Ces hommes, ces syndicalistes, ces militants de la CGT ont
été condamnés à deux ans de prison, dont neuf mois ferme. Cette sanction n’en
est plus une, mais témoigne d’un acharnement.
Ainsi donc, la voici cette France des
puissants, dans son aveuglement et son arrogance même à nier jusqu’à l’absurde
ses enfants en lutte et à les enfoncer à la moindre occasion, à les passer au
laminoir, comme s’il convenait d’intimider tous les salariés palpitants et
criants qui se battent pour leur droit et leurs emplois. La peine infligée,
hier, à huit anciens salariés de Goodyear d’Amiens, jugés pour avoir «séquestré» deux cadres, en
2014, dépasse l’entendement et devrait, en toute logique, révolter tous
les citoyens encore un peu sensés. Ces hommes, ces syndicalistes, ces militants
de la CGT ont été condamnés à deux ans de prison, dont neuf mois ferme. À ce
stade d’exagération, d’injustice et de manquement grave à l’idée que nous nous
faisons de la justice, cette sanction n’en est plus une, mais témoigne d’un
acharnement qui, en aucun cas, ne peut rester sans réponse.
mardi 12 janvier 2016
jeudi 7 janvier 2016
Révolution(s): espoir, émancipation, etc.
Rencontre entre écrivains. Désir et presque irréversible puissance
insurrectionnelle ?
Héritages. Mettez huit écrivains français autour d’une table, avec quelques bonnes bouteilles à déboucher, histoire de libérer la parole: entre Noël et le jour de l’an, par exemple. Éloignez-les de Paris, pourquoi pas dans un pays étranger, mais pas trop loin de la France tout de même afin de préserver un lien ténu avec l’ici-et-maintenant: choisissez Turin. N’imposez aucun sujet, laissez libre cours aux pensées narcissiques sur les travaux en cours des uns et des autres, puis, insidieusement, au milieu d’une conversation enflammée sur la «puissance narrative d’un récit ou d’un roman», sa «construction» et l’usage du «passé et/ou du présent» comme possibilité faussement moderne, glissez juste cette phrase en forme d’interrogation: «Comment reconstituer la logique qui assigne à une certaine pratique de l’écriture une signification politique?» Patientez quelques instants. Citez éventuellement Jacques Rancière, Régis Debray ou Jacques Derrida. Et vous comprendrez que n’importe quel Français quinquagénaire ou sexagénaire issu des classes instruites bénéficie d’une infirmité qui pourrait ne pas se reproduire de sitôt: avoir grandi dans un monde d’héritages intellectuels si puissamment ancré dans l’histoire politique que toute velléité de s’en extraire paraît une abstraction impossible.
Héritages. Mettez huit écrivains français autour d’une table, avec quelques bonnes bouteilles à déboucher, histoire de libérer la parole: entre Noël et le jour de l’an, par exemple. Éloignez-les de Paris, pourquoi pas dans un pays étranger, mais pas trop loin de la France tout de même afin de préserver un lien ténu avec l’ici-et-maintenant: choisissez Turin. N’imposez aucun sujet, laissez libre cours aux pensées narcissiques sur les travaux en cours des uns et des autres, puis, insidieusement, au milieu d’une conversation enflammée sur la «puissance narrative d’un récit ou d’un roman», sa «construction» et l’usage du «passé et/ou du présent» comme possibilité faussement moderne, glissez juste cette phrase en forme d’interrogation: «Comment reconstituer la logique qui assigne à une certaine pratique de l’écriture une signification politique?» Patientez quelques instants. Citez éventuellement Jacques Rancière, Régis Debray ou Jacques Derrida. Et vous comprendrez que n’importe quel Français quinquagénaire ou sexagénaire issu des classes instruites bénéficie d’une infirmité qui pourrait ne pas se reproduire de sitôt: avoir grandi dans un monde d’héritages intellectuels si puissamment ancré dans l’histoire politique que toute velléité de s’en extraire paraît une abstraction impossible.
mardi 5 janvier 2016
Déchéance de la nationalité pour tous: la surenchère
Pour répondre à la critique d’une éventuelle discrimination entre citoyens français, Hollande et Valls réfléchissent à l’étendre aussi aux mononationaux, au risque de contrevenir à l’esprit de notre République et de violer certaines conventions internationales.
