hypocrite» ce dispositif, ajoutant, toujours «pour les nuls», qu’il singe décidément bien: «On fait semblant de régler les problèmes. C’est dans la catégorie “morale ostentatoire” pour dissimuler ce qui est moins moral. Pour moi, réduire les injustices, c’est permettre aux Français de gagner plus.» Même rengaine, mêmes mots. Travailler plus pour gagner plus, moraliser le capitalisme… Le CD était tellement rayé que les Français l’ont éjecté. Il serait temps que monsieur Copé s’en aperçoive.
Oui, la vie publique a besoin d’éthique, d’exemplarité, et les mandataires sociaux doivent être les premiers à enclencher le début d’un cercle vertueux dont on souhaite, ne le cachons pas, qu’il aille beaucoup plus loin. Rappelons-nous que, sur ce sujet et bien d’autres, les socialistes viennent de loin. Sans la campagne du Front de gauche et son idée d’imposer une échelle des salaires de 1 à 20, jamais le gouvernement Ayrault n’aurait inscrit à son agenda le sort des entreprises publiques. Encore un effort, et bientôt même la question des salaires des patrons du CAC 40 ne sera plus taboue !
Comme souvent, le secrétaire général de l’UMP aurait mieux fait de ne pas se laisser aller à ses songeries ambulatoires, qui, chez lui, ne produisent que de la pensée «pour les nuls». Réagissant à la décision gouvernementale, prise hier, de plafonner à 450 000 euros annuels les rémunérations des dirigeants des entreprises publiques, Jean-François Copé a qualifié «d’extrêmement hypocrite» ce dispositif, ajoutant, toujours «pour les nuls», qu’il singe décidément bien: «On fait semblant de régler les problèmes. C’est dans la catégorie “morale ostentatoire” pour dissimuler ce qui est moins moral. Pour moi, réduire les injustices, c’est permettre aux Français de gagner plus.» Même rengaine, mêmes mots. Travailler plus pour gagner plus, moraliser le capitalisme… Le CD était tellement rayé que les Français l’ont éjecté. Il serait temps que monsieur Copé s’en aperçoive.
Oui, la vie publique a besoin d’éthique, d’exemplarité, et les mandataires sociaux doivent être les premiers à enclencher le début d’un cercle vertueux dont on souhaite, ne le cachons pas, qu’il aille beaucoup plus loin. Rappelons-nous que, sur ce sujet et bien d’autres, les socialistes viennent de loin. Sans la campagne du Front de gauche et son idée d’imposer une échelle des salaires de 1 à 20, jamais le gouvernement Ayrault n’aurait inscrit à son agenda le sort des entreprises publiques. Encore un effort, et bientôt même la question des salaires des patrons du CAC 40 ne sera plus taboue !
samedi 9 juin 2012
Grec(s) : petit rappel à ceux qui ignorent l'Histoire...
Jadis, nos maîtres nous hurlaient aux oreilles: «Savez-vous ce que nous devons à la Grèce ? Tout!» Voilà bien le genre de phrase que n’ont pas dû entendre dans leur enfance ni Christine Lagarde ni Angela Merkel...
(A LA MEMOIRE DE JACQUES COUBARD lire ici
QUI CONNAISSAIT SI BIEN L'ART HELLENE...)
Grammaire. L’évidage de l’école républicaine, par tous ceux qui la nient ou en dévoient l’universalité, n’est pas sans conséquences: l’absence des classiques et des Illustres provoque fautes de sens et grossièretés historiques. Les valeurs de l’enseignement, dont nous étions jadis autant les débiteurs que les usufruitiers, dispensaient depuis les estrades cet art banal de la transmission qu’aucune contingence extérieure ne venait pervertir. Le «connais-toi toi-même» côtoyait l’«esprit sain dans un corps sain». Et quand il nous arrivait, non par renoncement mais par lassitude, de nous éloigner un peu du chemin triomphant de l’apprentissage des connaissances, les maîtres vous hurlaient aux oreilles: «Grammaire grecque! Grammaire grecque!» Et ils ajoutaient, sûrs d’eux: «Savez-vous ce que nous devons à la Grèce ? Tout!» Voilà bien le genre de phrase que n’ont pas dû entendre dans leur enfance ni Christine Lagarde ni Angela Merkel (pour ne citer que ces deux-là, la liste des salauds patentés étant trop exhaustive), tant leur arrogance et leur haine de la Grèce s’entendent à chacune de leurs interventions. Elles ont oublié que, en 1981, lorsque la Grèce adhéra à l’Europe, un certain Valéry Giscard d’Estaing avait demandé aux Français de l’accueillir telle notre «mère spirituelle». Le coauteur de la Constitution de 2005 s’en souvient-il lui-même, d’ailleurs? À l’époque, convoqués au banquet d’Histoire, nos cœurs battaient à la moindre évocation d’une civilisation vieille de vingt-cinq siècles, cela nécessitant un peu de sublimation. Les noms résonnaient en nous comme autant de mystères à déchiffrer, Homère, Platon, Socrate, Eschyle, Sophocle, Euripide, Thucydide, Aristophane, Pythagore, Aristote, Archimède, Hippocrate, tant d’autres… Alors, que doit-on à la Grèce?
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| Le Parthénon, principal temple d'Athènes. |
QUI CONNAISSAIT SI BIEN L'ART HELLENE...)
Grammaire. L’évidage de l’école républicaine, par tous ceux qui la nient ou en dévoient l’universalité, n’est pas sans conséquences: l’absence des classiques et des Illustres provoque fautes de sens et grossièretés historiques. Les valeurs de l’enseignement, dont nous étions jadis autant les débiteurs que les usufruitiers, dispensaient depuis les estrades cet art banal de la transmission qu’aucune contingence extérieure ne venait pervertir. Le «connais-toi toi-même» côtoyait l’«esprit sain dans un corps sain». Et quand il nous arrivait, non par renoncement mais par lassitude, de nous éloigner un peu du chemin triomphant de l’apprentissage des connaissances, les maîtres vous hurlaient aux oreilles: «Grammaire grecque! Grammaire grecque!» Et ils ajoutaient, sûrs d’eux: «Savez-vous ce que nous devons à la Grèce ? Tout!» Voilà bien le genre de phrase que n’ont pas dû entendre dans leur enfance ni Christine Lagarde ni Angela Merkel (pour ne citer que ces deux-là, la liste des salauds patentés étant trop exhaustive), tant leur arrogance et leur haine de la Grèce s’entendent à chacune de leurs interventions. Elles ont oublié que, en 1981, lorsque la Grèce adhéra à l’Europe, un certain Valéry Giscard d’Estaing avait demandé aux Français de l’accueillir telle notre «mère spirituelle». Le coauteur de la Constitution de 2005 s’en souvient-il lui-même, d’ailleurs? À l’époque, convoqués au banquet d’Histoire, nos cœurs battaient à la moindre évocation d’une civilisation vieille de vingt-cinq siècles, cela nécessitant un peu de sublimation. Les noms résonnaient en nous comme autant de mystères à déchiffrer, Homère, Platon, Socrate, Eschyle, Sophocle, Euripide, Thucydide, Aristophane, Pythagore, Aristote, Archimède, Hippocrate, tant d’autres… Alors, que doit-on à la Grèce?
vendredi 8 juin 2012
Retraites : et le courage de la volonté ?
Le dispositif adopté hier pour les retraites constitue un pas vers la justice réhabilitée. Un pas seulement.
La droite n’aime décidément pas les gestes de justice, quels qu’ils soient, modestes ou symboliquement forts. Hier, il fallait se contenir pour ne pas éprouver des haut-le-cœur en écoutant les réactions des pontes et autres ex-profiteurs de l’État-UMP, après l’annonce par le gouvernement que 110.000 personnes (seulement) allaient retrouver le droit de faire valoir leur départ à la retraite à 60 ans… Déchaîné, Jean-François Copé, déversant sa haine des travailleurs en souffrance: «Je veux alerter sur les folies qui sont en train de se préparer, nous n’avons pas le moindre euro pour financer ces cadeaux électoraux.» Apprécions au passage la délicatesse du langage. Pour le secrétaire général de l’UMP, potentiellement leader de la droite parlementaire, octroyer ou rétablir un droit équivaut forcément à un coup électoral, à un sourd calcul, histoire de caresser dans le sens du poil le bas peuple, qui, comme chacun le sait, n’a ni conscience ni âme pour apprécier par lui-même de quoi il retourne. Dès qu’elle entend «droits sociaux», la droite ferme ses coffres et sort ses flingues. Rien de neuf sous son ciel gris.
Le dispositif adopté hier par décret sur le retour partiel de la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler à 18 ans, qui prévoit d’inclure dans la durée de cotisation deux trimestres pour les chômeurs et deux trimestres supplémentaires au titre de la maternité, est une bonne nouvelle pour les citoyens concernés. Penser ou dire le contraire est une infamie intellectuelle au regard de la pénibilité des parcours professionnels en question.
