Quand Laurence Parisot et Gérard Collomb attaquent le candidat, on ne sait plus qui parle et à qui l'on a affaire. Un cas typique de mimétisme et de défense du système.
Commun. Jamais le bloc-noteur n’aurait imaginé poser un jour cette question. La voici pourtant: qu’y a-t-il de commun entre Laurence Parisot et Gérard Collomb? Primo: la lecture du Figaro. Secondo: une certaine errance philosophique. Tercio: un goût prononcé pour la conformité langagière et les convenances idéologiques, quand le modèle reste le monde tel qu’il est, avec ses traiders, ses goldens boys, ses publicitaires, ses pitreries télévisuelles, ses réflexes d’autolégitimation du capitalisme, quand la porosité des idées atteint un tel degré de chevauchement qu’on ne sait plus qui parle et à qui l’on a affaire, bref, quand les puissants ne croient qu’en leur propre loi… et quand la gauche dite de «gestion» ne croit qu’en la loi des puissants. Curieux mélange. Étrange transition.
Parisot. Le mimétisme fabrique souvent des stupides. Ainsi, simultanément, Parisot et Collomb se sont singés l’un l’autre jusqu’à l’absurde. À savoir la haine de Jean-Luc Mélenchon et de ses idées. Parisot dans le texte: «Jean-Luc Mélenchon aime laisser entendre qu’il est un vrai révolutionnaire. On aime bien la révolution, il y a des choses sympathiques. Mais je trouve que Mélenchon est beaucoup plus l’héritier d’une forme de Terreur que l’héritier des plus belles valeurs de la Révolution.» Faut-il encore, ici-et-maintenant, répondre à ce genre d’argument avilissant? D’abord, un point de rappel: Jean-Luc Mélenchon ne «laisse» pas «entendre» qu’il se veut révolutionnaire: il l’est! Et puis il est aussi matérialiste, universaliste, républicain, socialiste de la sociale, redistributif, partageux et même, tenez-vous bien, fraternaliste et égalitariste à tout rompre.
vendredi 6 avril 2012
mercredi 4 avril 2012
Insurrection culturelle: le Front de gauche relève le gant !
Affirmons-le: ce qu’une culture tient pour sacré peut se définir comme «ce qui n’est pas à vendre».
«L’homme de culture doit être un inventeur d’âmes.» En ampleur et en ambition, mais aussi parce qu’elle nous oblige à nous hisser plus haut que nous-mêmes, la phrase d’Aimé Césaire porte en elle bien plus qu’une indication. Une exigence. Presque une injonction. Avec ces mots-étendards contre l’ordre globalitaire, nous ne sommes pas des chevaliers errants quêtant la promesse d’un bonheur âprement disputé. Nous ne sommes que de simples républicains pour lesquels la vieille aspiration à la «culture pour tous» reste un horizon à conquérir. L’un des plus beaux. Celui qui donne du corps aux perspectives d’émancipation collective – et confère de l’esprit à cette part d’humanité puisant sans relâche dans le creuset de nos imaginations. Par là s’invente un nouveau monde, arraché à nos mélancolies.
Lundi soir, dans une salle du Bataclan trop petite pour accueillir la foule, le monde de la culture a relevé le poing comme on relève le gant. «Il faut être éduqué culturellement pour pouvoir apprécier le monde dans lequel nous vivons», a lancé le candidat Jean-Luc Mélenchon. L’heure est grave. Car le règne de Nicolas Sarkozy aura été aussi mortifère en ce domaine que pour le reste. Dépourvu de toute culture de la culture, il ne pouvait que la penser à la hauteur de sa médiocrité… Ainsi, l’affaissement programmé de la culture signe comme l’achèvement du processus sarkozyste: transformer les citoyens en consommateurs, les contraindre à la sortie de l’histoire et des moyens d’agir pour la transformer.
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| Surprise au Bataclan : Mélenchon est venu en personne. |
Lundi soir, dans une salle du Bataclan trop petite pour accueillir la foule, le monde de la culture a relevé le poing comme on relève le gant. «Il faut être éduqué culturellement pour pouvoir apprécier le monde dans lequel nous vivons», a lancé le candidat Jean-Luc Mélenchon. L’heure est grave. Car le règne de Nicolas Sarkozy aura été aussi mortifère en ce domaine que pour le reste. Dépourvu de toute culture de la culture, il ne pouvait que la penser à la hauteur de sa médiocrité… Ainsi, l’affaissement programmé de la culture signe comme l’achèvement du processus sarkozyste: transformer les citoyens en consommateurs, les contraindre à la sortie de l’histoire et des moyens d’agir pour la transformer.
mardi 3 avril 2012
Irresponsabilité(s): pourquoi Nicoléon a utilisé des enfants
Après les meurtres de Toulouse. Retour sur une mise en scène scandaleuse et traumatisante devant des élèves...
Gamins. Le rythme de l’actualité nous joue parfois des tours. Il suffit d’un rien, d’une brusque accélération, pour qu’une séquence en chasse une autre et que l’acharnement jaloux à rester sur «la brèche» du jour-le-jour ne finisse par nuire au recul nécessaire et à la réflexion même. Ainsi, comme pris en faute sous l’effet pavlovien d’un retour de bâton pourtant salutaire, le bloc-noteur doit à un ami (moins influençable par le train fou des infos) ce petit rappel à l’ordre sous la forme d’une question : «T’es-tu demandé comment avaient réagi les gamins en entendant ces mots?» Il parlait de l’intervention de Nicoléon devant des élèves du collège et lycée François-Couperin à Paris au lendemain des meurtres des enfants juifs de Toulouse. La vérité oblige: oui, nous avions perçu vaguement que le prince-président avait, ce jour-là, mordu le trait; mais non, nous ne nous étions pas interrogés sur le point de savoir si son attitude avait été inconséquente – voire pire. À l’évidence, cet épisode assez invraisemblable n’a pas été assez commenté.
Erreur. Revoir les images (faites-en l’expérience) de Nicoléon s’adressant à ces enfants et, surtout, écouter les mots utilisés ajoutés à une gestuelle suggestive est une invitation à l’effraction émotive. Comme l’air et la lumière, tous les acteurs prisonniers de cette mise en abîme étaient autant d’éléments d’une spectacularisation outrancière. Car il s’agissait d’enfants. Scène incroyable durant laquelle le prince-président, ramené à lui-même, c’est-à-dire à l’essentiel de son sur-soi déviant, ne maîtrisait plus rien. Ni ses mots. Ni le sens qu’il voulait leur donner. Et bien sûr encore moins sa fonction, qui, en de semblables heures, méritait mieux. Ne le cachons pas, ce que vécurent ces enfants fut assez traumatisant.
Gamins. Le rythme de l’actualité nous joue parfois des tours. Il suffit d’un rien, d’une brusque accélération, pour qu’une séquence en chasse une autre et que l’acharnement jaloux à rester sur «la brèche» du jour-le-jour ne finisse par nuire au recul nécessaire et à la réflexion même. Ainsi, comme pris en faute sous l’effet pavlovien d’un retour de bâton pourtant salutaire, le bloc-noteur doit à un ami (moins influençable par le train fou des infos) ce petit rappel à l’ordre sous la forme d’une question : «T’es-tu demandé comment avaient réagi les gamins en entendant ces mots?» Il parlait de l’intervention de Nicoléon devant des élèves du collège et lycée François-Couperin à Paris au lendemain des meurtres des enfants juifs de Toulouse. La vérité oblige: oui, nous avions perçu vaguement que le prince-président avait, ce jour-là, mordu le trait; mais non, nous ne nous étions pas interrogés sur le point de savoir si son attitude avait été inconséquente – voire pire. À l’évidence, cet épisode assez invraisemblable n’a pas été assez commenté.
Erreur. Revoir les images (faites-en l’expérience) de Nicoléon s’adressant à ces enfants et, surtout, écouter les mots utilisés ajoutés à une gestuelle suggestive est une invitation à l’effraction émotive. Comme l’air et la lumière, tous les acteurs prisonniers de cette mise en abîme étaient autant d’éléments d’une spectacularisation outrancière. Car il s’agissait d’enfants. Scène incroyable durant laquelle le prince-président, ramené à lui-même, c’est-à-dire à l’essentiel de son sur-soi déviant, ne maîtrisait plus rien. Ni ses mots. Ni le sens qu’il voulait leur donner. Et bien sûr encore moins sa fonction, qui, en de semblables heures, méritait mieux. Ne le cachons pas, ce que vécurent ces enfants fut assez traumatisant.
jeudi 29 mars 2012
"Phénomène" Mélenchon: et la rivière est un fleuve...
Le Front de gauche est une force sans mur ni barrière : pourquoi lui fixer des limites ?
«La rivière est sortie de son lit et, quoi qu’il arrive, elle n’y rentrera pas de sitôt.» Nous n’exprimerons pas mieux que Jean-Luc Mélenchon lui-même ce que nous ressentions, mardi soir, après le meeting géant du Front de gauche, à Lille. Ceux qui, connaissant la topographie des lieux, ont vu cette foule investir le Grand Palais, n’en finiront pas de raconter la joyeuse ampleur de cet événement populaire et l’empreinte qu’il laissera lorsque nous aurons tous le même appétit pour tenir ouvert le registre de la mémoire. Des milliers de personnes agglutinées à l’intérieur et à l’extérieur d’une salle qui n’en était plus une, débordant sur les parvis, dans les rues, dépassant en nombre l’imagination des organisateurs eux-mêmes, stupéfiant jusqu’aux policiers présents sur place, contraints, par la force des choses, d’admettre qu’il y avait au moins «20.000 personnes»… Vous avez bien lu.
Ce qui se déroule sous nos yeux perlés d’émotion n’est pas un mystère indéchiffrable. Ce n’est ni par hasard ni par effraction que la dynamique du Front de gauche et l’excellence de son candidat repoussent les frontières auxquelles nous nous heurtions depuis si longtemps et devant lesquelles certains se résignaient.
«La rivière est sortie de son lit et, quoi qu’il arrive, elle n’y rentrera pas de sitôt.» Nous n’exprimerons pas mieux que Jean-Luc Mélenchon lui-même ce que nous ressentions, mardi soir, après le meeting géant du Front de gauche, à Lille. Ceux qui, connaissant la topographie des lieux, ont vu cette foule investir le Grand Palais, n’en finiront pas de raconter la joyeuse ampleur de cet événement populaire et l’empreinte qu’il laissera lorsque nous aurons tous le même appétit pour tenir ouvert le registre de la mémoire. Des milliers de personnes agglutinées à l’intérieur et à l’extérieur d’une salle qui n’en était plus une, débordant sur les parvis, dans les rues, dépassant en nombre l’imagination des organisateurs eux-mêmes, stupéfiant jusqu’aux policiers présents sur place, contraints, par la force des choses, d’admettre qu’il y avait au moins «20.000 personnes»… Vous avez bien lu.
Ce qui se déroule sous nos yeux perlés d’émotion n’est pas un mystère indéchiffrable. Ce n’est ni par hasard ni par effraction que la dynamique du Front de gauche et l’excellence de son candidat repoussent les frontières auxquelles nous nous heurtions depuis si longtemps et devant lesquelles certains se résignaient.
dimanche 25 mars 2012
Mouvement(s): ce que la re-prise de la Bastille nous dit...
Avec le drame de Toulouse, sommes-nous passés d'une séquence de classes à une séquence sécuritaire? Retour sur le sens de la Bastille.
