Comment un certain type de dopage, celui de années 1990, a totalement modifié l'histoire du cyclisme et du Tour de France. Et pourquoi il ne faut surtout pas comparer les époques...
Quelqu’un questionne l’Italien Pierre Brambilla, troisième du Tour en 1947:
-Pierre, il se dit dans le peloton que tu aurais, un jour, enterré ton vélo dans ton jardin.
-Je l’ai fait.
-Et pourquoi l’as-tu fait ?
-Ce vélo avait des jantes en bois, et je voulais faire pousser des peupliers.
-Dommage que tu n’aies pas enterré ta topette : tu aurais fait pousser une pharmacie.
A la fin des années quatre-vingt, la vieille anecdote se transmettait encore de génération en génération, comme un trophée jalousement préservé entre mecs, bonne blague pour les fins de soirées arrosées. Accepter ce folklore – non sans orgueil – valait alors tous les adoubements et nul n’était besoin d’en discuter les codes. Et pour cause. Les liens entre le cyclisme et le dopage ont toujours été consubstantiels. Aucune époque n’a dérogé à la règle et seule une poignée de champions a échappé aux posologies de son temps. Beaucoup par contre se sont fourvoyés jusqu’à l’écœurement. Telle est l’histoire peu glorieuse de ces «cornues pédalantes», comme le dira ironiquement le président du tribunal de Lille, qualifiant ainsi les cyclistes de l’équipe Festina lors du célèbre procès, en 2000, où Richard Virenque avait fini par se mettre à table après deux années de dénégations. Il n’était pas le premier. Ni le dernier.
dimanche 21 juillet 2013
samedi 20 juillet 2013
Tour : à Semnoz, Quintana était imbattable
Le Colombien Nairo Quintana (Movistar) a remporté la dernière étape de
montagne, samedi 20 juillet. Cette victoire lui offre le maillot à pois et la
deuxième place du général derrière Froome. Contador tombe du podium... juste avant les Champs.
Depuis Annecy-Semnoz (Haute-Savoie).
Nous y voici donc, à la fin de cette centième édition. Comme prévu, il fallait bien attendre l’ultime ascension dans les Alpes pour avoir une idée définitive du podium final. Signalons d’entrée que nous avons vu Christopher Froome serrer le poing au passage de la ligne d'arrivée, tout là-haut dans la station de Semnoz. Sur les hauteurs d'Annecy, avec une vue plongeante sur le lac éponyme et toute la chaîne du Mont-Blanc, le grimpeur de Sky a donc officialisé sa victoire avant la dernière étape-parade vers les Champs-Elysées, dimanche. Avouons-le: il n'y avait pas de suspense. Peut-être même aurait-il pu aller chercher une nouvelle victoire d’étape. Mais à quoi bon.
La bataille - la plus intéressante - se disputait ailleurs. Les 125 km du jour et la montée finale classée hors catégorie ont en effet bouleversé la hiérarchie après 20 jours de course: l'étape a consacré l'émergence du Colombien Nairo Quintana, vainqueur du jour, et le déclin d'Alberto Contador (7e à 2'27''), qui est tombé du podium (4e à 7'10'' de Froome). A 23 ans, pour son premier Tour de France, le petit Quintana a été le seul grimpeur capable de tenir tête à Froome.
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| Et Quintana s'en va... |
Nous y voici donc, à la fin de cette centième édition. Comme prévu, il fallait bien attendre l’ultime ascension dans les Alpes pour avoir une idée définitive du podium final. Signalons d’entrée que nous avons vu Christopher Froome serrer le poing au passage de la ligne d'arrivée, tout là-haut dans la station de Semnoz. Sur les hauteurs d'Annecy, avec une vue plongeante sur le lac éponyme et toute la chaîne du Mont-Blanc, le grimpeur de Sky a donc officialisé sa victoire avant la dernière étape-parade vers les Champs-Elysées, dimanche. Avouons-le: il n'y avait pas de suspense. Peut-être même aurait-il pu aller chercher une nouvelle victoire d’étape. Mais à quoi bon.
La bataille - la plus intéressante - se disputait ailleurs. Les 125 km du jour et la montée finale classée hors catégorie ont en effet bouleversé la hiérarchie après 20 jours de course: l'étape a consacré l'émergence du Colombien Nairo Quintana, vainqueur du jour, et le déclin d'Alberto Contador (7e à 2'27''), qui est tombé du podium (4e à 7'10'' de Froome). A 23 ans, pour son premier Tour de France, le petit Quintana a été le seul grimpeur capable de tenir tête à Froome.
vendredi 19 juillet 2013
Grande Boucle : le retour de Da Costa... et des affaires
Le Portugais l'emporte au Grand-Bornand. Une étape très décevante malgré cinq difficultés sur le parcours:
il ne s’est rien passé entre les favoris… Côté dopage, Damiano Cunego (présent
sur le Tour) et 26 autres cyclistes vont être traduits par
la justice italienne.
Depuis le
Grand-Bornand (Haute-Savoie).
Rien n’y a fait, Rui Alberto Faria Da Costa (Movistar) a doublé la mise. Le Portugais de 26 ans, déjà vainqueur à Gap il y a trois jours, a remporté ce vendredi 19 juillet la 19e étape du Tour, courue entre Bourg-d'Oisans et Le Grand-Bornand (204,5 km), sur un parcours pourtant promis aux plus grands grimpeurs qui accumulait pas moins de cinq difficultés majeures, dont deux cols classés hors-catégorie, le Glandon et la Madeleine, toit du Tour 2013 (2000 mètres).
Da Costa, bien au chaud dans un groupe de poursuivants tout au long de l'étape, est allé chercher son petit triomphe dans le Col de la Croix-Fry, dernière difficulté de la journée, en rattrapant puis en débordant le Français Pierre Rolland, grand animateur de cette étape. Le chef de file d'Europcar s'est extirpé du peloton dès les premiers kilomètres, rejoignant des coureurs partis à la recherche de deux coureurs, Jon Izagirre et Ryder Hesjedal. Dans le Col du Glandon, Rolland a notamment eu à ses côtés son compatriote Christophe Riblon, héros de l’Alpe d’Huez la veille.
