samedi 27 février 2016

Journalisme(s): au XXIe siècle...

Pour Umberto Eco, l’écriture d’articles s’astreint désormais à deux règles, à ses yeux antagonistes, choisir l’une ou l’autre en modifie d’ailleurs l’intention même: "Soit vous construisez votre lecteur, soit vous suivez son goût présupposé avec des études d’opinions."
Et puis, surtout? Courez voir Spotlight...
 
Écrire. Lecture fascinante d’une longue interview donnée par le regretté Umberto Eco au Monde, en mai 2015, et republiée opportunément après sa disparition. Le sémiologue, philosophe et écrivain y évoquait la place du journalisme dans sa vie –il se plaisait à citer Hegel, selon lequel la lecture des journaux reste «la prière quotidienne de l’homme moderne»– et plus généralement l’importance de cette profession dans le ventre idéologique de nos sociétés conditionnées par la parole formatée. Pour Umberto Eco, l’écriture d’articles s’astreint désormais à deux règles, à ses yeux antagonistes, choisir l’une ou l’autre en modifie d’ailleurs l’intention même: «Soit vous construisez votre lecteur, soit vous suivez son goût présupposé avec des études d’opinions. Des livres disent “je suis comme toi”, d’autres “je suis un autre”. Il faut éviter cette uniformisation du style à laquelle nous assistons, exigée par la nouvelle industrie des médias. (…) On dit que la littérature sert à tenir en exercice le langage, mais la presse devrait avoir le même but. Le poncif paralyse la langue.» Et l’auteur du Nom de la rose ajoutait: «Maintenant, les principales informations peuvent se réduire à une seule colonne du journal, comme le fait le New York Times. C’est pour cette raison que la presse exigeante doit approfondir l’actualité, faire de la place aux idées. (…) Le journalisme doit contribuer à déjouer le règne du faux et de la manipulation. Ce doit être l’un de ses combats, comme celui de faire vivre l’esprit critique, loin du nivellement et de la standardisation de la pensée.»
 
Enquête. Du journalisme au grand écran: courez voir "Spotlight"! À bien des égards, le film de Tom McCarthy talonne et/ou dépasse les Hommes du président, le mythique récit de l’affaire du Watergate. Cette fois, l’action se passe en 2001, à Boston. Sous l’impulsion d’un nouveau rédacteur en chef plutôt taciturne, qui se voit propulsé à la tête du journal pour sauver les ventes, une petite équipe d’enquêteurs (quatre) du quotidien Boston Globe, réunie sous le nom de code «Spotlight», sont incités par leur nouveau patron à relancer un dossier oublié mais brûlant: les agressions sexuelles subies par des enfants, perpétrés au sein de l’Église.

mercredi 24 février 2016

Gauche: et maintenant ?

Le réquisitoire contre le gouvernement de signataires d’un texte, dont Martine Aubry, peut-il modifier le rapport de forces?

Quoique très tardif, l’impitoyable réquisitoire contre les politiques du gouvernement lu dans une tribune publiée par le Monde et signée de plusieurs personnalités, Martine Aubry en tête, a le mérite sinon l’avantage de mettre les points sur les i et d’aider –du moins ceux qui restent à convaincre– à retourner le cercle de la raison. Le contenu de ce texte, que nous aurions pu signer d’une main ferme, arrive à point nommé et signale à qui veut bien le voir et le croire qu’une forme de divorce est bel et bien consommée entre Hollande et sa gauche, y compris socialiste. Tout y passe. L’emploi et «le marché de dupes» scellé avec le Medef, la loi El Khomri qui «renverse la hiérarchie des normes», les migrants et «l’indécent discours de Munich» de Valls, la déchéance de nationalité, qui «ouvre la voie à toutes les dérives». «Trop c’est trop!» peut-on lire. Ou encore: «Pas ça, pas nous, pas la gauche!» Prenant acte du bilan désastreux et des dérives idéologiques, les signataires ouvrent-ils un nouvel espace de réelle contestation pouvant modifier le rapport de forces, alors même que la colère gronde sur la réforme du droit du travail et qu’un large front syndical tente de se constituer?

L'hommage en Amis à Edmonde Charles-Roux

Les Amis de l’Humanité, associés à la fondation Elsa-Triolet-Louis-Aragon, organisent le 18 mars, à Paris, une soirée exceptionnelle consacrée à la romancière et résistante, disparue en janvier dernier.