Séquences. Nul besoin d’avoir un grand sens de l’État pour voir le malaise environnant qui a chaviré la France depuis quelques jours. Schématiquement résumé, nous pouvons affirmer que la campagne électorale vient de changer de visage. En ce début de semaine encore, au lendemain d’une marche historique entre Nation et Bastille, nous étions dans une séquence de classes. Les odieux assassinats de Toulouse ont alors plongé la France dans la stupéfaction d’une séquence communautaire. Depuis, ce que nous redoutions le plus a surgi: nous voilà en pleine séquence sécuritaire. Et puisque vous y pensez autant que nous, ne tournons pas autour du pot. Nous savons que le surgissement de cette séquence «sécuritaire» était secrètement espéré par tous ceux qui portent la stigmatisation et la division en bandoulière.
Symboles. Comme l’affirmation d’un choix radical: revenons à la séquence de classes. Celle qui s’est déroulée pour notre plus grand bonheur à la Bastille. Ne nous méprenons pas. Lorsque Jean-Luc Mélenchon, auquel certains ont prêté des accents autant jaurésiens que gaulliens, lança au peuple réuni: «Où étiez-vous passés, tout ce temps?», ce n’était ni par pente nostalgique ni par esprit rétroviseur.
Séquences. Nul besoin d’avoir un grand sens de l’État pour voir le malaise environnant qui a chaviré la France depuis quelques jours. Schématiquement résumé, nous pouvons affirmer que la campagne électorale vient de changer de visage. En ce début de semaine encore, au lendemain d’une marche historique entre Nation et Bastille, nous étions dans une séquence de classes. Les odieux assassinats de Toulouse ont alors plongé la France dans la stupéfaction d’une séquence communautaire. Depuis, ce que nous redoutions le plus a surgi: nous voilà en pleine séquence sécuritaire. Et puisque vous y pensez autant que nous, ne tournons pas autour du pot. Nous savons que le surgissement de cette séquence «sécuritaire» était secrètement espéré par tous ceux qui portent la stigmatisation et la division en bandoulière.
Symboles. Comme l’affirmation d’un choix radical: revenons à la séquence de classes. Celle qui s’est déroulée pour notre plus grand bonheur à la Bastille. Ne nous méprenons pas. Lorsque Jean-Luc Mélenchon, auquel certains ont prêté des accents autant jaurésiens que gaulliens, lança au peuple réuni: «Où étiez-vous passés, tout ce temps?», ce n’était ni par pente nostalgique ni par esprit rétroviseur.
jeudi 22 mars 2012
Meurtres de Toulouse: se maintenir au-dessus de la haine...
Désormais, la grande tâche de tous les citoyens est de lutter contre les assimilations et les stigmatisations.
Au croisement de l’intime et de l’universel, là où se disputent fracas et raison, répétons une vérité que nous savons plus sacrée que toute autre. Rien, jamais, ni ici ni ailleurs, ne justifiera la mort d’un enfant. Aucune cause, maintenant-et-demain, ne peut expliquer et encore moins légitimer qu’on puisse ôter froidement une jeune vie sans nier à l’humanité ce qu’elle a de plus précieux: son à-venir… Les meurtres inqualifiables qui viennent de bouleverser chaque citoyen dans sa conscience ne sont pas que les signes d’une haine meurtrière qui nous défie tous. Ils sont aussi les stigmates des folies d’une époque qui provoquent la République elle-même. Une époque où la division domine, où le rejet devient une habitude, où la montée des intolérances se transforme en autant
de lieux communs dans les discours de nos gouvernants.
Le meurtrier présumé, Mohamed Merah, serait donc un Français ayant séjourné au Pakistan et en Afghanistan, passé «de la délinquance» à «l’islamisme radical». Cet assassin sans scrupule serait devenu un fou de dieu, comme il y en a tant, dans toutes les religions. Tous ces illuminés, sacrifiés de l’humiliation, se perdent à eux-mêmes, errent dans la terreur aveugle. Ils s’abritent derrière la cause des Palestiniens? Ils se trompent et trahissent le combat !
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| Capture d'image de Mohamed Merah. |
Le meurtrier présumé, Mohamed Merah, serait donc un Français ayant séjourné au Pakistan et en Afghanistan, passé «de la délinquance» à «l’islamisme radical». Cet assassin sans scrupule serait devenu un fou de dieu, comme il y en a tant, dans toutes les religions. Tous ces illuminés, sacrifiés de l’humiliation, se perdent à eux-mêmes, errent dans la terreur aveugle. Ils s’abritent derrière la cause des Palestiniens? Ils se trompent et trahissent le combat !
mardi 20 mars 2012
Gauche(s): quand Régis Debray interpelle la gauche
Dans son nouveau livre, le philosophie et médiologue veut retourner dans le "cercle de la raison" pour ne pas oublier l'Histoire et repenser l'avenir.
Debray. «D’où je parle et à qui?» demande Régis Debray dans son nouveau livre, Rêverie de gauche (Flammarion). Et puisque les urnes sont souvent «des boîtes à double fond, électoral et funéraire», le philosophe et médiologue répond: «Aux porte-flambeaux de ma famille adoptive: la gauche du possible, mature et responsable.» Qu’on ne se méprenne pas. Si le plaidoyer réflexif de Régis Debray ressemble à une rêverie pour échapper au miroir du temps, les désarrois d’un promeneur solitaire à la Jean-Jacques (Rousseau) ne nous éloignent pourtant pas de la réalité, au contraire, ils nous y ancrent de la plus belle des manières. L’auteur, s’adressant donc à cette gauche qu’il sait devoir bousculer à heure fixe, interpelle en ces termes: «À quel point en sommes-nous de l’histoire de France, si ce n’est pas là pour vous un non-sujet, et du peuple dit de gauche, si le mot ne vous paraît pas trop rétro?» Et il insiste au chevet de ceux qui n’auraient pas compris: «Un secrétaire de mairie, congelé en 1981 et se réveillant en 2012, aurait peine à retrouver ses petits. Plus de rose ni de poing. Plus de Theodorakis ni de Jean-Baptiste Clément dans les meetings où on ne chante plus, on scande. (…) Que s’est-il donc passé dans l’entre-deux? Que du bonheur. Le remplacement du militant par le notable.» Entre gauche tragique et gauche mélancolique, Régis Debray n’est pas un nostalgique.
Debray. «D’où je parle et à qui?» demande Régis Debray dans son nouveau livre, Rêverie de gauche (Flammarion). Et puisque les urnes sont souvent «des boîtes à double fond, électoral et funéraire», le philosophe et médiologue répond: «Aux porte-flambeaux de ma famille adoptive: la gauche du possible, mature et responsable.» Qu’on ne se méprenne pas. Si le plaidoyer réflexif de Régis Debray ressemble à une rêverie pour échapper au miroir du temps, les désarrois d’un promeneur solitaire à la Jean-Jacques (Rousseau) ne nous éloignent pourtant pas de la réalité, au contraire, ils nous y ancrent de la plus belle des manières. L’auteur, s’adressant donc à cette gauche qu’il sait devoir bousculer à heure fixe, interpelle en ces termes: «À quel point en sommes-nous de l’histoire de France, si ce n’est pas là pour vous un non-sujet, et du peuple dit de gauche, si le mot ne vous paraît pas trop rétro?» Et il insiste au chevet de ceux qui n’auraient pas compris: «Un secrétaire de mairie, congelé en 1981 et se réveillant en 2012, aurait peine à retrouver ses petits. Plus de rose ni de poing. Plus de Theodorakis ni de Jean-Baptiste Clément dans les meetings où on ne chante plus, on scande. (…) Que s’est-il donc passé dans l’entre-deux? Que du bonheur. Le remplacement du militant par le notable.» Entre gauche tragique et gauche mélancolique, Régis Debray n’est pas un nostalgique.
jeudi 15 mars 2012
Cette "mélenchonisation" des esprits qui monte...
La progression
des idées du Front de gauche a même atteint Nicolas Sarkozy…
Nous étions prévenus. Dans la phase d’accélération de sa campagne menée à un train d’enfer avec la stratégie de ceux qui jouent leur va-tout, Nicolas Sarkozy tente d’occuper le devant de la scène médiacratique en promettant tout et n’importe quoi, quitte à se contredire ouvertement ou à prendre à contre-pied la plupart de ses ministres… Après la séquence «Sarko l’Européen», sauveteur de l’euro et volontairement complice d’Angela Merkel dans la mise au pli d’austérité contre les peuples, voici une autre séquence, celle adressée au peuple de cette France qui souffre, pourfendeur des élites sans patrie ni frontières et, mieux encore, se transformant en agresseur en chef des riches exilés fiscaux… On aura tout vu.
Son but? Si l’on en croit son conseiller Patrick Buisson, ex-porte-plume à Minute, le prince-président aurait décidé de s’adresser à la France du non de 2005 pour «retrouver l’écoute» des catégories populaires. Et que voulez-vous, Sarkozy lui-même a fini par constater que les arguments du Front de gauche progressaient dans l’opinion. Alors? Comme on se sert dans un libre-service, il a décidé de promettre qu’il taxerait les exilés du fisc, une idée qu’il a combattue toute sa vie. Il n’a aucune crédibilité? Au point où il en est, plus rien ne devrait nous étonner.
Nous étions prévenus. Dans la phase d’accélération de sa campagne menée à un train d’enfer avec la stratégie de ceux qui jouent leur va-tout, Nicolas Sarkozy tente d’occuper le devant de la scène médiacratique en promettant tout et n’importe quoi, quitte à se contredire ouvertement ou à prendre à contre-pied la plupart de ses ministres… Après la séquence «Sarko l’Européen», sauveteur de l’euro et volontairement complice d’Angela Merkel dans la mise au pli d’austérité contre les peuples, voici une autre séquence, celle adressée au peuple de cette France qui souffre, pourfendeur des élites sans patrie ni frontières et, mieux encore, se transformant en agresseur en chef des riches exilés fiscaux… On aura tout vu.
Son but? Si l’on en croit son conseiller Patrick Buisson, ex-porte-plume à Minute, le prince-président aurait décidé de s’adresser à la France du non de 2005 pour «retrouver l’écoute» des catégories populaires. Et que voulez-vous, Sarkozy lui-même a fini par constater que les arguments du Front de gauche progressaient dans l’opinion. Alors? Comme on se sert dans un libre-service, il a décidé de promettre qu’il taxerait les exilés du fisc, une idée qu’il a combattue toute sa vie. Il n’a aucune crédibilité? Au point où il en est, plus rien ne devrait nous étonner.
samedi 10 mars 2012
Pouvoir(s): quand Alain Badiou interroge la question du vote...
Dans son dernier livre, le philosophe explique pourquoi il faut reconstituer l’Idée émancipatrice communiste. Et il demande: «Comment sortir de la représentation?»