La droite n’aime décidément pas les gestes de justice, quels qu’ils soient, modestes ou symboliquement forts. Hier, il fallait se contenir pour ne pas éprouver des haut-le-cœur en écoutant les réactions des pontes et autres ex-profiteurs de l’État-UMP, après l’annonce par le gouvernement que 110.000 personnes (seulement) allaient retrouver le droit de faire valoir leur départ à la retraite à 60 ans… Déchaîné, Jean-François Copé, déversant sa haine des travailleurs en souffrance: «Je veux alerter sur les folies qui sont en train de se préparer, nous n’avons pas le moindre euro pour financer ces cadeaux électoraux.» Apprécions au passage la délicatesse du langage. Pour le secrétaire général de l’UMP, potentiellement leader de la droite parlementaire, octroyer ou rétablir un droit équivaut forcément à un coup électoral, à un sourd calcul, histoire de caresser dans le sens du poil le bas peuple, qui, comme chacun le sait, n’a ni conscience ni âme pour apprécier par lui-même de quoi il retourne. Dès qu’elle entend «droits sociaux», la droite ferme ses coffres et sort ses flingues. Rien de neuf sous son ciel gris.
Le dispositif adopté hier par décret sur le retour partiel de la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler à 18 ans, qui prévoit d’inclure dans la durée de cotisation deux trimestres pour les chômeurs et deux trimestres supplémentaires au titre de la maternité, est une bonne nouvelle pour les citoyens concernés. Penser ou dire le contraire est une infamie intellectuelle au regard de la pénibilité des parcours professionnels en question.
samedi 2 juin 2012
Pour l'Education nationale? Les moyens et l'esprit
L’égalité républicaine, dont l’égalité des chances à l’école est l’une des sources inépuisables, ne se négocie pas.
Jacques Derrida, pour lequel l’enseignement eut un sens si ultime qu’il entretint avec cette profession une ardeur et un art absolu de la transmission, nous a légué l’un de ces concepts qui nous aident à regarder la réalité sans s’effacer derrière ses contraintes supposées: comment apprendre à passer «du peut être au doit être», sans jamais faillir ni avec sa volonté ni avec sa raison… Voilà très exactement ce à quoi est confronté le philosophe de formation et tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, qui a hérité d’un des secteurs les plus abîmés de la Sarkozye. Dans l’un de ses derniers livres, l’homme se proposait de «renouer les liens du politique à l’action et à la vérité». Difficile d’être plus ambitieux. À condition que « la vérité » ne devienne pas l’ennemie du changement: c’est le réel qu’on change, pas son interprétation.
Rude tâche. Car la situation de l’éducation nationale, rapportée aux anciens sermons de «principe de réalité» du prédécesseur Luc Chatel, est si grave que les acteurs ne laissent pas passer un seul jour sans réclamer des «mesures d’urgence» au nouveau gouvernement Ayrault. Nous le savons, les chiffres expliquant l’ampleur du carnage ont été maniés tellement de fois qu’ils semblent avoir perdu de leur puissance démonstratrice. Et pourtant.
Jacques Derrida, pour lequel l’enseignement eut un sens si ultime qu’il entretint avec cette profession une ardeur et un art absolu de la transmission, nous a légué l’un de ces concepts qui nous aident à regarder la réalité sans s’effacer derrière ses contraintes supposées: comment apprendre à passer «du peut être au doit être», sans jamais faillir ni avec sa volonté ni avec sa raison… Voilà très exactement ce à quoi est confronté le philosophe de formation et tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, qui a hérité d’un des secteurs les plus abîmés de la Sarkozye. Dans l’un de ses derniers livres, l’homme se proposait de «renouer les liens du politique à l’action et à la vérité». Difficile d’être plus ambitieux. À condition que « la vérité » ne devienne pas l’ennemie du changement: c’est le réel qu’on change, pas son interprétation.
Rude tâche. Car la situation de l’éducation nationale, rapportée aux anciens sermons de «principe de réalité» du prédécesseur Luc Chatel, est si grave que les acteurs ne laissent pas passer un seul jour sans réclamer des «mesures d’urgence» au nouveau gouvernement Ayrault. Nous le savons, les chiffres expliquant l’ampleur du carnage ont été maniés tellement de fois qu’ils semblent avoir perdu de leur puissance démonstratrice. Et pourtant.
vendredi 1 juin 2012
Le progrès est-il toujours une idée neuve ?
Progresser est toujours de l’ordre de la construction vers un idéal. Pour empêcher la planète de poursuivre sa course folle.
De quoi la gravité de la crise et les périls qui s’accumulent sont-ils le nom? Un mal, insidieux, nous vient immédiatement à l’esprit: tout optimisme du progrès serait devenu caduc… Ainsi, pris dans le tourbillon d’une histoire dont il ne maîtrise plus ni le périmètre ni les organismes décisionnaires, l’homme aurait cessé d’être le bénéficiaire de sa propre évolution pour devoir se mettre au service d’une logique technoscientifique et financière dont toute finalité humaniste a été gommée. Assistons-nous à une rupture philosophique de grande ampleur, pour ne pas dire de grands périls? L’idée même de progrès, qui puise sa source à la fin de la Renaissance, pendant les Lumières et au début de l’industrialisation, a toujours permis à nos sociétés d’approcher un idéal de réalisation. Jusque loin en arrière, les femmes et les hommes ont rarement douté que la mobilisation de l’intelligence humaine, de la science et de la technique assurerait à coup sûr un progrès de la prospérité et la condition du bonheur, sinon de tous, du moins du plus grand nombre. À défaut, les luttes sociales en constituaient une sorte de garantie. Mais depuis une décennie (un peu plus?), nos concitoyens tiennent la notion de progrès en respect, quand ils ne posent pas sur elle un regard totalement suspicieux, quitte à verser dans le pire conservatisme…
De quoi la gravité de la crise et les périls qui s’accumulent sont-ils le nom? Un mal, insidieux, nous vient immédiatement à l’esprit: tout optimisme du progrès serait devenu caduc… Ainsi, pris dans le tourbillon d’une histoire dont il ne maîtrise plus ni le périmètre ni les organismes décisionnaires, l’homme aurait cessé d’être le bénéficiaire de sa propre évolution pour devoir se mettre au service d’une logique technoscientifique et financière dont toute finalité humaniste a été gommée. Assistons-nous à une rupture philosophique de grande ampleur, pour ne pas dire de grands périls? L’idée même de progrès, qui puise sa source à la fin de la Renaissance, pendant les Lumières et au début de l’industrialisation, a toujours permis à nos sociétés d’approcher un idéal de réalisation. Jusque loin en arrière, les femmes et les hommes ont rarement douté que la mobilisation de l’intelligence humaine, de la science et de la technique assurerait à coup sûr un progrès de la prospérité et la condition du bonheur, sinon de tous, du moins du plus grand nombre. À défaut, les luttes sociales en constituaient une sorte de garantie. Mais depuis une décennie (un peu plus?), nos concitoyens tiennent la notion de progrès en respect, quand ils ne posent pas sur elle un regard totalement suspicieux, quitte à verser dans le pire conservatisme…
jeudi 31 mai 2012
Musique(s) : vive le Festival de Saint-Denis !
L'Humanité est partenaire depuis onze ans du célèbre festival de musique. Notre fierté.
Depuis sa création par Jean Jaurès, au début d’un siècle qui nous apparaît déjà lointain, l’Humanité, fidèle au serment de ses premiers actes, a toujours conjugué la culture à tous les temps. Oui, la culture comme sel de notre quotidien, comme l’une de nos raisons d’être. Et puisque la musique y tient une place universelle, il nous faut plus que jamais en défendre la singularité et la multiplicité, et aider, partout où nous pouvons agir, à son accès au plus grand nombre. Ne l’oublions jamais. En ces temps de crise terrible où le lien social se délie chaque jour un peu plus, l’accès à la culture (pour tous !) est l’un des enjeux majeurs de civilisation – et surtout cette espèce de «supplément d’âme» que les puissants voudraient conserver à une petite élite fortunée, tandis que les conditions de transmission des savoirs se sont à ce point détériorées qu’elles n’assurent plus le minimum requis…
Depuis sa création par Jean Jaurès, au début d’un siècle qui nous apparaît déjà lointain, l’Humanité, fidèle au serment de ses premiers actes, a toujours conjugué la culture à tous les temps. Oui, la culture comme sel de notre quotidien, comme l’une de nos raisons d’être. Et puisque la musique y tient une place universelle, il nous faut plus que jamais en défendre la singularité et la multiplicité, et aider, partout où nous pouvons agir, à son accès au plus grand nombre. Ne l’oublions jamais. En ces temps de crise terrible où le lien social se délie chaque jour un peu plus, l’accès à la culture (pour tous !) est l’un des enjeux majeurs de civilisation – et surtout cette espèce de «supplément d’âme» que les puissants voudraient conserver à une petite élite fortunée, tandis que les conditions de transmission des savoirs se sont à ce point détériorées qu’elles n’assurent plus le minimum requis…
mardi 29 mai 2012
Feu social : l'épreuve pour le gouvernement
Le volontarisme affiché par l'équipe de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault se transformera-t-il en actions de combat capables de faire vaciller le monde de la finance ?