Depuis le 20 janvier dernier et la mort de la grande dame de la culture et des lettres, Edmonde Charles-Roux, les témoignages de sympathie n’ont cessé d’affluer à la rédaction de l’Humanité. Quant aux boîtes mails des Amis de l’Humanité, dont elle fut longtemps la présidente, elles ont littéralement croulé sous les messages d’émotion, qui, tous à leur manière, disaient l’ampleur de l’héritage laissé en partage. L’idée a cheminé naturellement: est-il possible d’organiser, au cœur de Paris, un hommage à «notre» Edmonde? Plus exactement: est-il possible de ne pas organiser un hommage qui soit à la hauteur de cette figure unique en son genre? Ces deux questions trouvèrent vite des réponses. Les Amis de l’Humanité se sont associés à la fondation Elsa-Triolet-Louis-Aragon, dont elle fut également la présidente, et l’évidence s’est imposée. Cet hommage se déroulera le vendredi 18 mars, à 18 heures, à la Bellevilloise (1).

dimanche 21 février 2016

Chômeurs, Code du travail: la dérive morbide

Si l’exécutif veut passer en force et imposer les dogmes de la flexibilité, faciliter les licenciements, allonger la durée du travail, c’est bien que sa conversion au libéralisme l’a conduit sur l’autre bord, celui du Medef. 

Soyons réalistes et lucides, deux vertus essentielles lorsqu’il s’agit de regarder l’Histoire –avec un grand «H»– droit dans les yeux. La bataille sociale qui s’engage, et qui devrait durer des semaines, des mois, s’avère tellement importante qu’elle pourrait ébranler, voire détruire deux piliers constitutifs de la République telle que nous l’exaltons: le traitement du chômage et les droits élémentaires des travailleurs. Les deux sujets s’invitent au calendrier gouvernemental, l’un n’allant pas sans l’autre. Et hélas, sans surprise, Hollande et Valls poursuivent leur dérive morbide. Pour le chômage, alors que les négociations débutent aujourd’hui entre les «partenaires sociaux», les solutions imaginées sont éloquentes: raccourcir encore la durée d’indemnisation, réintroduire de la dégressivité dans les indemnisations, etc. En somme, si le chômage ne baisse pas –le grand échec présidentiel– et continue même de progresser, c’est sûrement que les sans-emploi eux-mêmes portent une responsabilité. Ci-devant, un gouvernement «socialiste» à la rhétorique thatchéro-sarkoziste: le problème n’est plus le chômage mais les chômeurs! À ce point de méconnaissance de la vie réelle, et devant un tel mépris, les mots d’indignation deviennent insuffisants…

vendredi 19 février 2016

Classe(s): Aurier, le football, les quartiers populaires…

Le joueur du PSG n’a pas insulté que son coach. Il a aussi insulté ceux qu’il aime sincèrement, à Sevran ou ailleurs. Parce que ce sont eux, et toujours eux, qui seront encore visés.

Serge Aurier et Laurent Blanc.
Mécanique. Pas ça, Serge Aurier, pas comme ça, jamais, jamais plus… L’aveu du bloc-noteur vous étonnera peut-être, mais sachez-le. En regardant la (trop) fameuse vidéo dans laquelle l’arrière latéral du Paris Saint-Germain répond à des questions d’internautes façon «décontract’», «déconne», «enfumage de chicha» et «langage caillera», le tout ponctué de rires sporadiques jusqu’à provoquer quelques paroles évanescentes et inadmissibles, ce fut un immense sentiment de tristesse qui domina d’abord. Entendons-nous bien. Non pas un sentiment de tristesse pour l’international ivoirien lui-même; mais bien pour ce qu’il représente. Car depuis que Serge Aurier a déclaré devant une caméra d’amateur que son entraîneur Laurent Blanc était une «fiotte», que croyez-vous qu’il se passe à l’échelle des réactions? À peu près ce qu’il y a de pire. De nouveau, la mise en place d’une mécanique froide et implacable qui tient en quelques mots: une offensive en règle non pas contre certains joueurs qui feraient mieux, en effet, d’apprendre à se taire, mais contre leur origine sociale, pardi! En résumé, revoici l’éternel miroir déformé qui renvoie inlassablement l’image du bouc émissaire et consiste à penser et à dire que les Noirs et les Arabes des banlieues sont des voyous, et que, ainsi soient-ils, une majorité des footballeurs héritiers de ces classes-là sont donc des voyous et le demeureront, quoi qu’ils fassent, quoi qu’il arrive… Vous avez compris pourquoi: Serge Aurier a grandi à Sevran, au cœur de la Seine-Saint-Denis, et il en est fier et il n’a rien oublié –ses potes de la cité le voient toujours régulièrement.

Poudrière syrienne

Beaucoup d’apprentis sorciers, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite, œuvrent toujours à visage découvert.