Badiou. Un livre ouvert. Un chat tout près de l’âtre. Et tout devient pensées, vagabondages, effervescences, tourments. D’une brassée de bois sec jaillit parfois l’étincelle de la parole philosophique, embrasement qui atteint l’esprit jusqu’à la brûlure et réveille en nous la faculté de réflexion. Et plus encore. Une remise en cause. Un rappel à l’ordre… Voilà ce qui arrive à la lecture du dernier livre d’Alain Badiou, au long titre évocateur: Sarkozy : pire que prévu. Les autres : prévoir le pire (publié aux Éditions Lignes). Commençons par ce qui, à ses yeux, constitue le «bilan» de Nicoléon. Le philosophe rappelle que, en 2007, son élection relevait d’un «pétainisme transcendantal», ce qui lui avait valu à l’époque de nombreuses critiques définitives. Badiou n’y comparait évidemment pas Nicoléon à Pétain, mais désignait une forme historique de la conscience des gens, «dans notre vieux pays fatigué», quand le sourd sentiment d’une crise, d’un péril, «les fait s’abandonner aux propositions d’un aventurier qui leur promet sa protection et la restauration de l’ordre ancien». Dès lors, ce «pétainisme transcendantal» était bien ce mélange de peur, de goût de l’ordre, de désir éperdu de garder ce que l’on a, bref, de se livrer à une forme de bonapartisme quitte à dessiner une configuration qui, très clairement, allait déporter la droite classique française vers son extrême.
jeudi 8 mars 2012
Insurrection civique: acte I
Le Front de gauche voit plus loin que l’horizon et affranchit ceux qui ont souffert d’années d’humiliations.
«Nous avons allumé la lumière.» Prise isolément, cette phrase que Jean-Luc Mélenchon distille çà et là pour expliquer
la démarche fondamentale et presque fondatrice du Front de gauche peut paraître présomptueuse. Elle ne l’est pas. Héritiers que nous sommes d’une illustre tradition politique qui
a toujours marié la justice à l’égalité et fiers –oui fiers!– de notre axiome marxien adossé aux piliers des concepts républicains, nous entendons cette phrase du candidat à la présidentielle comme l’un des plus beaux symboles du renouveau «de la» politique. Celui du retour à «quelque chose» d’assez sacré: l’Idée. Mais aussi celui du début «d’autre chose»: une gauche à la main ferme.
Le peuple a de la mémoire. Alors que nous vivons le temps des remuements essentiels (la crise, le capitalisme, le développement, etc.), nous connaissons l’histoire contemporaine, qui, trop souvent, a vu la gauche s’accommoder du «principe de réalité», provoquant ce que certains pouvaient considérer comme un éternel recommencement: une espérance suivie d’une déception…
Le peuple a de la mémoire. Alors que nous vivons le temps des remuements essentiels (la crise, le capitalisme, le développement, etc.), nous connaissons l’histoire contemporaine, qui, trop souvent, a vu la gauche s’accommoder du «principe de réalité», provoquant ce que certains pouvaient considérer comme un éternel recommencement: une espérance suivie d’une déception…
mardi 6 mars 2012
Nicolas Sarkozy : la campagne dans les abattoirs
Engagé dans une course folle avec la droite extrême, Nicolas Sarkozy flatte ce qu’il y a de pire autour de nous.
Indécentes pratiques de terre brûlée. À moins de sept semaines du premier tour de l’élection présidentielle, non seulement le président-candidat Nicolas Sarkozy ressemble à ces naufragés de la mer agitant frénétiquement les bras par peur de se noyer définitivement, mais, comme poussé par un réflexe de survie, l’homme nous donne à voir à chaque respiration désespérée la vraie nature de ses croyances idéologiques: il flatte ce qu’il y a de pire autour de nous. Certes, depuis cinq ans, il ne nous a jamais habitués à mieux. Comment aurait-il pu changer de pied alors qu’un vent de panique s’est emparé du Palais depuis plusieurs jours?
Sous le président qui s’agite, l’idéologue ne sommeille jamais. Le voici donc qui carbure à plein régime: extrême droitisation; haine des différences; divisions des citoyens entre eux, pour les éloigner des vrais sujets, chômage, précarité, crise, traités européens, etc.; et même, certains s’en étonnent, stratégie du durcissement verbal ad hominem... Problème. Une vingtaine de jours après sa déclaration de candidature, alors que tous ses partisans s’attendaient à un sursaut dans les sondages et au fameux croisement des courbes avec François Hollande, leur leader manque toujours de souffle en dépit de son acharnement à occuper tout l’espace médiacratique.
Indécentes pratiques de terre brûlée. À moins de sept semaines du premier tour de l’élection présidentielle, non seulement le président-candidat Nicolas Sarkozy ressemble à ces naufragés de la mer agitant frénétiquement les bras par peur de se noyer définitivement, mais, comme poussé par un réflexe de survie, l’homme nous donne à voir à chaque respiration désespérée la vraie nature de ses croyances idéologiques: il flatte ce qu’il y a de pire autour de nous. Certes, depuis cinq ans, il ne nous a jamais habitués à mieux. Comment aurait-il pu changer de pied alors qu’un vent de panique s’est emparé du Palais depuis plusieurs jours?
Sous le président qui s’agite, l’idéologue ne sommeille jamais. Le voici donc qui carbure à plein régime: extrême droitisation; haine des différences; divisions des citoyens entre eux, pour les éloigner des vrais sujets, chômage, précarité, crise, traités européens, etc.; et même, certains s’en étonnent, stratégie du durcissement verbal ad hominem... Problème. Une vingtaine de jours après sa déclaration de candidature, alors que tous ses partisans s’attendaient à un sursaut dans les sondages et au fameux croisement des courbes avec François Hollande, leur leader manque toujours de souffle en dépit de son acharnement à occuper tout l’espace médiacratique.
dimanche 4 mars 2012
Axiome(s): Jean-Luc Mélenchon sur tous les fronts...
Quand la formule républicaine reprend de la valeur et de la hauteur, le Front de Gauche n'est jamais bien loin. Même du côté des ouvriers !
Ridicule. «Si tu ne supportes pas la chaleur, sors de la cuisine», disait Churchill. Voilà exactement ce quoi nous songions, l’autre soir, devant notre petite lucarne. Avouons que les moments d’allégresses télévisuelles sont trop rares pour les passer sous silence. Comme nous tous, vous avez donc vu Marine Le Pen se ridiculiser – c’est peu dire – à la télévision. Ne tournons pas autour du pot: aviez-vous déjà assisté à semblable scène? Et aviez-vous déjà vu fifille-nous-voilà dans une posture aussi grotesque, limite bouffonne? Dans l’émission Des Paroles et des Actes, sur France 2, l’héritière de papa-nous-voilà de Montretout a joué la fidèle «semi-démente» du clan, n’utilisant jamais sa «bonne moitié», pour, finalement, refuser l’opportunité d’un vrai face-à-face avec un adversaire et pas n’importe lequel: Jean-Luc Mélenchon. Pas au mieux de sa forme, Le Pen, qui n’a toujours pas compris que la politique, en certaines heures, était une chose trop sérieuse pour vouloir jouer dans la cour des grands. Car à ce petit jeu-là, pardonnez-nous, Jean-Luc Mélenchon ne boxe décidément pas dans la même catégorie. Qui en doute désormais?
Apeurée. Avouons que depuis le début de la campagne, le candidat du Front de Gauche à la présidentielle ne marque pas seulement des points (dans les sondages) mais il progresse (dans les esprits) au point d’irriter tous ses adversaires. A commencer par la tenancière de la maison extrême-droite. La ligne anti-FN de Mélenchon et du Front de Gauche, outre qu’elle redonne à la gauche dite «de gauche» un rôle classique dans le dispositif républicain, permet de dénoncer l’imposture de la famille Le Pen avec les grands moyens, jour après jour, mètre par mètre, sans ne plus rien lâcher, ce qui, mécaniquement, porte ses fruits et met les lepénistes sur le reculoir.
Ridicule. «Si tu ne supportes pas la chaleur, sors de la cuisine», disait Churchill. Voilà exactement ce quoi nous songions, l’autre soir, devant notre petite lucarne. Avouons que les moments d’allégresses télévisuelles sont trop rares pour les passer sous silence. Comme nous tous, vous avez donc vu Marine Le Pen se ridiculiser – c’est peu dire – à la télévision. Ne tournons pas autour du pot: aviez-vous déjà assisté à semblable scène? Et aviez-vous déjà vu fifille-nous-voilà dans une posture aussi grotesque, limite bouffonne? Dans l’émission Des Paroles et des Actes, sur France 2, l’héritière de papa-nous-voilà de Montretout a joué la fidèle «semi-démente» du clan, n’utilisant jamais sa «bonne moitié», pour, finalement, refuser l’opportunité d’un vrai face-à-face avec un adversaire et pas n’importe lequel: Jean-Luc Mélenchon. Pas au mieux de sa forme, Le Pen, qui n’a toujours pas compris que la politique, en certaines heures, était une chose trop sérieuse pour vouloir jouer dans la cour des grands. Car à ce petit jeu-là, pardonnez-nous, Jean-Luc Mélenchon ne boxe décidément pas dans la même catégorie. Qui en doute désormais?
mardi 28 février 2012
Espérance(s): l'effet Mélenchon... et bien au-delà !
Si la sagesse et la raison critique gagnent (enfin) du terrain dans cette campagne électorale, le Front de Gauche n’y est pas pour rien.
Gauche. Drôle de dépaysement en notre pays lui-même, où le simplisme devient expédient, où tout se transforme en vérité, où la paresse d’esprit – et le minimum d’informations – s’érige en fréquentation publique. Lu cette semaine dans un grand magazine populaire, cette citation de François Mitterrand datant de 1986: «J’affirme que pour la France hospitalière les immigrés sont chez nous chez eux.» La justesse du propos, nous renvoyant vingt-cinq ans en arrière, n’est évidemment pas en cause. Ce qui chagrine le lecteur toujours munis de lunettes double-foyers? Le commentaire qui suit cette noble évocation. Ainsi peut-on lire ces mots: «Quel candidat oserait aujourd’hui prononcer une telle phrase?», demande la journaliste, visiblement peu informée des propositions et des paroles des acteurs du Front de Gauche, par exemple… Et celle-ci d’ajouter: «La gauche rivalise de prudence pour défendre les derniers entrants contre une xénophobie d’Etat de moins en moins refoulée.» Notre irritation atteignit alors des sommets. Car de quelle «gauche» parle-t-on là, sinon de la gauche dite «socialiste» incarnée par son candidat François Hollande, qui, en ce domaine comme en bien d’autres, ne dispose ni du monopole de la gauche et encore moins du passeport des idées aux estampilles «progressistes».
Signe. A plein régime, la machine à câliner qu’est devenue la communication se déchaîne à tous les échelons d’une société sens dessus dessous. D’un côté, les instrumentalisations des peurs du matin au soir, les manoeuvres ordurières des Nicoléon, Guéant, Hortefeux et autres Le Pen, papa et fifille-la-voilà, dont l’axiome dénominateur reste la division des citoyens entre eux pour les maintenir dans un état de dépendance morale et subjective. De l’autre côté, cette satanée «prudence» érigée en camp, celui dit de «gauche», réduit, pour l’instant, à sa fraction hégémonique: le parti socialiste. Cette espèce de fuite du réel révèle la panique des «élites» et sa déconnexion du monde tel qu’il est. D’autant qu’elle ne résiste pas à une double observation.
Gauche. Drôle de dépaysement en notre pays lui-même, où le simplisme devient expédient, où tout se transforme en vérité, où la paresse d’esprit – et le minimum d’informations – s’érige en fréquentation publique. Lu cette semaine dans un grand magazine populaire, cette citation de François Mitterrand datant de 1986: «J’affirme que pour la France hospitalière les immigrés sont chez nous chez eux.» La justesse du propos, nous renvoyant vingt-cinq ans en arrière, n’est évidemment pas en cause. Ce qui chagrine le lecteur toujours munis de lunettes double-foyers? Le commentaire qui suit cette noble évocation. Ainsi peut-on lire ces mots: «Quel candidat oserait aujourd’hui prononcer une telle phrase?», demande la journaliste, visiblement peu informée des propositions et des paroles des acteurs du Front de Gauche, par exemple… Et celle-ci d’ajouter: «La gauche rivalise de prudence pour défendre les derniers entrants contre une xénophobie d’Etat de moins en moins refoulée.» Notre irritation atteignit alors des sommets. Car de quelle «gauche» parle-t-on là, sinon de la gauche dite «socialiste» incarnée par son candidat François Hollande, qui, en ce domaine comme en bien d’autres, ne dispose ni du monopole de la gauche et encore moins du passeport des idées aux estampilles «progressistes».