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| Le vainqueur au Grand-Bornand. |
Rien n’y a fait, Rui Alberto Faria Da Costa (Movistar) a doublé la mise. Le Portugais de 26 ans, déjà vainqueur à Gap il y a trois jours, a remporté ce vendredi 19 juillet la 19e étape du Tour, courue entre Bourg-d'Oisans et Le Grand-Bornand (204,5 km), sur un parcours pourtant promis aux plus grands grimpeurs qui accumulait pas moins de cinq difficultés majeures, dont deux cols classés hors-catégorie, le Glandon et la Madeleine, toit du Tour 2013 (2000 mètres).
Da Costa, bien au chaud dans un groupe de poursuivants tout au long de l'étape, est allé chercher son petit triomphe dans le Col de la Croix-Fry, dernière difficulté de la journée, en rattrapant puis en débordant le Français Pierre Rolland, grand animateur de cette étape. Le chef de file d'Europcar s'est extirpé du peloton dès les premiers kilomètres, rejoignant des coureurs partis à la recherche de deux coureurs, Jon Izagirre et Ryder Hesjedal. Dans le Col du Glandon, Rolland a notamment eu à ses côtés son compatriote Christophe Riblon, héros de l’Alpe d’Huez la veille.
Tour : les coureurs refusent la transparence
Le syndicat des professionnels exige du Sénat qu’il ne publie
pas la liste nominative des dopés à l’EPO en 1998,
mercredi prochain. Pendant ce temps-là les affaires continuent. Damiano Cunego (présent sur le Tour) et 26 autres cyclistes vont être traduits par la justice italienne...
Depuis Annecy (Haute-Savoie).
On s’en souvient: la Commission d'enquête du Sénat sur l'efficacité de la lutte contre le dopage avait décidé, contre toute attente, d'ajourner la publication de son rapport, du 18 au 24 juillet. C'était l'une des demandes des coureurs du peloton, via leur syndicat. Mais le geste des hôtes du Palais du Luxembourg ne saurait suffire aux yeux des responsables du CPA (Cyclistes professionnels associés). Le communiqué publié jeudi soir après l’arrivée du Tour de France à l’Alpe d’Huez ne laisse aucune place au doute. Le CPA affirme en effet son «opposition» à toute publication d'une liste de noms de coureurs du Tour 1998, «prétendument contrôlés positifs à l'EPO», «en raison de la grave violation des droits fondamentaux des coureurs qu'elle engendrait.»
Depuis Annecy (Haute-Savoie).
On s’en souvient: la Commission d'enquête du Sénat sur l'efficacité de la lutte contre le dopage avait décidé, contre toute attente, d'ajourner la publication de son rapport, du 18 au 24 juillet. C'était l'une des demandes des coureurs du peloton, via leur syndicat. Mais le geste des hôtes du Palais du Luxembourg ne saurait suffire aux yeux des responsables du CPA (Cyclistes professionnels associés). Le communiqué publié jeudi soir après l’arrivée du Tour de France à l’Alpe d’Huez ne laisse aucune place au doute. Le CPA affirme en effet son «opposition» à toute publication d'une liste de noms de coureurs du Tour 1998, «prétendument contrôlés positifs à l'EPO», «en raison de la grave violation des droits fondamentaux des coureurs qu'elle engendrait.»
Histoire du Tour : 1989, huit secondes pour l'éternité...
Le duel entre Laurent Fignon et Greg Lemond restera comme l'un des plus grands moments de l'histoire de la Grande Boucle. Avec sa fin tragique pour le Français, heureuse pour l'Américain...
Nous ne le savions pas encore, mais la Guerre Froide brûlait ses derniers feux. A la démarcation du rideau de fer, le Mur se fissurait inexorablement. Dans quelques semaines, il allait tomber dans une allégresse universelle qui ne laisserait personne indifférent ni indemne. C’était la fin des années 80 et le cyclisme, plus que tout autre sport, était encore régi par une organisation mondiale radicalement séparée en deux, d’un côté les professionnels (l’Occident), de l’autre les amateurs (le bloc «soviétique»), vivant les uns et les autres leurs carrières respectives sans jamais disputer les mêmes épreuves.
En ce mois de juillet 1989, toutefois, personne ne se préoccupait de géopolitique et de ses éventuelles conséquences sur les futures compétitions internationales. Non, ce qui passionnait les foules et le Peuple du Tour, c’était bien le duel que se livrerait Laurent Fignon et Greg LeMond.
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| LeMond en jaune. |
Nous ne le savions pas encore, mais la Guerre Froide brûlait ses derniers feux. A la démarcation du rideau de fer, le Mur se fissurait inexorablement. Dans quelques semaines, il allait tomber dans une allégresse universelle qui ne laisserait personne indifférent ni indemne. C’était la fin des années 80 et le cyclisme, plus que tout autre sport, était encore régi par une organisation mondiale radicalement séparée en deux, d’un côté les professionnels (l’Occident), de l’autre les amateurs (le bloc «soviétique»), vivant les uns et les autres leurs carrières respectives sans jamais disputer les mêmes épreuves.
En ce mois de juillet 1989, toutefois, personne ne se préoccupait de géopolitique et de ses éventuelles conséquences sur les futures compétitions internationales. Non, ce qui passionnait les foules et le Peuple du Tour, c’était bien le duel que se livrerait Laurent Fignon et Greg LeMond.
Tour : Riblon et Froome les mettent en pièces
Christophe Riblon
(AG2R) remporte l’étape prestigieuse de la double ascension de l’Alpe d’Huez.
C’est la première victoire française cette année. Christopher Froome reprend encore
du temps à Contador et Kreuziger. Quintana grimpe sur le podium.