Sont-ils devenus fous? Cette question tourne en boucle dans nos cerveaux pourtant habitués à toutes les dérives. La dernière trouvaille en date des fossoyeurs des valeurs de la gauche est tellement improbable que la formuler donne le vertige sinon la nausée: le gouvernement n’exclurait pas l’idée d’étendre la déchéance de nationalité pour actes de terrorisme à tous les Français, binationaux ou non, quitte à créer des apatrides… Oser émettre cette possibilité dans le débat public est déjà, en soit, un acte mortifère. Toutefois, cela serait «philosophiquement souhaitable», selon une source gouvernementale citée par l’AFP. Voici la philosophie appelée à la rescousse. Répliquons donc avec Montesquieu, l’un des penseurs de la séparation des pouvoirs: «Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous.» Alors qu’il voulait réaliser un sombre coup politique, en obligeant la droite à voter la déchéance, l’exécutif se réveille comme pris à son propre piège. Et il perd la raison en jouant aveuglément la surenchère. Pour répondre à la critique d’une éventuelle discrimination entre citoyens français, Hollande et Valls réfléchissent sérieusement à l’étendre aussi aux mononationaux, au risque de contrevenir à l’esprit de notre République et de violer certaines conventions internationales.
samedi 2 janvier 2016
3 janvier
"Il vaut mieux pomper d'arrache pied
même s'il ne se passe rien
même s'il ne se passe rien
que de risquer qu'il se passe quelque chose de pire
en ne pompant pas."
en ne pompant pas."
Les Shadoks, de Jacques Rouxel (dit par Claude Piéplu)
vendredi 1 janvier 2016
2 janvier 2016
"Quand on est rien,
difficile d'y comprendre quelque chose."
difficile d'y comprendre quelque chose."
Charly Brown,
dans Snoopy et le petit monde des Peanuts, tome 1
jeudi 31 décembre 2015
Je hais le nouvel An, par Antonio Gramsci
"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant."
(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.
Jour de l'An...
"Les années nous viennent sans bruit", disait Ovide.
(Et les imbéciles crient "bonne année".)
mercredi 30 décembre 2015
mardi 29 décembre 2015
30 décembre
"La tendresse du coeur, c'est ce que la nature a donné
aux hommes en leur accordant les larmes."
Suétone
Suétone
lundi 28 décembre 2015
dimanche 27 décembre 2015
27 décembre
"Il est plus facile de mourir que d'aimer.
C'est pourquoi je me donne le mal de vivre. Mon amour..."
Louis Aragon
Louis Aragon
samedi 26 décembre 2015
vendredi 25 décembre 2015
25 décembre
In memoriam... Jacques Derrida.
Photographié par Gérard Rondeau.
In J’avais posé le monde sur la table,
In J’avais posé le monde sur la table,
288 pages en grand format, 59 euros, éditions des Equateurs.
jeudi 24 décembre 2015
mardi 22 décembre 2015
Etat d’urgence: attention danger !
S’opposer à la constitutionnalisation d'une loi d’exception n’est
pas qu’un combat pour l’honneur. C’est l’honneur de tous les combats qui nous
ont constitués.
Bornons-nous à prendre l’empreinte du paysage politique et regardons avec une gravité extrême ce que même le quotidien le Monde appelle «le virage sécuritaire de François Hollande». Le projet de révision de la Constitution, qui a reçu, avec des réserves, l’aval du Conseil d’État, doit être examiné en Conseil des ministres. La déchéance de la nationalité des binationaux n’y figurera pas, dont acte; c’eût été cheminer non plus sur les terres de la droite mais bien sur les fumiers empuantis de ses extrêmes. Reste néanmoins l’essentiel, qui, s’il était adopté, risque d’inoculer à notre démocratie un poison lent sinon mortel: la constitutionnalisation de l’état d’urgence. Cette situation d’exception n’a strictement aucune pertinence dans la durée et témoignerait, au contraire, d’une dérive d’autant plus menaçante qu’elle viendrait buter sur l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen: «Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.» En effet, le «régime civil d’état de crise», dont parlait François Hollande devant le Congrès et qu’il veut nous imposer, signifie mécaniquement que le juge judiciaire, gardien des libertés individuelles, serait remplacé de fait par un régime administratif à la main du gouvernement…
Bornons-nous à prendre l’empreinte du paysage politique et regardons avec une gravité extrême ce que même le quotidien le Monde appelle «le virage sécuritaire de François Hollande». Le projet de révision de la Constitution, qui a reçu, avec des réserves, l’aval du Conseil d’État, doit être examiné en Conseil des ministres. La déchéance de la nationalité des binationaux n’y figurera pas, dont acte; c’eût été cheminer non plus sur les terres de la droite mais bien sur les fumiers empuantis de ses extrêmes. Reste néanmoins l’essentiel, qui, s’il était adopté, risque d’inoculer à notre démocratie un poison lent sinon mortel: la constitutionnalisation de l’état d’urgence. Cette situation d’exception n’a strictement aucune pertinence dans la durée et témoignerait, au contraire, d’une dérive d’autant plus menaçante qu’elle viendrait buter sur l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen: «Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.» En effet, le «régime civil d’état de crise», dont parlait François Hollande devant le Congrès et qu’il veut nous imposer, signifie mécaniquement que le juge judiciaire, gardien des libertés individuelles, serait remplacé de fait par un régime administratif à la main du gouvernement…
dimanche 20 décembre 2015
Le Nanar de l'année !