Signe. A plein régime, la machine à câliner qu’est devenue la communication se déchaîne à tous les échelons d’une société sens dessus dessous. D’un côté, les instrumentalisations des peurs du matin au soir, les manoeuvres ordurières des Nicoléon, Guéant, Hortefeux et autres Le Pen, papa et fifille-la-voilà, dont l’axiome dénominateur reste la division des citoyens entre eux pour les maintenir dans un état de dépendance morale et subjective. De l’autre côté, cette satanée «prudence» érigée en camp, celui dit de «gauche», réduit, pour l’instant, à sa fraction hégémonique: le parti socialiste. Cette espèce de fuite du réel révèle la panique des «élites» et sa déconnexion du monde tel qu’il est. D’autant qu’elle ne résiste pas à une double observation.
samedi 18 février 2012
Front(s): éloge militant à Jean-Luc Mélenchon...
Le candidat à la présidentielle est devenu ce que certains souhaitaient et ce que d’autres n’imaginaient pas: un accélérateur de dynamisme.
Idéal. Mais quel est, comme disait Jaurès, «l’idéal supérieur» qui éloignerait le nihilisme tout en chassant le «parlementarisme mesquin, absorbé par des besognes incohérentes ou égaré dans de misérables intrigues»? Comment le nommer, sinon «société nouvelle», proclamée de tout temps par les traditions socialistes et/ou communistes, portant en elles le plus noble effort de combat des nécessiteux et des travailleurs, et l’une des plus essentielles contributions de pensée depuis des siècles? En ces temps de tempêtes, ici-et-maintenant, comment revivifier l’idéal marxiste de propriété sociale des moyens de production, donnant un fondement réel, concret, à la liberté de tous harmonisée aux activités collectives, en le mariant avec la flamme républicaine, celle par laquelle la nation se constitue en tant qu’idéal commun?
Mélenchon. Que les lecteurs pardonnent la vivacité trop solennelle de ces mots. Voyez-vous, le bloc-noteur se trouve parfois, trop rarement, porté par un enthousiasme qu’il ne saurait cacher, faute de trahir la cause à laquelle nous nous assignons tous, nous autres héritiers de l’Idée: le progrès de l’humanité. En l’espèce, le candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, suscite en nous un optimisme qui dépasse de beaucoup le strict cadre des seuls partisans engagés du Front de gauche. Favorisant dans un même mouvement la mobilisation des militants de toutes les organisations de la coalition du Front (tous plus enclins, rappelons-le au passage, à défendre des idées qu’à jouer les supporters d’un guide suprême) et la diffusion par capillarité dans le corps social d’un discours commun de très haute ampleur, parvenant à la fusion entre l’idéal communiste-marxien et l’idéal républicain, Mélenchon est devenu ce que certains souhaitaient et ce que d’autres n’imaginaient pas: un accélérateur de dynamisme. Et c’est peu dire.
Idéal. Mais quel est, comme disait Jaurès, «l’idéal supérieur» qui éloignerait le nihilisme tout en chassant le «parlementarisme mesquin, absorbé par des besognes incohérentes ou égaré dans de misérables intrigues»? Comment le nommer, sinon «société nouvelle», proclamée de tout temps par les traditions socialistes et/ou communistes, portant en elles le plus noble effort de combat des nécessiteux et des travailleurs, et l’une des plus essentielles contributions de pensée depuis des siècles? En ces temps de tempêtes, ici-et-maintenant, comment revivifier l’idéal marxiste de propriété sociale des moyens de production, donnant un fondement réel, concret, à la liberté de tous harmonisée aux activités collectives, en le mariant avec la flamme républicaine, celle par laquelle la nation se constitue en tant qu’idéal commun?
Mélenchon. Que les lecteurs pardonnent la vivacité trop solennelle de ces mots. Voyez-vous, le bloc-noteur se trouve parfois, trop rarement, porté par un enthousiasme qu’il ne saurait cacher, faute de trahir la cause à laquelle nous nous assignons tous, nous autres héritiers de l’Idée: le progrès de l’humanité. En l’espèce, le candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, suscite en nous un optimisme qui dépasse de beaucoup le strict cadre des seuls partisans engagés du Front de gauche. Favorisant dans un même mouvement la mobilisation des militants de toutes les organisations de la coalition du Front (tous plus enclins, rappelons-le au passage, à défendre des idées qu’à jouer les supporters d’un guide suprême) et la diffusion par capillarité dans le corps social d’un discours commun de très haute ampleur, parvenant à la fusion entre l’idéal communiste-marxien et l’idéal républicain, Mélenchon est devenu ce que certains souhaitaient et ce que d’autres n’imaginaient pas: un accélérateur de dynamisme. Et c’est peu dire.
jeudi 16 février 2012
La droite extrême de Nicolas Sarkozy
Lorsque le chef de l'Etat claironne «liberté, égalité, fraternité», nous avons la douloureuse impression qu’il pense «travail, famille, patrie»…
Élysée, son beau Palais: quand l’annonce du minable remplace la promesse d’un destin, l’être-ensemble désintéressé s’efface pour céder la place à un océan de haines démonté. Palais, son beau miroir: quand la démocratie ne désigne plus la capacité à mener collectivement des luttes pour le bien commun mais à imposer avec violence des luttes entre personnes, pour rien, sauf le profit de quelques-uns. Oui. La pente est à l’odieux. Et si Nicolas Sarkozy, depuis cinq ans, nous a familiarisés avec l’infâme à tous les étages, il a franchi ces derniers jours une nouvelle frontière de l’inacceptable en choisissant ses thèmes de précampagne – et le pire reste sûrement à venir.
Dans sa ligne de mire: les chômeurs, la famille traditionnelle et les étrangers. Sa longue explication dans le Figaro Magazine donne la nausée. Le prince-président y évoque les «valeurs» (sic), celles d’une droite extrême architecturées comme sur un champ de bataille. Officiellement décryptée, la feuille de route ressemble à la suivante : travail, responsabilité, autorité. Autant de marqueurs qui obscurcissent l’horizon et nous confirment dans notre conviction que cette droite-là, prise dans un mouvement d’involution qui stupéfie d’effroi, n’en a décidément pas fini avec la vieille France rance et réac. Que voulez-vous. Lorsque Sarkozy claironne «liberté, égalité, fraternité», nous avons la douloureuse impression qu’il pense «travail, famille, patrie»…
Élysée, son beau Palais: quand l’annonce du minable remplace la promesse d’un destin, l’être-ensemble désintéressé s’efface pour céder la place à un océan de haines démonté. Palais, son beau miroir: quand la démocratie ne désigne plus la capacité à mener collectivement des luttes pour le bien commun mais à imposer avec violence des luttes entre personnes, pour rien, sauf le profit de quelques-uns. Oui. La pente est à l’odieux. Et si Nicolas Sarkozy, depuis cinq ans, nous a familiarisés avec l’infâme à tous les étages, il a franchi ces derniers jours une nouvelle frontière de l’inacceptable en choisissant ses thèmes de précampagne – et le pire reste sûrement à venir.
Dans sa ligne de mire: les chômeurs, la famille traditionnelle et les étrangers. Sa longue explication dans le Figaro Magazine donne la nausée. Le prince-président y évoque les «valeurs» (sic), celles d’une droite extrême architecturées comme sur un champ de bataille. Officiellement décryptée, la feuille de route ressemble à la suivante : travail, responsabilité, autorité. Autant de marqueurs qui obscurcissent l’horizon et nous confirment dans notre conviction que cette droite-là, prise dans un mouvement d’involution qui stupéfie d’effroi, n’en a décidément pas fini avec la vieille France rance et réac. Que voulez-vous. Lorsque Sarkozy claironne «liberté, égalité, fraternité», nous avons la douloureuse impression qu’il pense «travail, famille, patrie»…
mardi 14 février 2012
Les "affaires" en Sarkozye: la République salie
Les «affaires», elles aussi, sont emblématiques du sarkozysme: la domination des intérêts privés sur l’intérêt général.
De quoi le cas Éric Woerth est-il le nom? Au-delà de l’homme et de son pitoyable destin de porte-tiroir-caisse de la Sarkozye triomphante, la trajectoire de l’ex-trésorier de l’UMP donne à voir l’abîme vertigineux entre les postures et les actes de ceux qui nous gouvernent depuis trop longtemps, subordonnés à des puissances qui n’ont qu’un lointain rapport avec les vertus républicaines. Suspecté d’avoir perçu de la milliardaire Bettencourt des sommes dépassant le plafond légal, lors de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, Éric Woerth est aujourd’hui un ancien ministre déchu, qui n’a pourtant pas perdu l’oreille du président. Et que nous dit la bande-son de ce monde caché? Que la République agonise. Mortellement blessée d’avoir été salie de fond en comble depuis cinq ans…
dimanche 12 février 2012
Civilisation(s): Claude Guéant ou l'odieux sentiment de supériorité
En flattant les penchants les moins civilisés (précisément) de nos concitoyens et en réactivant le «choc des civilisations», les nicoléoniens réitèrent en grand l’opération de l’«identité nationale».
Mots. Pour aller «au bout de la possibilité misérable des mots» (Bataille), à l’épreuve de la cruauté ressentie au-delà de l’âme, nous savons que toutes les formes de totalitarisme débutent par des mots... Pour Nicoléon et son aboyeur à pas de Guéant, il y aurait donc des civilisations «supérieures» à d’autres. La question – absurde mais récurrente dans notre tradition ethnocentrique occidentale – est à nouveau posée dans le cadre d’un processus électoral. Au nom d’un supposé «relativisme de gauche», elle serait taboue. Or, ce n’est ni par relativisme ni par tabou que nous refusons l’intitulé même, mais par Raison. Cette Raison qui, au XXIe siècle, devrait nous inviter à considérer toute volonté classificatrice comme une aberration et l’expression ultime du sentiment de supériorité, dont on sait, par l’histoire, qu’elle déclenche la foudre et attise les excès. Guéant veut nous dire: «Je suis supérieur à toi, donc je te domine.» En flattant les penchants les moins civilisés (précisément) de nos concitoyens en manque d’estime d’eux-mêmes et en réactivant le «choc des civilisations», au moment où la crise sociale atteint des sommets de destruction des vies, les nicoléoniens réitèrent en grand l’opération de l’«identité nationale» avec pour but de ressouder l’électorat ultra-droitier tout en éloignant les Français de l’essentiel. Stratégie électoraliste? Oui. Mais pas seulement. L’implacable mécanique de la logique des «boucs-émissaires» par temps de crise est désormais une marque de fabrique de la droite umpéiste et frontiste. Leur fond de commerce? Ni la crise sociale, ni les injustices, ni les inégalités... mais la peur de l’autre.