Depuis l'Alpe-d’Huez (Isère).
Une pièce de théâtre à l’issue improbable, quelques heures à
peine arrachées à notre ordinaire. Acte I, scène I. Sur les pentes de l’Alpe
d’Huez, ainsi, se rejoue la mélancolie historique autant que géographique d’une
francité insolente qui condescend toujours une fois l’an, forte de
l’exemplarité de ses rites et coutumes, à s’en aller honorer son Peuple d’ici
ou d’ailleurs – venu en masse au dessus de Bourg-d’Oisans. Assises sur leurs
pliants, dressées sur les talus ou agrippées aux bastingages, bruyantes et
parfois à la limite de la régularité pour laisser passer les coureurs, les
joyeuses cohortes racontaient encore la chronique d’une France plurielle et
ouverte. C’était une foule considérable dans l’Alpe – évidemment pas le
million de personnes annoncées ça et là! –, mais l’un des plus beaux crus
vus ici par le chronicoeur. Emotion.
Depuis l'Alpe-d’Huez (Isère).
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| L'Alpe en Sky. |
jeudi 18 juillet 2013
Tour : le coup de com de Sky dans l'Equipe...
Le quotidien sportif consacre,
ce jeudi 18 juillet, un long dossier à l'analyse des performances du maillot
jaune. Elle n'est ni complète ni précise. Questions...
Depuis l’Alpe-d’Huez
(Isère).
Puisque la suspicion sur les performances de Christopher Froome continue, Sky a décidé de sortir l’artillerie lourde. Ce jeudi, elle a en effet annoncé qu’elle avait fait analyser les données de puissance du maillot jaune, qui permettent de mesurer ses performances. Jusqu’à maintenant, le patron de l’équipe anglaise, Dave Brailsford, avait toujours refusé de les diffuser. Et pour cause. Ils considèrent ces données – qui sont l’une des bases du travail du célèbre entraîneur Antoine Vayer – comme étant peu «scientifiques».
Pour réussir son coup médiatique, Brailsford a utilisé un journal, l’Equipe, puis un entraîneur, celui de la FdJ, Frédéric Grappe, qui ne porte pas dans son coeur Vayer, dont il conteste l'interprétation des données de puissance.
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| Froome et Brailsford. |
Puisque la suspicion sur les performances de Christopher Froome continue, Sky a décidé de sortir l’artillerie lourde. Ce jeudi, elle a en effet annoncé qu’elle avait fait analyser les données de puissance du maillot jaune, qui permettent de mesurer ses performances. Jusqu’à maintenant, le patron de l’équipe anglaise, Dave Brailsford, avait toujours refusé de les diffuser. Et pour cause. Ils considèrent ces données – qui sont l’une des bases du travail du célèbre entraîneur Antoine Vayer – comme étant peu «scientifiques».
Pour réussir son coup médiatique, Brailsford a utilisé un journal, l’Equipe, puis un entraîneur, celui de la FdJ, Frédéric Grappe, qui ne porte pas dans son coeur Vayer, dont il conteste l'interprétation des données de puissance.
Tour : va, va, Froome, par tous les temps
Le porteur du maillot
jaune (Sky), sans prendre de risque, remporte le contre-la-montre devant
Alberto Contador (Saxo). Abandon du Français Jean-Christophe Peraud (AG2R),
victime de deux chutes et d’une fracture de la clavicule. Pendant ce temps-là, Thierry Adam et consorts découvrent la parole...
Depuis Chorges (Hautes-Alpes).
Cyclisme: schizophrénie des exceptions. On dit par exemple que Christopher Froome possède le corps d’un champion hors du commun et que son rapport poids/puissance est certifié-conforme « bien supérieur » à la norme. Personne ne le croit. Ou alors au prix d’un gros effort d’imagination. Ainsi notre Chris aime pédaler la tête basse en créant un style sous l’égide de la domination active. N’y voir aucun signe de pénitence – juste l’onde des événements qui semble traverser cet être en action. Lui si grand. Si chétif qu’on oserait à peine le toucher de peur de le briser comme de la porcelaine. Avec ses jambes râpées jusqu’à l’os.
Hier, lorsque l’homme en Sky s’élança pour l’effort solitaire, nous vîmes un modèle de fausse onctuosité, une ondulation perceptible qui part des reins et qui finit absorbée on ne sait comment par cette silhouette squelettique, comme si sous ses bras en éventail venaient mourir les vibrations. D’autant que la météo avait décidé de jouer avec nos nerfs.
Depuis Chorges (Hautes-Alpes).
Cyclisme: schizophrénie des exceptions. On dit par exemple que Christopher Froome possède le corps d’un champion hors du commun et que son rapport poids/puissance est certifié-conforme « bien supérieur » à la norme. Personne ne le croit. Ou alors au prix d’un gros effort d’imagination. Ainsi notre Chris aime pédaler la tête basse en créant un style sous l’égide de la domination active. N’y voir aucun signe de pénitence – juste l’onde des événements qui semble traverser cet être en action. Lui si grand. Si chétif qu’on oserait à peine le toucher de peur de le briser comme de la porcelaine. Avec ses jambes râpées jusqu’à l’os.
Hier, lorsque l’homme en Sky s’élança pour l’effort solitaire, nous vîmes un modèle de fausse onctuosité, une ondulation perceptible qui part des reins et qui finit absorbée on ne sait comment par cette silhouette squelettique, comme si sous ses bras en éventail venaient mourir les vibrations. D’autant que la météo avait décidé de jouer avec nos nerfs.
mercredi 17 juillet 2013
Tour : avec Costa, Gap sur la victoire
Le Portugais Rui
Alberto Costa (Movistar), rescapé d’une échappée où figuraient de nombreux
Français, remporte l’étape mardi 16 juillet à Gap. AG2R-La Mondiale et Europcar poursuivent leurs
partenariats.
Depuis Gap (Hautes-Alpes).
