L’ancien vainqueur du Tour 1997, englué dans les affaires et condamné en début d'année, fait enfin son mea culpa. Pour la première fois, il vient d’avouer qu'il s'était dopé…
Depuis Porrentruy (Suisse).
L’agence de presse allemande DPA rapporte la scène. Réalisant une interview de l’ancienne idole de tout un peuple, Jan Ullrich a fini par lâcher une confession qui n’est pas passée inaperçue sur le Tour de France… A la question du journaliste de DPA, « était-il possible de réussir de grandes performances sans dopage?», l’ancien leader des Telekom, vainqueur du Tour 1997 et deuxième à quatre reprises, a répondu immédiatement: «Non. Et cela vaut aussi pour moi.» Le décor est planté. L’aveu est scellé.
Le monde du cyclisme attendait cela depuis dix ans… Lucide, Jan Ullrich précise ses pensées en ces terme: «J’ai toujours pensé que Lance était traité de manière un peu avantageuse, on voit maintenant qu’il n’en est rien. On s’attaque également durement à lui. Il reste que dans son cas, celui de Contador ou le mien, trop de temps s’écoule avant une décision de justice. S’il y a des preuves contre un coureur, il faut les mettre sur la table et juger sans délai. Au lieu de cela, certaines procédures traînent plus de dix ans! Ce n’est pas acceptable.»
dimanche 8 juillet 2012
samedi 7 juillet 2012
Tour : Wiggins et les Sky se mettent à La Planche...
Après une performance collective de son équipe, le Britannique Bradley Wiggins s’empare du maillot jaune. Première lessive du Tour 2012 : seuls Evans et Nibali semblent au niveau...
Depuis La Planche-des-Belles-Filles (Haute-Saône).
Commençons par une évidence: inutile d’évoquer ici les perdants du jour, ils sont tellement nombreux qu’un annuaire ne suffirait à l’énumération. Entre Tomblaine, dans les faubourgs de Nancy, et l’arrivée au sommet de la montée inédite de La Planche des Belle Filles, un peu au-dessus de 1000 mètres d’altitude, le chronicoeur, un rien étonné, admettons-le, a assisté ce samedi 7 juillet à un écrémage en règle façon grands tours de manivelles et cuisine au beurre. A l’origine de ce premier fracas du peloton 2012, l’équipe Sky de Bradley Wiggins. Pris dans leurs petits pronostics du matin, beaucoup de suiveurs avaient la certitude que le Britannique, grand favori du Tour, ne ferait rien pour s’emparer du maillot jaune trop tôt. Les circonstances ont contredit cette hypothèse.
Dès le tout début de la rampe de la première grande difficulté du Tour, une montée de 6 km à 6,4% de moyenne, classée en 1re catégorie, nous avons constaté ce que nous redoutions: l’équipe Sky est non seulement au rendez-vous, mais elle est bel et bien en posture d’hégémonie, à l’heure où les choses sérieuses débutent, enfin. Avec Wiggins, Boasson Hagen, Cevendish, Eisel, Froome, Knees, Porte, Rogers et Siutsou (ce dernier a abandonné), le team dirigé par Sean Yates avait de quoi provoquer quelques frayeurs: elle fait cette fois carrément peur. En menant grand train durant toute l’ascension avec cinq de ses équipiers, sans que, à aucun moment, un coureur d’une autre équipe puisse attaquer ou en ait le courage, Bradley Wiggins a ainsi montré qu’il disposait autour de lui d’une armada capable de tuer le suspense. En quelques kilomètres, l’Anglais a donc fait main basse sur le Maillot Jaune à deux jours du premier chrono du Tour (41 km!), où il pourrait creuser de grands écarts.
Depuis La Planche-des-Belles-Filles (Haute-Saône).
Commençons par une évidence: inutile d’évoquer ici les perdants du jour, ils sont tellement nombreux qu’un annuaire ne suffirait à l’énumération. Entre Tomblaine, dans les faubourgs de Nancy, et l’arrivée au sommet de la montée inédite de La Planche des Belle Filles, un peu au-dessus de 1000 mètres d’altitude, le chronicoeur, un rien étonné, admettons-le, a assisté ce samedi 7 juillet à un écrémage en règle façon grands tours de manivelles et cuisine au beurre. A l’origine de ce premier fracas du peloton 2012, l’équipe Sky de Bradley Wiggins. Pris dans leurs petits pronostics du matin, beaucoup de suiveurs avaient la certitude que le Britannique, grand favori du Tour, ne ferait rien pour s’emparer du maillot jaune trop tôt. Les circonstances ont contredit cette hypothèse.
Dès le tout début de la rampe de la première grande difficulté du Tour, une montée de 6 km à 6,4% de moyenne, classée en 1re catégorie, nous avons constaté ce que nous redoutions: l’équipe Sky est non seulement au rendez-vous, mais elle est bel et bien en posture d’hégémonie, à l’heure où les choses sérieuses débutent, enfin. Avec Wiggins, Boasson Hagen, Cevendish, Eisel, Froome, Knees, Porte, Rogers et Siutsou (ce dernier a abandonné), le team dirigé par Sean Yates avait de quoi provoquer quelques frayeurs: elle fait cette fois carrément peur. En menant grand train durant toute l’ascension avec cinq de ses équipiers, sans que, à aucun moment, un coureur d’une autre équipe puisse attaquer ou en ait le courage, Bradley Wiggins a ainsi montré qu’il disposait autour de lui d’une armada capable de tuer le suspense. En quelques kilomètres, l’Anglais a donc fait main basse sur le Maillot Jaune à deux jours du premier chrono du Tour (41 km!), où il pourrait creuser de grands écarts.
Tour : pour ou contre les oreillettes? Voici ce qu'en pense Cyrille Guimard
Après la terrifiante chute dans l'étape vers Metz, vendredi 6 juillet, plusieurs coureurs, dont Thomas Voeckler, ont fortement critiqué l'utilisation des oreillettes. Voici l'opinion de Cyrille Guimard sur la question.
« Les grandes courses à étapes, nous ne pouvions pas les gagner si notre groupe n’avait pas une autonomie et une conscience de ce qu’il fallait faire individuellement et collectivement.
C’est ce que je reproche le plus aux oreillettes, vous savez, ces dispositifs ''radio'' qui maintiennent un fil à la patte aux coureurs pour mieux les laisser dans leur condition d’exécutants, pour ne pas dire d’esclaves… On me parle de stratégie, de stratégie, mais à quoi sert la stratégie dorénavant, quand les coureurs ressemblent à des robots de jeu vidéo, téléguidés à distance par des mecs qui sont bien heureux de ne pas voir leur petite science contestée par éventuellement plus intelligents qu’eux...
Aujourd’hui, les directeurs sportifs n’ont plus besoin d’expliquer la course – quand ils la comprennent – ils disent juste à leurs coureurs de rouler, ou de ne pas rouler, et le tour est joué. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’avec ces conneries on ne forme plus que des exécutants soumis, mais ce n’est plus très loin. On ne cherche pas à faire réfléchir les coureurs, c’est un crime à l’esprit du cyclisme, à la spontanéité des hommes. Plus pervers encore, les oreillettes sont carrément devenues un formidable alibi pour les coureurs : si ça se passe mal, qui est responsable pour ne pas dire ''coupable''? La généralisation des oreillettes fut une vaste entreprise de déresponsabilisation. La stratégie du GPS et du mouchard appliquée à la science de la course a déshumanisé le cyclisme. Pourtant la course, ce sont les coureurs qui la font, pas les directeurs sportifs…
vendredi 6 juillet 2012
Tour : après la chute, c'était fort Sagan
Rescapé du peloton principal, le Slovaque Peter Sagan remporte sa troisième victoire d’étape. Pris dans une chute, quelques favoris perdent du temps, dont Franck Schleck et Pierre Rolland…
Depuis Metz (Moselle), envoyé spécial.
Les coureurs, entre Epernay et Metz (207,5 km), ont encore tâté du bitume et cassé du petit bois. Un chamboule-tout qui, cette fois, a eu des conséquences sur le classement général pour quelques-uns des favoris de cette 99e édition de la Grande Boucle. La principale chute du jour est survenue à vingt-cinq kilomètres de l'arrivée. Elle fut non seulement impressionnante, puisque les victimes sont descendus de machine à près de 70 km/h, mais elle a cisaillé le peloton en deux morceaux très inégaux, provoquant, il fallait s'y attendre, des dégâts humains et sportifs.
D'abord, côté hommes. L'Espagnol Mikel Astarloza (Euskaltel), l'Américain Tom Danielson (Garmin) et l'Italien Davide Vigano (Lampre) ont dû abandonner. Certains en larmes.
Ensuite côté sport. Signalons avant tout que quelques outsiders du Tour ont perdu du temps, piégés dans un deuxième voire un troisième groupe par l'arrière. Parmi ces grands perdants du jour: Edvald Boasson Hagen, Jenez Brajkovic, Robert Gesink, Ryder Hesjedal et surtout Frank Schleck, Rein Taaramäe ou encore Pierre Rolland… Ce dernier devait d’ailleurs subir des examens médicaux pour s’assurer qu’il pourrait reprendre le départ, samedi. D'ores et déjà un coup dur, quoi qu'il arrive...
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| Chute avant d'arriver à Metz... |
Les coureurs, entre Epernay et Metz (207,5 km), ont encore tâté du bitume et cassé du petit bois. Un chamboule-tout qui, cette fois, a eu des conséquences sur le classement général pour quelques-uns des favoris de cette 99e édition de la Grande Boucle. La principale chute du jour est survenue à vingt-cinq kilomètres de l'arrivée. Elle fut non seulement impressionnante, puisque les victimes sont descendus de machine à près de 70 km/h, mais elle a cisaillé le peloton en deux morceaux très inégaux, provoquant, il fallait s'y attendre, des dégâts humains et sportifs.
D'abord, côté hommes. L'Espagnol Mikel Astarloza (Euskaltel), l'Américain Tom Danielson (Garmin) et l'Italien Davide Vigano (Lampre) ont dû abandonner. Certains en larmes.
Ensuite côté sport. Signalons avant tout que quelques outsiders du Tour ont perdu du temps, piégés dans un deuxième voire un troisième groupe par l'arrière. Parmi ces grands perdants du jour: Edvald Boasson Hagen, Jenez Brajkovic, Robert Gesink, Ryder Hesjedal et surtout Frank Schleck, Rein Taaramäe ou encore Pierre Rolland… Ce dernier devait d’ailleurs subir des examens médicaux pour s’assurer qu’il pourrait reprendre le départ, samedi. D'ores et déjà un coup dur, quoi qu'il arrive...
Rousseauiste(s): éloge à un auteur plus écrivain qu'on ne le dit
Deux essais tentent de nous faire comprendre que la part littéraire est importante dans l'oeuvre de Jean-Jacques Rousseau.
Ruptures. «Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même.» Mu d’une volonté immense née d’une forme unique d’authenticité d’un moi solitaire constructif, les premiers mots des Rêveries du promeneur solitaire (1778) reste un choc pour tout lecteur. Se trouve là, par la grâce d’un auteur plus «écrivain» qu’on veut bien le dire, la puissance littéraire d’une oeuvre trop circonscrite à sa dimension politique et philosophique. Dans un essai passionnant, précis et parfois dérangeant, Barbara Carnevali, dans Romantisme et reconnaissance, figures de la conscience chez Rousseau (Droz), tente de remettre en cause l’image rassurante du prophète romantique, sans jamais, pour autant, négliger le fait que Rousseau incarne pour nous tous une double rupture primordiale: rupture politique (la fin de l’absolutisme monarchique) et rupture personnelle (avec les besoin factices de l’amour-propre). La première rupture fera de Jean-Jacques l’un des inspirateurs incontournables de la grande Révolution. La seconde rupture permettra à des générations de lecteurs et d’historiens de transformer l’auteur de l’Emile en véritable annonciateur de toutes les facettes du romantisme.
Littéraire. Pour Barbara Carnevali, Les Confessions (1770), presque à elles seules, permettent de sonder la longue tradition de la philosophie morale qui redéfinit les «lois» de l’opinion et refuse les illusions de l’amour-propre. A partir de trois scènes bien précises, qui tournent toutes autour de la question de la reconnaissance, l’auteur détaille la richesse du récit autobiographique permettant à Rousseau de mettre en avant les contradictions humaines, par sa propre expérience, par ses propres failles.