Mots. Pour aller «au bout de la possibilité misérable des mots» (Bataille), à l’épreuve de la cruauté ressentie au-delà de l’âme, nous savons que toutes les formes de totalitarisme débutent par des mots... Pour Nicoléon et son aboyeur à pas de Guéant, il y aurait donc des civilisations «supérieures» à d’autres. La question – absurde mais récurrente dans notre tradition ethnocentrique occidentale – est à nouveau posée dans le cadre d’un processus électoral. Au nom d’un supposé «relativisme de gauche», elle serait taboue. Or, ce n’est ni par relativisme ni par tabou que nous refusons l’intitulé même, mais par Raison. Cette Raison qui, au XXIe siècle, devrait nous inviter à considérer toute volonté classificatrice comme une aberration et l’expression ultime du sentiment de supériorité, dont on sait, par l’histoire, qu’elle déclenche la foudre et attise les excès. Guéant veut nous dire: «Je suis supérieur à toi, donc je te domine.» En flattant les penchants les moins civilisés (précisément) de nos concitoyens en manque d’estime d’eux-mêmes et en réactivant le «choc des civilisations», au moment où la crise sociale atteint des sommets de destruction des vies, les nicoléoniens réitèrent en grand l’opération de l’«identité nationale» avec pour but de ressouder l’électorat ultra-droitier tout en éloignant les Français de l’essentiel. Stratégie électoraliste? Oui. Mais pas seulement. L’implacable mécanique de la logique des «boucs-émissaires» par temps de crise est désormais une marque de fabrique de la droite umpéiste et frontiste. Leur fond de commerce? Ni la crise sociale, ni les injustices, ni les inégalités... mais la peur de l’autre.
jeudi 9 février 2012
Sacré(s): quand Régis Debray nous parle de symbolisme...
Le nouveau livre du médiologue se penche sur la propension de l'humanité à nimber le périssable d'un voile d'éternité. Et il demande : "Qu'est-ce que les hommes qualifient de sacré?"
Debray. «Nous savons ce qu’il entre d’artifice dans le hissage d’un individu ou d’une date en clé de voûte mythique, qui fait tenir la charpente.» Régis Debray ne plaisante pas avec le sacré. Le sacré le lui rend bien. Dans un univers débauché de simagrées télévisuelles et de deuil capital – celui du père comme symbole, par exemple – que les peuples ne parviennent pas à compenser, nous constatons l’effacement de l’Idée de grandeur ou d’incarnation dans quelque chose qui nous dépasse. Quelques hurluberlus d’arrière-salles républicaines traînent heureusement le pas et ne se lassent pas du sacré, qui «porte encore beau, si l’on en croit les lieux et moments que l’on continue de qualifier ainsi». Avec son dernier livre au titre évocateur, Jeunesse du sacré (Gallimard), le philosophe, médiologue et désormais membre de l’Académie Goncourt se penche sur les représentations du sacré, bien au-delà de la sphère religieuse, et la propension de l’humanité à nimber le périssable d’un voile d’éternité. Précaution utile, Régis Debray prévient d’emblée: «Sacré n’est pas divin.» Avant de nous resituer dans l’épaisseur du temps : «Dieu, c’est –700 avant J.-C., le sacré,
-100.000: la première sépulture.» Dans sa longue entreprise visant à déconstruire, au sens derridien du verbe, ce qui, au cœur de notre société, se délite et perd de sa substance, Régis Debray tente de répondre à une question: «Qu’est-ce que les hommes qualifient de sacré? Où, quand et pourquoi?»
-100.000: la première sépulture.» Dans sa longue entreprise visant à déconstruire, au sens derridien du verbe, ce qui, au cœur de notre société, se délite et perd de sa substance, Régis Debray tente de répondre à une question: «Qu’est-ce que les hommes qualifient de sacré? Où, quand et pourquoi?»
mardi 7 février 2012
Cyclisme: Alberto Contador avait une date de péremption...
En toute logique, le coureur espagnol est suspendu et déchu de ses titres gagnés depuis deux ans. Dont le Tour 2010...
«Tant qu’on ne m’aura pas démontré que le boucher est coupable, je ne pourrai pas croire en son innocence.» Au-delà de l’ironie dont il a le secret, Cyrille Guimard résume bien la situation. Autant le dire, nous partageons le sentiment de l'ancien directeur sportif de Hinault et Fignon: la ligne de défense d’Alberto Contador ne tenait pas la route et les vieux briscards du vélo, qui, pour la plupart, ont perdu leur innocence au gré des scandales et des intérêts croissants d’investisseurs pharmaco-mafieux, avaient depuis longtemps choisi leur camp sans attendre les dix-huit mois d’une procédure interminable et la lecture des 4 000 pages du dossier.
En toute logique, les trois juges du TAS n’ont donc pas retenu l’argument du coureur espagnol, qui, sans preuves ni témoignages, avait évoqué une intoxication alimentaire à la viande contaminée par le clenbutérol pour expliquer son contrôle positif subi à Pau, en juillet 2010. Un mensonge de plus? Et le mythe du Tour une nouvelle fois profané? Face à un public qui réclame désormais une transparence non négociable, ne nous plaignons pas que le TAS ait eu la main lourde. S’abat ainsi sur Contador une espèce de justice immanente que nous n’attendions plus: suspendu et déchu de tous les titres accumulés pendant deux ans, dont le Tour 2010, récupéré par Andy Schleck. Le Luxembourgeois pourra s’enrouler dans son beau maillot jaune dont il rêvait tant… Il rejoint au palmarès un certain Lance Armstrong: pour ceux qui veulent encore y croire, ce dernier restera en effet l’homme ayant gagné sept Tours sans se doper, puisque la justice américaine – à la surprise générale – vient d’abandonner toute poursuite à son encontre…
Pendant que d’autres sports refusent de remuer les ordures et se pincent le nez en regardant ailleurs, le cyclisme trace sa route: il ne nous offre que de faux vainqueurs avec une date de péremption ne dépassant pas les dix ans. La dernière victoire d’Armstrong sur le Tour remonte à 2005. Gardons espoir.
«Tant qu’on ne m’aura pas démontré que le boucher est coupable, je ne pourrai pas croire en son innocence.» Au-delà de l’ironie dont il a le secret, Cyrille Guimard résume bien la situation. Autant le dire, nous partageons le sentiment de l'ancien directeur sportif de Hinault et Fignon: la ligne de défense d’Alberto Contador ne tenait pas la route et les vieux briscards du vélo, qui, pour la plupart, ont perdu leur innocence au gré des scandales et des intérêts croissants d’investisseurs pharmaco-mafieux, avaient depuis longtemps choisi leur camp sans attendre les dix-huit mois d’une procédure interminable et la lecture des 4 000 pages du dossier.
Pendant que d’autres sports refusent de remuer les ordures et se pincent le nez en regardant ailleurs, le cyclisme trace sa route: il ne nous offre que de faux vainqueurs avec une date de péremption ne dépassant pas les dix ans. La dernière victoire d’Armstrong sur le Tour remonte à 2005. Gardons espoir.
[ARTICLE publié dans l'Humanité du 7 février 2012.]
(A plus tard...)
samedi 4 février 2012
La Commune de Paris, selon Karl Marx...
Contemporain actif de l’insurrection de 1871, l’auteur du Manifeste et du Capital rallie rapidement la cause des communards sans jamais oublier le traumatisme de 1848. Sur le moment,
Marx propose aussi un «bilan» de la Commune inscrit dans la question de l’État.
«Jusqu’à présent, les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer.» (1) Philosophe jusqu’au bout de l’âme, Karl Marx a toutefois élaboré un travail d’historien politique moins déterministe qu’on ne le dit parfois. Pleinement contemporain des événements de 1871, l’homme, né en 1818, affiche avec volupté et gourmandise sa force de l’âge comme sa maturité théorique – mâtinée d’un soupçon de méfiance à l’endroit des mouvements compulsifs. Plutôt circonspect pour ne pas dire hostile dans un premier temps au surgissement des événements qui couvent depuis plusieurs mois dans cette France belliqueuse, Marx écrit en février 1871: «La classe ouvrière se trouve placée dans des circonstances extrêmement difficiles», et l’insurrection «serait une folie désespérée». Comment et pourquoi l’homme du Manifeste se montre-t-il si prudent face à la révolte grondante ?
«Jusqu’à présent, les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer.» (1) Philosophe jusqu’au bout de l’âme, Karl Marx a toutefois élaboré un travail d’historien politique moins déterministe qu’on ne le dit parfois. Pleinement contemporain des événements de 1871, l’homme, né en 1818, affiche avec volupté et gourmandise sa force de l’âge comme sa maturité théorique – mâtinée d’un soupçon de méfiance à l’endroit des mouvements compulsifs. Plutôt circonspect pour ne pas dire hostile dans un premier temps au surgissement des événements qui couvent depuis plusieurs mois dans cette France belliqueuse, Marx écrit en février 1871: «La classe ouvrière se trouve placée dans des circonstances extrêmement difficiles», et l’insurrection «serait une folie désespérée». Comment et pourquoi l’homme du Manifeste se montre-t-il si prudent face à la révolte grondante ?
jeudi 2 février 2012
Modèle allemand : le leurre de Merkozy...
Depuis dix ans, les dirigeants allemands ont mis en place un cocktail parfaitement néolibéral. Le mythe ne résiste pas à l'examen critique...

À l’image des civilisations, les genres déclinent et disparaissent. Pas les habitudes… Il en est une qui nous revient périodiquement et constitue l’un des jeux favoris de tous les éditocrates libéraux en mal d’inspiration (double pléonasme): le goût pour les modèles politiques et économiques. Souvenez-vous. Ce fut d’abord le petit dragon celtique irlandais, présenté comme le «paradis fiscal» des entreprises à la mode. Puis ce fut le mirage espagnol, l’«eldorado» de la croissance. Les critiquer valait condamnation immédiate. Ces deux exotismes économiques ayant fait long feu, pour le plus grand malheur de leurs peuples, nos donneurs de leçons ont depuis trouvé leur nouveau viatique: l’Allemagne. Depuis plus d’un an, les petits serviteurs de la finance récitent leur leçon bien gentiment devant tous les micros: «Le libéralisme, ça marche. Voyez l’Allemagne!»
Pour endiguer les effets de la crise, Nicolas Sarkozy a donc transformé l’Allemagne en argument de campagne électorale. L’Allemagne comme unique référence. Le récit fantasmé que nous sert à souhait le chef de l’État aurait d’ailleurs de quoi irriter les proches du candidat François Hollande, si certains n’étaient eux aussi attirés par l’encombrant modèle dont le mythe fonctionne comme alibi.

À l’image des civilisations, les genres déclinent et disparaissent. Pas les habitudes… Il en est une qui nous revient périodiquement et constitue l’un des jeux favoris de tous les éditocrates libéraux en mal d’inspiration (double pléonasme): le goût pour les modèles politiques et économiques. Souvenez-vous. Ce fut d’abord le petit dragon celtique irlandais, présenté comme le «paradis fiscal» des entreprises à la mode. Puis ce fut le mirage espagnol, l’«eldorado» de la croissance. Les critiquer valait condamnation immédiate. Ces deux exotismes économiques ayant fait long feu, pour le plus grand malheur de leurs peuples, nos donneurs de leçons ont depuis trouvé leur nouveau viatique: l’Allemagne. Depuis plus d’un an, les petits serviteurs de la finance récitent leur leçon bien gentiment devant tous les micros: «Le libéralisme, ça marche. Voyez l’Allemagne!»