Depuis Gap (Hautes-Alpes).
Sublime virée est-ouest, hier, entre Vaison-la-Romaine et
Gap (168 km), sur un théâtre d’une fulgurante beauté assailli par la chaleur. Le
chronicoeur au volant a quitté le Ventoux à flanc de roche, l’apercevant une
dernière fois avant de l’abandonner subitement, mais définitivement, sur leur
droite. Le temps d’un modeste au-revoir aux dieux du cyclisme – comme pour nous
rappeler que le Tour n’était pas fini –, avant de nous enfoncer dans une zone
de fin silence où chaque exploit devrait être sculpté différemment, tant nous avions
l’impression de participer à une baudelairienne invitation à l’inconnue.
mardi 16 juillet 2013
Histoire du Tour : 1983-1984, la nouvelle vague s’appelle Laurent Fignon
Nous sommes au début des années 80. Dans la célèbre équipe Renault de Cyrille Guimard, un certain Laurent Fignon va bientôt remplacer Bernard Hinault comme leader. Le Parisien n'a que 22 ans quand il remporte son premier Tour. Séquence mélancolie...
«Il émanait de ce jeune ce rien d’insouciant et de supérieurement gai qui rendait le vélo facile et agréable.» Quand Cyrille Guimard parle de Laurent Fignon, le regard pétille comme au premier jour et les mots se bousculent pour dire l’ampleur de l’admiration, de l’affection. Le directeur sportif de l’équipe mythique Renault était alors un faiseur de rois et avec Bernard Hinault et sa bande d’équipiers élevés à la dure (Chassang, Berland, Arbes, Poisson et les autres), il avait scellé avec les dieux du cyclisme un pacte de feu dont il maîtrisait les moindres détails. Guimard voyait tout, diagnostiquait tout. Un coup d’oeil, et il savait le champion d’à-venir, devinait sous le jarret mal dégrossi le cuissot du crack, le caractère sous-jacent, la dimension cachée, le talent à polir. En 1983, mine de rien, le couple Guimard-Hinault en était déjà à sa huitième année de cohabitation et leurs campagnes triomphales, partout en Europe, sur tous les terrains (classiques, grands tours, mondiaux, etc.), avaient laissé derrière eux des corps sans vie. Mais aussi incroyable que cela paraisse, au sein de sa propre formation, le Blaireau faisait presque figure d’ancien à côté de quelques champions d’exception en gestation, qu’ils s’appellent Laurent Fignon, Greg LeMond ou Marc Madiot. Nouvelles moeurs, nouveau genre: la nouvelle vague frémissait. Le destin poussa à la roue.
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| Laurent Fignon, 1983. |
lundi 15 juillet 2013
Le Ventoux : la légende poétique et cycliste du mont Chauve
Dressé au-dessus de
Carpentras, le Géant de Provence n’a ni dieu ni maître mais reste un
cauchemar pour tous les cyclistes. Le poète Pétrarque a inauguré son ascension
mythologique, en 1336.
«Je me souviens, mon grand-père a voulu monter avec la Traction, le Général était encore au pouvoir: le moteur a explosé à trois bornes du sommet.» D’où que nous venions, du sud, du nord, il s’impose au regard à cent kilomètres à la ronde, déchirant l’horizon comme une montée verticale vers les cieux que rehaussent ses contreforts oblongs. «J’y suis retourné dix ans plus tard, c’était avec l’Aronde.» Un massif calcaire tondu comme un moine où se disputent le soleil et les vents au gré des saisons. «On l’a gravi, oui, je me suis même arrêté cinq fois.» Ce sont les anonymes qui en parlent le mieux: rien d'étonnant, le Mont Chauve est un monde en réduction qui crée des personnages à sa démesure ; à condition de ne pas le défier sans éprouver de la peur.
«Je me souviens, mon grand-père a voulu monter avec la Traction, le Général était encore au pouvoir: le moteur a explosé à trois bornes du sommet.» D’où que nous venions, du sud, du nord, il s’impose au regard à cent kilomètres à la ronde, déchirant l’horizon comme une montée verticale vers les cieux que rehaussent ses contreforts oblongs. «J’y suis retourné dix ans plus tard, c’était avec l’Aronde.» Un massif calcaire tondu comme un moine où se disputent le soleil et les vents au gré des saisons. «On l’a gravi, oui, je me suis même arrêté cinq fois.» Ce sont les anonymes qui en parlent le mieux: rien d'étonnant, le Mont Chauve est un monde en réduction qui crée des personnages à sa démesure ; à condition de ne pas le défier sans éprouver de la peur.
Aussi loin que remonte la mémoire locale, au terme d’une
énumération isolée dans le secret des hommes, le Ventoux écrase l’imagination
par sa sublime violence. Arraché aux forces telluriques entre le Crétacé
inférieur et la fin de l’Eocène, le Géant de Provence n’a ni dieu ni maître et domine
la région de son désert pentu où se dessinent des étendues dégoulinantes de
caillasses blanchâtres plantées en plein ciel de feu. Mais il a toujours été
une figure symbolique.
Tour : Froome plus fort que le Ventoux
Coup double pour l’Anglais,
porteur du maillot jaune. Il remporte la prestigieuse étape au sommet du Mont
Chauve et repousse ses rivaux au général : il précède désormais le
Néerlandais Mollema de 4’14’’ et l’Espagnol Contador de 4’25’’.
Depuis le Mont Ventoux (Vaucluse).
Et voici soudain l’étrange moment de grâce intérieure et de
quiétude inexpliquée, quand, dans les tous derniers tracas du temps refoulé,
surgissent le chaos et la démesure d’une course unique en son genre. Alors, dans
le bruit et la fureur, c’est tout un monde de chair et de sang qui cherche des
preuves de sa propre existence en observant la lutte haletante des Nouveaux
Forçats de la route en quête de légitimité. Il n’était pas encore 16 heures,
sur les pentes du Mont Ventoux, quand le chronicoeur a senti le souffle ardent
de la démesure, tandis que des coureurs un peu fous voulaient en finir avec l’enfer
et le feu. Cette 15e étape présentait la double difficulté d'être la
plus longue de ce Tour (242,5 km) et de s'achever sur l’un des plus terribles
cols qui se puissent imaginer.