Ruptures. «Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même.» Mu d’une volonté immense née d’une forme unique d’authenticité d’un moi solitaire constructif, les premiers mots des Rêveries du promeneur solitaire (1778) reste un choc pour tout lecteur. Se trouve là, par la grâce d’un auteur plus «écrivain» qu’on veut bien le dire, la puissance littéraire d’une oeuvre trop circonscrite à sa dimension politique et philosophique. Dans un essai passionnant, précis et parfois dérangeant, Barbara Carnevali, dans Romantisme et reconnaissance, figures de la conscience chez Rousseau (Droz), tente de remettre en cause l’image rassurante du prophète romantique, sans jamais, pour autant, négliger le fait que Rousseau incarne pour nous tous une double rupture primordiale: rupture politique (la fin de l’absolutisme monarchique) et rupture personnelle (avec les besoin factices de l’amour-propre). La première rupture fera de Jean-Jacques l’un des inspirateurs incontournables de la grande Révolution. La seconde rupture permettra à des générations de lecteurs et d’historiens de transformer l’auteur de l’Emile en véritable annonciateur de toutes les facettes du romantisme.
Littéraire. Pour Barbara Carnevali, Les Confessions (1770), presque à elles seules, permettent de sonder la longue tradition de la philosophie morale qui redéfinit les «lois» de l’opinion et refuse les illusions de l’amour-propre. A partir de trois scènes bien précises, qui tournent toutes autour de la question de la reconnaissance, l’auteur détaille la richesse du récit autobiographique permettant à Rousseau de mettre en avant les contradictions humaines, par sa propre expérience, par ses propres failles.
Tour: c'était le jour de l'affaire Armstrong...
André Greipel l’emporte au sprint, jeudi 5 juillet, à Saint-Quentin. Quatre coureurs présents sur le Tour auraient témoigné contre le septuple vainqueur, Lance Armstrong.
Depuis Saint-Quentin (Aisne).
Un jour à ne pas sortir un cycliste ambitieux. De gros nuages lourds pour un sprint tellement attendu, à Saint-Quentin, que nous aurions aimé nous en passer. Une fois l’échappée du jour reprise dans les ultimes hectomètres (Ladagnous, Ghyselinck, Simon, Urtasun Perez), nous avons donc assisté sans émotion à la nouvelle victoire de l’Allemand André Greipel (Lotto), déjà vainqueur la veille, à Rouen. Le Britannique Mark Cavendish (Sky), seulement quatrième, a temporairement rendu les armes de la revanche.
Un jour à ne pas jeter un oeil dans les rétros. Sur les routes du Tour, heureusement, la mémoire reste un invariant et la possibilité même de l’oubli, vigilants que nous sommes, a été dérobée à son imperfection. Lance Armstrong en sait quelque-chose.
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| George Hincapie, ancien équipier de luxe de Lance Armstrong. |
Un jour à ne pas sortir un cycliste ambitieux. De gros nuages lourds pour un sprint tellement attendu, à Saint-Quentin, que nous aurions aimé nous en passer. Une fois l’échappée du jour reprise dans les ultimes hectomètres (Ladagnous, Ghyselinck, Simon, Urtasun Perez), nous avons donc assisté sans émotion à la nouvelle victoire de l’Allemand André Greipel (Lotto), déjà vainqueur la veille, à Rouen. Le Britannique Mark Cavendish (Sky), seulement quatrième, a temporairement rendu les armes de la revanche.
Un jour à ne pas jeter un oeil dans les rétros. Sur les routes du Tour, heureusement, la mémoire reste un invariant et la possibilité même de l’oubli, vigilants que nous sommes, a été dérobée à son imperfection. Lance Armstrong en sait quelque-chose.
mercredi 4 juillet 2012
Tour: à Rouen, André Greipel ne laisse pas passer sa chance
A la faveur d’une chute dans les derniers kilomètres, qui élimina du sprint le favori Mark Cavendish, l’Allemand remporte l'étape Abbeville-Rouen. Sinon, un Japonais s’est illustré en pays de Caux…
Depuis Rouen (Seine-Maritime).
Connaissez-vous le pays de Caux? Venus tout droit d’Abbeville pour lécher la Manche plein ouest, les coureurs ont découvert des terres de bord de mer inondées de beauté sous un ciel mi-grisâtre mi-bleuté, avec ses paysages uniques réputés pour ses richesses sédimentaires et ses plateaux. S’étendant de Dieppe pour constituer une large sphère géographique jusqu'à l'embouchure de la Seine, à hauteur du Havre, cette région verdoyante aux effluves du large n’est empruntée qu’exceptionnellement par le peloton du Tour. Le Japonais Yukiya Arashiro ne se plaindra pas de cette escapade, puisque la Normandie fut longtemps sa terre d’adoption. Aguerri et repéré en France dans la formation amateur de l'ES Aumale, ici en Seine-Maritime, Yukiya Arashiro, l’un des protégés de Jean-René Bernaudeau chez Europcar, a légitimement décidé de s’illustrer, hier, en s’extirpant du peloton en compagnie de David Moncoutié (Cofidis) et d’Anthony Delaplace (Saur-Sojasun).
Depuis Rouen (Seine-Maritime).
Connaissez-vous le pays de Caux? Venus tout droit d’Abbeville pour lécher la Manche plein ouest, les coureurs ont découvert des terres de bord de mer inondées de beauté sous un ciel mi-grisâtre mi-bleuté, avec ses paysages uniques réputés pour ses richesses sédimentaires et ses plateaux. S’étendant de Dieppe pour constituer une large sphère géographique jusqu'à l'embouchure de la Seine, à hauteur du Havre, cette région verdoyante aux effluves du large n’est empruntée qu’exceptionnellement par le peloton du Tour. Le Japonais Yukiya Arashiro ne se plaindra pas de cette escapade, puisque la Normandie fut longtemps sa terre d’adoption. Aguerri et repéré en France dans la formation amateur de l'ES Aumale, ici en Seine-Maritime, Yukiya Arashiro, l’un des protégés de Jean-René Bernaudeau chez Europcar, a légitimement décidé de s’illustrer, hier, en s’extirpant du peloton en compagnie de David Moncoutié (Cofidis) et d’Anthony Delaplace (Saur-Sojasun).
Tour: avec Anquetil, nous venons tous au vélo avant terme
Ce mercredi 4 juillet, le Tour arrive à Rouen, sur les terres de Jacques Anquetil. L’occasion pour le chronicœur de devancer l’étape en allant flâner librement sur les lieux où le Normand, champion unique en son genre, révolutionna son sport.
Depuis Rouen (Seine-Maritime).
«Papa, c’est bien ici?» La vitesse sous le vent balaye les tignasses et vivifie nos âmes sombres. Dans les embrasements d’une discussion bientôt inutile, quelques hurlements de corbeaux trouent le silence de la campagne. Déjà, nous devinons les fragments de la mythologie usinée par un Normand hors-norme. Parce qu’il «jouissait de la bienveillance des vents», avec son «nez aigu et son visage de fine lame» (1), Jacques Anquetil trouva, ici, par la volonté de sa force suprême, des routes dignes de sa démesure.
Nous sommes sur les hauteurs de Sotteville-lès-Rouen, où l’herbe humide courbe l’échine sous l’irrégularité des bourrasques. «Oui, c’est bien là.» Dans les yeux du fiston, l’imagination en action, assez pour repenser aux quelques images en noir et blanc qui lui montrèrent, un jour de pluie, les membres onctueux d’un cycliste venu d’ailleurs, dans ses débuts inouïs, ici à Sotteville, où il signa sa première licence amateur, lui, l’apprenti ajusteur titulaire d’un CAP. «C’est sur ces routes qu’il a débuté», échappé des brumes pour conquérir le monde, maître du temps et modèle d’esthétisme. «Anquetil enveloppe sa machine ; il pédale de la pointe, effaçant la douleur en signe de politesse. (…) Sorti d’un rêve de buée, cet ange diaphane allait offrir la matière d’un mythe dont il serait le seul héros et l’unique victime.» (2)
Depuis Rouen (Seine-Maritime).
«Papa, c’est bien ici?» La vitesse sous le vent balaye les tignasses et vivifie nos âmes sombres. Dans les embrasements d’une discussion bientôt inutile, quelques hurlements de corbeaux trouent le silence de la campagne. Déjà, nous devinons les fragments de la mythologie usinée par un Normand hors-norme. Parce qu’il «jouissait de la bienveillance des vents», avec son «nez aigu et son visage de fine lame» (1), Jacques Anquetil trouva, ici, par la volonté de sa force suprême, des routes dignes de sa démesure.
Nous sommes sur les hauteurs de Sotteville-lès-Rouen, où l’herbe humide courbe l’échine sous l’irrégularité des bourrasques. «Oui, c’est bien là.» Dans les yeux du fiston, l’imagination en action, assez pour repenser aux quelques images en noir et blanc qui lui montrèrent, un jour de pluie, les membres onctueux d’un cycliste venu d’ailleurs, dans ses débuts inouïs, ici à Sotteville, où il signa sa première licence amateur, lui, l’apprenti ajusteur titulaire d’un CAP. «C’est sur ces routes qu’il a débuté», échappé des brumes pour conquérir le monde, maître du temps et modèle d’esthétisme. «Anquetil enveloppe sa machine ; il pédale de la pointe, effaçant la douleur en signe de politesse. (…) Sorti d’un rêve de buée, cet ange diaphane allait offrir la matière d’un mythe dont il serait le seul héros et l’unique victime.» (2)
mardi 3 juillet 2012
Cavendish et Merckx nous font Tournai en bourrique
Lors de l’ultime escapade belge, lundi 2 juillet, Mark Cavendish remporte au sprint sa 21e victoire d’étape. Hors course, la polémique entre Guimard et Merckx a pris de l’ampleur. Hier, le Cannibale a insulté l’ancien directeur sportif, auteur d’un livre qui lui a fortement déplu…
Depuis Tournai (Belgique).
Le suiveur ne l’ignore pas mais s’en émoustille encore : les ambiances de kermesse ont toujours quelque-chose de surréel. Entre gouailleries populaires et anecdotes es-vélo référencées, la ville de Tournai n’avait finalement rien à envier à ses voisines. Le Britannique Mark Cavendish (Sky), qui s’y connaît en coup de menton, a d’ailleurs plutôt apprécié cette arrivée bonhomme et apaisée, terme de 207,5 kilomètres sans intérêt, côté course du moins. Un peloton uni a ainsi déboulé dans le final constitué d'interminables lignes droites, uniquement coupées par le vent. Premier sprint du Tour 2012, dont nous nous permettrons de ne retenir, faute de mieux, que le nom du vainqueur. Cavendish, au prix d’un coup de rein dévastateur, est venu quérir, tenez-vous bien, la 21e victoire d’étapes de sa carrière. Tournai en bourrique, les suiveurs ont longtemps cherché leurs mots pour narrer l’inéluctable répétition.
C’est dans la marge qu’il convenait de tourner son regard pour trouver du relief... Comme pour nous accompagner dans cette traversée de la Belgique de part en part, la joute à distance entre Cyrille Guimard et Eddy Merckx s’est poursuivie. En s’intensifiant. Bien qu’il soit malaisé au chronicoeur d’évoquer l’affaire avec l’impartialité requise lorsque les Illustres de la Grande Boucle se disputent à l’encre noire de la Légende, la tension entre les deux hommes a atteint un tel degré d’incandescence qu’il est impossible de n’en rien dire alors que la caravane quitte le pays où le Cannibale est roi. Hier matin, Eddy Merckx a donné un entretien à l’Equipe où il n’épargne pas Cyrille Guimard. L’échange verbal entre ces deux monstres sacrés de la Petite Reine est presque devenu un fait de course…
Depuis Tournai (Belgique).
Le suiveur ne l’ignore pas mais s’en émoustille encore : les ambiances de kermesse ont toujours quelque-chose de surréel. Entre gouailleries populaires et anecdotes es-vélo référencées, la ville de Tournai n’avait finalement rien à envier à ses voisines. Le Britannique Mark Cavendish (Sky), qui s’y connaît en coup de menton, a d’ailleurs plutôt apprécié cette arrivée bonhomme et apaisée, terme de 207,5 kilomètres sans intérêt, côté course du moins. Un peloton uni a ainsi déboulé dans le final constitué d'interminables lignes droites, uniquement coupées par le vent. Premier sprint du Tour 2012, dont nous nous permettrons de ne retenir, faute de mieux, que le nom du vainqueur. Cavendish, au prix d’un coup de rein dévastateur, est venu quérir, tenez-vous bien, la 21e victoire d’étapes de sa carrière. Tournai en bourrique, les suiveurs ont longtemps cherché leurs mots pour narrer l’inéluctable répétition.