«La manière de penser des hommes dépend beaucoup des gens avec qui ils ont à vivre et des tentations qu’ils ont à vaincre.» Pour comprendre une certaine idée du bien commun, beaucoup devraient relire le Discours sur les richesses publié par Rousseau en 1753. Sait-on jamais. Les cyniques du capitalisme ensauvagé (pléonasme) y puiseraient, peut-être, quelques illustrations symboliques, voire quelques leçons de morale auxquelles ils se plaisent à échapper en fuyant dans cette espèce d’obscurité du libéralisme nommée «loi du marché», véritable point aveugle de la financiarisation et de la «loi du chiffre» de nos sociétés. L’actualité des entreprises nous en donne une nouvelle preuve flagrante. Oui, les plans dits sociaux, cachés dans les tiroirs pendant la présidentielle, existaient bel et bien. Et d’une ampleur dramatique…
Nous ne dénoncerons jamais assez l’amoralité des patrons et des banquiers concernés, prédateurs-en-chef au cœur de cette jungle trempée dans la fange de la rentabilité, tous dénués de ce sens prétendument naturel des proportions humaines. Selon les estimations, entre 45 000 et 100 000 emplois seraient menacés, dans tous les secteurs. Un été meurtrier en prévision ?
«La manière de penser des hommes dépend beaucoup des gens avec qui ils ont à vivre et des tentations qu’ils ont à vaincre.» Pour comprendre une certaine idée du bien commun, beaucoup devraient relire le Discours sur les richesses publié par Rousseau en 1753. Sait-on jamais. Les cyniques du capitalisme ensauvagé (pléonasme) y puiseraient, peut-être, quelques illustrations symboliques, voire quelques leçons de morale auxquelles ils se plaisent à échapper en fuyant dans cette espèce d’obscurité du libéralisme nommée «loi du marché», véritable point aveugle de la financiarisation et de la «loi du chiffre» de nos sociétés. L’actualité des entreprises nous en donne une nouvelle preuve flagrante. Oui, les plans dits sociaux, cachés dans les tiroirs pendant la présidentielle, existaient bel et bien. Et d’une ampleur dramatique…
Nous ne dénoncerons jamais assez l’amoralité des patrons et des banquiers concernés, prédateurs-en-chef au cœur de cette jungle trempée dans la fange de la rentabilité, tous dénués de ce sens prétendument naturel des proportions humaines. Selon les estimations, entre 45 000 et 100 000 emplois seraient menacés, dans tous les secteurs. Un été meurtrier en prévision ?
vendredi 25 mai 2012
Conseiller(s): dans les coulisses des cabinets...
L'un part, l'autre arrive. Quand les hommes de l'ombre parlent et se confessent. Jusqu'où ne pas être trop naïfs...
Distance. «Malgré toutes les forces contre nous, tout cela s’est terminé dans un mouchoir de poche, 600 000 voix, et l’affaire pouvait basculer…» Dans un bistrot parisien d’où l’on aperçoit furtivement la rue de Rivoli voisine, un ancien conseiller du Palais tente de se donner des raisons compensatoires. Jusque-là, l’énarque avait divinisé l’ego, la vie, l’argent, le pouvoir, cette sensation de toucher du doigt ce qu’il nommait «l’unité de commande de l’État», avec, au fond des yeux, dès qu’il prenait la parole, même dans l’intimité, ce semblant de hiérarchie dans l’atomisation des individus. Le voici soudain en peine de défouloir, cherchant une oreille attentive et pourquoi pas une lueur de complicité dans la nuit des solitudes – qui ne franchira pas le seuil de la fraternité républicaine. L’atomiseur atomisé. Sonné. Mais visiblement peu inquiet pour son avenir professionnel, puisque, début juin, ce tout frais quadra retrouvera son corps d’origine, la Cour des comptes… Si ce proche d’Henri Guaino reconnaît avoir commencé ses cartons dès avant le second tour de la présidentielle, sachant la partie perdue, il reproche ouvertement, mais pas publiquement, la «stratégie du choc» et la «logique des boucs émissaires» imposées par le Machiavel de l’ombre, Patrick Buisson, autant de manœuvres dans lesquelles se serait «fourvoyé» Nicoléon. Par cette prise de distance pour le moins tardive, notre interlocuteur ne cherche-t-il pas à se donner le beau rôle? «Pas du tout, répond-il. Ce fut une bataille de fond et je suis le premier à reconnaître, hélas!, que c’est sans doute grâce à cette stratégie ultradroitière que nous avons failli déjouer les sondages. Ne vous méprenez pas: la France n’a jamais été aussi à droite qu’en ce moment. Le paradoxe est total. C’est une bombe politique qui explosera un jour ou l’autre.»
«Choc». Pas de hasard. À la faveur de cette discussion serrée, le bloc-noteur en a profité pour re-jeter un œil attentif à l’essai de Naomi Klein, "la Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre", réédité dans la version poche (Babel Éditions). L’essayiste canadienne démontrait comment la mise en œuvre systématique de cette stratégie dite «du choc» par les ultralibéraux de tous les continents, façon Milton Friedman, a consisté à profiter de la fragilité d’une population ou d’un pays pour appliquer des contre-réformes si violentes que tout retour en arrière semble (injustement) impossible.
Distance. «Malgré toutes les forces contre nous, tout cela s’est terminé dans un mouchoir de poche, 600 000 voix, et l’affaire pouvait basculer…» Dans un bistrot parisien d’où l’on aperçoit furtivement la rue de Rivoli voisine, un ancien conseiller du Palais tente de se donner des raisons compensatoires. Jusque-là, l’énarque avait divinisé l’ego, la vie, l’argent, le pouvoir, cette sensation de toucher du doigt ce qu’il nommait «l’unité de commande de l’État», avec, au fond des yeux, dès qu’il prenait la parole, même dans l’intimité, ce semblant de hiérarchie dans l’atomisation des individus. Le voici soudain en peine de défouloir, cherchant une oreille attentive et pourquoi pas une lueur de complicité dans la nuit des solitudes – qui ne franchira pas le seuil de la fraternité républicaine. L’atomiseur atomisé. Sonné. Mais visiblement peu inquiet pour son avenir professionnel, puisque, début juin, ce tout frais quadra retrouvera son corps d’origine, la Cour des comptes… Si ce proche d’Henri Guaino reconnaît avoir commencé ses cartons dès avant le second tour de la présidentielle, sachant la partie perdue, il reproche ouvertement, mais pas publiquement, la «stratégie du choc» et la «logique des boucs émissaires» imposées par le Machiavel de l’ombre, Patrick Buisson, autant de manœuvres dans lesquelles se serait «fourvoyé» Nicoléon. Par cette prise de distance pour le moins tardive, notre interlocuteur ne cherche-t-il pas à se donner le beau rôle? «Pas du tout, répond-il. Ce fut une bataille de fond et je suis le premier à reconnaître, hélas!, que c’est sans doute grâce à cette stratégie ultradroitière que nous avons failli déjouer les sondages. Ne vous méprenez pas: la France n’a jamais été aussi à droite qu’en ce moment. Le paradoxe est total. C’est une bombe politique qui explosera un jour ou l’autre.»
«Choc». Pas de hasard. À la faveur de cette discussion serrée, le bloc-noteur en a profité pour re-jeter un œil attentif à l’essai de Naomi Klein, "la Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre", réédité dans la version poche (Babel Éditions). L’essayiste canadienne démontrait comment la mise en œuvre systématique de cette stratégie dite «du choc» par les ultralibéraux de tous les continents, façon Milton Friedman, a consisté à profiter de la fragilité d’une population ou d’un pays pour appliquer des contre-réformes si violentes que tout retour en arrière semble (injustement) impossible.
samedi 19 mai 2012
Normalité(s): il ne fallait pas sous-estimer François Hollande
Ceux qui ont pris à la légère la volonté et le talent du nouveau président doivent se rendre à l’évidence. Au passage, petit mea-culpa du bloc-noteur...
Intronisation. «François Hollande: président de la République.» Une phrase, qui n’a rien d’interrogative, claque désormais dans le paysage, elle a valeur d’information pour l’Histoire. L’homme, intronisé, a donc arpenté le tapis rouge avant de s’installer sous les ors de cette monarchie élective qui n’en finit pas d’user la République. Il avait endossé les habits; il habite depuis la fonction. «François Hollande: président.» Non, personne ne rêve. La gauche. Une certaine gauche. La gauche de nouveau. Certains se rendent à l’émotion durable, aux grandes heures du passé, à 1936, à 1981, à 1997, ou mieux encore, à l’illusion lyrique d’une nouvelle gouvernance, voire d’un New Deal à la française. N’est pas Roosevelt qui veut. D’autres, plus modestes en diable et calculateurs, chantent déjà la crise sur tous les tons, le «sérieux» en bandoulière et l’«adaptation» pour toute volonté. Et le grand héritage? Pour plus tard. Peut-être. Si l’on peut. Comme l’écrit une amie écrivain et poète: «Le vent, libéré de ses pères, retombe en cendres froides jusqu’à s’abasourdir de silence.»