Depuis le Mont Ventoux (Vaucluse).
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| Froome au sommet du Ventoux. |
dimanche 14 juillet 2013
Tour : quelques livres à ne pas manquer pour la centième édition
Un petit rappel pour les amateurs de cyclisme - et les autres - qui n'auraient pas fréquenté une librairie depuis au moins quinze jours...
LE TOUR, 100 IMAGES, 100 HISTOIRES , par Éric Fottorino, Jean-Marie Leblanc, Jean-Paul Ollivier et Bernard Thévenet (AFP-Denoël, 240 pages, 26,80 euros). Les photos emblématiques de l’Agence France-Presse sont racontées, analysées, prolongées par les récits de quatre grands témoins, praticiens du Tour et spectateurs passionnés.
JOURS DE FÊTE. La Grande histoire du Tour de France, par Françoise et Serge Laget (Chronique, 380 pages, 30 euros). L’ouvrage fait office de référence fourmille d’anecdotes rafraîchissantes et d’illustrations souvent inédites sur l’histoire du Tour. Pour connaître ses à-côtés et ses mystères, jusqu’aux plus petits.
LE TOUR, 100 IMAGES, 100 HISTOIRES , par Éric Fottorino, Jean-Marie Leblanc, Jean-Paul Ollivier et Bernard Thévenet (AFP-Denoël, 240 pages, 26,80 euros). Les photos emblématiques de l’Agence France-Presse sont racontées, analysées, prolongées par les récits de quatre grands témoins, praticiens du Tour et spectateurs passionnés.
JOURS DE FÊTE. La Grande histoire du Tour de France, par Françoise et Serge Laget (Chronique, 380 pages, 30 euros). L’ouvrage fait office de référence fourmille d’anecdotes rafraîchissantes et d’illustrations souvent inédites sur l’histoire du Tour. Pour connaître ses à-côtés et ses mystères, jusqu’aux plus petits.
samedi 13 juillet 2013
Tour : avant le Ventoux dimanche, Trentin gagne en baroudeur
L'Italien Matteo
Trentin a profité d’être libéré de sa tâche d’équipier pour son sprinter Mark
Cavendish, pour se glisser dans la bonne échappée et s’imposer à Lyon. Demain,
c’est dimanche 14 Juillet: arrivée au sommet du Mont Ventoux!
Depuis Lyon (Rhône).
Le chronicoeur, au volant du véhicule de l’Humanité toute la journée sur l’étape du
jour, a pu le vérifier de près et s’en délecter: le Peuple du Tour a été
au rendez-vous de cette traversée plutôt accidentée entre Saint-Pourçain-sur-Sioule
et Lyon (191 km). Une foule absolument considérable a accueilli les rescapés de
la centième édition, pour l’une des toutes dernières occasions de briller avant
une infernale succession de cols, à commencer par demain et le petite
visite à l’impitoyable Mont Ventoux.
Ce samedi, l'euphorie a donc continué à régner dans les rangs de l'équipe Omega-Quick Step, qui vient d'aligner trois victoires en quatre jours. Sur tous les fronts depuis St-Malo, entre victoires et polémiques, le leader de l'équipe Mark Cavendish était à priori au repos sur un parcours si vallonné. Toute la formation belge aurait presque pu souffler un peu, après son époustouflant coup de bordure de vendredi. Mais Débarrassé de ses tâches d’équipiers de luxe auprès du sprinteur britannique, l'Italien Matteo Trentin a profité de cette liberté d'un jour pour se glisser dans la belle échappée (18 coureurs) et a jailli dans l'interminable dernière ligne droite, à quelques pas du stade Gerland, pour régler les attaquants au sprint.
Depuis Lyon (Rhône).
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| Matteo Trentin. |
Ce samedi, l'euphorie a donc continué à régner dans les rangs de l'équipe Omega-Quick Step, qui vient d'aligner trois victoires en quatre jours. Sur tous les fronts depuis St-Malo, entre victoires et polémiques, le leader de l'équipe Mark Cavendish était à priori au repos sur un parcours si vallonné. Toute la formation belge aurait presque pu souffler un peu, après son époustouflant coup de bordure de vendredi. Mais Débarrassé de ses tâches d’équipiers de luxe auprès du sprinteur britannique, l'Italien Matteo Trentin a profité de cette liberté d'un jour pour se glisser dans la belle échappée (18 coureurs) et a jailli dans l'interminable dernière ligne droite, à quelques pas du stade Gerland, pour régler les attaquants au sprint.
vendredi 12 juillet 2013
Tour : Froome affaibli, Valverde K.O.
Etape de plaine
éblouissante. Mark Cavendish remporte le sprint d’un petit groupe. Froome perd
plus d’une minute sur Contador. Valverde a dit adieu au podium…
Depuis Saint-Amand-Montrond (Cher).
Le chronicoeur doit s’y résoudre: certaines étapes de
plat n’ont rien d’ennuyeuses. Ce qui s’est passé ce vendredi 12 entre Tours et
Saint-Amand-Montrond (173 km) restera probablement dans les mémoires. Bien sûr,
le Britannique Chris Froome a gardé les commandes du Tour, mais, à la faveur d’une
bataille épique, il a perdu du temps dans cette 13e étape gagnée par le
Britannique Mark Cavendish.
Froome, affaibli par son isolement au sein de la formation Sky, a été attaqué par l'équipe de l'Espagnol Alberto Contador dans cette journée présentée comme « transitoire » qui a pourtant donné lieu à plusieurs « bordures » et a coûté très cher à l'Espagnol Alejandro Valverde, dans les plaines du centre de la France. Deuxième du classement au matin, Valverde a perdu près de 10 minutes après avoir été retardé par une crevaison.