C’est dans la marge qu’il convenait de tourner son regard pour trouver du relief... Comme pour nous accompagner dans cette traversée de la Belgique de part en part, la joute à distance entre Cyrille Guimard et Eddy Merckx s’est poursuivie. En s’intensifiant. Bien qu’il soit malaisé au chronicoeur d’évoquer l’affaire avec l’impartialité requise lorsque les Illustres de la Grande Boucle se disputent à l’encre noire de la Légende, la tension entre les deux hommes a atteint un tel degré d’incandescence qu’il est impossible de n’en rien dire alors que la caravane quitte le pays où le Cannibale est roi. Hier matin, Eddy Merckx a donné un entretien à l’Equipe où il n’épargne pas Cyrille Guimard. L’échange verbal entre ces deux monstres sacrés de la Petite Reine est presque devenu un fait de course…
lundi 2 juillet 2012
Guimard: "voilà pourquoi Merckx n'a jamais été un monstre sacré"...
Alors qu’il publie pour la première fois son autobiographie, le « pape » du vélo depuis quarante ans évoque la figure centrale du champion belge, Eddy Merckx, dont l’incroyable palmarès ne sera sans doute jamais égalé. Et Cyrille Guimard, indissociable de l’histoire moderne du sport, n’est pas tendre avec le Cannibale !
«Beaucoup considèrent qu’Eddy Merckx n’est pas le plus grand vainqueur de l’histoire du cyclisme, mais le plus grand tout simplement. Son palmarès, incomparable, témoigne à lui seul de la dimension surréelle de ce coureur: cinq Tour de France, cinq Giro, une Vuelta, vingt-sept classiques (!), dont sept fois Milan-san-Remo ou cinq fois Liège-Bastogne-Liège… ajoutons trois titres ce champion du monde sur route et arrêtons-là l’incroyable énumération. Avec lui, en permanence, l’unique voisine avec l’exploit, et le Belge n’a trouvé son propre épanouissement que dans l’accroissement de son exposition permanente. Gagner. Gagner à tout prix. Gagner toujours et partout.
Cela est-il suffisant pour basculer dans la légende? Que les choses soient claires: je ne porte pas sur Merckx le même regard que sur Jacques Anquetil par exemple. Pour une raison simple: Merckx n’était pas – et n’est toujours pas – un homme charismatique. Il est à mes yeux l’un des quatre ou cinq plus grands champions du XXe siècle, bien sûr. Et il possède le plus incroyable palmarès du cyclisme – et peut-être de tous les sports d’ailleurs… Mais en l’espèce, le palmarès ne fait pas tout. (…)
«Beaucoup considèrent qu’Eddy Merckx n’est pas le plus grand vainqueur de l’histoire du cyclisme, mais le plus grand tout simplement. Son palmarès, incomparable, témoigne à lui seul de la dimension surréelle de ce coureur: cinq Tour de France, cinq Giro, une Vuelta, vingt-sept classiques (!), dont sept fois Milan-san-Remo ou cinq fois Liège-Bastogne-Liège… ajoutons trois titres ce champion du monde sur route et arrêtons-là l’incroyable énumération. Avec lui, en permanence, l’unique voisine avec l’exploit, et le Belge n’a trouvé son propre épanouissement que dans l’accroissement de son exposition permanente. Gagner. Gagner à tout prix. Gagner toujours et partout.
Cela est-il suffisant pour basculer dans la légende? Que les choses soient claires: je ne porte pas sur Merckx le même regard que sur Jacques Anquetil par exemple. Pour une raison simple: Merckx n’était pas – et n’est toujours pas – un homme charismatique. Il est à mes yeux l’un des quatre ou cinq plus grands champions du XXe siècle, bien sûr. Et il possède le plus incroyable palmarès du cyclisme – et peut-être de tous les sports d’ailleurs… Mais en l’espèce, le palmarès ne fait pas tout. (…)
samedi 30 juin 2012
Tour: et en guise de prologue, encore Cancellara !
Huit ans plus tard, le Suisse s’adjuge un prologue dans le Tour. Le cinquième de sa carrière.
Depuis Liège (Belgique).
Le cyclisme a-t-il à ce point du mal à se renouveler qu’il lui faut, périodiquement, comme on offre à ses plus sympathiques contempteurs des bâtons pour se faire battre, ressortir les mêmes histoires à cauchemarder debout? Chacun le savait, le Suisse Fabian Cancellara a toujours eu l’habitude de marquer d’une pierre blanche la date du prologue du Tour dans son calendrier. N’en doutons pas. Jusque-là, le rouleur de RadioShack (équipe orpheline d’Andy Schleck) avait déjà remporté quatre victoires dans l'exercice (en comptant le contre la montre d'ouverture de Monaco en 2009, disputé sur 15,5 km). Et avec l’énorme pancarte de favori à la place du dossard, que croyez-vous qu’il arriva? Juste ce qui devait arriver…
Ajoutons que les organisateurs avaient fait ce qu’il fallait, en réservant au «Spartacus» d'opérette des pelotons un parcours identique à celui de 2004 (Liège avait déjà accueilli le Grand Départ). Cette année-là, Cancellara s’était révélé au grand public en atomisant un certain Lance Armstrong sur un parcours quasi identique et déjà tracé sur les bords de la Meuse. Huit ans plus tard, huit ans déjà, comme figé dans un obscur cauchemar d’une époque maudite, le Suisse s’est rappelé à notre mauvais souvenir. Cinquième victoire dans un prologue du Tour. Il y aurait sûrement de quoi lever notre verre: nous avons laissé le geste aux dizaines de milliers de Belges massés sur le parcours. Eux au moins n’avaient pas besoin d’un exploit de Cancellara pour se fêter eux-mêmes.
Depuis Liège (Belgique).
Le cyclisme a-t-il à ce point du mal à se renouveler qu’il lui faut, périodiquement, comme on offre à ses plus sympathiques contempteurs des bâtons pour se faire battre, ressortir les mêmes histoires à cauchemarder debout? Chacun le savait, le Suisse Fabian Cancellara a toujours eu l’habitude de marquer d’une pierre blanche la date du prologue du Tour dans son calendrier. N’en doutons pas. Jusque-là, le rouleur de RadioShack (équipe orpheline d’Andy Schleck) avait déjà remporté quatre victoires dans l'exercice (en comptant le contre la montre d'ouverture de Monaco en 2009, disputé sur 15,5 km). Et avec l’énorme pancarte de favori à la place du dossard, que croyez-vous qu’il arriva? Juste ce qui devait arriver…
Ajoutons que les organisateurs avaient fait ce qu’il fallait, en réservant au «Spartacus» d'opérette des pelotons un parcours identique à celui de 2004 (Liège avait déjà accueilli le Grand Départ). Cette année-là, Cancellara s’était révélé au grand public en atomisant un certain Lance Armstrong sur un parcours quasi identique et déjà tracé sur les bords de la Meuse. Huit ans plus tard, huit ans déjà, comme figé dans un obscur cauchemar d’une époque maudite, le Suisse s’est rappelé à notre mauvais souvenir. Cinquième victoire dans un prologue du Tour. Il y aurait sûrement de quoi lever notre verre: nous avons laissé le geste aux dizaines de milliers de Belges massés sur le parcours. Eux au moins n’avaient pas besoin d’un exploit de Cancellara pour se fêter eux-mêmes.
Et c'est reparti pour un Tour...
La 99e édition du Tour de France s’élance demain depuis Liège. Comme une mauvaise habitude, on parle déjà plus des affaires que de la course. Europcar dans le viseur?
Depuis Liège (Belgique).
Parce que le Tour reste ce lieu étrange où rien ne se juge vraiment à l’aune des palmarès, le corps, le cœur, la pensée, les exploits, les émotions fluctuantes, les vivas du peuple et même la plume du chronicœur y sont convoqués rituellement pour que l’altérité y trouve son compte. Pas encore élancée, l’édition 2012, 99e du genre, a déjà rempli son office. Mais, croyez-nous, pas de quoi, pour l’instant, enrichir le grand livre des Illustres. À l’heure où nous devrions concentrer toute notre attention sur les prochains chronos, les rendez-vous décisifs des étapes de montagne à venir et les quelques favoris encore debout avant de s’élancer pour trois semaines de train fou, nous revoilà plongés dans le creuset des affaires en tout genre.
Tellement que, depuis de nombreuses heures, les habitants de la Cité ardente de Liège, agglutinés devant les hôtels des coureurs et prêts à tous les sacrifices corporels pour les apercevoir ou les toucher, hésitent entre la nécessaire prise de recul face aux événements inhérents au cyclisme et la franche dévotion qu’ils ont, heureusement, du mal à contenir. En ces contrées enivrées par la passion, aimer le vélo est un pléonasme. Une qualité supérieure que tout homme de raison devrait envier. N’est-ce pas? Mais le climat s’avère lourd, pesant. Et nous ne parlons pas là de la densité des rayons du soleil qui viendrait à flancher sur les Ardennes belges… «À chaque début de Tour, son affaire, ça devient lassant», commentait, un rien ironique, le vieil Eddy Merckx, qui compte bien sur ce «grand départ» pour profiter de sa popularité inégalée dans le royaume. Mais pour une fois, les foudres de la suspicion viennent de s’abattre sur une équipe française : celle de Jean-René Bernaudeau.
Depuis Liège (Belgique).
Parce que le Tour reste ce lieu étrange où rien ne se juge vraiment à l’aune des palmarès, le corps, le cœur, la pensée, les exploits, les émotions fluctuantes, les vivas du peuple et même la plume du chronicœur y sont convoqués rituellement pour que l’altérité y trouve son compte. Pas encore élancée, l’édition 2012, 99e du genre, a déjà rempli son office. Mais, croyez-nous, pas de quoi, pour l’instant, enrichir le grand livre des Illustres. À l’heure où nous devrions concentrer toute notre attention sur les prochains chronos, les rendez-vous décisifs des étapes de montagne à venir et les quelques favoris encore debout avant de s’élancer pour trois semaines de train fou, nous revoilà plongés dans le creuset des affaires en tout genre.
Tellement que, depuis de nombreuses heures, les habitants de la Cité ardente de Liège, agglutinés devant les hôtels des coureurs et prêts à tous les sacrifices corporels pour les apercevoir ou les toucher, hésitent entre la nécessaire prise de recul face aux événements inhérents au cyclisme et la franche dévotion qu’ils ont, heureusement, du mal à contenir. En ces contrées enivrées par la passion, aimer le vélo est un pléonasme. Une qualité supérieure que tout homme de raison devrait envier. N’est-ce pas? Mais le climat s’avère lourd, pesant. Et nous ne parlons pas là de la densité des rayons du soleil qui viendrait à flancher sur les Ardennes belges… «À chaque début de Tour, son affaire, ça devient lassant», commentait, un rien ironique, le vieil Eddy Merckx, qui compte bien sur ce «grand départ» pour profiter de sa popularité inégalée dans le royaume. Mais pour une fois, les foudres de la suspicion viennent de s’abattre sur une équipe française : celle de Jean-René Bernaudeau.
Anquetiliste(s): un chef d'oeuvre de Paul Fournel
Dans "Anquetil tout seul" (Seuil), l'écrivain nous raconte sa relation au grand champion cycliste. A lire de toute urgence.