Le retour de Bernard Tapie? À ce point de loufoquerie et de mépris envers l’usage même de la parole publique par temps de crises gravissimes, les mots se bousculent pour exprimer l’ampleur de notre dégoût.
La politique française de l’après-régionales nous donne décidément le vertige – façon perte d’équilibre – alors que la situation réclamerait au contraire de se raccrocher à nos fils d’Ariane pour retrouver du sens et de la raison. Le petit tempo médiacratique a même connu, hier, un emballement surréaliste que nous pourrions franchement railler en rigolant si nous en avions l’envie, ce qui n’est pas du tout le cas vu les circonstances. Bernard Tapie déclare donc qu’il veut «revenir en politique». Le «signal d’alarme» des dernières élections aurait convaincu l’homme (d’)affairiste et l’ex-sous-ministre mitterrandiste de donner de sa personne et de «reprendre le combat». Et pas n’importe lequel: celui contre l’extrême droite. Vous ne rêvez pas! Pas mal, n’est-ce pas, pour réenchanter la politique et repartir sur des bases saines, éthiques et moralement compatibles avec l’idée que nous nous faisons de la République… Qu’un Tapie ose encore venir parader –après tout ce que l’on sait– en prétendant qu’il peut constituer un barrage au Front national, et que, en plus, depuis des heures et des heures, chacun se jette comme des affamés sur cette information torchon, voilà qui en dit long sur l’état de notre vie politique et l’absence de vigueur et de résistance de la démocratie.
jeudi 17 décembre 2015
Consolation(s): la souffrance et la perte…
L’année 2015 restera
dans l’histoire
comme celle
de l’amertume.
Récit. À la jointure du temps perdu et de
la remise à jour, inutile d’aller voir Star Wars –encore que– pour s’inventer
une mythologie à la date de péremption inconnue. Vous le constatez chaque jour:
le côté obscur de la force n’épargne pas la France. Le bloc-noteur ne parle pas
là de cinéma, mais bien de l’état de notre pays, quelques jours avant la fin de
2015, qui restera une année marquée par le deuil, des attentats de
janvier et novembre à la situation dramatique de la démocratie représentative,
sans parler de l’impasse économique, sociale et politique dans laquelle nous
ont plongés les années de choix libéraux de Nicoléon, rehaussés par les
stratégies mortifères de Normal Ier et de son premier sinistre, qui,
parfois, sont même allés plus loin que la droite dans la voie
libéralo-macroniste, jusqu’à s’attaquer au Code du travail. Pourquoi
sommes-nous tombés si bas? L’heure des bilans se propose à nous, confusément,
malgré nous pour ainsi dire, en une époque maudite où le clivage gauche/droite
mériterait une réactivation d’autant plus essentielle que cette
indifférenciation conduit au pire imaginable. Regardons la triste réalité:
chacun s’amuse de ce clivage entre la gauche et la droite, mais voyez-vous des
différences fondamentales sur les questions économiques et sociales? Face à ce
marasme hypertragique pour la République elle-même, la gauche, entendez la
vraie gauche, va devoir fournir au plus vite un autre récit national et
universel. Ceux qui peuvent encore l’écrire ne sont pas le problème, mais la
solution.
Foessel. Les fêtes s’avancent vers nous. Deux attitudes. La première consiste à leur tourner le dos, à les boycotter «idéologiquement», à tout envoyer balader, les cadeaux et les joyeusetés surjouées dans la mécanique des idioties primaires, surtout les traditions elles-mêmes coincées dans un consumérisme de masse qui dispute l’orgiaque au dépressif…
![]() |
| Belle formule... malgré la faute d'orthographe. |
Foessel. Les fêtes s’avancent vers nous. Deux attitudes. La première consiste à leur tourner le dos, à les boycotter «idéologiquement», à tout envoyer balader, les cadeaux et les joyeusetés surjouées dans la mécanique des idioties primaires, surtout les traditions elles-mêmes coincées dans un consumérisme de masse qui dispute l’orgiaque au dépressif…
mardi 15 décembre 2015
Valls, ou le côté obscur de la farce
Le premier ministre semble s’engager personnellement dans une course folle, celle d’une recomposition vers le centre qui ressemble fort à une tentative historique de liquidation de la gauche.