Pour endiguer les effets de la crise, Nicolas Sarkozy a donc transformé l’Allemagne en argument de campagne électorale. L’Allemagne comme unique référence. Le récit fantasmé que nous sert à souhait le chef de l’État aurait d’ailleurs de quoi irriter les proches du candidat François Hollande, si certains n’étaient eux aussi attirés par l’encombrant modèle dont le mythe fonctionne comme alibi.
mardi 31 janvier 2012
Déculturation(s) : Nicoléon, à la hauteur de sa médiocrité...
«Culture pour chacun» versus «culture pour tous»? Ou l’affaissement programmé de la culture, de haut en bas de la République...
Excellence. Nos prophètes de légende, loin, comme nous autres, de rester le nez collé à l’événement, se plaisaient à sublimer le malheur passé et/ou à venir par le merveilleux et l’étalement du mystère dans le temps… «La disparition des arrière-mondes et des longues durées, jointe à la baisse des facultés imaginatives» (Régis Debray), sans parler de la méconnaissance des histoire et géographie locales, donnent aux récipiendaires médiacratiques des airs tragiques. Se placer dans l’espace-temps, avec l’épaisseur historique qui sied à sa grandeur, n’est plus une volonté et encore moins une vocation. Face aux vents de l’époque, quel littérateur républicain-de-la-sociale ne vacillerait pas, frappé, harassé, tétanisé, meurtri et parfois floué, voire vaincu, par la déculturation ambiante ? Devant un pouvoir politique décomplexé qui s’emploie à minimiser l’excellence singulière, au profit (en euros) de l’uniformisation et de la banalité, qui résisterait ? Nous ? Vous ? Le monde de la culture ? Mais qui d’autre, sinon ?
Vœux. Personne n’y a vraiment prêté attention, mais le règne de Nicoléon aura été aussi mortifère pour la culture que pour le reste. Mercredi 24 janvier, le prince-président présentait d’ailleurs ses vœux aux artistes et aux professionnels de la profession. Il a lâché cette phrase en forme d’aveu : «Plus on va à la culture, plus on a envie d’y retourner.» Notez au passage l’excellence du vocabulaire. Mais chacun ne fait jamais que ce qu’il peut – et c’est le cas de le dire.
vendredi 27 janvier 2012
Dynamique du Front de Gauche: la faute à Rousseau...
Comment ne pas voir la «contamination idéologique», comme le dit Mélenchon, des idées du Front de gauche ? Et comment ne pas s'en réjouir ?
«Peuples libres, souvenez-vous de cette maxime : on peut acquérir la liberté, mais on ne la recouvre jamais.» Jean-Jacques Rousseau, plus inspirateur que jamais. Comme si du fond de son Panthéon balayé par les courants de l’air du temps, alors que la France commence à fêter le tricentenaire de sa naissance, il nous rappelait à nos obligations d’héritiers des Lumières. À partir de quand un symbole est-il socialement efficace, opératoire, moteur ? Hier, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a apporté l’une des plus éclatantes réponses à ce mystère. L’hommage très «actuel» qu’il a rendu à l’auteur du Contrat social, d’abord au Sénat, puis place «des grands hommes», s’est ancré dans l’imaginaire collectif de la gauche et dans la trace matricielle du grand récit de la «France qui souffre». Pierre Laurent a mis dans le mille. Une démocratie est-elle encore assez vivante et moderne lorsqu’elle n’est plus au service du peuple ?
Nicolas Sarkozy a-t-il seulement lu une page des Confessions ou des Rêveries ? Nous savons qu’avec lui (et son scribe Guaino) un apologue opportuniste vaut tous les symboles. Depuis cinq ans, il a fait lui-même «son marché» auprès d’une kyrielle de distributeurs de marqueurs historiques qu’il a tirés à hue et à dia, déformant jusqu’à l’absurde tous les pôles représentatifs d’agglutination, décontextualisant tout sur son passage, les figures, les signes et le sens.
«Peuples libres, souvenez-vous de cette maxime : on peut acquérir la liberté, mais on ne la recouvre jamais.» Jean-Jacques Rousseau, plus inspirateur que jamais. Comme si du fond de son Panthéon balayé par les courants de l’air du temps, alors que la France commence à fêter le tricentenaire de sa naissance, il nous rappelait à nos obligations d’héritiers des Lumières. À partir de quand un symbole est-il socialement efficace, opératoire, moteur ? Hier, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a apporté l’une des plus éclatantes réponses à ce mystère. L’hommage très «actuel» qu’il a rendu à l’auteur du Contrat social, d’abord au Sénat, puis place «des grands hommes», s’est ancré dans l’imaginaire collectif de la gauche et dans la trace matricielle du grand récit de la «France qui souffre». Pierre Laurent a mis dans le mille. Une démocratie est-elle encore assez vivante et moderne lorsqu’elle n’est plus au service du peuple ?
Nicolas Sarkozy a-t-il seulement lu une page des Confessions ou des Rêveries ? Nous savons qu’avec lui (et son scribe Guaino) un apologue opportuniste vaut tous les symboles. Depuis cinq ans, il a fait lui-même «son marché» auprès d’une kyrielle de distributeurs de marqueurs historiques qu’il a tirés à hue et à dia, déformant jusqu’à l’absurde tous les pôles représentatifs d’agglutination, décontextualisant tout sur son passage, les figures, les signes et le sens.
mercredi 25 janvier 2012
Extrême(s) : pourquoi Marine Le Pen est plus dangereuse que papa-nous-voilà...
La banalisation version Nicoléon a fertilisé un terreau déjà favorable. Et quand l’extrême droite se met à parler de social, le danger lui aussi devient extrême...
Naïveté. «L’avenir à chaque instant presse le présent d'être un souvenir.» Pourquoi Aragon encore et toujours. Pour combler nos fringales de grand large. Pour déconstruire l’actu alitée sous perfusion. Pour le cosmos intellectuel de l’infiniment-nous et le jeu des particules de l’infiniment-grand. Pour que nos petits matins frileux cessent de disséquer ces lambeaux de conscience étourdie par le silence mélancolique. Un chemin entre nostalgie et espoir ? À condition de ne pas sombrer dans la naïveté. Or, quelles seraient les deux plus effrayantes naïvetés politiques du moment ? Primo : croire que Marine Le Pen puisse renverser la table de l’élection, singeant voire dépassant papa-nous-voilà un certain 21 avril. Secundo : imaginer que ladite Le Pen ne soit pas une réelle menace… Concilier cette contradiction, sans sombrer dans le catastrophisme, relève de l’exercice de style. Et du combat ! Le chronicœur l’a souvent écrit : l’atomisation sociale, sous les effets mortifères de la crise, de la paupérisation et d’une espèce de «no futur» nihiliste et consumériste qui s’empare des nouvelles générations, peut produire le meilleur comme le pire. Ni l’un ni l’autre, pour l’heure, ne semble à portée de main. Mais quelques statistiques objectives nous glacent d’effroi. Car les sondages se montrent têtus ces temps-ci. Selon les toutes dernières enquêtes (sérieuses), l’adhésion aux «idées» du FN dans l’opinion publique n’a jamais été aussi élevée : environ 30%. En complément, notons que le rejet catégorique de ces «idées» n’a jamais été aussi faible : environ 35%. Tous les indicateurs signalent donc que, depuis qu’elle a pris la succession de droit divin du paternel, voilà un an, Marine Le Pen a offert à l’extrême droite un changement d’allure (la vitesse, pas la silhouette) et une stature plus sournoisement et adroitement charpentée…
Naïveté. «L’avenir à chaque instant presse le présent d'être un souvenir.» Pourquoi Aragon encore et toujours. Pour combler nos fringales de grand large. Pour déconstruire l’actu alitée sous perfusion. Pour le cosmos intellectuel de l’infiniment-nous et le jeu des particules de l’infiniment-grand. Pour que nos petits matins frileux cessent de disséquer ces lambeaux de conscience étourdie par le silence mélancolique. Un chemin entre nostalgie et espoir ? À condition de ne pas sombrer dans la naïveté. Or, quelles seraient les deux plus effrayantes naïvetés politiques du moment ? Primo : croire que Marine Le Pen puisse renverser la table de l’élection, singeant voire dépassant papa-nous-voilà un certain 21 avril. Secundo : imaginer que ladite Le Pen ne soit pas une réelle menace… Concilier cette contradiction, sans sombrer dans le catastrophisme, relève de l’exercice de style. Et du combat ! Le chronicœur l’a souvent écrit : l’atomisation sociale, sous les effets mortifères de la crise, de la paupérisation et d’une espèce de «no futur» nihiliste et consumériste qui s’empare des nouvelles générations, peut produire le meilleur comme le pire. Ni l’un ni l’autre, pour l’heure, ne semble à portée de main. Mais quelques statistiques objectives nous glacent d’effroi. Car les sondages se montrent têtus ces temps-ci. Selon les toutes dernières enquêtes (sérieuses), l’adhésion aux «idées» du FN dans l’opinion publique n’a jamais été aussi élevée : environ 30%. En complément, notons que le rejet catégorique de ces «idées» n’a jamais été aussi faible : environ 35%. Tous les indicateurs signalent donc que, depuis qu’elle a pris la succession de droit divin du paternel, voilà un an, Marine Le Pen a offert à l’extrême droite un changement d’allure (la vitesse, pas la silhouette) et une stature plus sournoisement et adroitement charpentée…
lundi 23 janvier 2012
Héritage(s) : nous autres, enfants de Pierre Bourdieu...
Il y a tout juste dix ans s'éteignait « l’intellectuel critique ». Son oeuvre dérange encore aujourd'hui. Tant mieux !
De quoi l’œuvre de Pierre Bourdieu est-elle le nom? Comme ligne directrice, le sociologue empruntait à Spinoza : «Ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester, mais comprendre…» De quoi son héritage intellectuel est-il le signe ? Le professeur au Collège de France évoquait «la pression ou l’oppression, continues et souvent inaperçues, imposées par les conditions matérielles d’existence», et il mettait à nu ce qu’il nommait «violence symbolique», comme pour nous rappeler nos devoirs à l’action, mais que, si urgente soit-elle, celle-ci ne saurait se passer de l’effort théorique et de l’analyse des mécanismes de domination… Domination : le maître mot…
Mon dieu, dix ans déjà que Pierre Bourdieu nous a quittés. Et nous puisons comme hier à la source de «l’intellectuel critique» – dont il assumait toutes les acceptions – pour déconstruire le discours dominant et permettre la production d’utopies réalistes. Une question s’impose : l’injonction politique et l’engagement total sont-ils victimes de notre temps ? Méfions-nous en effet de la tentation – pourtant impossible – de domestication de l’Idée et des concepts bourdieusiens. Bourdieu n’était pas inoffensif et il serait vain de tenter une neutralisation de son œuvre en ne l’interprétant que comme une soumission aux déterminismes sociaux. Sa radicalité intrusive en aura exaspéré plus d’un ? Précisément. Cette radicalité d’homme libre, portée au plus haut degré de l’intelligence, nous manque. Les «gestionnaires», de gauche comme de droite, n’aimaient pas Pierre Bourdieu. Dix ans après sa mort, l’histoire a tranché.
LIRE EGALEMENT SUR LE SITE DE L'HUMANITE : contributions
(A plus tard...)
De quoi l’œuvre de Pierre Bourdieu est-elle le nom? Comme ligne directrice, le sociologue empruntait à Spinoza : «Ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester, mais comprendre…» De quoi son héritage intellectuel est-il le signe ? Le professeur au Collège de France évoquait «la pression ou l’oppression, continues et souvent inaperçues, imposées par les conditions matérielles d’existence», et il mettait à nu ce qu’il nommait «violence symbolique», comme pour nous rappeler nos devoirs à l’action, mais que, si urgente soit-elle, celle-ci ne saurait se passer de l’effort théorique et de l’analyse des mécanismes de domination… Domination : le maître mot…
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| Pierre Bourdieu (à gauche) avec Jacques Derrida. |
[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 23 janvier 2012,
dans le cadre d'un numéro spécial consacré à Pierre Bourdieu.]