La diplomatie par temps de guerre est une chose trop sérieuse pour s’en passer, surtout quand nous parlons du conflit en Syrie, qui ensanglante le pays depuis cinq ans et menace l’équilibre –ce qu’il en reste– de toute la région. Dire qu’il est plus que temps de mettre un terme au calvaire de ce peuple ressemble à un euphémisme. Pourtant, malgré l’accord scellé à Munich avec l’assentiment des Russes et des États-Uniens, sur la base des propositions des 17 pays formant le groupe international d’appui pour la Syrie, l’arrêt des hostilités n’a rien d’acquis. Beaucoup d’apprentis sorciers, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite, œuvrent toujours à visage découvert. À tel point qu’une question mérite d’être posée, au moins pour s’en prémunir: cette poudrière, qui concerne maintenant l’Otan, la Russie, l’Iran, la France, etc., met-elle en péril la paix du monde elle-même, sachant que le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, se demande si nous ne sommes pas entrés «dans une période de nouvelle guerre froide»? Les derniers événements nous incitent à la gravité. Pourquoi, dans sa folie meurtrière, le président turc Erdogan continue-t-il ses bombardements contre les forces kurdes en Syrie? Pourquoi vient-il de décider d’ouvrir ses bases aériennes pour accueillir des avions de chasse saoudiens, sinon miser sur l’escalade?

vendredi 12 février 2016

Couloir(s): fin de règne du côté du pouvoir

Quand de hauts fonctionnaires socialistes se mettent à parler…

Déchéance. Visiter les couloirs du pouvoir –et non les «coulisses», qui ne laissent apparaître que ce qui peut être montré en connivence– recèle toujours une haute fonction singulière en tant qu’indication du «climat» politique du moment. Et autant admettre que le climat en question, ces temps-ci, ressemble à un sauve-qui-peut, à une fin de règne, pour ne pas dire à une fin de régime. Au Palais, à Matignon, dans les bureaux feutrés d’un grand ministère ou dans les assemblées représentatives de quelque société républicaine, la tendance est la même, fort bien résumée par un conseiller d’État ouvertement socialiste (et non soupçonnable de ne pas l’être), mais qui tient à un anonymat de rigueur, et pour cause, il fut également haut fonctionnaire dans les cabinets ministériels: «Les institutions intermédiaires de notre République jouent-elles encore leur rôle? Plus les années passent, plus j’en doute. La Cour des comptes? Une officine du libéralisme échevelé. Le Conseil d’État? Je constate avec amertume, là aussi, que nous nous alignons de plus en plus aux cadres des pensées dominantes, sans parler de notre rôle supposé de “juge” de l’État, perçu de moins en moins comme un “contre-pouvoir” mais comme un “partenariat” avec le pouvoir exécutif, au prétexte que la lutte contre le terrorisme est devenue une priorité absolue et que plus une seule tête ne doit dépasser…» Croyez-en l’expérience du bloc-noteur, de tels propos, même placés sous le sceau du secret, sont si rares qu’ils témoignent d’une réelle déliquescence de nos institutions, ce que notre homme en colère appelle sommairement: «La déchéance de la pensée.»

vendredi 5 février 2016

Le prix Louis-Nucéra pour "Bernard, François, Paul et les autres..."

Information publiée dans l'Humanité du 4 février 2016:

 
Notre camarade Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de l’Humanité, vient de recevoir le prix littéraire "Louis-Nucéra" pour son livre "Bernard, François, Paul et les autres…", publié aux éditions Anne Carrière. Ce n’est pas la première fois que Jean-Emmanuel Ducoin est remarqué. En 1992, il obtenait le prix "Lalique" pour une série d’articles –publiés dans notre journal– consacrés aux jeux Olympiques d’hiver. En 1997, il était récompensé par le prix "Pierre-Chany", du nom de l’ancien journaliste sportif de l’Équipe, qui couronne depuis 1989 le meilleur article de presse en langue française sur le cyclisme. Enfin, en 2013, lui était décerné le prix littéraire "Jules-Rimet" pour son roman "Go Lance !", sorti chez Fayard.
 
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Voir le site officiel du prix Louis Nucéra :
http://www.lire-a-saint-etienne.org/prix_litt.html

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À lire ou relire, la critique du livre de Jean-Emmanuel Ducoin
par Bernard Chambaz, publié dans l'Humanité du 4 juin 2015 :
 