Le paysage est sinistré. La République craquelle. Certains détournent leurs regards, d’autres utilisent les leurs au profit de stratégies mortifères. À quoi joue par exemple Manuel Valls pour répondre à l’urgence sociale, politique et démocratique sortie des urnes? À un jeu dangereux, celui de la rengaine du «changement» –revoilà 2012–, qui consiste à annoncer de «nouvelles mesures» afin de donner vie à la promesse d’inverser la courbe du chômage. Des mesures floues pour l’heure, sauf sur un point essentiel: l’exécutif n’entend sortir ni du cadre de l’austérité, ni du pacte de responsabilité (qui coûtera plus de 100 milliards d’euros d’ici 2017, sans aucun résultat en termes d’emploi), ni du périmètre de la loi Macron, dont les recettes libérales, au contraire, sortiront encore renforcées…
jeudi 10 décembre 2015
Impensable(s): la France brune est-elle la France?
Le Front nationaliste de Fifille-la-voilà s’installe au cœur de notre République.
Perdant. Des résultats électoraux placés par touches de couleurs sur une carte de France ne ressemblent pas nécessairement à un territoire, encore moins à une population dans sa globalité –ou alors il convient de se frotter les yeux pour réaliser ce que nous y découvrons, tant et tant de tâches brunes symbolisant les dramatiques scores du parti de Fifille-la-voilà. Quelques semaines à peine après les attentats qui ont semé la mort et l’horreur, le pays de Voltaire et d’Hugo, de la Déclaration des droits de l’homme et du CNR, de la loi de 1905 et de la protection sociale universelle, révèle au monde un tout autre visage que celui, fier et endeuillé, qui suscite encore l’admiration. Non plus celui de la France des Lumières, mais celui d’une France hantée et guidée par ses peurs et qui croit devoir puiser dans la folie du repli, de la xénophobie et de l’autoritarisme assumé. Ce que la professeure de littérature à l’université de Stanford Cécile Alduy, auteure de Marine Le Pen prise aux mots (Seuil 2015), appelait en début de semaine le «double deuil, de nos morts et de nos valeurs».
Perdant. Des résultats électoraux placés par touches de couleurs sur une carte de France ne ressemblent pas nécessairement à un territoire, encore moins à une population dans sa globalité –ou alors il convient de se frotter les yeux pour réaliser ce que nous y découvrons, tant et tant de tâches brunes symbolisant les dramatiques scores du parti de Fifille-la-voilà. Quelques semaines à peine après les attentats qui ont semé la mort et l’horreur, le pays de Voltaire et d’Hugo, de la Déclaration des droits de l’homme et du CNR, de la loi de 1905 et de la protection sociale universelle, révèle au monde un tout autre visage que celui, fier et endeuillé, qui suscite encore l’admiration. Non plus celui de la France des Lumières, mais celui d’une France hantée et guidée par ses peurs et qui croit devoir puiser dans la folie du repli, de la xénophobie et de l’autoritarisme assumé. Ce que la professeure de littérature à l’université de Stanford Cécile Alduy, auteure de Marine Le Pen prise aux mots (Seuil 2015), appelait en début de semaine le «double deuil, de nos morts et de nos valeurs».
mardi 8 décembre 2015
Régionales : dans le bon ordre…
En ce moment de choc inouï et durable pour notre vie démocratique, nous ne nous excuserons pas de convoquer l’intelligence civique et citoyenne, pour ne pas dire une certaine forme de raison.
Aux heures sombres de notre histoire politique, comme dans nos vies quotidiennes d’ailleurs, il est parfois urgent de savoir prendre les choses dans le bon ordre. Les électeurs de dimanche dernier nous y contraignent une fois de plus et ce n’est évidemment pas de gaieté de cœur que nous écrivons ces lignes que nous aurions préféré taire à jamais. Les résultats du premier tour des régionales ne doivent, en aucun cas, nous figer et nous paralyser dans les crocs d’une quelconque sidération mâtinée de prostration qui seraient d’autant plus coupables qu’elles se retourneraient précisément contre ceux qui aspirent le plus à l’émergence d’une République sociale. Ainsi, en ce moment de choc inouï et durable pour notre vie démocratique, nous ne nous excuserons pas de convoquer l’intelligence civique et citoyenne, pour ne pas dire une certaine forme de raison. Dimanche prochain, il nous faudra aller voter. Il n’y aura, hélas, que deux cas de figure pour faire barrage à l’extrême droite et à la droite. Pour certains d’entre nous, ne le cachons pas, il conviendra de se munir de gants pour réussir le simple geste de glisser un bulletin dans l’urne afin d’empêcher les candidats du Front national de s’emparer de quelques-unes de nos régions: ce qu’il nous reste d’honneur en pensant à la République? Pour d’autres, là où nous défendrons des listes de rassemblement à gauche, avec des socialistes tout en haut de l’affiche, ce sera souvent le nez pincé, mais à un détail près qui change tout: il s’agira également, dans cinq régions, d’élire le plus grand nombre d’élus du Front de gauche. Ni confusion ni illusion. Juste de la lucidité.
vendredi 4 décembre 2015
Altérophobie(s): l'époque brune
Le Front nationaliste
de Fifille-la-voilà devrait réaliser
un score
historique.