Solitaire. Puisque partout des mots pullulent ça et là dans l’art français d’«être» en politique, fonctionnant comme autant de graphies pour narrer les destins si peu ordinaires, voici que, à la lecture de ces simples mots, «François Hollande: président de la République», beaucoup semblent étonnés pour ne pas dire plus, éberlués, sidérés par cette réalité-là. Ils sont nombreux à se prendre pour des aigles, mais rien dans leur pelote, pas la moindre trace ou résidu d’Histoire. Ceux qui, par volonté (coupable) ou méconnaissance (impardonnable), ont sous-estimé François Hollande doivent se rendre à l’évidence: par l’exigence modeste d’une élection sans lueur ni franc espoir, l’ex-numéro un du parti socialiste a réussi ce que peu imaginaient possible, maîtriser les épreuves, manoeuvrer avec assez d’intelligence face à la situation du pays et de ses attentes, pour imposer sa philosophie empruntée à Aimé Césaire, «l’espérance lucide». Au fond, cet énarque et ancien magistrat à la Cour des comptes, qui a bâti toute sa carrière au PS sans jamais se voir proposer le moindre ministère, a caressé le rêve d’une victoire en solitaire – ce qu’il a parfaitement embrassée.
Intronisation. «François Hollande: président de la République.» Une phrase, qui n’a rien d’interrogative, claque désormais dans le paysage, elle a valeur d’information pour l’Histoire. L’homme, intronisé, a donc arpenté le tapis rouge avant de s’installer sous les ors de cette monarchie élective qui n’en finit pas d’user la République. Il avait endossé les habits; il habite depuis la fonction. «François Hollande: président.» Non, personne ne rêve. La gauche. Une certaine gauche. La gauche de nouveau. Certains se rendent à l’émotion durable, aux grandes heures du passé, à 1936, à 1981, à 1997, ou mieux encore, à l’illusion lyrique d’une nouvelle gouvernance, voire d’un New Deal à la française. N’est pas Roosevelt qui veut. D’autres, plus modestes en diable et calculateurs, chantent déjà la crise sur tous les tons, le «sérieux» en bandoulière et l’«adaptation» pour toute volonté. Et le grand héritage? Pour plus tard. Peut-être. Si l’on peut. Comme l’écrit une amie écrivain et poète: «Le vent, libéré de ses pères, retombe en cendres froides jusqu’à s’abasourdir de silence.»
Solitaire. Puisque partout des mots pullulent ça et là dans l’art français d’«être» en politique, fonctionnant comme autant de graphies pour narrer les destins si peu ordinaires, voici que, à la lecture de ces simples mots, «François Hollande: président de la République», beaucoup semblent étonnés pour ne pas dire plus, éberlués, sidérés par cette réalité-là. Ils sont nombreux à se prendre pour des aigles, mais rien dans leur pelote, pas la moindre trace ou résidu d’Histoire. Ceux qui, par volonté (coupable) ou méconnaissance (impardonnable), ont sous-estimé François Hollande doivent se rendre à l’évidence: par l’exigence modeste d’une élection sans lueur ni franc espoir, l’ex-numéro un du parti socialiste a réussi ce que peu imaginaient possible, maîtriser les épreuves, manoeuvrer avec assez d’intelligence face à la situation du pays et de ses attentes, pour imposer sa philosophie empruntée à Aimé Césaire, «l’espérance lucide». Au fond, cet énarque et ancien magistrat à la Cour des comptes, qui a bâti toute sa carrière au PS sans jamais se voir proposer le moindre ministère, a caressé le rêve d’une victoire en solitaire – ce qu’il a parfaitement embrassée.
dimanche 13 mai 2012
Lucidité(s): 6 mai, ou l'émotion et la froideur du bloc-noteur...
Hollande a obtenu 51,6% des voix, mais seulement 48,6% des votants. Faut-il ainsi évoquer une «victoire serrée», comme certains l’affirment?
Chapitre. Curieux mélange. Une franche émotion et une certaine froideur. L’émotion: celle d’avoir dégagé le sortant, l’une des conditions indispensables pour ouvrir une brèche dans l’ordo-libéralisme européen, pour nous réoxygéner, bref, pour repenser l’à-venir de la gauche avec apaisement, sur de nouvelles bases. La froideur: celle d’un espoir mesuré qu’il convient de ne pas taire à l’heure où un socialiste revient à l’Élysée, pleinement habité par le cadre des institutions de la Ve République. Pour le dire autrement. Notre immense joie d’avoir mis Nicoléon à terre est quelque peu atténuée, dans des marges qui ne sont pas si faibles, par le profil politique du nouvel élu dont le recentrage est une seconde nature. Cher lecteurs, rassurez-vous néanmoins. Le bloc-noteur, qui n’oublie pas que les Français ont plus dit «au revoir» au passé que «vive le programme du PS», n’a pas boudé son plaisir devant cette page que le peuple français a décidé de tourner. Les nouveaux chapitres sont toujours fascinants, en tant qu’ils portent nécessairement cette part d’inconnue qui permet à l’espoir de vivre. Vous aussi, vous avez eu chaud au cœur sans pourtant sombrer dans l’illusion lyrique observée en mai 81? Tant mieux. La lucidité ne nuira en rien, cette fois, au travail qu’il reste à accomplir pour la gauche de transformation.
Record. Attention toutefois aux fausses pistes interprétatives. Au prétexte que le rejet de Nicoléon a été prépondérant dans le résultat de cette élection, il faudrait minimiser l’ampleur des revendications populaires au moment du changement. Ne nous y trompons pas: ce qui est sorti des urnes est autant le «ouf» de soulagement exprimé place de la Bastille par les «Sarkozy, c’est fini!», que l’attente d’une gauche qui réponde (enfin) aux défis de la période dans un contexte historiquement nouveau.
Chapitre. Curieux mélange. Une franche émotion et une certaine froideur. L’émotion: celle d’avoir dégagé le sortant, l’une des conditions indispensables pour ouvrir une brèche dans l’ordo-libéralisme européen, pour nous réoxygéner, bref, pour repenser l’à-venir de la gauche avec apaisement, sur de nouvelles bases. La froideur: celle d’un espoir mesuré qu’il convient de ne pas taire à l’heure où un socialiste revient à l’Élysée, pleinement habité par le cadre des institutions de la Ve République. Pour le dire autrement. Notre immense joie d’avoir mis Nicoléon à terre est quelque peu atténuée, dans des marges qui ne sont pas si faibles, par le profil politique du nouvel élu dont le recentrage est une seconde nature. Cher lecteurs, rassurez-vous néanmoins. Le bloc-noteur, qui n’oublie pas que les Français ont plus dit «au revoir» au passé que «vive le programme du PS», n’a pas boudé son plaisir devant cette page que le peuple français a décidé de tourner. Les nouveaux chapitres sont toujours fascinants, en tant qu’ils portent nécessairement cette part d’inconnue qui permet à l’espoir de vivre. Vous aussi, vous avez eu chaud au cœur sans pourtant sombrer dans l’illusion lyrique observée en mai 81? Tant mieux. La lucidité ne nuira en rien, cette fois, au travail qu’il reste à accomplir pour la gauche de transformation.
Record. Attention toutefois aux fausses pistes interprétatives. Au prétexte que le rejet de Nicoléon a été prépondérant dans le résultat de cette élection, il faudrait minimiser l’ampleur des revendications populaires au moment du changement. Ne nous y trompons pas: ce qui est sorti des urnes est autant le «ouf» de soulagement exprimé place de la Bastille par les «Sarkozy, c’est fini!», que l’attente d’une gauche qui réponde (enfin) aux défis de la période dans un contexte historiquement nouveau.
jeudi 10 mai 2012
Second tour de la présidentielle: vote de classe ?
70% des ouvriers ont voté à gauche le 6 mai 2012. Mieux, l’ex-prince-président n’est majoritaire que chez ceux gagnant plus de 4 000 euros par mois...
Dans l’épaisseur du temps-long politique, les invariants historiques nous enseignent une donnée élémentaire: ceux qui vivent et travaillent dans les lieux de violence protéiforme du capitalisme redécouvrent, un jour ou l’autre, quelques vérités de classe, pour ne pas dire leurs valeurs de classe. Après cinq années d’une France à l’haleine fétide, où tant d’argent, tant de voyous en smoking, tant d’impudence et de grossièreté ont caractérisé toute la Sarkozye du haut en bas de l’appareil d’État et financier, les enseignements du second tour de la présidentielle laissent apparaître «des coupures sociologiques traditionnelles». Lisez: l’expression d’une sorte de vote de classe… La gauche est en effet redevenue majoritaire au sein des «couches populaires», ainsi nommées par la médiacratie. Le peuple a comme remis les pendules à l’heure, paraphant l’échec de Sarkozy de fédérer les plus modestes autour de ses thématiques ultra-droitières du «vrai travail». Ainsi, 70% des ouvriers ont voté à gauche dimanche. Mieux, l’ex-prince-président n’est majoritaire que chez ceux gagnant plus de 4 000 euros par mois. Tout un symbole.