Fournel. «Anquetil jouissait de la bienveillance des vents, son nez aigu et son visage de fine lame lui ouvraient la route et son corps tout entier se coulait derrière, fendant les mistrals, pénétrant les bises d’hiver et les autans d’été.» Par cette toute première phrase, l’écrivain Paul Fournel a déjà gagné. La course des mots. Celle de l’éternelle estime. Celle de la légende des cycles. Celle de la fidélité à l’enfance. Celle de la littérature, qui, parfois, dans la roue des champions d’exception, devient elle-même une exception si rare et si prodigieuse que vous restez collé à la lecture, comme dans un contre-la-montre, jusqu’à l’épuisement de la sensation ultime : le bonheur du talent. Avec "Anquetil tout seul" (Seuil), l’ami Paul Fournel enroule devant nos yeux ébahis un braquet hors du commun, prêtant sa plume à la gloire d’un des cyclistes qui a le plus hanté les écrivains et les intellectuels (du moins ceux qui osent admettre leur fascination pour la Petite Reine). Oui, Anquetil fut le héros de Fournel. Depuis sa plus tendre enfance. Disons depuis 1957 pour être précis. Le futur écrivain avait alors dix ans. Et le futur quintuple vainqueur du Tour de France ramenait à Paris son premier maillot jaune, à l’âge de vingt-trois ans. Fournel, qui raconte à la fois son voisinage avec l’Idole mais aussi le lien mystérieux et intime qu’il a entretenu à distance avec ce Normand qui brûlait l’existence par tous les sens, écrit: «J’avais dix ans, j’étais petit brun et rond, il était grand blond et mince, je voulais être lui. Je voulais son vélo, son allure, sa nonchalance, son élégance.» Car le grand Jacques était-il autre chose qu’«un réacteur, une machine IBM et un alambic», selon la formule de Raphaël Geminiani, son directeur sportif? Paul Fournel s’est toujours interrogé. Encore «petit cycliste», il avait «des idées claires sur ce que devait être un champion», «d’abord et avant tout un être porté à l’exploit, et pour cela il devait aimer son sport plus que tout, sans débat». Problème insoluble, puisque Jacques déclarait à souhait: «Je crois bien que je n’aime pas, que je n’ai jamais aimé, que je n’aimerai jamais le vélo.» Le croyez-vous?
Noblesse. Anquetil-Fournel. Au fil des pages, à la mesure des années écoulées, nous devinons la proximité en ampleur entre les deux hommes. Fournel: «Anquetil se tient nu, en équilibre inquiet au-dessus de la baignoire qui se remplit d’eau bouillante. La vapeur monte, lui saisit le sexe, les fesses, les jambes : précieux mollets, cuisses d’or.»
Et encore: «La tête reçoit les effluves, elle fait thermomètre. Anquetil regarde ses pieds sans les voir. Il absorbe la chaleur, il en gave ses muscles. Il ne pense pas à la course dont il va prendre le départ, il n’en répète pas mentalement les virages et le profil. Le tracé est roulé en boule dans son ventre, il le sent dur, compact, douloureux, noué, et il sait que tout à l’heure, juste après le départ, il se défroissera et se déroulera au centimètre comme la plus rigoureuse des cartes routières. Il a peur.»
Fournel. «Anquetil jouissait de la bienveillance des vents, son nez aigu et son visage de fine lame lui ouvraient la route et son corps tout entier se coulait derrière, fendant les mistrals, pénétrant les bises d’hiver et les autans d’été.» Par cette toute première phrase, l’écrivain Paul Fournel a déjà gagné. La course des mots. Celle de l’éternelle estime. Celle de la légende des cycles. Celle de la fidélité à l’enfance. Celle de la littérature, qui, parfois, dans la roue des champions d’exception, devient elle-même une exception si rare et si prodigieuse que vous restez collé à la lecture, comme dans un contre-la-montre, jusqu’à l’épuisement de la sensation ultime : le bonheur du talent. Avec "Anquetil tout seul" (Seuil), l’ami Paul Fournel enroule devant nos yeux ébahis un braquet hors du commun, prêtant sa plume à la gloire d’un des cyclistes qui a le plus hanté les écrivains et les intellectuels (du moins ceux qui osent admettre leur fascination pour la Petite Reine). Oui, Anquetil fut le héros de Fournel. Depuis sa plus tendre enfance. Disons depuis 1957 pour être précis. Le futur écrivain avait alors dix ans. Et le futur quintuple vainqueur du Tour de France ramenait à Paris son premier maillot jaune, à l’âge de vingt-trois ans. Fournel, qui raconte à la fois son voisinage avec l’Idole mais aussi le lien mystérieux et intime qu’il a entretenu à distance avec ce Normand qui brûlait l’existence par tous les sens, écrit: «J’avais dix ans, j’étais petit brun et rond, il était grand blond et mince, je voulais être lui. Je voulais son vélo, son allure, sa nonchalance, son élégance.» Car le grand Jacques était-il autre chose qu’«un réacteur, une machine IBM et un alambic», selon la formule de Raphaël Geminiani, son directeur sportif? Paul Fournel s’est toujours interrogé. Encore «petit cycliste», il avait «des idées claires sur ce que devait être un champion», «d’abord et avant tout un être porté à l’exploit, et pour cela il devait aimer son sport plus que tout, sans débat». Problème insoluble, puisque Jacques déclarait à souhait: «Je crois bien que je n’aime pas, que je n’ai jamais aimé, que je n’aimerai jamais le vélo.» Le croyez-vous?
Noblesse. Anquetil-Fournel. Au fil des pages, à la mesure des années écoulées, nous devinons la proximité en ampleur entre les deux hommes. Fournel: «Anquetil se tient nu, en équilibre inquiet au-dessus de la baignoire qui se remplit d’eau bouillante. La vapeur monte, lui saisit le sexe, les fesses, les jambes : précieux mollets, cuisses d’or.»
Et encore: «La tête reçoit les effluves, elle fait thermomètre. Anquetil regarde ses pieds sans les voir. Il absorbe la chaleur, il en gave ses muscles. Il ne pense pas à la course dont il va prendre le départ, il n’en répète pas mentalement les virages et le profil. Le tracé est roulé en boule dans son ventre, il le sent dur, compact, douloureux, noué, et il sait que tout à l’heure, juste après le départ, il se défroissera et se déroulera au centimètre comme la plus rigoureuse des cartes routières. Il a peur.»
jeudi 28 juin 2012
Guimard: «Le sport peut-il encore être préservé face au business?»
Voici le long entretien de Cyrille Guimard réalisé par Eric Serres et publié dans l'Humanité du 15 juin dernier, à l'occasion de la sortie de son autobiographie, que j'ai co-écrite avec lui, "Dans les secrets du Tour de France" (éditions Grasset). Le cyclisme, Cyrille l’a connu sur son vélo, au volant de sa voiture de directeur sportif, puis au micro en tant que consultant. Un homme indissociable de l’histoire moderne du sport...
-Pourquoi avoir écrit ce livre aujourd’hui, pourquoi avoir mis tant d’années à revenir sur votre histoire qui se mélange avec celle de l’histoire du cyclisme de ces quarante dernières années?
Cyrille Guimard. Pourquoi ne pas en avoir écrit un plus tôt? Il y a eu un premier livre, mais qui ne compte pas. En fait, j’ai toujours refusé, pas parce que je n’avais rien à dire, mais parce que c’était trop tôt et que je n’avais pas assez de recul. Je n’ai jamais été vraiment passionné par la lecture des livres sur les champions. Ça manquait souvent de profondeur. C’était souvent: «Moi, ma vie, mes exploits!» En disant cela, je ne veux critiquer qui que ce soit, mais quand je lisais cela, j’étais moi-même trop impliqué dans le monde du sport. Tout ce que j’y trouvais, je le connaissais déjà, à se demander même si l’on avait vu la même chose.
-Est-ce à dire que vous avez pris du recul par rapport aux événements, à votre vie ?
Cyrille Guimard. Oui. En partie! Mais je pense que c’est le livre qui va m’en faire prendre encore plus que tout le reste. On se rend compte qu’une vie racontée en 200 pages, c’est trop court, et comme je n’ai pas la capacité d’en écrire une dizaine, il y a comme une frustration : sans la plume de Jean-Emmanuel Ducoin, que les lecteurs de l’Huma connaissent bien, ce projet n’aurait pas vu le jour… Vous savez, il y avait tellement d’autres choses dont j’avais envie de parler, et je ne l’ai découvert, bizarrement, que lorsque le livre arrivait à sa fin.
-Pourquoi avoir écrit ce livre aujourd’hui, pourquoi avoir mis tant d’années à revenir sur votre histoire qui se mélange avec celle de l’histoire du cyclisme de ces quarante dernières années?
Cyrille Guimard. Pourquoi ne pas en avoir écrit un plus tôt? Il y a eu un premier livre, mais qui ne compte pas. En fait, j’ai toujours refusé, pas parce que je n’avais rien à dire, mais parce que c’était trop tôt et que je n’avais pas assez de recul. Je n’ai jamais été vraiment passionné par la lecture des livres sur les champions. Ça manquait souvent de profondeur. C’était souvent: «Moi, ma vie, mes exploits!» En disant cela, je ne veux critiquer qui que ce soit, mais quand je lisais cela, j’étais moi-même trop impliqué dans le monde du sport. Tout ce que j’y trouvais, je le connaissais déjà, à se demander même si l’on avait vu la même chose.
-Est-ce à dire que vous avez pris du recul par rapport aux événements, à votre vie ?
Cyrille Guimard. Oui. En partie! Mais je pense que c’est le livre qui va m’en faire prendre encore plus que tout le reste. On se rend compte qu’une vie racontée en 200 pages, c’est trop court, et comme je n’ai pas la capacité d’en écrire une dizaine, il y a comme une frustration : sans la plume de Jean-Emmanuel Ducoin, que les lecteurs de l’Huma connaissent bien, ce projet n’aurait pas vu le jour… Vous savez, il y avait tellement d’autres choses dont j’avais envie de parler, et je ne l’ai découvert, bizarrement, que lorsque le livre arrivait à sa fin.
dimanche 24 juin 2012
Illusion(s): bilan et perspectives après élections...
Près d'un électeur sur deux s’est abstenu aux législatives. Les moins de quarante-cinq ans, majoritairement, ne se sont pas exprimés. Et il en est de même avec les catégories sociales les plus défavorisées... Pour François II, l’adhésion reste à conquérir…
Majorité. À force de répéter sur tous les tons que «la gauche, cette fois, ne peut pas décevoir», qu’elle n’en a «pas le droit», faute de quoi le pire serait à envisager dans un avenir plus ou moins proche, certains omettent de dimensionner le périmètre du mot «gauche» ainsi utilisé dans une globalité erronée. En l’espèce, nous devons entendre: les socialistes et leurs alliés gouvernementaux. Ceux pour lesquels les élections législatives furent un moment de grâce. Ou presque. Mettons de côté les destins personnels, concentrons-nous sur ce que nous nous permettrons de considérer comme un sacre en trompe-l’œil. Il n’est nullement question, ici, de minimiser l’ampleur de la victoire des socialistes: en nombre, sinon en pourcentage, jamais la gauche n’avait obtenu semblable hégémonie à l’Assemblée. D’autant que ladite gauche domine dorénavant le paysage politique comme jamais cela ne s’était produit depuis l’avènement de la Ve République: le Palais-Bourbon, le Sénat, l’essentielle des régions, la majorité des départements et la plupart des grandes villes. Que reste-t-il à la droite parlementaire? Soyons précis: 3 régions sur 26, dont 2 en outre-mer ; 40 départements sur 101 ; 12 villes de plus de 100.000 habitants sur 41. Du jamais-vu, inutile de le préciser.
Vertige. Bien sûr, cette hyperdomination ne tombe pas du ciel. Après cinq années de nicoléonisme et de dérives en tout genre, l’envie de changement était la plus forte et les Français ne se sont pas contentés, aux législatives, de confirmer le résultat de la présidentielle.
Vertige. Bien sûr, cette hyperdomination ne tombe pas du ciel. Après cinq années de nicoléonisme et de dérives en tout genre, l’envie de changement était la plus forte et les Français ne se sont pas contentés, aux législatives, de confirmer le résultat de la présidentielle.
mercredi 20 juin 2012
Rio+20 : oui, la maison brûle...
Un développement humainement durable: est-ce compatible avec la virulence du modèle financier?
«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.» Personne n’a oublié l’intuition oratoire de Jacques Chirac, le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en ouverture du IVe Sommet de la terre. Cette prise de parole conscientisée à l’extrême, avec sa part de dramatisation, n’avait d’autre but que de rappeler aux dirigeants du monde leur devoir sacré: lutter contre l’indifférence des Terriens face aux menaces environnementales, face aux destructions de la nature et de ses ressources, qui mettent en danger l’espèce humaine tout entière. Ce jour-là, le président de l’époque s’exprimait dix ans après le premier sommet de Rio. En 1992, la Terre s’était assise à la table des négociations onusiennes. Les préoccupations écologiques et de développement durable s’écrivaient à l’encre noire dans tous les agendas internationaux…
Où en est-on aujourd’hui? Ne le cachons pas, la réunion de l’ONU en présence d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement, qui se tient de nouveau à Rio, comme un symbolique retour aux sources, s’ouvre sur un constat d’alarme. Le bilan de l’action des États n’a rien de rassurant. Et le contexte mondial laisse apparaître des contradictions majeures : consommation d’énergies en plein boom, pics d’émissions de gaz à effet de serre, hausse des déchets et des pollutions chimiques, exploitation de l’écosystème jusqu’à la négation de la biodiversité, pillage des biens communs de l’humanité, marchandisation du concept d’«économie verte» au profit des grands trusts privés, nouvelle explosion de l’énergie fossile… tout cela frappé du sceau de la poursuite effrénée du système productiviste néocapitaliste !