Impensable. Après les chocs meurtriers et révoltants, qui laissent des empreintes de sang et de désarroi à nos âmes égarées, un autre choc se prépare-t-il dans les urnes? Un choc «démocratique», celui-là, mais non moins mortifère en tant qu’il risque de traverser de part en part la société et de rehausser les amertumes d’une France paumée et en morceaux, à défaut d’être déjà perdue. Voici un fait: le Front nationaliste de Fifille-la-voilà devrait réaliser un score historique, dimanche soir, lors du premier tour des régionales, avant, peut-être, de réaliser l’impensable le dimanche suivant, à savoir s’emparer de la gestion d’une ou deux des plus grandes régions de notre territoire remodelé… Nous y sommes. Ou presque. Le bloc-noteur écrit ces mots avec la pleine conscience d’une forme d’impuissance d’autant plus coupable qu’il n’a jamais cru à l’irrésistible ascension de ce parti pré-poujado-fascisant. Avez-vous le sentiment, vous aussi, que quelque chose de grave arrive, et que nous n’avons rien pu y changer? Comme si, par glissements successifs, nous n’avions pas eu de prise sur des événements dont les logiques et les conséquences nous ont échappé en partie. Comme un train fou. Un bateau ivre. Comme si nous nous trouvions au milieu d’un climat tempétueux et tellement hostile qu’il nécessiterait de se réfugier dans les abris, alors que, au contraire, tout devrait nous pousser à la lutte permanente et à ne rien laisser passer. Chacun possède sa part de responsabilité, dit-on dans ces circonstances. Mais, franchement, vous sentez-vous responsable en tant qu’individu d’un désastre aussi considérable?
Impensable. Après les chocs meurtriers et révoltants, qui laissent des empreintes de sang et de désarroi à nos âmes égarées, un autre choc se prépare-t-il dans les urnes? Un choc «démocratique», celui-là, mais non moins mortifère en tant qu’il risque de traverser de part en part la société et de rehausser les amertumes d’une France paumée et en morceaux, à défaut d’être déjà perdue. Voici un fait: le Front nationaliste de Fifille-la-voilà devrait réaliser un score historique, dimanche soir, lors du premier tour des régionales, avant, peut-être, de réaliser l’impensable le dimanche suivant, à savoir s’emparer de la gestion d’une ou deux des plus grandes régions de notre territoire remodelé… Nous y sommes. Ou presque. Le bloc-noteur écrit ces mots avec la pleine conscience d’une forme d’impuissance d’autant plus coupable qu’il n’a jamais cru à l’irrésistible ascension de ce parti pré-poujado-fascisant. Avez-vous le sentiment, vous aussi, que quelque chose de grave arrive, et que nous n’avons rien pu y changer? Comme si, par glissements successifs, nous n’avions pas eu de prise sur des événements dont les logiques et les conséquences nous ont échappé en partie. Comme un train fou. Un bateau ivre. Comme si nous nous trouvions au milieu d’un climat tempétueux et tellement hostile qu’il nécessiterait de se réfugier dans les abris, alors que, au contraire, tout devrait nous pousser à la lutte permanente et à ne rien laisser passer. Chacun possède sa part de responsabilité, dit-on dans ces circonstances. Mais, franchement, vous sentez-vous responsable en tant qu’individu d’un désastre aussi considérable?
Le défi : avant les Régionales
Or, l’abstention reste un piège mortel qui se retourne toujours contre ceux qui éprouvent le plus un besoin de changement économique et social.
«Il faut réveiller l’électorat de gauche.» Ainsi parle Claude Bartolone, tête de liste socialiste en Île-de-France. Sans vouloir pousser la polémique jusqu’à l’absurde alors que le moment se prêterait plutôt au sérieux et à la gravité, à moins de quatre jours d’un scrutin périlleux, nous pourrions quand même lui rétorquer: mais qu’ont donc réalisé le chef de l’État et son gouvernement pour ne pas étouffer la gauche elle-même? Nous connaissons, hélas, la réponse: rien. Au contraire, l’exécutif a mis en œuvre une politique libérale empruntant souvent des recettes à la droite. Appeler aujourd’hui les électeurs de gauche à la responsabilité après avoir trahi à peu près tous les espoirs de 2012, il y aurait de quoi en rire si nous avions le temps de nous amuser…
jeudi 26 novembre 2015
Urgence(s): l’Etat d’exception deviendra-t-il la norme?