Dans l’épaisseur du temps-long politique, les invariants historiques nous enseignent une donnée élémentaire: ceux qui vivent et travaillent dans les lieux de violence protéiforme du capitalisme redécouvrent, un jour ou l’autre, quelques vérités de classe, pour ne pas dire leurs valeurs de classe. Après cinq années d’une France à l’haleine fétide, où tant d’argent, tant de voyous en smoking, tant d’impudence et de grossièreté ont caractérisé toute la Sarkozye du haut en bas de l’appareil d’État et financier, les enseignements du second tour de la présidentielle laissent apparaître «des coupures sociologiques traditionnelles». Lisez: l’expression d’une sorte de vote de classe… La gauche est en effet redevenue majoritaire au sein des «couches populaires», ainsi nommées par la médiacratie. Le peuple a comme remis les pendules à l’heure, paraphant l’échec de Sarkozy de fédérer les plus modestes autour de ses thématiques ultra-droitières du «vrai travail». Ainsi, 70% des ouvriers ont voté à gauche dimanche. Mieux, l’ex-prince-président n’est majoritaire que chez ceux gagnant plus de 4 000 euros par mois. Tout un symbole.
vendredi 4 mai 2012
Rouge(s) : pourquoi il faut voter François Hollande
Avec le fils, dans une manifestation, à la sortie d'un cinoche... Voici venue l'heure du vote utile. Le seul vote utile du 6 mai 2012 !
Scène I. Café en terrasse, près de la Comédie-Française, à Paris. Grisaille sur les pavés. Passants pressés. Et puis.
– Dis, papa, tu vas voter François Hollande, dimanche?
– Oui. Et ce geste ne se discute même pas une seconde.
– Tu n’as pas toujours voté socialo au 2e tour d’une élection…
– En effet. Mais les élections ne sont pas toutes comparables. Là, l’affaire est trop grave, trop sérieuse pour s’amuser à passer à côté de ses responsabilités.
– Tu veux parler des cinq années écoulées?
– Non seulement Nicoléon a trahi la droite gaulliste, mais il a enfoncé presque toutes les digues qui séparait la droite «classique» de l’extrême droite. Il y a encore un an ou deux, quand il claironnait «liberté, égalité, fraternité!» j’avais l’impression qu’il pensait «travail, famille, patrie». Depuis quelques semaines, le néopétainisme est son pain quotidien.
– Donc, tu ne regrettes pas la ''une'' de l’Huma où vous l’avez comparé au Maréchal?
– Ah non, au contraire! Nous avons visé juste et au bon moment.
– Tu as vu qu’il a dit que cette une était une «honte»? Il a même réclamé des «excuses» de votre part…
– Cette ''une'' n’est pas une honte mais notre honneur. Quant aux excuses, il peut les attendre…Franchement, imagine, s’il est réélu, ce que pourrait devenir la droite dans quelques semaines. Y penser me fait frémir d’horreur.
– Quoi, toi, tu as peur?
Scène I. Café en terrasse, près de la Comédie-Française, à Paris. Grisaille sur les pavés. Passants pressés. Et puis.
– Dis, papa, tu vas voter François Hollande, dimanche?
– Oui. Et ce geste ne se discute même pas une seconde.
– Tu n’as pas toujours voté socialo au 2e tour d’une élection…
– En effet. Mais les élections ne sont pas toutes comparables. Là, l’affaire est trop grave, trop sérieuse pour s’amuser à passer à côté de ses responsabilités.
– Tu veux parler des cinq années écoulées?
– Non seulement Nicoléon a trahi la droite gaulliste, mais il a enfoncé presque toutes les digues qui séparait la droite «classique» de l’extrême droite. Il y a encore un an ou deux, quand il claironnait «liberté, égalité, fraternité!» j’avais l’impression qu’il pensait «travail, famille, patrie». Depuis quelques semaines, le néopétainisme est son pain quotidien.
– Donc, tu ne regrettes pas la ''une'' de l’Huma où vous l’avez comparé au Maréchal?
– Ah non, au contraire! Nous avons visé juste et au bon moment.
– Tu as vu qu’il a dit que cette une était une «honte»? Il a même réclamé des «excuses» de votre part…
– Cette ''une'' n’est pas une honte mais notre honneur. Quant aux excuses, il peut les attendre…Franchement, imagine, s’il est réélu, ce que pourrait devenir la droite dans quelques semaines. Y penser me fait frémir d’horreur.
– Quoi, toi, tu as peur?
vendredi 27 avril 2012
Nuance(s): quand le lepénisme occupe toutes les têtes...
Qui sont vraiment les électeurs du Front national? Et pourquoi oublie-t-on le beau score de Jean-Luc Mélenchon?
Coupable. Percluse de servilité nihiliste, la sous-France est ressortie des urnes dans le fracas d’une mobilisation lepéniste préoccupante. Curieuse soirée électorale, n’est-ce pas. Comme si l’épaisseur de la couche bleu marine devait voiler l’ampleur du ciel rouge et son horizon. Pour absurde et injuste que soit ce raisonnement, puisque, tout de même, quelque trois millions de personnes en plus par rapport à 2007 ont choisi un bulletin Front de gauche et les clefs du futur, tenons-nous en, un instant, au retour du phénomène d’extrême droite. Car comment effacer des esprits et de la vie de nos concitoyens les scores obtenus par la famille Le Pen, qui, additionnés à ceux de Nicoléon, constituent un socle ultra-droitier et néo-pétainiste très considérable ? Le bloc-noteur, pessimiste en diable, plaide ici doublement coupable. Primo : d’avoir souvent joué (ce n’est pas un jeu) les oiseaux de mauvais augure en affirmant que l’épouvantable atomisation sociale actuelle pouvait produire le meilleur (un front du peuple) comme le pire (une réaction fascisante et xénophobe), le pire étant une éventualité sérieuse, au moins à court terme... Secundo : d’avoir cru, au passage de l’hiver, à la faveur d’une campagne du Front de gauche en tout point admirable, au reflux assez inexorable du vote en faveur de fifille-nous-voilà… Que les choses soient claires. Se sentir «coupable» n’est ici qu’une formule de style. Car la réalité de ce que nous pensons se situe en effet au milieu de ces deux plaider-coupable… Nuançons donc.
Coupable. Percluse de servilité nihiliste, la sous-France est ressortie des urnes dans le fracas d’une mobilisation lepéniste préoccupante. Curieuse soirée électorale, n’est-ce pas. Comme si l’épaisseur de la couche bleu marine devait voiler l’ampleur du ciel rouge et son horizon. Pour absurde et injuste que soit ce raisonnement, puisque, tout de même, quelque trois millions de personnes en plus par rapport à 2007 ont choisi un bulletin Front de gauche et les clefs du futur, tenons-nous en, un instant, au retour du phénomène d’extrême droite. Car comment effacer des esprits et de la vie de nos concitoyens les scores obtenus par la famille Le Pen, qui, additionnés à ceux de Nicoléon, constituent un socle ultra-droitier et néo-pétainiste très considérable ? Le bloc-noteur, pessimiste en diable, plaide ici doublement coupable. Primo : d’avoir souvent joué (ce n’est pas un jeu) les oiseaux de mauvais augure en affirmant que l’épouvantable atomisation sociale actuelle pouvait produire le meilleur (un front du peuple) comme le pire (une réaction fascisante et xénophobe), le pire étant une éventualité sérieuse, au moins à court terme... Secundo : d’avoir cru, au passage de l’hiver, à la faveur d’une campagne du Front de gauche en tout point admirable, au reflux assez inexorable du vote en faveur de fifille-nous-voilà… Que les choses soient claires. Se sentir «coupable» n’est ici qu’une formule de style. Car la réalité de ce que nous pensons se situe en effet au milieu de ces deux plaider-coupable… Nuançons donc.
mercredi 25 avril 2012
Front national: un défi pour la gauche, toute la gauche
On dit souvent que la France est «très à droite». Disons plutôt que la droite est extrêmement à droite.
La réalité en face. Contrairement à ce que nous aurions pu croire il y a encore quelques semaines, l’élan électoral de Marine Le Pen n’a pas explosé en plein vol. Près de 6,5 millions d’électeurs ont, en toute conscience, choisi le bulletin de la honte. Un million de voix de plus que le père, en 2002. La performance, qui n’était alors qu’un exploit, frappe cette fois par son implantation nationale. Triste à admettre, le pays de Jaurès et d’Hugo est gravement malade. Malade du sarkozysme. Malade du lepénisme. On dit souvent que la France est «très à droite». Disons plutôt que la droite est extrêmement à droite. Car, voyez-vous, quand la droite et l’extrême droite se disputent le même terrain idéologique, quand Nicolas Sarkozy annonce un 1er Mai antisyndical en utilisant des mots qui rappellent de lugubres souvenirs à la classe ouvrière, qu’entend-on? D’odieux syllogismes vichystes. Et d’évidentes convergences pour l’avenir…
Le Pen a profité du tapis rouge que les Sarkozy, Hortefeux et autres Guéant ont déroulé sous ses pieds. Si l’argument à lui seul ne suffit pas à expliquer l’ampleur d’un vote, ne le sous-estimons surtout pas! Identité nationale, immigration, islamalgame, méthodes ultra-sécuritaires, logiques d’exclusions, etc. : en imposant les pires débats, Sarkozy a désenclavé les thèses du FN, réveillant la bête nihiliste et préfascisante par temps de crise.