 
PATRICK, JEAN-EMMANUEL,
BERNARD ET LE HARENG
 
Jean-Emmanuel Ducoin balance entre plusieurs genres, ce qui en fait la richesse et la profondeur, le rend différent de son Go Lance (Fayard, 2013, prix Jules-Rimet) et, bien entendu, de son Soldat Jaurès (Fayard, 2015). Récit sensible, explorant le feuilleté de la mémoire, individuelle et nationale. Sa dédicace fait du vélo une espèce de ciel laïc. «À ceux qui y croyaient et à ceux qui y croient encore.» Le motif en est le Tour de France, temple de la discipline. Ducoin écrit sur le motif, à la façon d’un peintre qui trimbale son chevalet dans la campagne. Un adolescent et son grand-père sont en balade pour suivre le Tour. Pas n’importe lequel, celui de 1985, le cinquième gagné par Hinault, le dernier gagné par un coureur français.
Cette année-là, la course se déroulait dans le sens des aiguilles d’une montre, ce qui n’empêcha ni la tragédie du Heysel ni le succès au cinéma de Retour vers le futur. À l’arrivée, le champion répondit à Jean-Marie Leblanc, qui lui demandait si finir l’épreuve avec des yeux au beurre noir et des cicatrices ajoutait à son prestige (il n’osait pas dire «légende»): «Possible, mais c’est con, je n’avais pas besoin de ça.» Il ajoutait: «Le marché américain (est) à conquérir», ébloui par l’ombre portée d’un autre Bernard, on l’aura deviné, Tapie. On y croise aussi François, le président de l’époque, en costume cravate couleur sable, avec son appareil photo pour immortaliser rien d’autre que lui-même au bord de la route, photographiant le Tour, selfie avant l’heure. Même s’il est là, dans le Vercors, pour recueillir les mânes d’un esprit de résistance.
Ce récit vaut notamment par de beaux portraits. En premier lieu, celui de Patrick, naufragé de la sidérurgie, bouleversant dans son tee-shirt de l’Union cycliste de Longwy avec ses deux cheminées fumantes, moitié révolté moitié déjà fantôme, témoin fugace d’un monde en voie de disparition/transformation. En second lieu, celui de Paul, le grand-père, au volant de la Simca 1000, jamais si juste qu’«à moitié dans les vapes» en attendant la caravane ou perdu dans des souvenirs.
Autre portrait, plus ou moins en creux, ou en suspens, celui d’Hinault. Ducoin nous emmène à La Coupole pour déjeuner avec le Blaireau. Il veut lui parler de la République du Tour, le Tour comme lieu de mémoire. Le propos tourne court avant les profiteroles. Hinault n’est pas sentimental ni philosophe. Il nous touche quand il évoque la rudesse quotidienne du métier de coureur, non pas à vélo, mais en dehors, et la fierté d’avoir couru pour la régie Renault. Invité d’honneur sur le Tour de Picardie 2012, à Tergnier, il avait refusé de goûter au hareng. Ses hôtes lui avaient pardonné au prétexte qu’il était fils d’un poseur de rails.
Ce livre entre dans mon panthéon imprimé sur la petite reine. Il trouve sa place entre le Versant féroce de la joie, d’Haralambon, consacré à la vie et à la mort de Vandenbroucke et l’Échappée, de Lionel Bourg, où on voit planer Charly Gaul.
Bernard Chambaz, écrivain

jeudi 4 février 2016

Essentialisation(s): la laïcité, objet de calcul indigne

Quand le premier sinistre, Manuel Valls, agite le chiffon rouge d’une loi de 1905 «fermée», rouvrant au passage le vieux conflit d’interprétations.

Excès. Ainsi donc, plus aucune barrière morale et politique ne saurait résister à la parole publique, dite «décomplexée», du premier sinistre de la France, jamais avare d’idées qui pourraient apparaître comme des «provocations», mais qui ne sont, au fond, que le sens précis de sa pensée véritable – ce qui nous glace d’effroi chaque jour un peu plus et nous oblige à penser que cette branche ordo-libérale des socialistes n’a pas perdu que ses complexes, mais aussi l’idée même de gauche… Le débat sur la constitutionnalisation de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité n’est pas encore éteint que celui de la laïcité, tout aussi brûlant, sinon plus, s’invite dans un paysage déjà dévasté, menaçant, celui-là, d’enflammer la société tout entière. Le chef du gouvernement singe tellement Nicoléon que, malgré le poids que lui confère sa haute fonction, il a décidé d’ouvrir la boîte de Pandore en désavouant le travail intelligent réalisé par l’Observatoire de la laïcité (ODL), qu’il trouve trop accommodant. C’était le 18 janvier dernier.

mardi 2 février 2016

Justice: colère en hermine

C'est historique: jamais les hauts magistrats ne s’étaient exprimés d’une seule voix. Pour dire leur colère et alerter sur la dangerosité des projets législatifs en cours, autrement dit les textes phares du gouvernement dans la lutte «contre le terrorisme» adoptés ou en préparation.