Depuis Saint-Amand-Montrond (Cher).
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| Mark Cavendish. |
Froome, affaibli par son isolement au sein de la formation Sky, a été attaqué par l'équipe de l'Espagnol Alberto Contador dans cette journée présentée comme « transitoire » qui a pourtant donné lieu à plusieurs « bordures » et a coûté très cher à l'Espagnol Alejandro Valverde, dans les plaines du centre de la France. Deuxième du classement au matin, Valverde a perdu près de 10 minutes après avoir été retardé par une crevaison.
jeudi 11 juillet 2013
Histoire: Armstrong, le roman des années sombres
Gloire et chute d'une idole. Retour sur le parcours unique en son genre d'un Texan revenu de tout, même du cancer, avant d'être brûlé en place publique...
Un sport de violence où naissent les légendes ; un sport de mensonge où sombrent de faux héros. A la lisière d’un monde essoufflé d’avoir trop voisiné avec le désastre, dans l’entr’aperçu des derniers gestes des poètes oubliés qui suivent encore leur chemin à travers champs, Lance Armstrong sait désormais qu’on ne pouvait pas entrer par effraction dans la sacristie du vélo – ci-devant le Tour de France – sans vouloir se soumettre un minimum à ses codes, à ses rites, à ses usages, sans déposer dans la Salle des Illustres le minimum requis pour conjurer les dieux : une forme d’allégeance.
Les initiés le savent: le cyclisme a toujours été un cercle de feu que les mots seuls peuvent verbaliser. Mais Lance Armstrong ne s’est jamais payé de mots. D’ailleurs qu’on ne s’y trompe pas: son histoire n’est pas celle d’un coureur cycliste, mais celle d’une ambition démesurée, née dans les frustrations d’une jeunesse américaine. Juste l’histoire d’un petit gars du Texas, fils unique abandonné par son père biologique, battu par son beau-père, Terry Armstrong, qui lui laissera pour seul héritage ce nom élégiaque de découvreur de Lune, si puissamment américain qu’il n’y manquait qu’un prénom. L’histoire d’un Texan plus débrouillard que la moyenne, aimé par sa mère jusqu’à la déraison, qui très vite n’accepta qu’une posture, une identité: celle du vainqueur, de la gloire et de la réussite à tout prix.
Un sport de violence où naissent les légendes ; un sport de mensonge où sombrent de faux héros. A la lisière d’un monde essoufflé d’avoir trop voisiné avec le désastre, dans l’entr’aperçu des derniers gestes des poètes oubliés qui suivent encore leur chemin à travers champs, Lance Armstrong sait désormais qu’on ne pouvait pas entrer par effraction dans la sacristie du vélo – ci-devant le Tour de France – sans vouloir se soumettre un minimum à ses codes, à ses rites, à ses usages, sans déposer dans la Salle des Illustres le minimum requis pour conjurer les dieux : une forme d’allégeance.
Les initiés le savent: le cyclisme a toujours été un cercle de feu que les mots seuls peuvent verbaliser. Mais Lance Armstrong ne s’est jamais payé de mots. D’ailleurs qu’on ne s’y trompe pas: son histoire n’est pas celle d’un coureur cycliste, mais celle d’une ambition démesurée, née dans les frustrations d’une jeunesse américaine. Juste l’histoire d’un petit gars du Texas, fils unique abandonné par son père biologique, battu par son beau-père, Terry Armstrong, qui lui laissera pour seul héritage ce nom élégiaque de découvreur de Lune, si puissamment américain qu’il n’y manquait qu’un prénom. L’histoire d’un Texan plus débrouillard que la moyenne, aimé par sa mère jusqu’à la déraison, qui très vite n’accepta qu’une posture, une identité: celle du vainqueur, de la gloire et de la réussite à tout prix.
Espionné(s) : Big Brother made in USA
Sachez-le: dès que vous utilisez votre iPhone, votre tablette, votre ordinateur, dès que vous échangez des messages sur notre téléphone ou sur Facebook, dès que vous tweetez, vous vous trouvez violés dans votre intimité...
NSA. «Big Brother is watching you»: le Grand Frère vous regarde. Ceux qui ont lu 1984, de George Orwell, n’auront aucun effort d’imagination à consentir pour comprendre, jusque dans les moindres détails, l’enjeu de ce qui vient d’être révélé aux États-Unis. «Révéler» est d’ailleurs un verbe bien pompeux pour un secret dont on savait qu’il n’en était pas un: les services secrets américains possèdent de grandes oreilles, ils en usent et abusent dans des proportions qui dépassent souvent l’imagination – en ce domaine, la nôtre est assez extensible… Depuis la publication par le Washington Post et le Guardian du témoignage d’Edward Snowden sur l’existence d’un réseau d’espionnage mondial baptisé Prism, piloté par la National Security Agency (NSA), nous avons donc confirmation que nous sommes observés, tous autant que nous sommes.
NSA. «Big Brother is watching you»: le Grand Frère vous regarde. Ceux qui ont lu 1984, de George Orwell, n’auront aucun effort d’imagination à consentir pour comprendre, jusque dans les moindres détails, l’enjeu de ce qui vient d’être révélé aux États-Unis. «Révéler» est d’ailleurs un verbe bien pompeux pour un secret dont on savait qu’il n’en était pas un: les services secrets américains possèdent de grandes oreilles, ils en usent et abusent dans des proportions qui dépassent souvent l’imagination – en ce domaine, la nôtre est assez extensible… Depuis la publication par le Washington Post et le Guardian du témoignage d’Edward Snowden sur l’existence d’un réseau d’espionnage mondial baptisé Prism, piloté par la National Security Agency (NSA), nous avons donc confirmation que nous sommes observés, tous autant que nous sommes.