La réalité en face. Contrairement à ce que nous aurions pu croire il y a encore quelques semaines, l’élan électoral de Marine Le Pen n’a pas explosé en plein vol. Près de 6,5 millions d’électeurs ont, en toute conscience, choisi le bulletin de la honte. Un million de voix de plus que le père, en 2002. La performance, qui n’était alors qu’un exploit, frappe cette fois par son implantation nationale. Triste à admettre, le pays de Jaurès et d’Hugo est gravement malade. Malade du sarkozysme. Malade du lepénisme. On dit souvent que la France est «très à droite». Disons plutôt que la droite est extrêmement à droite. Car, voyez-vous, quand la droite et l’extrême droite se disputent le même terrain idéologique, quand Nicolas Sarkozy annonce un 1er Mai antisyndical en utilisant des mots qui rappellent de lugubres souvenirs à la classe ouvrière, qu’entend-on? D’odieux syllogismes vichystes. Et d’évidentes convergences pour l’avenir…
Le Pen a profité du tapis rouge que les Sarkozy, Hortefeux et autres Guéant ont déroulé sous ses pieds. Si l’argument à lui seul ne suffit pas à expliquer l’ampleur d’un vote, ne le sous-estimons surtout pas! Identité nationale, immigration, islamalgame, méthodes ultra-sécuritaires, logiques d’exclusions, etc. : en imposant les pires débats, Sarkozy a désenclavé les thèses du FN, réveillant la bête nihiliste et préfascisante par temps de crise.
samedi 21 avril 2012
Caractères(s): mon fils, il faut voter Mélenchon !
Ultimes dialogues avant le premier tour de l'élection présidentielle. Entre explication de texte et motivations...
Scène I. Banal tête-à-tête familial, un soir d’ordinaire. En fond sonore, vaguement animée par des images furtivement entr’aperçues du coin de l’œil, la défaite du Real Madrid à Munich se dessine. Un verre de saint-joseph ; hésitation collective entre le carré de chocolat au lait ou noir… Et puis.
– Dis, papa, combien va faire Mélenchon dimanche soir?
– Le plus possible. Espérons le plus possible…
– Tu pratiques la langue de bois, toi, maintenant?
– Tu sais, quand je dis «le plus possible», je ne pense pas du tout à la satisfaction égoïste et compulsive de l’homme engagé que je suis. Je pense simplement qu’un coup d’éclat électoral ferait progresser nos idées, mais, nous ne le disons pas assez, ferait également progresser l’intérêt général.
– Franchement, tu n’en as pas marre de te battre depuis vingt-cinq ans pour des gens dont beaucoup te crachent à la gueule?
– C’est ce que ton grand-père dit souvent. Mais lui aussi il continue de se battre quand même, et depuis un demi-siècle ! Il faut croire que les cocos aiment tellement l’humanité qu’ils oublient la plupart du temps leur sort personnel. Soyons-en fiers!
– Je sais, je sais… Tu répètes souvent que, à tes yeux, je n’ai pas plus de droits que les enfants de nos voisins…
– Et alors ? C’est primordial de ne jamais l’oublier ! En ces temps de brusquerie et d’ensauvagement où l’individualisme et le nihilisme sont les moteurs du monde, où l’on a failli assister à la fin des grandes aventures (la philosophie, l’exploration, la politique) que nous élaborions jadis dès le plus jeune âge, cette campagne du Front de gauche a montré que l’Idée était là, vivante, puissante, éclatante. Cette redécouverte nous dépasse.
Scène I. Banal tête-à-tête familial, un soir d’ordinaire. En fond sonore, vaguement animée par des images furtivement entr’aperçues du coin de l’œil, la défaite du Real Madrid à Munich se dessine. Un verre de saint-joseph ; hésitation collective entre le carré de chocolat au lait ou noir… Et puis.
– Dis, papa, combien va faire Mélenchon dimanche soir?
– Le plus possible. Espérons le plus possible…
– Tu pratiques la langue de bois, toi, maintenant?
– Tu sais, quand je dis «le plus possible», je ne pense pas du tout à la satisfaction égoïste et compulsive de l’homme engagé que je suis. Je pense simplement qu’un coup d’éclat électoral ferait progresser nos idées, mais, nous ne le disons pas assez, ferait également progresser l’intérêt général.
– Franchement, tu n’en as pas marre de te battre depuis vingt-cinq ans pour des gens dont beaucoup te crachent à la gueule?
– C’est ce que ton grand-père dit souvent. Mais lui aussi il continue de se battre quand même, et depuis un demi-siècle ! Il faut croire que les cocos aiment tellement l’humanité qu’ils oublient la plupart du temps leur sort personnel. Soyons-en fiers!
– Je sais, je sais… Tu répètes souvent que, à tes yeux, je n’ai pas plus de droits que les enfants de nos voisins…
– Et alors ? C’est primordial de ne jamais l’oublier ! En ces temps de brusquerie et d’ensauvagement où l’individualisme et le nihilisme sont les moteurs du monde, où l’on a failli assister à la fin des grandes aventures (la philosophie, l’exploration, la politique) que nous élaborions jadis dès le plus jeune âge, cette campagne du Front de gauche a montré que l’Idée était là, vivante, puissante, éclatante. Cette redécouverte nous dépasse.
mercredi 18 avril 2012
Front national: ce chien de garde
Combattre Le Pen, en tous lieux et en toutes circonstances, est une fonction autant qu’un honneur ! Un honneur pour la gauche.
Souvenons-nous… Dans le système désenchanté que nous imposait la politicaillerie médiacratique, tout s’organisait au profit d’un statu quo d’autant plus cynique qu’il inoculait, tel un venin, le nihilisme en politique. D’un côté, les puissants dictaient leurs lois, celle du monde marchand, non libres et faussées. De l’autre côté, les gestionnaires – ou aspirants – calquaient leurs idées sur les impératifs de l’austérité et de l’accompagnement vers l’inexorable déclin de l’égalité républicaine. Et au milieu? Le chien de garde du capitalisme, grâce auquel tout se trouvait paralysé: le Front national. Il attisait la haine de l’autre par temps de crise en ethnicisant la politique, il imposait ses thèmes et maintenait un climat de peur légitimant le réflexe du vote utile… Seulement voilà, depuis le début de la campagne du Front de gauche, ce modèle a explosé en plein vol!
La ligne anti-FN de Jean-Luc Mélenchon, outre qu’elle a redonné à la gauche son rôle historique dans le dispositif républicain, a permis de dénoncer l’imposture de la famille Le Pen, de meeting en meeting, prenant un à un ses arguments pour mieux les démonter, tandis que les militants, partout, contestaient souvent bruyamment la présence de fifille-nous-voilà et de ses gros bras, pour ne plus céder le moindre mètre de terrain aux représentants de l’obscurantisme.
Souvenons-nous… Dans le système désenchanté que nous imposait la politicaillerie médiacratique, tout s’organisait au profit d’un statu quo d’autant plus cynique qu’il inoculait, tel un venin, le nihilisme en politique. D’un côté, les puissants dictaient leurs lois, celle du monde marchand, non libres et faussées. De l’autre côté, les gestionnaires – ou aspirants – calquaient leurs idées sur les impératifs de l’austérité et de l’accompagnement vers l’inexorable déclin de l’égalité républicaine. Et au milieu? Le chien de garde du capitalisme, grâce auquel tout se trouvait paralysé: le Front national. Il attisait la haine de l’autre par temps de crise en ethnicisant la politique, il imposait ses thèmes et maintenait un climat de peur légitimant le réflexe du vote utile… Seulement voilà, depuis le début de la campagne du Front de gauche, ce modèle a explosé en plein vol!
La ligne anti-FN de Jean-Luc Mélenchon, outre qu’elle a redonné à la gauche son rôle historique dans le dispositif républicain, a permis de dénoncer l’imposture de la famille Le Pen, de meeting en meeting, prenant un à un ses arguments pour mieux les démonter, tandis que les militants, partout, contestaient souvent bruyamment la présence de fifille-nous-voilà et de ses gros bras, pour ne plus céder le moindre mètre de terrain aux représentants de l’obscurantisme.
vendredi 13 avril 2012
Résistance(s): à la mémoire de Raymond Aubrac
Le résistant s'est éteint à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans. Retour sur un homme hors du commun.