L’acte est réfléchi, assumé, et restera comme un coup de semonce historique dans les annales de la République, du moins celle qui tient pour sacré la «séparation des pouvoirs». Le premier président de la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, et les premiers présidents des cours d’appel ont donc lancé un avertissement solennel à l’exécutif afin qu’il réforme le Conseil supérieur de la magistrature. Ce qui est en jeu dépasse de loin les polémiques subalternes et touche au socle même du cadre démocratique en terme de droits: il s’agit, ni plus ni moins, de garantir l’indépendance de l’autorité judiciaire. Jamais ces hauts magistrats ne s’étaient ainsi exprimés d’une seule voix. Entendons leur colère avec sérieux, car leur délibération commune, adoptée après la conférence des procureurs de la République, vise à alerter sur la dangerosité des projets législatifs en cours, autrement dit les textes phares du gouvernement dans la lutte «contre le terrorisme» adoptés ou en préparation, dans le sillage des attentats de 2015.

jeudi 28 janvier 2016

Grandeur(s): Christiane Taubira, femme libre

Pour les idées qu’elle présente aux yeux du monde, cette femme de Lettres et d’Esprit – les Lettres pour dire le vrai, l’Esprit pour dire le droit et la justice pour tous – n’avait (plus?) rien à faire dans un gouvernement qui promeut l’ordo-libéralisme dans ses moindres décisions.


Élévation. Elle aimait citer, même aux séances des questions du Parlement au gouvernement, le poète, écrivain et homme politique Léon-Gontran Damas, né à Cayenne et métis blanc, amérindien et noir: «Nous les gueux/nous les peu/nous les rien/nous les chiens/nous les maigres/nous les Nègres/nous à qui n’appartient/guère plus même/cette odeur blême/des tristes jours anciens.» Qui aurait risqué semblable audace, sinon elle? «Qu’attendons-nous/les gueux/les peu/les rien/les chiens/les maigres/les Nègres/pour jouer aux fous/pisser un coup/tout à l’envi/contre la vie/stupide et bête/qui nous est faite.» Drôle d’époque, où la vérité engendre la haine en surgissements répétés. Une haine si absurdement tenace et brutale que Christiane Taubira en fut parée de toutes ses composantes imaginables, des plus éloquentes aux plus infâmes, englobant jusque et y compris l’apparence même de ce qu’elle est, une femme noire, brillante, intelligente et cultivée au-delà des possibles, devenue en quelques années une ennemie symbolique facile à identifier: elle incarne tout ce que les réactionnaires, conservateurs et libéraux d’arrière et d’avant-garde détestent par-dessus tout. Ce quelque chose qui rend à la République ce qu’elle peut octroyer a priori à tous: la grandeur d’âme et l’élévation collective vers un idéal préservé du néant quand il conjugue l’égalité et la justice. Christiane Taubira a donc claqué la porte du gouvernement. «Un peu tard», pensent certains. «Il était temps», clament d’autres. Bien sûr, on reprochera au bloc-noteurune faiblesse de cœur trop sincère pour cette femme de culture et de haute tenue politique, une faiblesse d’autant plus avouable qu’il pense exactement la même chose: oui, c’est sans doute un peu tard, et, oui, il était temps… Pour ce que nous savons d’elle et, plus encore, pour les idées qu’elle présente aux yeux du monde, cette femme de Lettres et d’Esprit – les Lettres pour dire le vrai, l’Esprit pour dire le droit et la justice pour tous – n’avait (plus?) rien à faire dans cette équipe qui promeut l’ordo-libéralisme dans ses moindres décisions.

mercredi 27 janvier 2016

Edmonde Charles-Roux, la vie à l'oeuvre

La journaliste et romancière, prix Goncourt 1966, présidente de l’académie éponyme, puis présidente des Amis de l’Humanité, nous laisse en héritage un monde commun et une proximité d’idées et de valeurs de gauche dont l’affinité et l’infinité furent une réjouissance politique et culturelle.
 
S’il y a imprudence à parler des morts que nous avons côtoyés de près, il y a imprudence périlleuse à parler de son propre rapport avec eux, en offrant l’hommage en forme de témoignage, toujours un peu réappropriant. Avec Edmonde Charles-Roux, les précautions d’usage volent en éclats, tant nous nous sentons héritiers d’un monde figurant en son prénom même (Ed-monde), d’une certaine construction du monde, la sienne sans doute mais celle aussi du monde dans lequel nous nous sommes croisés, celui à inventer qui fut pour nous le seul monde à partager, vivant une histoire unique où la transmission disputait le monopole à la générosité. Rares, en effet, sont les personnes que nous perdons à la vie qui exaltèrent à ce point le si doux mot d’«Amie», jusqu’à s’en éblouir elle-même et tous ceux qu’elle en parait de son horizon indépassable. La disparition d’Edmonde Charles-Roux, hélas attendue dans les tréfonds de nos consciences distraites, nous arrache à une époque, à quelque chose de rare et de précieux, que nous nous efforcions de prolonger malgré le temps-qui-passe et l’éloignement dû à la fatigue, aux années qui pèsent, à la vieillesse bien sûr, puisqu’il convient de la nommer.
 