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(A plus tard...)
vendredi 20 janvier 2012
Contre le triple A, le triple R !!!
Face à Sarkozy et le monde de la finance ? Résister. Rassembler. Réussir.
En termes de représentation symbolique et effective, jamais sans doute dans notre histoire récente des représentants syndicaux ne se sont rendus à ce point à reculons à un sommet dit «social». Preuve du climat de confiance à l’égard du pouvoir et plus globalement de la perception de son intentionnalité… Devant le cliquetis des aiguilles de l’histoire qui détraquent notre temps social universel, comment, en toute conscience, s’en étonner ? Censément, la convocation imposée par le chef de l’État avait pour ordre du jour d’établir «des mesures d’urgence de lutte contre le chômage». Et puis, comme souvent avec le ventilateur de l’Élysée, un coup tactique soufflant sur un autre, l’idée de ne pas attendre et de pousser l’avantage des contre-réformes à la faveur d’une actualité anxiogène – la perte du triple A – a été privilégiée. Nicolas Sarkozy a beau être un ordo-libéraliste de première, il n’en est pas moins lâchement opportuniste.
Les syndicalistes ont de quoi montrer leurs inquiétudes. Car ce mercredi risque de compter dans l’histoire des tragédies anti-République sociale. Le prince-président va en effet vouloir passer en force et imposer ce qu’il nomme improprement «réformes structurelles». D’abord exiger la mise en place de la TVA dite «sociale», bref une modification radicale du financement de la protection sociale. Et offrir – lisez bien – la possibilité aux entreprises de signer des accords «compétitivité emploi» de «flexibilisation du travail» en fonction de «la conjoncture économique»… Au Palais, les mots ont un sens et il est inutile, ici-et-maintenant, de se transformer en exégète des sémantiques élyséennes : chacun a compris la gravité de ces annonces.
En termes de représentation symbolique et effective, jamais sans doute dans notre histoire récente des représentants syndicaux ne se sont rendus à ce point à reculons à un sommet dit «social». Preuve du climat de confiance à l’égard du pouvoir et plus globalement de la perception de son intentionnalité… Devant le cliquetis des aiguilles de l’histoire qui détraquent notre temps social universel, comment, en toute conscience, s’en étonner ? Censément, la convocation imposée par le chef de l’État avait pour ordre du jour d’établir «des mesures d’urgence de lutte contre le chômage». Et puis, comme souvent avec le ventilateur de l’Élysée, un coup tactique soufflant sur un autre, l’idée de ne pas attendre et de pousser l’avantage des contre-réformes à la faveur d’une actualité anxiogène – la perte du triple A – a été privilégiée. Nicolas Sarkozy a beau être un ordo-libéraliste de première, il n’en est pas moins lâchement opportuniste.
Les syndicalistes ont de quoi montrer leurs inquiétudes. Car ce mercredi risque de compter dans l’histoire des tragédies anti-République sociale. Le prince-président va en effet vouloir passer en force et imposer ce qu’il nomme improprement «réformes structurelles». D’abord exiger la mise en place de la TVA dite «sociale», bref une modification radicale du financement de la protection sociale. Et offrir – lisez bien – la possibilité aux entreprises de signer des accords «compétitivité emploi» de «flexibilisation du travail» en fonction de «la conjoncture économique»… Au Palais, les mots ont un sens et il est inutile, ici-et-maintenant, de se transformer en exégète des sémantiques élyséennes : chacun a compris la gravité de ces annonces.
jeudi 19 janvier 2012
Pucelle(s) : mais au fait, de quoi Jeanne est-elle le nom ?
Avant d'être récupérée par l'Eglise et l'extrême droite, Jeanne d'Arc fut l'un des symboles de la jeune République...
Michelet. Avez-vous lu Michelet? Nous entendons d’ici les réacs s’étrangler: il est en effet loin le temps où l’Histoire de France de notre Jules chapitrait notre scolarité, tandis que les exemplaires de ses livres encombraient méchamment les coffres de nos antiques bureaux de classe maculés d’encre noire. L’avantage d’avoir subi une éducation à l’ancienne, façon Lagarde et Michard et grammaire grecque, résidait dans le fait qu’il nous était alors impossible de passer à côté de l’essentiel. Comme Molière ou Racine, Michelet en faisait partie. Nos petites histoires pouvaient bien provoquer des marées, la grande Histoire, elle, ne refluait jamais… À la faveur d’une actualité peu triomphante, nous nous sommes donc tout naturellement souvenus que ce fut bien ce bougre de Michelet, et personne d’autre, qui, en 1841, ressortit Jeanne du néant de la mémoire…
Symbole. Nous parlons là de Jeanne d’Arc, bien évidemment. Et de la lecture d’un des chapitres du fameux historien, mû là encore en véritable inventeur de personnages héroïques aux figures multiples. Sachons-le. Avant de devenir la figure éminente du «roman national» français, récupérée par l’extrême droite et la réaction monarchiste, celle qui fut livrée aux flammes anglaises par l’évêque «français» Cauchon, il y a tout juste six cents ans, n’en fut pas moins célébrée par des républicains et même des révolutionnaires en lutte contre le fascisme et l’impérialisme! La libératrice d’Orléans plutôt que la sainte. La résistante à l’envahisseur plutôt que le bras-armé d’un roi sans intérêt… Brossée par Michelet, Jeanne devint l’un des symboles (eh oui !) de la balbutiante idée de patrie, en un temps où les besoins de consolider le dessein de la jeune République s’avérèrent primordiaux face aux forces monarco-religieuses. Jeanne était alors la figure incarnée du peuple en danger, la fiancée de France, la fille de tous, bref la grande martyre d’une monarchie ingrate coalisée avec l’Église qu’il faudra, tôt ou tard, séparer de l’État…
Michelet. Avez-vous lu Michelet? Nous entendons d’ici les réacs s’étrangler: il est en effet loin le temps où l’Histoire de France de notre Jules chapitrait notre scolarité, tandis que les exemplaires de ses livres encombraient méchamment les coffres de nos antiques bureaux de classe maculés d’encre noire. L’avantage d’avoir subi une éducation à l’ancienne, façon Lagarde et Michard et grammaire grecque, résidait dans le fait qu’il nous était alors impossible de passer à côté de l’essentiel. Comme Molière ou Racine, Michelet en faisait partie. Nos petites histoires pouvaient bien provoquer des marées, la grande Histoire, elle, ne refluait jamais… À la faveur d’une actualité peu triomphante, nous nous sommes donc tout naturellement souvenus que ce fut bien ce bougre de Michelet, et personne d’autre, qui, en 1841, ressortit Jeanne du néant de la mémoire…
Symbole. Nous parlons là de Jeanne d’Arc, bien évidemment. Et de la lecture d’un des chapitres du fameux historien, mû là encore en véritable inventeur de personnages héroïques aux figures multiples. Sachons-le. Avant de devenir la figure éminente du «roman national» français, récupérée par l’extrême droite et la réaction monarchiste, celle qui fut livrée aux flammes anglaises par l’évêque «français» Cauchon, il y a tout juste six cents ans, n’en fut pas moins célébrée par des républicains et même des révolutionnaires en lutte contre le fascisme et l’impérialisme! La libératrice d’Orléans plutôt que la sainte. La résistante à l’envahisseur plutôt que le bras-armé d’un roi sans intérêt… Brossée par Michelet, Jeanne devint l’un des symboles (eh oui !) de la balbutiante idée de patrie, en un temps où les besoins de consolider le dessein de la jeune République s’avérèrent primordiaux face aux forces monarco-religieuses. Jeanne était alors la figure incarnée du peuple en danger, la fiancée de France, la fille de tous, bref la grande martyre d’une monarchie ingrate coalisée avec l’Église qu’il faudra, tôt ou tard, séparer de l’État…
vendredi 13 janvier 2012
Campagne électorale 2012 : élevons le débat
Le spectacle politique proposé par certains vise à éloigner les Français de l’essentiel.
Un jour, un éditocrate bien connu rive gauche avait résumé Nicolas Sarkozy en trois mots: «Activité, activité, vitesse !» Non seulement le trait d’humour n’avait rien de fulgurant, mais, à la faveur de l’accélération de la campagne et à force de voir Sarko-ci, Sarko-là et surtout Sarko-n’importe-où pour n’importe-quoi, nous voudrions remplacer ce faux aphorisme par une phrase de Paul Valéry: «L’homme a inventé le pouvoir des choses absentes.» À l’heure de sonder le fracas des esprits tordus rapportés à la réalité de vie quotidienne de ceux qui souffrent, le chef de l’État a beau sortir la TVA sociale ou la taxe Tobin de sa manche, la crédibilité de sa parole ne fait pas plus de bruit qu’une respiration lasse…
À cent jours de l’élection présidentielle, autant se le dire. Le «spectacle» offert par certains «acteurs» politiques de la «cour» médiacratique nous afflige autant qu’il nous inquiète. La responsabilité du prince-président, qui n’a cessé de dégrader sa fonction jusqu’à une forme de nihilisme archétypal, est considérable, historique. L’espèce de «magie» de sa campagne de 2007 – qui fascine encore tant de commentateurs-de-la-haute – ne fut sans doute qu’un fusil à un coup. L’Élysée, ces derniers temps, ressemble à une basse-cour en panique hantée par un canard sans tête.
Un jour, un éditocrate bien connu rive gauche avait résumé Nicolas Sarkozy en trois mots: «Activité, activité, vitesse !» Non seulement le trait d’humour n’avait rien de fulgurant, mais, à la faveur de l’accélération de la campagne et à force de voir Sarko-ci, Sarko-là et surtout Sarko-n’importe-où pour n’importe-quoi, nous voudrions remplacer ce faux aphorisme par une phrase de Paul Valéry: «L’homme a inventé le pouvoir des choses absentes.» À l’heure de sonder le fracas des esprits tordus rapportés à la réalité de vie quotidienne de ceux qui souffrent, le chef de l’État a beau sortir la TVA sociale ou la taxe Tobin de sa manche, la crédibilité de sa parole ne fait pas plus de bruit qu’une respiration lasse…
jeudi 12 janvier 2012
Entreprises : les salariés peuvent prendre le pouvoir !
A l'exemple des Scop, de nouveaux droits d’intervention des salariés dans les entreprises sont plus que jamais indispensables.