Trace. Et le miroir du temps, soudain, se craquela… Les désarrois d’un chronicœur solitaire, embrumé dans les fracas de l’actualité, n’ont rien pour vous retenir quand il s’agit pour lui d’évoquer son propre rapport à la mort des grands de ce monde. Les disparitions s’invitent toujours par effraction, constituant un choc tel que, en général, l’état de sidération dure bien au-delà des apparences. Devant le deuil, comment ne pas voir le danger mais la nécessité de parler non seulement du mort en «lui-même», mais surtout de son œuvre, de ses faits et gestes de sa signature, comme on parapherait la trace-sans-trace d’un parcours enfin évalué à sa juste ampleur. Privilégier en somme la mémoire des actes. Assumer une sorte de refoulement – mais tout autant une affirmation de la vie. Lui attribuer ce qui lui est propre dans un langage repérable, prévisible, qui nous conduirait à commettre ce que Proust appelle, à la fin d’À la recherche du temps perdu, une «infidélité posthume». Le dégoût du genre est à peu près proportionnel à la passion due au personnage. À quel point sommes-nous dans l’histoire de France lorsque nous apprenons, par un beau matin de printemps, la mort de Raymond Aubrac, à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans? Nous y sommes en totalité, jusqu’au plein exercice de cet art d’Histoire qui n’est pas une science du passé mais d’abord une science du présent avec le poids du temps. Pensez donc. Avec Raymond Samuel (alias Aubrac, son nom de résistant), les qualificatifs s’épuisent tant ils paraissent dérisoires, creux, fades, presque déplacés et incongrus. Grande figure de la Résistance, cofondateur du réseau Libération-Sud, dernier survivant des responsables du Conseil national de la Résistance (CNR) arrêtés à Caluire, le 21 juin 1943, avec Jean Moulin, Raymond Aubrac était l’une des figures centrales des héros de la Seconde Guerre mondiale, âme parmi les âmes lumineuses de l’humanité. Il faut absolument lire l’immense biographie de l’ami Pascal Convert, publiée en mars 2011 aux éditions du Seuil, sous le titre Raymond Aubrac, résister, reconstruire, transmettre, pour percevoir l’amplitude et l’importance de l’homme, si modeste, si discret que nous pouvions l’en moquer.
République. Tout est en effet résumé dans ce titre: Résister, reconstruire, transmettre. Trois mots qui décrivent parfaitement Raymond Aubrac, qui, toute sa vie, comme acteur, comme témoin puis comme passeur, aura été en quelque sorte un rempart contre l’oubli – tous les oublis – mais aussi contre l’idée de renoncement, quel qu’il soit. Même Pascal Convert, après trois années de travail acharné qui feront date, reconnaissait que la trajectoire de cet homme hors du commun dépassait de loin le strict cadre –pourtant fondateur et essentiel – de la Résistance.
Trace. Et le miroir du temps, soudain, se craquela… Les désarrois d’un chronicœur solitaire, embrumé dans les fracas de l’actualité, n’ont rien pour vous retenir quand il s’agit pour lui d’évoquer son propre rapport à la mort des grands de ce monde. Les disparitions s’invitent toujours par effraction, constituant un choc tel que, en général, l’état de sidération dure bien au-delà des apparences. Devant le deuil, comment ne pas voir le danger mais la nécessité de parler non seulement du mort en «lui-même», mais surtout de son œuvre, de ses faits et gestes de sa signature, comme on parapherait la trace-sans-trace d’un parcours enfin évalué à sa juste ampleur. Privilégier en somme la mémoire des actes. Assumer une sorte de refoulement – mais tout autant une affirmation de la vie. Lui attribuer ce qui lui est propre dans un langage repérable, prévisible, qui nous conduirait à commettre ce que Proust appelle, à la fin d’À la recherche du temps perdu, une «infidélité posthume». Le dégoût du genre est à peu près proportionnel à la passion due au personnage. À quel point sommes-nous dans l’histoire de France lorsque nous apprenons, par un beau matin de printemps, la mort de Raymond Aubrac, à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans? Nous y sommes en totalité, jusqu’au plein exercice de cet art d’Histoire qui n’est pas une science du passé mais d’abord une science du présent avec le poids du temps. Pensez donc. Avec Raymond Samuel (alias Aubrac, son nom de résistant), les qualificatifs s’épuisent tant ils paraissent dérisoires, creux, fades, presque déplacés et incongrus. Grande figure de la Résistance, cofondateur du réseau Libération-Sud, dernier survivant des responsables du Conseil national de la Résistance (CNR) arrêtés à Caluire, le 21 juin 1943, avec Jean Moulin, Raymond Aubrac était l’une des figures centrales des héros de la Seconde Guerre mondiale, âme parmi les âmes lumineuses de l’humanité. Il faut absolument lire l’immense biographie de l’ami Pascal Convert, publiée en mars 2011 aux éditions du Seuil, sous le titre Raymond Aubrac, résister, reconstruire, transmettre, pour percevoir l’amplitude et l’importance de l’homme, si modeste, si discret que nous pouvions l’en moquer.
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| Lucie et Raymond. |
jeudi 12 avril 2012
Pourquoi la jeunesse aspire au modèle républicain
Nous ne croyons pas que les jeunes acceptent d’être relégués au rang d’accompagnateurs passifs d’une époque brûlée par le brasier de la déréalisation. Leur engagement au sein du Front de gauche en témoigne.
À la faveur d’un sondage plus commenté que les autres, les jeunes sont revenus dans l’actualité de la pire des manières, par l’enquête sondagière. Et pour cause. Marine Le Pen trouverait grâce aux yeux des 18-24 ans, affichant le meilleur score des prétendants à la présidentielle, 26%. Amen! la messe serait dite. Permettez-nous d’en douter. Que la fille de papa-nous-voilà attire un vote protestataire est une chose ; mais qu’elle puisse porter le début du commencement du moindre espoir politique en est une autre! Ce serait négliger le fait que 25% disent vouloir voter François Hollande. Ce serait aussi ignorer que 16% de ces mêmes jeunes affichent désormais leur préférence envers Jean-Luc Mélenchon, une progression de 11 points… Ceux qui ont participé aux meetings du Front de gauche le savent: les jeunes sont devenus un phénomène dans le phénomène, expliquant pour partie l’ampleur de la vague rouge. Au cœur de cette dynamique, celle de la jeunesse est de loin l’une des plus réjouissantes!
Car voyez-vous, en ces temps anxiogènes où on ne leur promet que le déclassement intergénérationnel et les injustices protéiformes d’une marchandisation globalisée, nous nous singularisons par la force d’une conviction : nous ne croyons pas que les jeunes, nos jeunes, acceptent d’être relégués au rang d’accompagnateurs passifs d’une époque brûlée par le brasier de la déréalisation. Cette conviction ancrée en nous marie le réel (celui que nous devons transformer) à nos ambitions philosophiques (celles qui nous permettent de maintenir notre cap).
À la faveur d’un sondage plus commenté que les autres, les jeunes sont revenus dans l’actualité de la pire des manières, par l’enquête sondagière. Et pour cause. Marine Le Pen trouverait grâce aux yeux des 18-24 ans, affichant le meilleur score des prétendants à la présidentielle, 26%. Amen! la messe serait dite. Permettez-nous d’en douter. Que la fille de papa-nous-voilà attire un vote protestataire est une chose ; mais qu’elle puisse porter le début du commencement du moindre espoir politique en est une autre! Ce serait négliger le fait que 25% disent vouloir voter François Hollande. Ce serait aussi ignorer que 16% de ces mêmes jeunes affichent désormais leur préférence envers Jean-Luc Mélenchon, une progression de 11 points… Ceux qui ont participé aux meetings du Front de gauche le savent: les jeunes sont devenus un phénomène dans le phénomène, expliquant pour partie l’ampleur de la vague rouge. Au cœur de cette dynamique, celle de la jeunesse est de loin l’une des plus réjouissantes!
Car voyez-vous, en ces temps anxiogènes où on ne leur promet que le déclassement intergénérationnel et les injustices protéiformes d’une marchandisation globalisée, nous nous singularisons par la force d’une conviction : nous ne croyons pas que les jeunes, nos jeunes, acceptent d’être relégués au rang d’accompagnateurs passifs d’une époque brûlée par le brasier de la déréalisation. Cette conviction ancrée en nous marie le réel (celui que nous devons transformer) à nos ambitions philosophiques (celles qui nous permettent de maintenir notre cap).
vendredi 6 avril 2012
Infamie(s): quand la haine se déverse sur Mélenchon...
Quand Laurence Parisot et Gérard Collomb attaquent le candidat, on ne sait plus qui parle et à qui l'on a affaire. Un cas typique de mimétisme et de défense du système.
Commun. Jamais le bloc-noteur n’aurait imaginé poser un jour cette question. La voici pourtant: qu’y a-t-il de commun entre Laurence Parisot et Gérard Collomb? Primo: la lecture du Figaro. Secondo: une certaine errance philosophique. Tercio: un goût prononcé pour la conformité langagière et les convenances idéologiques, quand le modèle reste le monde tel qu’il est, avec ses traiders, ses goldens boys, ses publicitaires, ses pitreries télévisuelles, ses réflexes d’autolégitimation du capitalisme, quand la porosité des idées atteint un tel degré de chevauchement qu’on ne sait plus qui parle et à qui l’on a affaire, bref, quand les puissants ne croient qu’en leur propre loi… et quand la gauche dite de «gestion» ne croit qu’en la loi des puissants. Curieux mélange. Étrange transition.