Tour : Mont-Saint-Michel, au nom du Chris
Le Britannique Chris
Froome (Sky) a frappé un grand coup hier. Il termine deuxième du contre-la-montre,
derrière le champion du monde de la spécialité, l’Allemand Tony Martin (Omega),
mais repousse Valverde et Contador à plus de 3 minutes au général…
«C’est devenu Disneyland, ici!» Le chronicoeur, qui se trouve stratégiquement placé au Mont depuis mardi soir, peu avant que le barnum de la Grande Boucle ne colonise le sanctuaire, a pu le constater. Même les Normands, qui s’évaluent à la dérobée de mille façons composites avec cet air si familier de ne vouloir brusquer personne, n’y comprennent plus rien. Surtout les salariés des restaurants, des hôtels et des commerces, ces centaines «petites mains» que les touristes croisent à peine du regard et qui subissent les évolutions de leur Mont-Saint-Michel. Entre les nouveaux aménagements de leur sanctuaire dressé comme un miracle au-dessus de la baie sablonneuse – la Merveille de l’Occident – et la privatisation d’espaces publics par Veolia, pour une histoire de navettes qui ferait tourner bourrique le meilleur des Calvados, les Montois ne savent plus quoi penser mais ont retrouvé le goût de la lutte. Hier en pleine arrivée du Tour, c’était pour eux, également, une course contre-la-montre.
«C’est devenu Disneyland, ici!» Le chronicoeur, qui se trouve stratégiquement placé au Mont depuis mardi soir, peu avant que le barnum de la Grande Boucle ne colonise le sanctuaire, a pu le constater. Même les Normands, qui s’évaluent à la dérobée de mille façons composites avec cet air si familier de ne vouloir brusquer personne, n’y comprennent plus rien. Surtout les salariés des restaurants, des hôtels et des commerces, ces centaines «petites mains» que les touristes croisent à peine du regard et qui subissent les évolutions de leur Mont-Saint-Michel. Entre les nouveaux aménagements de leur sanctuaire dressé comme un miracle au-dessus de la baie sablonneuse – la Merveille de l’Occident – et la privatisation d’espaces publics par Veolia, pour une histoire de navettes qui ferait tourner bourrique le meilleur des Calvados, les Montois ne savent plus quoi penser mais ont retrouvé le goût de la lutte. Hier en pleine arrivée du Tour, c’était pour eux, également, une course contre-la-montre.
mercredi 10 juillet 2013
A lire: 100 histoires pour apprendre la Grande Boucle
Les 100 histoires du tour
de France, de Mustapha Kessous
et Clément Lacombe. Éditions PUF, collection « Que sais-je ? », 128 pages, 9 euros.
Le Tour reste-t-il la plus extraordinaire des aventures de l’extrême? D’un été l’autre, devant le peuple chaque année retrouvé à lui-même, la course a forgé des destins usinés dans le plus beau matériau: l’Histoire, avec un énorme H. Pour la centième édition, ne manquez sous aucun prétexte la lecture du dernier «Que sais-je?», aux éditions PUF, de Mustapha Kessous et Clément Lacombe, qui en connaissent un rayon. Intitulé les 100 Histoires du Tour de France, vous y découvrirez quelques récits qui racontent, mieux que toute exaltation, les légendes des temps souvent réécrites ou réinterprétées, faites de sang, de larmes, de sourires et des joies, autant de souvenirs partagés qui dépassent les générations.
Le Tour reste-t-il la plus extraordinaire des aventures de l’extrême? D’un été l’autre, devant le peuple chaque année retrouvé à lui-même, la course a forgé des destins usinés dans le plus beau matériau: l’Histoire, avec un énorme H. Pour la centième édition, ne manquez sous aucun prétexte la lecture du dernier «Que sais-je?», aux éditions PUF, de Mustapha Kessous et Clément Lacombe, qui en connaissent un rayon. Intitulé les 100 Histoires du Tour de France, vous y découvrirez quelques récits qui racontent, mieux que toute exaltation, les légendes des temps souvent réécrites ou réinterprétées, faites de sang, de larmes, de sourires et des joies, autant de souvenirs partagés qui dépassent les générations.
mardi 9 juillet 2013
Tour : quand Froome explose les watts…
L’entraîneur Antoine Vayer
est formel. La performance du leader des Sky samedi dernier dans les Pyrénées a
de quoi nous inquiéter.
Comme toujours sur le Tour dès qu’une performance paraît stupéfiante, les rumeurs plus ou moins étayées sur de nouvelles formes de dopage circulent dans la caravane. Le solo de Chris Froome, samedi dans les Pyrénées, a par exemple laissé Antoine Vayer douteux. L’ancien entraîneur de Festina et grand pourfendeur des exploits suspects détaille dans Le Monde ce qu’il a vu. Et calculé scientifiquement. «Ce qui compte pour appréhender l'état sanitaire du peloton, explique-t-il, ce sont les puissances en montagne. Deux radars étaient placés dans les Pyrénées. Qu'indique leur relevé? En deçà de 410 watts, c'est sans garantie mais humain, entre 410 et 430, c'est suspect, jusqu'à 450 miraculeux, et au-delà mutant. »Le décor est planté.
Comme toujours sur le Tour dès qu’une performance paraît stupéfiante, les rumeurs plus ou moins étayées sur de nouvelles formes de dopage circulent dans la caravane. Le solo de Chris Froome, samedi dans les Pyrénées, a par exemple laissé Antoine Vayer douteux. L’ancien entraîneur de Festina et grand pourfendeur des exploits suspects détaille dans Le Monde ce qu’il a vu. Et calculé scientifiquement. «Ce qui compte pour appréhender l'état sanitaire du peloton, explique-t-il, ce sont les puissances en montagne. Deux radars étaient placés dans les Pyrénées. Qu'indique leur relevé? En deçà de 410 watts, c'est sans garantie mais humain, entre 410 et 430, c'est suspect, jusqu'à 450 miraculeux, et au-delà mutant. »Le décor est planté.