Edmonde avait 95 ans. Presque la légèreté d’un siècle. Et comme l’écrit Pierre Assouline, son condisciple de l’académie Goncourt, qu’elle présida longtemps: «Sa vie, c’était son œuvre même si elle ne songea pas à répartir consciemment talent et génie entre l’une ou l’autre.» Une œuvre unique de journaliste (Elle, Vogue) et d’écrivaine, qu’il nous arrivait de revisiter à l’aune d’anecdotes ou de vastes propos taillés dans le marbre de la pensée majuscule.

mardi 26 janvier 2016

Fonction publique: au bien commun

Le pouvoir d’achat des fonctionnaires a subi une perte de 9% en moyenne. Maltraités et déconsidérés, ils en ont ras-le-bol.
 
Vilipendés par les éditocrates dans tous les arcanes de la médiacratie, spoliés par les politiques gouvernementales jusqu’à l’épuisement même des rhétoriques verbales, les agents de la fonction publique n’en peuvent plus et, dans un mélange de ras-le-bol et de colère sourde, se sont retrouvés, hier, acteurs d’une journée d’action qui en dit long sur l’ampleur du divorce et de leurs ressentiments à l’égard du pouvoir. Qui sait ce que vivent vraiment nos fonctionnaires? Qui en parle avec sincérité et vérité, deux usages du langage nécessaire à la bonne compréhension du monde réel? Qui ose dire à quel point ces liges de la République se sentent maltraités et déconsidérés? Et qui réclame pour eux un minimum de justice, sachant que leur situation salariale s’est dégradée tant et tant ces dernières années qu’elle devient inégalitaire, sinon explosive? N’en déplaise aux menteurs, qui ne manquent pas pour exprimer leur haine de l’esprit même des services publics, les chiffres parlent: la valeur du point d’indice des fonctionnaires a décroché de 7% par rapport à l’indice de la consommation, tandis que, parallèlement, les cotisations retraite ont, elles, augmenté de 2% depuis cinq ans. Le calcul est donc simple et éloquent: le pouvoir d’achat dans la fonction publique a subi une perte de 9% en moyenne. 

dimanche 24 janvier 2016

Sinistre(s): tous les moyens sont bons pour Valls

La moindre prise de parole du premier sinistre l’éloigne d’un homme de gauche.
 
Décomplexés. Dans la préface qu’il donne à l’excellent livre de Patrice Cohen-Séat, Peuple! Les luttes de classes au XXIe siècle (éditions Demopolis), le cinéaste et écrivain Gérard Mordillat déclare: «L’absence de guerre sur le territoire français n’est qu’une illusion, un faux-semblant exalté pour nous égarer. L’oligarchie politico-financière (qui est) à la tête de l’État mène une guerre où l’adversaire n’est pas l’autre, la puissance étrangère, mais le citoyen salarié, cet “ennemi payé”, selon Kafka. Cette guerre contre la classe ouvrière –la working class des Anglais– (…), cette guerre sociale dévaste la société par la promotion d’un chômage de masse, l’acceptation d’une pauvreté endémique, l’élimination de l’égalité au profit de la charité, l’oubli de l’exploitation au profit de l’exclusion, l’anéantissement de toutes les lois de protection des salariés, (...) la ruine des services au nom du dieu Profit, ce dieu unique auquel tout doit être sacrifié pour le bonheur d’un très petit nombre contre la multitude.» Le bloc-noteur pourrait poursuivre de bout en bout la citation de ce texte admirable, tant il en partage le contenu… Au cœur de cette «stratégie du choc» globale, dont avait parlé avec esprit visionnaire Naomi Klein, quelques nouveaux libéraux décomplexés sont venus accompagner les néoconservateurs de la pire espèce, avec l’usage d’arguments qui empruntent désormais au fonds de commerce idéologique du monde marchand le plus infâme. Comme vous le savez, depuis 2012, et plus encore depuis sa nomination le 31 mars 2014, Manuel Valls est non seulement l’un de ceux-là, mais il se revendique censément premier sinistre «de gauche» et, croyons-le ou non, il serait même issu (comme Macron paraît-il) des rangs «socialistes», dont on se demande ce qu’ils vont devenir à force de passivité. Ainsi, le premier sinistre n’a que deux idées en tête. Primo: poursuivre la pédagogie du «il n’y a pas d’alternative» proclamé sur tous les tons, dans tous les lieux, par les politiques stipendiés par les forces les plus réactionnaires et les puissances financières. Secundo: liquider la gauche, atomiser son cœur battant comme son idéal de justice et d’égalité.
 

dimanche 17 janvier 2016

Valls et le non-penser

La prestation réfléchie et préparée de Manuel Valls dans ‘’On n’est pas couché’’ était-elle impropre? Dégradante pour la fonction?