«Pour une autre répartition des richesses.» «Ce n’est pas une crise, c’est une arnaque.» «Les salariés doivent avoir la parole.» Face aux grandes peurs d’à-venir, sous les coups de boutoir de l’atomisation sociale qui martèle nos sociétés, combien de fois avez-vous entendu ces phrases et bien d’autres, au coin des rues, en tête des cortèges, sur les piquets de grève et dans vos propres familles à l’heure des fins de mois difficiles? En exprimant leurs révoltes et en luttant comme ils le peuvent contre le règne du «moi» et la «commercialisation universelle», les peuples cherchent une voie, des idées, des solutions. Contre les inégalités et les injustices du capitalisme. Contre l’autoritarisme des puissants qui possèdent tous les leviers, financiers ou médiacratiques. Contre les oligarchies du fric et les organisations internationales sous tutelle – G20, banques centrales, OMC, FMI, etc. Contre la mise en concurrence des individus, qui renvoient les citoyens à la fabrique du néosujet, à la désaffiliation, au délitement du lien social…
L’entreprise est l’un des lieux où se croisent le mieux (si l’on peut dire) à la fois l’ensauvagement et les souffrances du monde d’aujourd’hui, et en même temps le souffle d’aspirations nouvelles, formulées souvent de manière inédite dans leur mode opératoire. L’entreprise comme laboratoire, symbole du néolibéralisme: après avoir aboli les obstacles à la circulation des capitaux, les puissants veulent en effet démolir tout ce qui reste des systèmes sociaux et le droit du travail. Et autant dire que ce ne sont pas les toutes dernières annonces façon «grand bluff» de Sarkozy sur la taxe Tobin qui réconcilieront les Français avec la crédibilité «sociale» du pouvoir, chacun ayant bien compris la nature opportuniste de cette saillie lyrique du chef de l’État, qui ne vise qu’à atténuer les conséquences désastreuses de l’annonce de la TVA «sociale» sur les couches populaires... Les citoyens le savent. Dans un univers ordo-globalisé qui change et évolue vite, si vite, le monde du travail reste un continent à conquérir. Partout, à SeaFrance comme ailleurs, par l’élaboration de Scop comme alternatives aux modes de gestion actuels et aux délocalisations, par l’accès à des financements émancipés du marché financier (coopératives de production, de distribution, de consommation, etc.), nous sentons cet irascible souhait de s’en mêler, de ne pas laisser les patrons et les princes du CAC décider seuls de nos sorts communs. Qu’on se le dise. Monte dans les tréfonds de la société l’envie de ne plus laisser les puissants et les appareils politiques s’arranger avec les affaires du monde, sur le dos de tous, pour préparer, par exemple, une petite alternance bien pépère...
S’il s’agit urgemment de sortir le pays de l’emprise des puissances de l’argent, de la Sarkozye Compagnie et de l’idéologie libéralo-néoréactionnaire, les changements «à la marge», synonymes d’acceptation des politiques de rigueur et de «règles d’or», seraient un contresens historique devant l’ampleur des ébranlements liés à la crise. La vraie feuille de route, simple et audacieuse, tient en quelques mots : une réflexion inédite pour un nouveau projet de civilisation postcapitaliste. Ni plus ni moins… Même s’ils ne le formulent pas ainsi, les peuples, n’en doutons pas, sont prêts à s’y investir. En commençant par leurs lieux de travail ! De nouveaux droits et des pouvoirs d’intervention des salariés dans les entreprises sont plus que jamais indispensables pour réorienter les choix industriels et d’investissement… Ne l’oublions jamais, c’est aussi par le travail – et l’appropriation du travail – que l’homme se transforme. Un beau thème de campagne pour 2012, non?
(A plus tard...)
L’entreprise est l’un des lieux où se croisent le mieux (si l’on peut dire) à la fois l’ensauvagement et les souffrances du monde d’aujourd’hui, et en même temps le souffle d’aspirations nouvelles, formulées souvent de manière inédite dans leur mode opératoire. L’entreprise comme laboratoire, symbole du néolibéralisme: après avoir aboli les obstacles à la circulation des capitaux, les puissants veulent en effet démolir tout ce qui reste des systèmes sociaux et le droit du travail. Et autant dire que ce ne sont pas les toutes dernières annonces façon «grand bluff» de Sarkozy sur la taxe Tobin qui réconcilieront les Français avec la crédibilité «sociale» du pouvoir, chacun ayant bien compris la nature opportuniste de cette saillie lyrique du chef de l’État, qui ne vise qu’à atténuer les conséquences désastreuses de l’annonce de la TVA «sociale» sur les couches populaires... Les citoyens le savent. Dans un univers ordo-globalisé qui change et évolue vite, si vite, le monde du travail reste un continent à conquérir. Partout, à SeaFrance comme ailleurs, par l’élaboration de Scop comme alternatives aux modes de gestion actuels et aux délocalisations, par l’accès à des financements émancipés du marché financier (coopératives de production, de distribution, de consommation, etc.), nous sentons cet irascible souhait de s’en mêler, de ne pas laisser les patrons et les princes du CAC décider seuls de nos sorts communs. Qu’on se le dise. Monte dans les tréfonds de la société l’envie de ne plus laisser les puissants et les appareils politiques s’arranger avec les affaires du monde, sur le dos de tous, pour préparer, par exemple, une petite alternance bien pépère...
[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 9 janvier 2012.]
(A plus tard...)
jeudi 5 janvier 2012
Education nationale : l'inégalité selon Sarkozy...
Les contre-réformes subies par le système éducatif s’apparentent à une guerre des classes.
Écrire aujourd’hui que les universités françaises traversent une crise profonde relève de l’euphémisme. Accueillant une bonne partie des élèves de l’enseignement supérieur, elles ne parviennent à en diplômer qu’un pourcentage assez restreint, alors que la qualité des diplômes ne cesse d’être décriée sur l’autel du sacro-saint «marché de l’emploi», sans parler des évaluations scabreuses –souvent scandaleuses– qui les classent à des rangs internationaux indignes d’un pays comme la France. Pour Sarkozy, l’autonomie totale des universités devait tout régler. C’était même, selon la doxa élyséenne, l’aboutissement le plus éclatant d’une des réformes phares de son quinquennat.
Bilan? Une colère à tous les étages ou presque, des déboires budgétaires à la pelle, une sous-dotation, un sous-équipement, une détérioration des conditions de travail et l’aggravation flagrante de la dualité du système français actuel: paupérisation des universités et réussite concomitante des grandes écoles et de l’enseignement supérieur court… Le chef de l’État et Valérie Pécresse ont réussi le miracle –prévisible celui-là– de réunir tout le monde contre eux, des étudiants aux jeunes enseignants-chercheurs en passant par l’essentiel des mandarins, de droite comme de gauche d’ailleurs. Le dogmatisme, la démagogie, l’incompétence, l’improvisation, les malfaçons et l’insuffisance financière sont les maîtres mots de cette «réforme» bâclée et bien plus pernicieuse qu’il n’y paraît, car elle ne relève évidemment pas que de la crise de l’institution universitaire en général, de la place et du rôle du savoir et de l’intellectuel dans la société globalisée. Elle témoigne d’une volonté politique sournoise qui consiste à mettre en concurrence les individus, les établissements et même les régions, avec pour but ultime des distinctions de contenus des savoirs et des formations différenciées selon les territoires et les publics visés. Voilà le dessein de Sarkozy: que l’éducation soit à l’image et au service du monde du travail financiarisé.
Alors qu’il est plus que jamais urgent de se détacher de la conception de la recherche universitaire et scientifique qui vise à fournir les bases de la compétitivité économique mise en place par les traités européens ultralibéraux, reconnaissons que l’éducation nationale version sarkozyste n’est pas qu’une simple «faute politique» doublée d’une «erreur d’analyse». Elle repose d’abord et avant tout sur un socle idéologique: moins de moyens et moins de personnels, des professeurs inégalement formés pour des écoles aux objectifs différents. Car voyez-vous, le président du Fouquet’s n’aime pas l’égalité républicaine, alors, pourquoi accorderait-il de la valeur à l’égalité des chances, l’un des piliers de la République? Sa frénésie accélère la contre-révolution néolibérale: pilotage par les objectifs, rentabilité, partenariats avec le privé, autorité, flexibilité, etc. Ces contre-réformes subies par le système éducatif s’apparentent, elles aussi, à une guerre de classes. Elles élaborent sans le dire un futur salariat clivé, apeuré par la montée de la précarité et du chômage. Et surtout, elle risque de former un salariat sans culture commune. Cette division entre citoyens réduit les formes collectives d’actions et tente d’éloigner sur le long terme toute perspective de transformation de la société. N’en doutons pas : l’éducation est l’un des enjeux de civilisation les plus fondamentaux qui soient. À la fois pour l’à-venir de nos gamins et des prochaines générations, mais aussi pour éviter un monde d’hommes passifs et corvéables souhait…
(A plus tard...)
Écrire aujourd’hui que les universités françaises traversent une crise profonde relève de l’euphémisme. Accueillant une bonne partie des élèves de l’enseignement supérieur, elles ne parviennent à en diplômer qu’un pourcentage assez restreint, alors que la qualité des diplômes ne cesse d’être décriée sur l’autel du sacro-saint «marché de l’emploi», sans parler des évaluations scabreuses –souvent scandaleuses– qui les classent à des rangs internationaux indignes d’un pays comme la France. Pour Sarkozy, l’autonomie totale des universités devait tout régler. C’était même, selon la doxa élyséenne, l’aboutissement le plus éclatant d’une des réformes phares de son quinquennat.
Bilan? Une colère à tous les étages ou presque, des déboires budgétaires à la pelle, une sous-dotation, un sous-équipement, une détérioration des conditions de travail et l’aggravation flagrante de la dualité du système français actuel: paupérisation des universités et réussite concomitante des grandes écoles et de l’enseignement supérieur court… Le chef de l’État et Valérie Pécresse ont réussi le miracle –prévisible celui-là– de réunir tout le monde contre eux, des étudiants aux jeunes enseignants-chercheurs en passant par l’essentiel des mandarins, de droite comme de gauche d’ailleurs. Le dogmatisme, la démagogie, l’incompétence, l’improvisation, les malfaçons et l’insuffisance financière sont les maîtres mots de cette «réforme» bâclée et bien plus pernicieuse qu’il n’y paraît, car elle ne relève évidemment pas que de la crise de l’institution universitaire en général, de la place et du rôle du savoir et de l’intellectuel dans la société globalisée. Elle témoigne d’une volonté politique sournoise qui consiste à mettre en concurrence les individus, les établissements et même les régions, avec pour but ultime des distinctions de contenus des savoirs et des formations différenciées selon les territoires et les publics visés. Voilà le dessein de Sarkozy: que l’éducation soit à l’image et au service du monde du travail financiarisé.
Alors qu’il est plus que jamais urgent de se détacher de la conception de la recherche universitaire et scientifique qui vise à fournir les bases de la compétitivité économique mise en place par les traités européens ultralibéraux, reconnaissons que l’éducation nationale version sarkozyste n’est pas qu’une simple «faute politique» doublée d’une «erreur d’analyse». Elle repose d’abord et avant tout sur un socle idéologique: moins de moyens et moins de personnels, des professeurs inégalement formés pour des écoles aux objectifs différents. Car voyez-vous, le président du Fouquet’s n’aime pas l’égalité républicaine, alors, pourquoi accorderait-il de la valeur à l’égalité des chances, l’un des piliers de la République? Sa frénésie accélère la contre-révolution néolibérale: pilotage par les objectifs, rentabilité, partenariats avec le privé, autorité, flexibilité, etc. Ces contre-réformes subies par le système éducatif s’apparentent, elles aussi, à une guerre de classes. Elles élaborent sans le dire un futur salariat clivé, apeuré par la montée de la précarité et du chômage. Et surtout, elle risque de former un salariat sans culture commune. Cette division entre citoyens réduit les formes collectives d’actions et tente d’éloigner sur le long terme toute perspective de transformation de la société. N’en doutons pas : l’éducation est l’un des enjeux de civilisation les plus fondamentaux qui soient. À la fois pour l’à-venir de nos gamins et des prochaines générations, mais aussi pour éviter un monde d’hommes passifs et corvéables souhait…
[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 6 janvier 2012.]
(A plus tard...)
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