«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.» Personne n’a oublié l’intuition oratoire de Jacques Chirac, le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en ouverture du IVe Sommet de la terre. Cette prise de parole conscientisée à l’extrême, avec sa part de dramatisation, n’avait d’autre but que de rappeler aux dirigeants du monde leur devoir sacré: lutter contre l’indifférence des Terriens face aux menaces environnementales, face aux destructions de la nature et de ses ressources, qui mettent en danger l’espèce humaine tout entière. Ce jour-là, le président de l’époque s’exprimait dix ans après le premier sommet de Rio. En 1992, la Terre s’était assise à la table des négociations onusiennes. Les préoccupations écologiques et de développement durable s’écrivaient à l’encre noire dans tous les agendas internationaux…
Où en est-on aujourd’hui? Ne le cachons pas, la réunion de l’ONU en présence d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement, qui se tient de nouveau à Rio, comme un symbolique retour aux sources, s’ouvre sur un constat d’alarme. Le bilan de l’action des États n’a rien de rassurant. Et le contexte mondial laisse apparaître des contradictions majeures : consommation d’énergies en plein boom, pics d’émissions de gaz à effet de serre, hausse des déchets et des pollutions chimiques, exploitation de l’écosystème jusqu’à la négation de la biodiversité, pillage des biens communs de l’humanité, marchandisation du concept d’«économie verte» au profit des grands trusts privés, nouvelle explosion de l’énergie fossile… tout cela frappé du sceau de la poursuite effrénée du système productiviste néocapitaliste !
dimanche 17 juin 2012
Lance Armstrong : l’imposture va s’achever, enfin !
Le septuple vainqueur du Tour de France est rattrapé par la justice sportive américaine. Une nouvelle enquête en cours pourrait bien chambouler les palmarès cyclistes. Que penser de ce coup de tonnerre?
À défaut de toujours frayer une place en philosophie,
le cyclisme permet de lire l’âme humaine comme dans un livre ouvert. Témoins d’une époque de métamorphose des corps, de modifications sanguines et génétiques, accouchée dans l’horreur des pires prédictions du bio-pouvoir et de l’homme-machine à performer, nous regardons avec lucidité la sortie de route peut-être définitive de Lance Armstrong. Tandis que l’Agence américaine antidopage déclare détenir les preuves que l’Américain, septuple vainqueur de la Grande Boucle,
fut un grand tricheur, un mot nous vient à l’esprit, un mot qui résonne presque comme un cri: enfin!
Le cyclisme avait-il besoin de la mondialisation d’abord, d’Armstrong ensuite, pour sombrer dans le produit du modèle anglo-saxon? Jusqu’au dopage «scientifique» des années 1990, avec sa substance phare, l’EPO, le vélo avait plus ou moins préservé son onctuosité poétique, protégeant jusqu’à l’orgueil cette fraîche bataille des «hommes de loin qui vivent près de chez nous», comme l’écrivait Blondin. Ce fameux Tour d’enfance projetait encore sur ces champions une part de nos fantasmes d’émancipation. Pour le chronicœur-suiveur, ayant quelques bouteilles au compteur, comment ne pas croire qu’Armstrong et ses congénères, complices ou semblables, nous ont trahis? Prenons bien conscience de ce que furent les années «Armstrong»: avec ces hommes sans foi ni loi, qui ont raturé la définition même de la légende des Géants de la route, le cyclisme a cessé d’être un sport spectaculaire pour devenir un spectacle sportif, symptôme et produit d’une société capitaliste qui ne vit que pour (se) vendre. Tôt ou tard, les imposteurs de l’histoire doivent rendre des comptes.
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| Le livre que j'ai publié sur Armstrong, en 2009 (éditions Michel de Maule). |
Le cyclisme avait-il besoin de la mondialisation d’abord, d’Armstrong ensuite, pour sombrer dans le produit du modèle anglo-saxon? Jusqu’au dopage «scientifique» des années 1990, avec sa substance phare, l’EPO, le vélo avait plus ou moins préservé son onctuosité poétique, protégeant jusqu’à l’orgueil cette fraîche bataille des «hommes de loin qui vivent près de chez nous», comme l’écrivait Blondin. Ce fameux Tour d’enfance projetait encore sur ces champions une part de nos fantasmes d’émancipation. Pour le chronicœur-suiveur, ayant quelques bouteilles au compteur, comment ne pas croire qu’Armstrong et ses congénères, complices ou semblables, nous ont trahis? Prenons bien conscience de ce que furent les années «Armstrong»: avec ces hommes sans foi ni loi, qui ont raturé la définition même de la légende des Géants de la route, le cyclisme a cessé d’être un sport spectaculaire pour devenir un spectacle sportif, symptôme et produit d’une société capitaliste qui ne vit que pour (se) vendre. Tôt ou tard, les imposteurs de l’histoire doivent rendre des comptes.
[ARTICLE publié dans l'Humanité du 15 juin 2012.]
Ukrainien(s): 9 août 1942, l'honneur d'un sport et d'un peuple
Dans "Gagner à en Mourir", Pierre-Louis Basse nous raconte l'histoire d'un match méconnu entre le FC Start et les meilleurs joueurs de l'Allemagne nazie...
Foot. Pierre-Louis Basse a mille fois raison: nous aimons tous le football comme nous aimons notre enfance, «avec insouciance et regret, car nous passons une partie non négligeable de notre vie à regretter cette enfance». Tôt ou tard, le monde des adultes squatte notre présent et avant même de nous en rendre compte, nous avons quitté les bords de rive où s’échangeaient nos rêves de ballon rond et de numéros de dossard du Tour de France. Les brumes du présentisme, avec son performatif, remplacent alors l’éclat des ciels clairs des gamins. «Je n’ai jamais cessé de croire – au nom de cette passion pour l’enfance – que le football n’était rien d’autre que le merveilleux prolongement d’une époque», écrit Pierre-Louis Basse, plus mélancolique que jamais à refuser l’idéalisation du passé et plus encore sa nostalgie. Dans son dernier livre, Gagner à en mourir (Robert Laffont), le journaliste et écrivain sort de son silence forcé de la plus belle des manières. Mettant sa plume au service du sport, de l’histoire et de la politique.
Voix. Petit rappel aux oublieux: Pierre-Louis Basse n’est plus journaliste à Europe 1 depuis l’été 2011. Et croyez-nous, son émission, où se côtoyaient des philosophes, des musiciens, des ouvriers et parfois même des bloc-noteurs (eh oui), ne manque pas qu’aux auditeurs! Écarté, viré: chacun choisira la bonne expression.
Foot. Pierre-Louis Basse a mille fois raison: nous aimons tous le football comme nous aimons notre enfance, «avec insouciance et regret, car nous passons une partie non négligeable de notre vie à regretter cette enfance». Tôt ou tard, le monde des adultes squatte notre présent et avant même de nous en rendre compte, nous avons quitté les bords de rive où s’échangeaient nos rêves de ballon rond et de numéros de dossard du Tour de France. Les brumes du présentisme, avec son performatif, remplacent alors l’éclat des ciels clairs des gamins. «Je n’ai jamais cessé de croire – au nom de cette passion pour l’enfance – que le football n’était rien d’autre que le merveilleux prolongement d’une époque», écrit Pierre-Louis Basse, plus mélancolique que jamais à refuser l’idéalisation du passé et plus encore sa nostalgie. Dans son dernier livre, Gagner à en mourir (Robert Laffont), le journaliste et écrivain sort de son silence forcé de la plus belle des manières. Mettant sa plume au service du sport, de l’histoire et de la politique.
Voix. Petit rappel aux oublieux: Pierre-Louis Basse n’est plus journaliste à Europe 1 depuis l’été 2011. Et croyez-nous, son émission, où se côtoyaient des philosophes, des musiciens, des ouvriers et parfois même des bloc-noteurs (eh oui), ne manque pas qu’aux auditeurs! Écarté, viré: chacun choisira la bonne expression.
jeudi 14 juin 2012
Messieurs, Mesdames de l'UMP: taisez-vous !
« Le Front de gauche et le Front national, c’est pareil », disent les ténors de l’UMP. Ils insultent la mémoire du général de Gaulle.
Comme souvent, le secrétaire général de l’UMP aurait mieux fait de ne pas se laisser aller à ses songeries ambulatoires, qui, chez lui, ne produisent que de la pensée «pour les nuls». Réagissant à la décision gouvernementale, prise hier, de plafonner à 450 000 euros annuels les rémunérations des dirigeants des entreprises publiques, Jean-François Copé a qualifié «d’extrêmement hypocrite» ce dispositif, ajoutant, toujours «pour les nuls», qu’il singe décidément bien: «On fait semblant de régler les problèmes. C’est dans la catégorie “morale ostentatoire” pour dissimuler ce qui est moins moral. Pour moi, réduire les injustices, c’est permettre aux Français de gagner plus.» Même rengaine, mêmes mots. Travailler plus pour gagner plus, moraliser le capitalisme… Le CD était tellement rayé que les Français l’ont éjecté. Il serait temps que monsieur Copé s’en aperçoive.
Oui, la vie publique a besoin d’éthique, d’exemplarité, et les mandataires sociaux doivent être les premiers à enclencher le début d’un cercle vertueux dont on souhaite, ne le cachons pas, qu’il aille beaucoup plus loin. Rappelons-nous que, sur ce sujet et bien d’autres, les socialistes viennent de loin. Sans la campagne du Front de gauche et son idée d’imposer une échelle des salaires de 1 à 20, jamais le gouvernement Ayrault n’aurait inscrit à son agenda le sort des entreprises publiques. Encore un effort, et bientôt même la question des salaires des patrons du CAC 40 ne sera plus taboue !
Comme souvent, le secrétaire général de l’UMP aurait mieux fait de ne pas se laisser aller à ses songeries ambulatoires, qui, chez lui, ne produisent que de la pensée «pour les nuls». Réagissant à la décision gouvernementale, prise hier, de plafonner à 450 000 euros annuels les rémunérations des dirigeants des entreprises publiques, Jean-François Copé a qualifié «d’extrêmement hypocrite» ce dispositif, ajoutant, toujours «pour les nuls», qu’il singe décidément bien: «On fait semblant de régler les problèmes. C’est dans la catégorie “morale ostentatoire” pour dissimuler ce qui est moins moral. Pour moi, réduire les injustices, c’est permettre aux Français de gagner plus.» Même rengaine, mêmes mots. Travailler plus pour gagner plus, moraliser le capitalisme… Le CD était tellement rayé que les Français l’ont éjecté. Il serait temps que monsieur Copé s’en aperçoive.
Oui, la vie publique a besoin d’éthique, d’exemplarité, et les mandataires sociaux doivent être les premiers à enclencher le début d’un cercle vertueux dont on souhaite, ne le cachons pas, qu’il aille beaucoup plus loin. Rappelons-nous que, sur ce sujet et bien d’autres, les socialistes viennent de loin. Sans la campagne du Front de gauche et son idée d’imposer une échelle des salaires de 1 à 20, jamais le gouvernement Ayrault n’aurait inscrit à son agenda le sort des entreprises publiques. Encore un effort, et bientôt même la question des salaires des patrons du CAC 40 ne sera plus taboue !
samedi 9 juin 2012
Grec(s) : petit rappel à ceux qui ignorent l'Histoire...
Jadis, nos maîtres nous hurlaient aux oreilles: «Savez-vous ce que nous devons à la Grèce ? Tout!» Voilà bien le genre de phrase que n’ont pas dû entendre dans leur enfance ni Christine Lagarde ni Angela Merkel...
(A LA MEMOIRE DE JACQUES COUBARD lire ici
QUI CONNAISSAIT SI BIEN L'ART HELLENE...)