Parisot. Le mimétisme fabrique souvent des stupides. Ainsi, simultanément, Parisot et Collomb se sont singés l’un l’autre jusqu’à l’absurde. À savoir la haine de Jean-Luc Mélenchon et de ses idées. Parisot dans le texte: «Jean-Luc Mélenchon aime laisser entendre qu’il est un vrai révolutionnaire. On aime bien la révolution, il y a des choses sympathiques. Mais je trouve que Mélenchon est beaucoup plus l’héritier d’une forme de Terreur que l’héritier des plus belles valeurs de la Révolution.» Faut-il encore, ici-et-maintenant, répondre à ce genre d’argument avilissant? D’abord, un point de rappel: Jean-Luc Mélenchon ne «laisse» pas «entendre» qu’il se veut révolutionnaire: il l’est! Et puis il est aussi matérialiste, universaliste, républicain, socialiste de la sociale, redistributif, partageux et même, tenez-vous bien, fraternaliste et égalitariste à tout rompre.
Commun. Jamais le bloc-noteur n’aurait imaginé poser un jour cette question. La voici pourtant: qu’y a-t-il de commun entre Laurence Parisot et Gérard Collomb? Primo: la lecture du Figaro. Secondo: une certaine errance philosophique. Tercio: un goût prononcé pour la conformité langagière et les convenances idéologiques, quand le modèle reste le monde tel qu’il est, avec ses traiders, ses goldens boys, ses publicitaires, ses pitreries télévisuelles, ses réflexes d’autolégitimation du capitalisme, quand la porosité des idées atteint un tel degré de chevauchement qu’on ne sait plus qui parle et à qui l’on a affaire, bref, quand les puissants ne croient qu’en leur propre loi… et quand la gauche dite de «gestion» ne croit qu’en la loi des puissants. Curieux mélange. Étrange transition.
Parisot. Le mimétisme fabrique souvent des stupides. Ainsi, simultanément, Parisot et Collomb se sont singés l’un l’autre jusqu’à l’absurde. À savoir la haine de Jean-Luc Mélenchon et de ses idées. Parisot dans le texte: «Jean-Luc Mélenchon aime laisser entendre qu’il est un vrai révolutionnaire. On aime bien la révolution, il y a des choses sympathiques. Mais je trouve que Mélenchon est beaucoup plus l’héritier d’une forme de Terreur que l’héritier des plus belles valeurs de la Révolution.» Faut-il encore, ici-et-maintenant, répondre à ce genre d’argument avilissant? D’abord, un point de rappel: Jean-Luc Mélenchon ne «laisse» pas «entendre» qu’il se veut révolutionnaire: il l’est! Et puis il est aussi matérialiste, universaliste, républicain, socialiste de la sociale, redistributif, partageux et même, tenez-vous bien, fraternaliste et égalitariste à tout rompre.
mercredi 4 avril 2012
Insurrection culturelle: le Front de gauche relève le gant !
Affirmons-le: ce qu’une culture tient pour sacré peut se définir comme «ce qui n’est pas à vendre».
«L’homme de culture doit être un inventeur d’âmes.» En ampleur et en ambition, mais aussi parce qu’elle nous oblige à nous hisser plus haut que nous-mêmes, la phrase d’Aimé Césaire porte en elle bien plus qu’une indication. Une exigence. Presque une injonction. Avec ces mots-étendards contre l’ordre globalitaire, nous ne sommes pas des chevaliers errants quêtant la promesse d’un bonheur âprement disputé. Nous ne sommes que de simples républicains pour lesquels la vieille aspiration à la «culture pour tous» reste un horizon à conquérir. L’un des plus beaux. Celui qui donne du corps aux perspectives d’émancipation collective – et confère de l’esprit à cette part d’humanité puisant sans relâche dans le creuset de nos imaginations. Par là s’invente un nouveau monde, arraché à nos mélancolies.
Lundi soir, dans une salle du Bataclan trop petite pour accueillir la foule, le monde de la culture a relevé le poing comme on relève le gant. «Il faut être éduqué culturellement pour pouvoir apprécier le monde dans lequel nous vivons», a lancé le candidat Jean-Luc Mélenchon. L’heure est grave. Car le règne de Nicolas Sarkozy aura été aussi mortifère en ce domaine que pour le reste. Dépourvu de toute culture de la culture, il ne pouvait que la penser à la hauteur de sa médiocrité… Ainsi, l’affaissement programmé de la culture signe comme l’achèvement du processus sarkozyste: transformer les citoyens en consommateurs, les contraindre à la sortie de l’histoire et des moyens d’agir pour la transformer.
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| Surprise au Bataclan : Mélenchon est venu en personne. |
Lundi soir, dans une salle du Bataclan trop petite pour accueillir la foule, le monde de la culture a relevé le poing comme on relève le gant. «Il faut être éduqué culturellement pour pouvoir apprécier le monde dans lequel nous vivons», a lancé le candidat Jean-Luc Mélenchon. L’heure est grave. Car le règne de Nicolas Sarkozy aura été aussi mortifère en ce domaine que pour le reste. Dépourvu de toute culture de la culture, il ne pouvait que la penser à la hauteur de sa médiocrité… Ainsi, l’affaissement programmé de la culture signe comme l’achèvement du processus sarkozyste: transformer les citoyens en consommateurs, les contraindre à la sortie de l’histoire et des moyens d’agir pour la transformer.
mardi 3 avril 2012
Irresponsabilité(s): pourquoi Nicoléon a utilisé des enfants
Après les meurtres de Toulouse. Retour sur une mise en scène scandaleuse et traumatisante devant des élèves...
Gamins. Le rythme de l’actualité nous joue parfois des tours. Il suffit d’un rien, d’une brusque accélération, pour qu’une séquence en chasse une autre et que l’acharnement jaloux à rester sur «la brèche» du jour-le-jour ne finisse par nuire au recul nécessaire et à la réflexion même. Ainsi, comme pris en faute sous l’effet pavlovien d’un retour de bâton pourtant salutaire, le bloc-noteur doit à un ami (moins influençable par le train fou des infos) ce petit rappel à l’ordre sous la forme d’une question : «T’es-tu demandé comment avaient réagi les gamins en entendant ces mots?» Il parlait de l’intervention de Nicoléon devant des élèves du collège et lycée François-Couperin à Paris au lendemain des meurtres des enfants juifs de Toulouse. La vérité oblige: oui, nous avions perçu vaguement que le prince-président avait, ce jour-là, mordu le trait; mais non, nous ne nous étions pas interrogés sur le point de savoir si son attitude avait été inconséquente – voire pire. À l’évidence, cet épisode assez invraisemblable n’a pas été assez commenté.
Erreur. Revoir les images (faites-en l’expérience) de Nicoléon s’adressant à ces enfants et, surtout, écouter les mots utilisés ajoutés à une gestuelle suggestive est une invitation à l’effraction émotive. Comme l’air et la lumière, tous les acteurs prisonniers de cette mise en abîme étaient autant d’éléments d’une spectacularisation outrancière. Car il s’agissait d’enfants. Scène incroyable durant laquelle le prince-président, ramené à lui-même, c’est-à-dire à l’essentiel de son sur-soi déviant, ne maîtrisait plus rien. Ni ses mots. Ni le sens qu’il voulait leur donner. Et bien sûr encore moins sa fonction, qui, en de semblables heures, méritait mieux. Ne le cachons pas, ce que vécurent ces enfants fut assez traumatisant.
Gamins. Le rythme de l’actualité nous joue parfois des tours. Il suffit d’un rien, d’une brusque accélération, pour qu’une séquence en chasse une autre et que l’acharnement jaloux à rester sur «la brèche» du jour-le-jour ne finisse par nuire au recul nécessaire et à la réflexion même. Ainsi, comme pris en faute sous l’effet pavlovien d’un retour de bâton pourtant salutaire, le bloc-noteur doit à un ami (moins influençable par le train fou des infos) ce petit rappel à l’ordre sous la forme d’une question : «T’es-tu demandé comment avaient réagi les gamins en entendant ces mots?» Il parlait de l’intervention de Nicoléon devant des élèves du collège et lycée François-Couperin à Paris au lendemain des meurtres des enfants juifs de Toulouse. La vérité oblige: oui, nous avions perçu vaguement que le prince-président avait, ce jour-là, mordu le trait; mais non, nous ne nous étions pas interrogés sur le point de savoir si son attitude avait été inconséquente – voire pire. À l’évidence, cet épisode assez invraisemblable n’a pas été assez commenté.
Erreur. Revoir les images (faites-en l’expérience) de Nicoléon s’adressant à ces enfants et, surtout, écouter les mots utilisés ajoutés à une gestuelle suggestive est une invitation à l’effraction émotive. Comme l’air et la lumière, tous les acteurs prisonniers de cette mise en abîme étaient autant d’éléments d’une spectacularisation outrancière. Car il s’agissait d’enfants. Scène incroyable durant laquelle le prince-président, ramené à lui-même, c’est-à-dire à l’essentiel de son sur-soi déviant, ne maîtrisait plus rien. Ni ses mots. Ni le sens qu’il voulait leur donner. Et bien sûr encore moins sa fonction, qui, en de semblables heures, méritait mieux. Ne le cachons pas, ce que vécurent ces enfants fut assez traumatisant.
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