Le temps politique est aux coups de menton, aux certitudes abruptes, aux tentations de l’idéologie sécuritaire, aux discours guerriers, aux ordres hurlés.
Libertés. Justice, démocratie, égalité: combien de temps faudra-t-il à une société comme la nôtre, traumatisée au point de perdre temporairement quelques-uns de ses repères fondamentaux, pour qu’elle reprenne souffle, passion et raison, qu’elle atténue l’ampleur d’un choc qui déborde de loin tout ce à quoi nous avions été habitués dans notre histoire contemporaine? Les répliques, individuelles et collectives, ne manqueront pas. Certaines sont déjà à l’œuvre, là sous nos yeux encore embués, devant nos corps meurtris sur lesquels pantelle une émotion pour l’heure insurmontable. Cette émotion chargée de peurs, il conviendrait pourtant de la mettre à distance, non pour la chasser –qu’y aurait-il à oublier?– mais bien pour la déconstruire et la transformer en une force ferme sur ses principes. Depuis deux semaines, nous ne vivons que par l’entremise d’une double injonction dont on voudrait nous faire croire qu’il est un horizon indépassable: la guerre et l’état d’urgence. Traduction: l’esprit de vengeance et des libertés amoindries. Dans les deux cas, le temps politique est aux coups de menton, aux claquements de talons, aux certitudes abruptes, aux tentations de l’idéologie sécuritaire, aux discours guerriers, aux ordres hurlés. Les sondages réalisés au paroxysme de notre trouble prolifèrent. L’exécutif a calé sa ligne sur eux. Et après?
Démocratie. Vu les circonstances, le combat contre l’horreur constituée en proto-État par Daech doit prendre une forme militaire. Ceux qui pensent le contraire se bercent d’illusions. Néanmoins, le danger est grand d’en rester là. Normal Ier parle d’«état de guerre».
mardi 24 novembre 2015
Et surtout ? Résister !
En ces temps de choc inouï et durablement éprouvant, une priorité s’impose: convoquer l’intelligence civique et citoyenne, rassembler les énergies vitales et les consciences disponibles, qui ne manquent pas.
Voici l’heure venue des résistances, à commencer par la plus lucide, la résistance au simplisme. L’enjeu du moment ressemble à une sommation himalayenne: comment mener à terme la campagne des élections régionales sans se laisser gagner ni par une forme de découragement devant la teneur des principaux débats publics, ni par une compréhensible apathie liée au traumatisme lui-même et à ses conséquence? Depuis les attentats, le meilleur et surtout le pire occupent l’espace médiatico-politique. C’était hélas prévisible; nous n’en sommes pas moins atterrés. Le maintien du scrutin, les 6 et 13 décembre, fut un acte d’affirmation démocratique – qu’aurions-nous écrit dans le cas contraire? Mais le défi pour les candidats relève sinon de l’impossible, du moins de l’improbable. Nous évoquons là bien sûr les candidats de nos cœurs, ceux qui, malgré des circonstances terribles, ne lâchent rien sur le fond et revendiquent partout des idées de progrès, de solidarité, d’humanité, une exigence rendue difficile qui nécessite de s’adapter à la nouvelle situation.
vendredi 20 novembre 2015
Coexistence(s): jour d'après...
A Paris puis Saint-Denis, ballade en ville où ce n’est pas la menace qui menace mais la vie ensemble
qui aide
à vivre.
Paris. Les jours d’après disent toujours quelque chose de l’état d’une société, quels que soient son propre point de vue et les tentatives de mise en forme d’idées confusément exprimables par sale temps. Ce soir-là, dans les rues de Paris, moins de vingt-quatre heures après les attentats, toute déambulation vaut résistance. Entre République et le boulevard Voltaire, les allusions de grandes durées remontent rarement au-delà de quelques heures, toutes atrophiées à la mémoire morte. Sur le trottoir, deux passants se hâtent. L’un dit: «Ils ont aussi voulu tuer la ville.» L’autre ajoute: «Dans ce monde-ci, perdre son innocence n’est plus un choix mais une quête imposée, une obligation d’avant-garde.» À cent mètres du Bataclan, un attroupement minimaliste se fige dans un calme crépusculaire en épousant les formes d’une veillée funèbre préparée de longue date – ce n’est rien qu’imprévu. Les silences résonnent comme des prises de position. Puis les paroles enfin émises bruissent comme de longs sanglots muets que rien alentour ne semble perturber, autre que l’écho lancinant de ces voix d’outre-tombe et le passage irrégulier de véhicules officiels. Une septuagénaire aux yeux embués: «Je peux vous prendre par la main?» Aucune peur à signaler, juste l’envie, incongrue peut-être, de tenir quelqu’un, de ne pas lâcher le fil d’Ariane, de maintenir les pulsations du cœur un peu au-dessus du niveau de l’amer.