Grammaire. L’évidage de l’école républicaine, par tous ceux qui la nient ou en dévoient l’universalité, n’est pas sans conséquences: l’absence des classiques et des Illustres provoque fautes de sens et grossièretés historiques. Les valeurs de l’enseignement, dont nous étions jadis autant les débiteurs que les usufruitiers, dispensaient depuis les estrades cet art banal de la transmission qu’aucune contingence extérieure ne venait pervertir. Le «connais-toi toi-même» côtoyait l’«esprit sain dans un corps sain». Et quand il nous arrivait, non par renoncement mais par lassitude, de nous éloigner un peu du chemin triomphant de l’apprentissage des connaissances, les maîtres vous hurlaient aux oreilles: «Grammaire grecque! Grammaire grecque!» Et ils ajoutaient, sûrs d’eux: «Savez-vous ce que nous devons à la Grèce ? Tout!» Voilà bien le genre de phrase que n’ont pas dû entendre dans leur enfance ni Christine Lagarde ni Angela Merkel (pour ne citer que ces deux-là, la liste des salauds patentés étant trop exhaustive), tant leur arrogance et leur haine de la Grèce s’entendent à chacune de leurs interventions. Elles ont oublié que, en 1981, lorsque la Grèce adhéra à l’Europe, un certain Valéry Giscard d’Estaing avait demandé aux Français de l’accueillir telle notre «mère spirituelle». Le coauteur de la Constitution de 2005 s’en souvient-il lui-même, d’ailleurs? À l’époque, convoqués au banquet d’Histoire, nos cœurs battaient à la moindre évocation d’une civilisation vieille de vingt-cinq siècles, cela nécessitant un peu de sublimation. Les noms résonnaient en nous comme autant de mystères à déchiffrer, Homère, Platon, Socrate, Eschyle, Sophocle, Euripide, Thucydide, Aristophane, Pythagore, Aristote, Archimède, Hippocrate, tant d’autres… Alors, que doit-on à la Grèce?
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| Le Parthénon, principal temple d'Athènes. |
QUI CONNAISSAIT SI BIEN L'ART HELLENE...)
Grammaire. L’évidage de l’école républicaine, par tous ceux qui la nient ou en dévoient l’universalité, n’est pas sans conséquences: l’absence des classiques et des Illustres provoque fautes de sens et grossièretés historiques. Les valeurs de l’enseignement, dont nous étions jadis autant les débiteurs que les usufruitiers, dispensaient depuis les estrades cet art banal de la transmission qu’aucune contingence extérieure ne venait pervertir. Le «connais-toi toi-même» côtoyait l’«esprit sain dans un corps sain». Et quand il nous arrivait, non par renoncement mais par lassitude, de nous éloigner un peu du chemin triomphant de l’apprentissage des connaissances, les maîtres vous hurlaient aux oreilles: «Grammaire grecque! Grammaire grecque!» Et ils ajoutaient, sûrs d’eux: «Savez-vous ce que nous devons à la Grèce ? Tout!» Voilà bien le genre de phrase que n’ont pas dû entendre dans leur enfance ni Christine Lagarde ni Angela Merkel (pour ne citer que ces deux-là, la liste des salauds patentés étant trop exhaustive), tant leur arrogance et leur haine de la Grèce s’entendent à chacune de leurs interventions. Elles ont oublié que, en 1981, lorsque la Grèce adhéra à l’Europe, un certain Valéry Giscard d’Estaing avait demandé aux Français de l’accueillir telle notre «mère spirituelle». Le coauteur de la Constitution de 2005 s’en souvient-il lui-même, d’ailleurs? À l’époque, convoqués au banquet d’Histoire, nos cœurs battaient à la moindre évocation d’une civilisation vieille de vingt-cinq siècles, cela nécessitant un peu de sublimation. Les noms résonnaient en nous comme autant de mystères à déchiffrer, Homère, Platon, Socrate, Eschyle, Sophocle, Euripide, Thucydide, Aristophane, Pythagore, Aristote, Archimède, Hippocrate, tant d’autres… Alors, que doit-on à la Grèce?
vendredi 8 juin 2012
Retraites : et le courage de la volonté ?
Le dispositif adopté hier pour les retraites constitue un pas vers la justice réhabilitée. Un pas seulement.
La droite n’aime décidément pas les gestes de justice, quels qu’ils soient, modestes ou symboliquement forts. Hier, il fallait se contenir pour ne pas éprouver des haut-le-cœur en écoutant les réactions des pontes et autres ex-profiteurs de l’État-UMP, après l’annonce par le gouvernement que 110.000 personnes (seulement) allaient retrouver le droit de faire valoir leur départ à la retraite à 60 ans… Déchaîné, Jean-François Copé, déversant sa haine des travailleurs en souffrance: «Je veux alerter sur les folies qui sont en train de se préparer, nous n’avons pas le moindre euro pour financer ces cadeaux électoraux.» Apprécions au passage la délicatesse du langage. Pour le secrétaire général de l’UMP, potentiellement leader de la droite parlementaire, octroyer ou rétablir un droit équivaut forcément à un coup électoral, à un sourd calcul, histoire de caresser dans le sens du poil le bas peuple, qui, comme chacun le sait, n’a ni conscience ni âme pour apprécier par lui-même de quoi il retourne. Dès qu’elle entend «droits sociaux», la droite ferme ses coffres et sort ses flingues. Rien de neuf sous son ciel gris.
Le dispositif adopté hier par décret sur le retour partiel de la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler à 18 ans, qui prévoit d’inclure dans la durée de cotisation deux trimestres pour les chômeurs et deux trimestres supplémentaires au titre de la maternité, est une bonne nouvelle pour les citoyens concernés. Penser ou dire le contraire est une infamie intellectuelle au regard de la pénibilité des parcours professionnels en question.
La droite n’aime décidément pas les gestes de justice, quels qu’ils soient, modestes ou symboliquement forts. Hier, il fallait se contenir pour ne pas éprouver des haut-le-cœur en écoutant les réactions des pontes et autres ex-profiteurs de l’État-UMP, après l’annonce par le gouvernement que 110.000 personnes (seulement) allaient retrouver le droit de faire valoir leur départ à la retraite à 60 ans… Déchaîné, Jean-François Copé, déversant sa haine des travailleurs en souffrance: «Je veux alerter sur les folies qui sont en train de se préparer, nous n’avons pas le moindre euro pour financer ces cadeaux électoraux.» Apprécions au passage la délicatesse du langage. Pour le secrétaire général de l’UMP, potentiellement leader de la droite parlementaire, octroyer ou rétablir un droit équivaut forcément à un coup électoral, à un sourd calcul, histoire de caresser dans le sens du poil le bas peuple, qui, comme chacun le sait, n’a ni conscience ni âme pour apprécier par lui-même de quoi il retourne. Dès qu’elle entend «droits sociaux», la droite ferme ses coffres et sort ses flingues. Rien de neuf sous son ciel gris.
Le dispositif adopté hier par décret sur le retour partiel de la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler à 18 ans, qui prévoit d’inclure dans la durée de cotisation deux trimestres pour les chômeurs et deux trimestres supplémentaires au titre de la maternité, est une bonne nouvelle pour les citoyens concernés. Penser ou dire le contraire est une infamie intellectuelle au regard de la pénibilité des parcours professionnels en question.
samedi 2 juin 2012
Pour l'Education nationale? Les moyens et l'esprit
L’égalité républicaine, dont l’égalité des chances à l’école est l’une des sources inépuisables, ne se négocie pas.
Jacques Derrida, pour lequel l’enseignement eut un sens si ultime qu’il entretint avec cette profession une ardeur et un art absolu de la transmission, nous a légué l’un de ces concepts qui nous aident à regarder la réalité sans s’effacer derrière ses contraintes supposées: comment apprendre à passer «du peut être au doit être», sans jamais faillir ni avec sa volonté ni avec sa raison… Voilà très exactement ce à quoi est confronté le philosophe de formation et tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, qui a hérité d’un des secteurs les plus abîmés de la Sarkozye. Dans l’un de ses derniers livres, l’homme se proposait de «renouer les liens du politique à l’action et à la vérité». Difficile d’être plus ambitieux. À condition que « la vérité » ne devienne pas l’ennemie du changement: c’est le réel qu’on change, pas son interprétation.
Rude tâche. Car la situation de l’éducation nationale, rapportée aux anciens sermons de «principe de réalité» du prédécesseur Luc Chatel, est si grave que les acteurs ne laissent pas passer un seul jour sans réclamer des «mesures d’urgence» au nouveau gouvernement Ayrault. Nous le savons, les chiffres expliquant l’ampleur du carnage ont été maniés tellement de fois qu’ils semblent avoir perdu de leur puissance démonstratrice. Et pourtant.
Jacques Derrida, pour lequel l’enseignement eut un sens si ultime qu’il entretint avec cette profession une ardeur et un art absolu de la transmission, nous a légué l’un de ces concepts qui nous aident à regarder la réalité sans s’effacer derrière ses contraintes supposées: comment apprendre à passer «du peut être au doit être», sans jamais faillir ni avec sa volonté ni avec sa raison… Voilà très exactement ce à quoi est confronté le philosophe de formation et tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, qui a hérité d’un des secteurs les plus abîmés de la Sarkozye. Dans l’un de ses derniers livres, l’homme se proposait de «renouer les liens du politique à l’action et à la vérité». Difficile d’être plus ambitieux. À condition que « la vérité » ne devienne pas l’ennemie du changement: c’est le réel qu’on change, pas son interprétation.
Rude tâche. Car la situation de l’éducation nationale, rapportée aux anciens sermons de «principe de réalité» du prédécesseur Luc Chatel, est si grave que les acteurs ne laissent pas passer un seul jour sans réclamer des «mesures d’urgence» au nouveau gouvernement Ayrault. Nous le savons, les chiffres expliquant l’ampleur du carnage ont été maniés tellement de fois qu’ils semblent avoir perdu de leur puissance démonstratrice. Et pourtant.
vendredi 1 juin 2012
Le progrès est-il toujours une idée neuve ?
Progresser est toujours de l’ordre de la construction vers un idéal. Pour empêcher la planète de poursuivre sa course folle.
De quoi la gravité de la crise et les périls qui s’accumulent sont-ils le nom? Un mal, insidieux, nous vient immédiatement à l’esprit: tout optimisme du progrès serait devenu caduc… Ainsi, pris dans le tourbillon d’une histoire dont il ne maîtrise plus ni le périmètre ni les organismes décisionnaires, l’homme aurait cessé d’être le bénéficiaire de sa propre évolution pour devoir se mettre au service d’une logique technoscientifique et financière dont toute finalité humaniste a été gommée. Assistons-nous à une rupture philosophique de grande ampleur, pour ne pas dire de grands périls? L’idée même de progrès, qui puise sa source à la fin de la Renaissance, pendant les Lumières et au début de l’industrialisation, a toujours permis à nos sociétés d’approcher un idéal de réalisation. Jusque loin en arrière, les femmes et les hommes ont rarement douté que la mobilisation de l’intelligence humaine, de la science et de la technique assurerait à coup sûr un progrès de la prospérité et la condition du bonheur, sinon de tous, du moins du plus grand nombre. À défaut, les luttes sociales en constituaient une sorte de garantie. Mais depuis une décennie (un peu plus?), nos concitoyens tiennent la notion de progrès en respect, quand ils ne posent pas sur elle un regard totalement suspicieux, quitte à verser dans le pire conservatisme…
De quoi la gravité de la crise et les périls qui s’accumulent sont-ils le nom? Un mal, insidieux, nous vient immédiatement à l’esprit: tout optimisme du progrès serait devenu caduc… Ainsi, pris dans le tourbillon d’une histoire dont il ne maîtrise plus ni le périmètre ni les organismes décisionnaires, l’homme aurait cessé d’être le bénéficiaire de sa propre évolution pour devoir se mettre au service d’une logique technoscientifique et financière dont toute finalité humaniste a été gommée. Assistons-nous à une rupture philosophique de grande ampleur, pour ne pas dire de grands périls? L’idée même de progrès, qui puise sa source à la fin de la Renaissance, pendant les Lumières et au début de l’industrialisation, a toujours permis à nos sociétés d’approcher un idéal de réalisation. Jusque loin en arrière, les femmes et les hommes ont rarement douté que la mobilisation de l’intelligence humaine, de la science et de la technique assurerait à coup sûr un progrès de la prospérité et la condition du bonheur, sinon de tous, du moins du plus grand nombre. À défaut, les luttes sociales en constituaient une sorte de garantie. Mais depuis une décennie (un peu plus?), nos concitoyens tiennent la notion de progrès en respect, quand ils ne posent pas sur elle un regard totalement suspicieux, quitte à verser dans le pire conservatisme…
jeudi 31 mai 2012
Musique(s) : vive le Festival de Saint-Denis !