Un cran supplémentaire dans le tout-est-possible; quelque chose d’ultra-gênant; presque de malsain… Longtemps encore, les commentateurs disserteront sur la place d’un premier ministre dans un talk-show de fin de soirée, un samedi soir de grande écoute, coincé entre déconne et sérieux, quand le mélange des genres s’impose comme règle et que cette règle même assujettit ceux qui doivent s’y soumettre à des postures de communication, à des «coups de com», selon l’expression consacrée. Ainsi, la prestation réfléchie et préparée de Manuel Valls dans On n’est pas couché était-elle impropre? Dégradante pour la fonction? Déplacée pour une parole publique dont on souhaiterait que l’usage ne soit certes pas sacralisé –évidemment pas!– mais efficace et utile pour autre chose qu’honorer l’un des rendez-vous cathodiques vénérés par les pires communicants qui rôdent dans les coulisses de la politique. Au fond, qu’importe ce que nous pensons de l’émission de Laurent Ruquier. En se livrant à l’«infotainment», Manuel Valls a cantonné sa fonction dans un exercice d’apparence et d’affectivité, renvoyant sa vision libérale de l’individu en forme d’individualisme. La culture de l’émotionnel à n’importe quel prix est venue remplacer brutalement l’émotion de la culture et de la politique. Ce en quoi il est coupable. Pour ne pas dire irresponsable.

jeudi 14 janvier 2016

Poprock(s): Bowie, élégiaque phénix

L’homme transgenre aux transfigurations et aux mille talents (musique, peinture, cinéma,etc.) a pris le rock des années soixante pour l’emmener ailleurs, en écrabouillant l’ordre établi.

Histoire. Par où commencer? Ou, plus exactement, par où commencer en étant bien compris sur l’intention même d’une chronique consacrée à un chanteur mort iconisé de son vivant, celui d’une époque hors époques et au-delà des époques, en tant que genre à lui tout seul et héraut de ce paradis perdu qui s’appelle encore aujourd’hui l’après-68, planté vers la fin d’un siècle maudit? Par où commencer, oui, en reconnaissant toutefois que certains morts amènent dans leur sépulcre, par l’émotion de leur disparition, la brutalité d’une fin qui nous concerne directement, comme si une part de nous-mêmes pénétrait dans un crépuscule d’autant plus intime qu’il côtoie des névroses partagées? Même si les déferlements médiatiques hors normes charrient toujours un soupçon de doute: David Bowie est de ceux-là. Bien sûr, d’autres morts méritent toute notre sollicitude, parfois plus, d’ailleurs. Pierre Boulez, pour ne parler que de lui, aura probablement laissé à la musicologie une œuvre bien plus fondamentale et durable à l’éternel. Mais pour signifier dans leur exactitude des moments d’histoire et, osons l’expression, de basculement de l’histoire, il y a, du côté de la musique des cinquante dernières années, quelques personnages référencés grâce auxquels nos vies ont changé.

Mais pas de méprise, le bloc-noteur l’affirme aussi: au croisement du rock et de la pop, quand tous les possibles étaient en jeu et qu’une génération entière croyait en l’avènement d’un monde meilleur et dépoussiéré, une partie de cette jeunesse s’est souvent aventurée dans des croyances artificielles, au point de se faire plus de mal que de bien et, au bout du compte, de revenir de tout dans un état plus dépressif et nihiliste encore. Le rock manie lui aussi le meilleur et le pire. Entre renoncements revendiqués et cash machine assumée, Bob Dylan, Mick Jagger et Paul Mc­Cartney ne servent plus à grand-chose. Mais Patti Smith et quelques autres sont restés debout…

Monstre. Alors, pourquoi Bowie, à la longévité fragmentée en élégiaque phénix, peint et rhabillé à neuf à chaque nouvelle aventure discographique ou scénique, compte tant à nos esprits fatigués?

mardi 12 janvier 2016

Le laminoir et les 8 de Goodyear

Ces hommes, ces syndicalistes, ces militants de la CGT ont été condamnés à deux ans de prison, dont neuf mois ferme. Cette sanction n’en est plus une, mais témoigne d’un acharnement.

Ainsi donc, la voici cette France des puissants, dans son aveuglement et son arrogance même à nier jusqu’à l’absurde ses enfants en lutte et à les enfoncer à la moindre occasion, à les passer au laminoir, comme s’il convenait d’intimider tous les salariés palpitants et criants qui se battent pour leur droit et leurs emplois. La peine infligée, hier, à huit anciens salariés de Goodyear d’Amiens, jugés pour avoir «séquestré» deux cadres, en 2014, dépasse l’entendement et devrait, en toute logique, révolter tous les citoyens encore un peu sensés. Ces hommes, ces syndicalistes, ces militants de la CGT ont été condamnés à deux ans de prison, dont neuf mois ferme. À ce stade d’exagération, d’injustice et de manquement grave à l’idée que nous nous faisons de la justice, cette sanction n’en est plus une, mais témoigne d’un acharnement qui, en aucun cas, ne peut rester sans réponse.

jeudi 7 janvier 2016

Révolution(s): espoir, émancipation, etc.