![]() |
| Minute de silence... |
mercredi 18 novembre 2015
Terrorisme: quel combat ?
Il serait insensé que ce combat continue de se structurer en «état de guerre» et en «guerre des civilisations», avec son corollaire atlantiste.
«Il faut un rassemblement de tous ceux qui peuvent réellement lutter contre cette armée terroriste.» Il aura donc fallu 129 morts, des dizaines de blessés dont beaucoup risquent encore de perdre la vie, et un pays sous le choc d’un événement charnière et constitutif de notre histoire contemporaine pour que François Hollande réfléchisse à un autre paradigme et annonce, enfin, devant le Congrès réuni à Versailles, une sorte d’aggiornamento que l’on espère significatif. Le chef de l’État est pourtant loin du compte et de la raison, comme en attestent les frappes aériennes qui, depuis soixante-douze heures, ponctuent les nuits de l’engagement militaire en Syrie et sont la marque, de toute évidence, d’une incitation à l’escalade. François Hollande comme la plupart des «grands» dirigeants du monde, d’ailleurs, refusent pour l’instant de répondre à la seule question qui devrait les hanter et dicter leurs actes comme leurs commandements : convient-il de gagner «la guerre» ou de contribuer à y mettre fin? Nous parlons, bien sûr, du conflit en Syrie, que les grandes puissances ont laissé prospérer sur les ruines d’une autre guerre, celle d’Irak, dont le règlement tronqué, après des années d’occupation états-unienne, ne s’est soldé que par le chaos et la déstabilisation de toute la région.
«Il faut un rassemblement de tous ceux qui peuvent réellement lutter contre cette armée terroriste.» Il aura donc fallu 129 morts, des dizaines de blessés dont beaucoup risquent encore de perdre la vie, et un pays sous le choc d’un événement charnière et constitutif de notre histoire contemporaine pour que François Hollande réfléchisse à un autre paradigme et annonce, enfin, devant le Congrès réuni à Versailles, une sorte d’aggiornamento que l’on espère significatif. Le chef de l’État est pourtant loin du compte et de la raison, comme en attestent les frappes aériennes qui, depuis soixante-douze heures, ponctuent les nuits de l’engagement militaire en Syrie et sont la marque, de toute évidence, d’une incitation à l’escalade. François Hollande comme la plupart des «grands» dirigeants du monde, d’ailleurs, refusent pour l’instant de répondre à la seule question qui devrait les hanter et dicter leurs actes comme leurs commandements : convient-il de gagner «la guerre» ou de contribuer à y mettre fin? Nous parlons, bien sûr, du conflit en Syrie, que les grandes puissances ont laissé prospérer sur les ruines d’une autre guerre, celle d’Irak, dont le règlement tronqué, après des années d’occupation états-unienne, ne s’est soldé que par le chaos et la déstabilisation de toute la région.
vendredi 13 novembre 2015
Irreprésentable(s): Auschwitz sur grand écran...
La Shoah
en images
et en son: il y aura un avant
et un après
le ''Fils de Saul'', du réalisateur hongrois Laszlo Nemes.
Auschwitz. Une histoire peut-elle redonner sens à l’homme lui-même? Une fiction peut-elle sacraliser de nouveau des gestes qui, dans la nuit, ignoreraient le jour et témoigneraient de la vie contre la mort en filmant le non-filmable et en suggérant, par l’image et le son, ce qui ne saurait l’être? Allez voir le "Fils de Saul", le premier long métrage du Hongrois Laszlo Nemes, et après la projection, bouleversante et éprouvante, un flot d’interrogations philosophiques et métaphysiques vous submergera et repoussera les barrières de l’émotion jusqu’aux frontières de la compréhension. Durant près de deux heures, la caméra du réalisateur ne quitte jamais le héros, Saul, qui n’est déjà plus, lui aussi, qu’un mort-vivant. Une caméra accrochée à son regard, attachée à son corps filmé souvent de dos, liée à sa course folle dans un bain sonore qui défie sans cesse le silence de l’indicible et de la sidération. Cette caméra épouse perpétuellement les mouvements de survie de son personnage. Cette caméra filme en format carré, comme au temps du muet, un procédé sans lequel la puissance narrative se serait probablement transformée en spectacle à la Spielberg ou à la Benigni: imagine-t-on Auschwitz-Birkenau en 16/9?
jeudi 5 novembre 2015
Historiograhique(s): republier Mein Kampf... ou pas?