L'Humanité est partenaire depuis onze ans du célèbre festival de musique. Notre fierté.
Depuis sa création par Jean Jaurès, au début d’un siècle qui nous apparaît déjà lointain, l’Humanité, fidèle au serment de ses premiers actes, a toujours conjugué la culture à tous les temps. Oui, la culture comme sel de notre quotidien, comme l’une de nos raisons d’être. Et puisque la musique y tient une place universelle, il nous faut plus que jamais en défendre la singularité et la multiplicité, et aider, partout où nous pouvons agir, à son accès au plus grand nombre. Ne l’oublions jamais. En ces temps de crise terrible où le lien social se délie chaque jour un peu plus, l’accès à la culture (pour tous !) est l’un des enjeux majeurs de civilisation – et surtout cette espèce de «supplément d’âme» que les puissants voudraient conserver à une petite élite fortunée, tandis que les conditions de transmission des savoirs se sont à ce point détériorées qu’elles n’assurent plus le minimum requis…
Depuis sa création par Jean Jaurès, au début d’un siècle qui nous apparaît déjà lointain, l’Humanité, fidèle au serment de ses premiers actes, a toujours conjugué la culture à tous les temps. Oui, la culture comme sel de notre quotidien, comme l’une de nos raisons d’être. Et puisque la musique y tient une place universelle, il nous faut plus que jamais en défendre la singularité et la multiplicité, et aider, partout où nous pouvons agir, à son accès au plus grand nombre. Ne l’oublions jamais. En ces temps de crise terrible où le lien social se délie chaque jour un peu plus, l’accès à la culture (pour tous !) est l’un des enjeux majeurs de civilisation – et surtout cette espèce de «supplément d’âme» que les puissants voudraient conserver à une petite élite fortunée, tandis que les conditions de transmission des savoirs se sont à ce point détériorées qu’elles n’assurent plus le minimum requis…
mardi 29 mai 2012
Feu social : l'épreuve pour le gouvernement
Le volontarisme affiché par l'équipe de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault se transformera-t-il en actions de combat capables de faire vaciller le monde de la finance ?
«La manière de penser des hommes dépend beaucoup des gens avec qui ils ont à vivre et des tentations qu’ils ont à vaincre.» Pour comprendre une certaine idée du bien commun, beaucoup devraient relire le Discours sur les richesses publié par Rousseau en 1753. Sait-on jamais. Les cyniques du capitalisme ensauvagé (pléonasme) y puiseraient, peut-être, quelques illustrations symboliques, voire quelques leçons de morale auxquelles ils se plaisent à échapper en fuyant dans cette espèce d’obscurité du libéralisme nommée «loi du marché», véritable point aveugle de la financiarisation et de la «loi du chiffre» de nos sociétés. L’actualité des entreprises nous en donne une nouvelle preuve flagrante. Oui, les plans dits sociaux, cachés dans les tiroirs pendant la présidentielle, existaient bel et bien. Et d’une ampleur dramatique…
Nous ne dénoncerons jamais assez l’amoralité des patrons et des banquiers concernés, prédateurs-en-chef au cœur de cette jungle trempée dans la fange de la rentabilité, tous dénués de ce sens prétendument naturel des proportions humaines. Selon les estimations, entre 45 000 et 100 000 emplois seraient menacés, dans tous les secteurs. Un été meurtrier en prévision ?
«La manière de penser des hommes dépend beaucoup des gens avec qui ils ont à vivre et des tentations qu’ils ont à vaincre.» Pour comprendre une certaine idée du bien commun, beaucoup devraient relire le Discours sur les richesses publié par Rousseau en 1753. Sait-on jamais. Les cyniques du capitalisme ensauvagé (pléonasme) y puiseraient, peut-être, quelques illustrations symboliques, voire quelques leçons de morale auxquelles ils se plaisent à échapper en fuyant dans cette espèce d’obscurité du libéralisme nommée «loi du marché», véritable point aveugle de la financiarisation et de la «loi du chiffre» de nos sociétés. L’actualité des entreprises nous en donne une nouvelle preuve flagrante. Oui, les plans dits sociaux, cachés dans les tiroirs pendant la présidentielle, existaient bel et bien. Et d’une ampleur dramatique…
Nous ne dénoncerons jamais assez l’amoralité des patrons et des banquiers concernés, prédateurs-en-chef au cœur de cette jungle trempée dans la fange de la rentabilité, tous dénués de ce sens prétendument naturel des proportions humaines. Selon les estimations, entre 45 000 et 100 000 emplois seraient menacés, dans tous les secteurs. Un été meurtrier en prévision ?
vendredi 25 mai 2012
Conseiller(s): dans les coulisses des cabinets...
L'un part, l'autre arrive. Quand les hommes de l'ombre parlent et se confessent. Jusqu'où ne pas être trop naïfs...
Distance. «Malgré toutes les forces contre nous, tout cela s’est terminé dans un mouchoir de poche, 600 000 voix, et l’affaire pouvait basculer…» Dans un bistrot parisien d’où l’on aperçoit furtivement la rue de Rivoli voisine, un ancien conseiller du Palais tente de se donner des raisons compensatoires. Jusque-là, l’énarque avait divinisé l’ego, la vie, l’argent, le pouvoir, cette sensation de toucher du doigt ce qu’il nommait «l’unité de commande de l’État», avec, au fond des yeux, dès qu’il prenait la parole, même dans l’intimité, ce semblant de hiérarchie dans l’atomisation des individus. Le voici soudain en peine de défouloir, cherchant une oreille attentive et pourquoi pas une lueur de complicité dans la nuit des solitudes – qui ne franchira pas le seuil de la fraternité républicaine. L’atomiseur atomisé. Sonné. Mais visiblement peu inquiet pour son avenir professionnel, puisque, début juin, ce tout frais quadra retrouvera son corps d’origine, la Cour des comptes… Si ce proche d’Henri Guaino reconnaît avoir commencé ses cartons dès avant le second tour de la présidentielle, sachant la partie perdue, il reproche ouvertement, mais pas publiquement, la «stratégie du choc» et la «logique des boucs émissaires» imposées par le Machiavel de l’ombre, Patrick Buisson, autant de manœuvres dans lesquelles se serait «fourvoyé» Nicoléon. Par cette prise de distance pour le moins tardive, notre interlocuteur ne cherche-t-il pas à se donner le beau rôle? «Pas du tout, répond-il. Ce fut une bataille de fond et je suis le premier à reconnaître, hélas!, que c’est sans doute grâce à cette stratégie ultradroitière que nous avons failli déjouer les sondages. Ne vous méprenez pas: la France n’a jamais été aussi à droite qu’en ce moment. Le paradoxe est total. C’est une bombe politique qui explosera un jour ou l’autre.»
«Choc». Pas de hasard. À la faveur de cette discussion serrée, le bloc-noteur en a profité pour re-jeter un œil attentif à l’essai de Naomi Klein, "la Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre", réédité dans la version poche (Babel Éditions). L’essayiste canadienne démontrait comment la mise en œuvre systématique de cette stratégie dite «du choc» par les ultralibéraux de tous les continents, façon Milton Friedman, a consisté à profiter de la fragilité d’une population ou d’un pays pour appliquer des contre-réformes si violentes que tout retour en arrière semble (injustement) impossible.
Distance. «Malgré toutes les forces contre nous, tout cela s’est terminé dans un mouchoir de poche, 600 000 voix, et l’affaire pouvait basculer…» Dans un bistrot parisien d’où l’on aperçoit furtivement la rue de Rivoli voisine, un ancien conseiller du Palais tente de se donner des raisons compensatoires. Jusque-là, l’énarque avait divinisé l’ego, la vie, l’argent, le pouvoir, cette sensation de toucher du doigt ce qu’il nommait «l’unité de commande de l’État», avec, au fond des yeux, dès qu’il prenait la parole, même dans l’intimité, ce semblant de hiérarchie dans l’atomisation des individus. Le voici soudain en peine de défouloir, cherchant une oreille attentive et pourquoi pas une lueur de complicité dans la nuit des solitudes – qui ne franchira pas le seuil de la fraternité républicaine. L’atomiseur atomisé. Sonné. Mais visiblement peu inquiet pour son avenir professionnel, puisque, début juin, ce tout frais quadra retrouvera son corps d’origine, la Cour des comptes… Si ce proche d’Henri Guaino reconnaît avoir commencé ses cartons dès avant le second tour de la présidentielle, sachant la partie perdue, il reproche ouvertement, mais pas publiquement, la «stratégie du choc» et la «logique des boucs émissaires» imposées par le Machiavel de l’ombre, Patrick Buisson, autant de manœuvres dans lesquelles se serait «fourvoyé» Nicoléon. Par cette prise de distance pour le moins tardive, notre interlocuteur ne cherche-t-il pas à se donner le beau rôle? «Pas du tout, répond-il. Ce fut une bataille de fond et je suis le premier à reconnaître, hélas!, que c’est sans doute grâce à cette stratégie ultradroitière que nous avons failli déjouer les sondages. Ne vous méprenez pas: la France n’a jamais été aussi à droite qu’en ce moment. Le paradoxe est total. C’est une bombe politique qui explosera un jour ou l’autre.»
«Choc». Pas de hasard. À la faveur de cette discussion serrée, le bloc-noteur en a profité pour re-jeter un œil attentif à l’essai de Naomi Klein, "la Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre", réédité dans la version poche (Babel Éditions). L’essayiste canadienne démontrait comment la mise en œuvre systématique de cette stratégie dite «du choc» par les ultralibéraux de tous les continents, façon Milton Friedman, a consisté à profiter de la fragilité d’une population ou d’un pays pour appliquer des contre-réformes si violentes que tout retour en arrière semble (injustement) impossible.
samedi 19 mai 2012
Normalité(s): il ne fallait pas sous-estimer François Hollande
Ceux qui ont pris à la légère la volonté et le talent du nouveau président doivent se rendre à l’évidence. Au passage, petit mea-culpa du bloc-noteur...
Intronisation. «François Hollande: président de la République.» Une phrase, qui n’a rien d’interrogative, claque désormais dans le paysage, elle a valeur d’information pour l’Histoire. L’homme, intronisé, a donc arpenté le tapis rouge avant de s’installer sous les ors de cette monarchie élective qui n’en finit pas d’user la République. Il avait endossé les habits; il habite depuis la fonction. «François Hollande: président.» Non, personne ne rêve. La gauche. Une certaine gauche. La gauche de nouveau. Certains se rendent à l’émotion durable, aux grandes heures du passé, à 1936, à 1981, à 1997, ou mieux encore, à l’illusion lyrique d’une nouvelle gouvernance, voire d’un New Deal à la française. N’est pas Roosevelt qui veut. D’autres, plus modestes en diable et calculateurs, chantent déjà la crise sur tous les tons, le «sérieux» en bandoulière et l’«adaptation» pour toute volonté. Et le grand héritage? Pour plus tard. Peut-être. Si l’on peut. Comme l’écrit une amie écrivain et poète: «Le vent, libéré de ses pères, retombe en cendres froides jusqu’à s’abasourdir de silence.»
Solitaire. Puisque partout des mots pullulent ça et là dans l’art français d’«être» en politique, fonctionnant comme autant de graphies pour narrer les destins si peu ordinaires, voici que, à la lecture de ces simples mots, «François Hollande: président de la République», beaucoup semblent étonnés pour ne pas dire plus, éberlués, sidérés par cette réalité-là. Ils sont nombreux à se prendre pour des aigles, mais rien dans leur pelote, pas la moindre trace ou résidu d’Histoire. Ceux qui, par volonté (coupable) ou méconnaissance (impardonnable), ont sous-estimé François Hollande doivent se rendre à l’évidence: par l’exigence modeste d’une élection sans lueur ni franc espoir, l’ex-numéro un du parti socialiste a réussi ce que peu imaginaient possible, maîtriser les épreuves, manoeuvrer avec assez d’intelligence face à la situation du pays et de ses attentes, pour imposer sa philosophie empruntée à Aimé Césaire, «l’espérance lucide». Au fond, cet énarque et ancien magistrat à la Cour des comptes, qui a bâti toute sa carrière au PS sans jamais se voir proposer le moindre ministère, a caressé le rêve d’une victoire en solitaire – ce qu’il a parfaitement embrassée.