Rencontre entre écrivains. Désir et presque irréversible puissance insurrectionnelle?

Héritages. Mettez huit écrivains français autour d’une table, avec quelques bonnes bouteilles à déboucher, histoire de libérer la parole: entre Noël et le jour de l’an, par exemple. Éloignez-les de Paris, pourquoi pas dans un pays étranger, mais pas trop loin de la France tout de même afin de préserver un lien ténu avec l’ici-et-maintenant: choisissez Turin. N’imposez aucun sujet, laissez libre cours aux pensées narcissiques sur les travaux en cours des uns et des autres, puis, insidieusement, au milieu d’une conversation enflammée sur la «puissance narrative d’un récit ou d’un roman», sa «construction» et l’usage du «passé et/ou du présent» comme possibilité faussement moderne, glissez juste cette phrase en forme d’interrogation: «Comment reconstituer la logique qui assigne à une certaine pratique de l’écriture une ­signification politique?» Patientez quelques instants. Citez éventuellement Jacques Rancière, Régis Debray ou Jacques Derrida. Et vous comprendrez que n’importe quel Français quinquagénaire ou sexagénaire issu des classes instruites bénéficie d’une infirmité qui pourrait ne pas se reproduire de sitôt: avoir grandi dans un monde d’héritages intellectuels si puissamment ancré dans l’histoire politique que toute velléité de s’en extraire paraît une ­abstraction impossible.

mardi 5 janvier 2016

Déchéance de la nationalité pour tous: la surenchère

Pour répondre à la critique d’une éventuelle discrimination entre citoyens français, Hollande et Valls réfléchissent à l’étendre aussi aux mononationaux, au risque de contrevenir à l’esprit de notre République et de violer certaines conventions internationales.
 
Sont-ils devenus fous? Cette question tourne en boucle dans nos cerveaux pourtant habitués à toutes les dérives. La dernière trouvaille en date des fossoyeurs des valeurs de la gauche est tellement improbable que la formuler donne le vertige sinon la nausée: le gouvernement n’exclurait pas l’idée d’étendre la déchéance de nationalité pour actes de terrorisme à tous les Français, binationaux ou non, quitte à créer des apatrides… Oser émettre cette possibilité dans le débat public est déjà, en soit, un acte mortifère. Toutefois, cela serait «philosophiquement souhaitable», selon une source gouvernementale citée par l’AFP. Voici la philosophie appelée à la rescousse. Répliquons donc avec Montesquieu, l’un des penseurs de la séparation des pouvoirs: «Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous.» Alors qu’il voulait réaliser un sombre coup politique, en obligeant la droite à voter la déchéance, l’exécutif se réveille comme pris à son propre piège. Et il perd la raison en jouant aveuglément la surenchère. Pour répondre à la critique d’une éventuelle discrimination entre citoyens français, Hollande et Valls réfléchissent sérieusement à l’étendre aussi aux mononationaux, au risque de contrevenir à l’esprit de notre République et de violer certaines conventions internationales.
 

samedi 2 janvier 2016

3 janvier

 
"Il vaut mieux pomper d'arrache pied
même s'il ne se passe rien
que de risquer qu'il se passe quelque chose de pire
en ne pompant pas."
 
Les Shadoks, de Jacques Rouxel (dit par Claude Piéplu)
 
 
 

vendredi 1 janvier 2016

2 janvier 2016

 
"Quand on est rien,
difficile d'y comprendre quelque chose."
Charly Brown,
dans Snoopy et le petit monde des Peanuts, tome 1
 

jeudi 31 décembre 2015

Je hais le nouvel An, par Antonio Gramsci


"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant."

(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

Jour de l'An...

"Les années nous viennent sans bruit", disait Ovide.
(Et les imbéciles crient "bonne année".)
 

mercredi 30 décembre 2015

31 décembre



 "L'important n'est pas
de guérir mais de vivre avec ses maux."
Albert Camus

 

mardi 29 décembre 2015

30 décembre

 
"La tendresse du coeur, c'est ce que la nature a donné
aux hommes en leur accordant les larmes."
Suétone

 

lundi 28 décembre 2015

29 décembre

 
"Nous sommes tous dans le caniveau,
mais certains d'entre nous regardent les étoiles."
Oscar Wilde

 

28 décembre

 
"Ce que l'on craint arrive plus facilement
que ce qu'on espère."
Publilius Syrus

 

dimanche 27 décembre 2015

27 décembre

 
"Il est plus facile de mourir que d'aimer.
C'est pourquoi je me donne le mal de vivre. Mon amour..."
 Louis Aragon

 

vendredi 25 décembre 2015

25 décembre


In memoriam... Jacques Derrida.
 
Photographié par Gérard Rondeau.
In J’avais posé le monde sur la table,
288 pages en grand format, 59 euros, éditions des Equateurs.