Rééditer le livre d'Hitler, avec les précautions d’usage, oui, pourquoi pas, en tant que travail de mémoire. Mais pourquoi? Et comment?
Hitler. Ne nous effrayons pas des débats d’idées qui, quelquefois, fractionnent et dispersent, mais qui, la plupart du temps, aident les hommes à réfléchir, à questionner, à inventorier et, pourquoi pas, à prendre position grâce à des éléments auxquels ils n’avaient pas forcément songé auparavant. Ainsi en est-il de la polémique sur une éventuelle future publication, en France, de Mein Kampf, le livre antisémite d’Adolf Hitler, le seul qu’il ait jamais signé de son nom. D’où la question, qui ne date pas d’aujourd’hui: faut-il oui ou non publier ce texte confus, harassant et surtout sinistre, qui, de toute façon, tombera dans le domaine public en janvier 2016, soixante-dix ans après la mort de l’auteur, conformément à la loi? Formulée autrement: est-il nécessaire de republier ce livre, et si oui, à quelles conditions? La loi française est formelle et interdit toute publication dudit texte, donc légitimement condamnable par les tribunaux, s’il redevient un instrument de propagande, autrement dit s’il est publié tel quel, sans notes ni avertissement. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à interpeller les éditions Fayard (elles ont publié son avant-dernier livre, l’Ère du peuple, 2014), qui ont mis en chantier un tel projet. Pas n’importe quel projet, bien sûr: il s’agirait de republier Mein Kampf d’ici un an ou deux, augmenté de 2000 pages de notes et de travail scientifique rédigés par des historiens.
Hitler. Ne nous effrayons pas des débats d’idées qui, quelquefois, fractionnent et dispersent, mais qui, la plupart du temps, aident les hommes à réfléchir, à questionner, à inventorier et, pourquoi pas, à prendre position grâce à des éléments auxquels ils n’avaient pas forcément songé auparavant. Ainsi en est-il de la polémique sur une éventuelle future publication, en France, de Mein Kampf, le livre antisémite d’Adolf Hitler, le seul qu’il ait jamais signé de son nom. D’où la question, qui ne date pas d’aujourd’hui: faut-il oui ou non publier ce texte confus, harassant et surtout sinistre, qui, de toute façon, tombera dans le domaine public en janvier 2016, soixante-dix ans après la mort de l’auteur, conformément à la loi? Formulée autrement: est-il nécessaire de republier ce livre, et si oui, à quelles conditions? La loi française est formelle et interdit toute publication dudit texte, donc légitimement condamnable par les tribunaux, s’il redevient un instrument de propagande, autrement dit s’il est publié tel quel, sans notes ni avertissement. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à interpeller les éditions Fayard (elles ont publié son avant-dernier livre, l’Ère du peuple, 2014), qui ont mis en chantier un tel projet. Pas n’importe quel projet, bien sûr: il s’agirait de republier Mein Kampf d’ici un an ou deux, augmenté de 2000 pages de notes et de travail scientifique rédigés par des historiens.
mercredi 4 novembre 2015
Faire barrage à la Commission, qui s'attaque à EDF
Privatisez! Privatisez! Car, voyez-vous, le marché national des barrages est juteux, près de 2,5 milliards d’euros d’excédents par an.
Les rapports de la Commission européenne sont souvent des sommets de cynisme à usage libéral. L’un des derniers en date, que l’Humanité s’est procuré en exclusivité, a la saveur d’un scandale éhonté et toute l’apparence d’un cheval de Troie supplémentaire… Une soixantaine de pages adressées au gouvernement français dans lesquelles les proconsuls de Bruxelles somment la France de libéraliser les concessions hydroélectriques. Pas de quoi fouetter un chat, penseraient beaucoup de candides. Sauf à y regarder de plus près. Car les fameuses concessions hydroélectriques, autrement dit les barrages qui constituent ça et là des éléments de décor de nos territoires, sont confiées pour l’essentiel à l’opérateur national, EDF. La Commission n’y va pas par quatre chemins: au nom de la sacro-sainte «concurrence libre et non faussée» –qui n’est qu’une concurrence non libre et faussée–, les autorités françaises disposent de deux mois pour lancer la mise en vente desdites concessions! En 2010, Sarkozy et Fillon s’y étaient engagés; Hollande et Valls n’ont depuis rien changé. Comble de l’ironie, EDF ne pourrait même plus participer aux futurs appels d’offres…
Inscription à :
Articles (Atom)