Intronisation. «François Hollande: président de la République.» Une phrase, qui n’a rien d’interrogative, claque désormais dans le paysage, elle a valeur d’information pour l’Histoire. L’homme, intronisé, a donc arpenté le tapis rouge avant de s’installer sous les ors de cette monarchie élective qui n’en finit pas d’user la République. Il avait endossé les habits; il habite depuis la fonction. «François Hollande: président.» Non, personne ne rêve. La gauche. Une certaine gauche. La gauche de nouveau. Certains se rendent à l’émotion durable, aux grandes heures du passé, à 1936, à 1981, à 1997, ou mieux encore, à l’illusion lyrique d’une nouvelle gouvernance, voire d’un New Deal à la française. N’est pas Roosevelt qui veut. D’autres, plus modestes en diable et calculateurs, chantent déjà la crise sur tous les tons, le «sérieux» en bandoulière et l’«adaptation» pour toute volonté. Et le grand héritage? Pour plus tard. Peut-être. Si l’on peut. Comme l’écrit une amie écrivain et poète: «Le vent, libéré de ses pères, retombe en cendres froides jusqu’à s’abasourdir de silence.»
Solitaire. Puisque partout des mots pullulent ça et là dans l’art français d’«être» en politique, fonctionnant comme autant de graphies pour narrer les destins si peu ordinaires, voici que, à la lecture de ces simples mots, «François Hollande: président de la République», beaucoup semblent étonnés pour ne pas dire plus, éberlués, sidérés par cette réalité-là. Ils sont nombreux à se prendre pour des aigles, mais rien dans leur pelote, pas la moindre trace ou résidu d’Histoire. Ceux qui, par volonté (coupable) ou méconnaissance (impardonnable), ont sous-estimé François Hollande doivent se rendre à l’évidence: par l’exigence modeste d’une élection sans lueur ni franc espoir, l’ex-numéro un du parti socialiste a réussi ce que peu imaginaient possible, maîtriser les épreuves, manoeuvrer avec assez d’intelligence face à la situation du pays et de ses attentes, pour imposer sa philosophie empruntée à Aimé Césaire, «l’espérance lucide». Au fond, cet énarque et ancien magistrat à la Cour des comptes, qui a bâti toute sa carrière au PS sans jamais se voir proposer le moindre ministère, a caressé le rêve d’une victoire en solitaire – ce qu’il a parfaitement embrassée.
dimanche 13 mai 2012
Lucidité(s): 6 mai, ou l'émotion et la froideur du bloc-noteur...
Hollande a obtenu 51,6% des voix, mais seulement 48,6% des votants. Faut-il ainsi évoquer une «victoire serrée», comme certains l’affirment?
Chapitre. Curieux mélange. Une franche émotion et une certaine froideur. L’émotion: celle d’avoir dégagé le sortant, l’une des conditions indispensables pour ouvrir une brèche dans l’ordo-libéralisme européen, pour nous réoxygéner, bref, pour repenser l’à-venir de la gauche avec apaisement, sur de nouvelles bases. La froideur: celle d’un espoir mesuré qu’il convient de ne pas taire à l’heure où un socialiste revient à l’Élysée, pleinement habité par le cadre des institutions de la Ve République. Pour le dire autrement. Notre immense joie d’avoir mis Nicoléon à terre est quelque peu atténuée, dans des marges qui ne sont pas si faibles, par le profil politique du nouvel élu dont le recentrage est une seconde nature. Cher lecteurs, rassurez-vous néanmoins. Le bloc-noteur, qui n’oublie pas que les Français ont plus dit «au revoir» au passé que «vive le programme du PS», n’a pas boudé son plaisir devant cette page que le peuple français a décidé de tourner. Les nouveaux chapitres sont toujours fascinants, en tant qu’ils portent nécessairement cette part d’inconnue qui permet à l’espoir de vivre. Vous aussi, vous avez eu chaud au cœur sans pourtant sombrer dans l’illusion lyrique observée en mai 81? Tant mieux. La lucidité ne nuira en rien, cette fois, au travail qu’il reste à accomplir pour la gauche de transformation.
Record. Attention toutefois aux fausses pistes interprétatives. Au prétexte que le rejet de Nicoléon a été prépondérant dans le résultat de cette élection, il faudrait minimiser l’ampleur des revendications populaires au moment du changement. Ne nous y trompons pas: ce qui est sorti des urnes est autant le «ouf» de soulagement exprimé place de la Bastille par les «Sarkozy, c’est fini!», que l’attente d’une gauche qui réponde (enfin) aux défis de la période dans un contexte historiquement nouveau.
Chapitre. Curieux mélange. Une franche émotion et une certaine froideur. L’émotion: celle d’avoir dégagé le sortant, l’une des conditions indispensables pour ouvrir une brèche dans l’ordo-libéralisme européen, pour nous réoxygéner, bref, pour repenser l’à-venir de la gauche avec apaisement, sur de nouvelles bases. La froideur: celle d’un espoir mesuré qu’il convient de ne pas taire à l’heure où un socialiste revient à l’Élysée, pleinement habité par le cadre des institutions de la Ve République. Pour le dire autrement. Notre immense joie d’avoir mis Nicoléon à terre est quelque peu atténuée, dans des marges qui ne sont pas si faibles, par le profil politique du nouvel élu dont le recentrage est une seconde nature. Cher lecteurs, rassurez-vous néanmoins. Le bloc-noteur, qui n’oublie pas que les Français ont plus dit «au revoir» au passé que «vive le programme du PS», n’a pas boudé son plaisir devant cette page que le peuple français a décidé de tourner. Les nouveaux chapitres sont toujours fascinants, en tant qu’ils portent nécessairement cette part d’inconnue qui permet à l’espoir de vivre. Vous aussi, vous avez eu chaud au cœur sans pourtant sombrer dans l’illusion lyrique observée en mai 81? Tant mieux. La lucidité ne nuira en rien, cette fois, au travail qu’il reste à accomplir pour la gauche de transformation.
Record. Attention toutefois aux fausses pistes interprétatives. Au prétexte que le rejet de Nicoléon a été prépondérant dans le résultat de cette élection, il faudrait minimiser l’ampleur des revendications populaires au moment du changement. Ne nous y trompons pas: ce qui est sorti des urnes est autant le «ouf» de soulagement exprimé place de la Bastille par les «Sarkozy, c’est fini!», que l’attente d’une gauche qui réponde (enfin) aux défis de la période dans un contexte historiquement nouveau.
jeudi 10 mai 2012
Second tour de la présidentielle: vote de classe ?
70% des ouvriers ont voté à gauche le 6 mai 2012. Mieux, l’ex-prince-président n’est majoritaire que chez ceux gagnant plus de 4 000 euros par mois...
Dans l’épaisseur du temps-long politique, les invariants historiques nous enseignent une donnée élémentaire: ceux qui vivent et travaillent dans les lieux de violence protéiforme du capitalisme redécouvrent, un jour ou l’autre, quelques vérités de classe, pour ne pas dire leurs valeurs de classe. Après cinq années d’une France à l’haleine fétide, où tant d’argent, tant de voyous en smoking, tant d’impudence et de grossièreté ont caractérisé toute la Sarkozye du haut en bas de l’appareil d’État et financier, les enseignements du second tour de la présidentielle laissent apparaître «des coupures sociologiques traditionnelles». Lisez: l’expression d’une sorte de vote de classe… La gauche est en effet redevenue majoritaire au sein des «couches populaires», ainsi nommées par la médiacratie. Le peuple a comme remis les pendules à l’heure, paraphant l’échec de Sarkozy de fédérer les plus modestes autour de ses thématiques ultra-droitières du «vrai travail». Ainsi, 70% des ouvriers ont voté à gauche dimanche. Mieux, l’ex-prince-président n’est majoritaire que chez ceux gagnant plus de 4 000 euros par mois. Tout un symbole.
Dans l’épaisseur du temps-long politique, les invariants historiques nous enseignent une donnée élémentaire: ceux qui vivent et travaillent dans les lieux de violence protéiforme du capitalisme redécouvrent, un jour ou l’autre, quelques vérités de classe, pour ne pas dire leurs valeurs de classe. Après cinq années d’une France à l’haleine fétide, où tant d’argent, tant de voyous en smoking, tant d’impudence et de grossièreté ont caractérisé toute la Sarkozye du haut en bas de l’appareil d’État et financier, les enseignements du second tour de la présidentielle laissent apparaître «des coupures sociologiques traditionnelles». Lisez: l’expression d’une sorte de vote de classe… La gauche est en effet redevenue majoritaire au sein des «couches populaires», ainsi nommées par la médiacratie. Le peuple a comme remis les pendules à l’heure, paraphant l’échec de Sarkozy de fédérer les plus modestes autour de ses thématiques ultra-droitières du «vrai travail». Ainsi, 70% des ouvriers ont voté à gauche dimanche. Mieux, l’ex-prince-président n’est majoritaire que chez ceux gagnant plus de 4 000 euros par mois. Tout un symbole.
vendredi 4 mai 2012
Rouge(s) : pourquoi il faut voter François Hollande
Avec le fils, dans une manifestation, à la sortie d'un cinoche... Voici venue l'heure du vote utile. Le seul vote utile du 6 mai 2012 !
Scène I. Café en terrasse, près de la Comédie-Française, à Paris. Grisaille sur les pavés. Passants pressés. Et puis.
– Dis, papa, tu vas voter François Hollande, dimanche?
– Oui. Et ce geste ne se discute même pas une seconde.
– Tu n’as pas toujours voté socialo au 2e tour d’une élection…
– En effet. Mais les élections ne sont pas toutes comparables. Là, l’affaire est trop grave, trop sérieuse pour s’amuser à passer à côté de ses responsabilités.
– Tu veux parler des cinq années écoulées?
– Non seulement Nicoléon a trahi la droite gaulliste, mais il a enfoncé presque toutes les digues qui séparait la droite «classique» de l’extrême droite. Il y a encore un an ou deux, quand il claironnait «liberté, égalité, fraternité!» j’avais l’impression qu’il pensait «travail, famille, patrie». Depuis quelques semaines, le néopétainisme est son pain quotidien.
– Donc, tu ne regrettes pas la ''une'' de l’Huma où vous l’avez comparé au Maréchal?
– Ah non, au contraire! Nous avons visé juste et au bon moment.
– Tu as vu qu’il a dit que cette une était une «honte»? Il a même réclamé des «excuses» de votre part…
– Cette ''une'' n’est pas une honte mais notre honneur. Quant aux excuses, il peut les attendre…Franchement, imagine, s’il est réélu, ce que pourrait devenir la droite dans quelques semaines. Y penser me fait frémir d’horreur.
– Quoi, toi, tu as peur?
Scène I. Café en terrasse, près de la Comédie-Française, à Paris. Grisaille sur les pavés. Passants pressés. Et puis.
– Dis, papa, tu vas voter François Hollande, dimanche?
– Oui. Et ce geste ne se discute même pas une seconde.
– Tu n’as pas toujours voté socialo au 2e tour d’une élection…
– En effet. Mais les élections ne sont pas toutes comparables. Là, l’affaire est trop grave, trop sérieuse pour s’amuser à passer à côté de ses responsabilités.
– Tu veux parler des cinq années écoulées?
– Non seulement Nicoléon a trahi la droite gaulliste, mais il a enfoncé presque toutes les digues qui séparait la droite «classique» de l’extrême droite. Il y a encore un an ou deux, quand il claironnait «liberté, égalité, fraternité!» j’avais l’impression qu’il pensait «travail, famille, patrie». Depuis quelques semaines, le néopétainisme est son pain quotidien.
– Donc, tu ne regrettes pas la ''une'' de l’Huma où vous l’avez comparé au Maréchal?
– Ah non, au contraire! Nous avons visé juste et au bon moment.
– Tu as vu qu’il a dit que cette une était une «honte»? Il a même réclamé des «excuses» de votre part…
– Cette ''une'' n’est pas une honte mais notre honneur. Quant aux excuses, il peut les attendre…Franchement, imagine, s’il est réélu, ce que pourrait devenir la droite dans quelques semaines. Y penser me fait frémir d’horreur.
– Quoi, toi, tu as peur?
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