Tour : le peloton français en surchauffe...
On les espérait, les attendait, mais jusqu’à présent les coureurs français brillent surtout par leur absence de succès.
Depuis Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
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| Thibaut Pinot. |
Laurent Fignon raconté par sa femme Valérie
La femme de l'ex-double vainqueur du Tour, mort en 2010, raconte la maladie et la vie au quotidien avec le cancer. Le monde médical n'est pas épargné.
Fignon. «En dix-huit mois d’un combat quotidien
jalonné de désespoirs, entre “Good luck” et SMS assassin,
entre la dame des soins palliatifs et le défilé des proches,
j’avais eu le temps de me faire à l’idée de la disparition
de Laurent… N’empêche: il y a une différence entre deviner
les choses et se les entendre dire… Comme une digue qui saute, la dernière, emportant la possibilité d’un sursis, l’illusion d’un miracle…» Laurent, c’est Laurent Fignon, toujours si présent en nous que sa simple évocation provoque un essoufflement irrépressible. Le «Good luck», c’est celui lancé par un
oncologue new-yorkais que l’ancien double vainqueur du Tour était finalement allé consulter (ticket d’entrée: 8 000 dollars), rempli d’espoirs, pour s’entendre dire que, non, il n’y avait pas aux États-Unis de protocole expérimental pour son type de cancer. Le SMS assassin, c’est celui d’un Grand Docteur, ainsi nommé pudiquement, qui, piqué au vif par quelques critiques émises par Laurent sur son attitude vis-à-vis de ses patients
et rapportées par un ami commun, avait ainsi répliqué sur
le téléphone portable de l’ami en question: «Qu’il aille mourir ailleurs.» Le bloc-noteur passe aux aveux: la lecture du livre
de Valérie Fignon, sobrement intitulé ''Laurent'' (éditions Grasset), bientôt trois ans après sa disparition, le 31 août 2010, fut une véritable épreuve. Mais une source inépuisable d’enrichissement humain.
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| Laurent et Valérie. |
lundi 8 juillet 2013
Réel(s) : veut-on, oui ou non, montrer la vraie France?
Quand deux intellectuels s'interrogent sur le décalage entre ce que l'on donne à voir de notre pays et la réalité...
Diagnostic. Quelque chose d’insidieux nous remonte des marges mais aussi du coeur de la réalité française. Quelque chose de volontairement tu, comme un point aveugle de la société dont personne n’ose vraiment parler, faute de diagnostic partagé et d’esprit d’interprétation scientifique. Ce «quelque chose», curieusement, vient d’être pointé avec excellence par deux hommes s’exprimant dans des domaines en apparence très différents. Primo, un entretien étrange et confondant d’ambiguïté de Jacques Lévy, géographe, qui, dans Libération, plaide pour un nouveau «mode de gouvernance des territoires et un nouveau contrat géographique» par ce qu’il appelle une «justice spatiale». Nous pouvons être en désaccord avec le point d’aboutissement de cette expertise, qui peut, si l’on n’y prend garde, conduire à remette en question l’organisation des départements, des communes et, au-delà, de la vision d’idéal républicain de continuité territoriale et de service public comme ambitions essentielles. Secundo, une admirable interview de l’écrivain et photographe Philippe Bordas, donnée à Rue 89, où l’amoureux de cyclisme (re)connu déclare porter le deuil d’un monde perdu et raconte, dans le détail, sa passion trahie à l’aune de l’uniformisation et de la banalisation des performances et des comportements, le «produit» ayant remplacé le rêve jusqu’à l’atrophie de notre Tour de France sacré, rendu à de la consommation sponsorisée. Vous vous demandez: qu’y a-t-il de commun entre ces deux hommes?
Diagnostic. Quelque chose d’insidieux nous remonte des marges mais aussi du coeur de la réalité française. Quelque chose de volontairement tu, comme un point aveugle de la société dont personne n’ose vraiment parler, faute de diagnostic partagé et d’esprit d’interprétation scientifique. Ce «quelque chose», curieusement, vient d’être pointé avec excellence par deux hommes s’exprimant dans des domaines en apparence très différents. Primo, un entretien étrange et confondant d’ambiguïté de Jacques Lévy, géographe, qui, dans Libération, plaide pour un nouveau «mode de gouvernance des territoires et un nouveau contrat géographique» par ce qu’il appelle une «justice spatiale». Nous pouvons être en désaccord avec le point d’aboutissement de cette expertise, qui peut, si l’on n’y prend garde, conduire à remette en question l’organisation des départements, des communes et, au-delà, de la vision d’idéal républicain de continuité territoriale et de service public comme ambitions essentielles. Secundo, une admirable interview de l’écrivain et photographe Philippe Bordas, donnée à Rue 89, où l’amoureux de cyclisme (re)connu déclare porter le deuil d’un monde perdu et raconte, dans le détail, sa passion trahie à l’aune de l’uniformisation et de la banalisation des performances et des comportements, le «produit» ayant remplacé le rêve jusqu’à l’atrophie de notre Tour de France sacré, rendu à de la consommation sponsorisée. Vous vous demandez: qu’y a-t-il de commun entre ces deux hommes?
Tour : quand Froome fait avaler la potion Sky
Le Britannique,
dauphin l’an dernier de Wiggins, a mis la main sur le Tour après le
franchissement des Pyrénées. Samedi, il a singé Armstrong en écrasant la
concurrence. Hier, isolé et harcelé, il a contrôlé sans difficulté…
Depuis Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées).
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| Froome, seul au milieu de ses adversaires. |
Il n’y a pas de hasard. Même dans les Pyrénées, où les parts
d’ombres des héros peuvent donner du relief aux existences écrasées de
sacrifices, toutes les performances sont étalonnées à l’aune de nos expériences
récentes. Devant la façon virtuose qu’ont certains à effleurer le chaos en
enfonçant les évidences, ne nous étonnons pas qu’ils manquent à la règle des
mythologies, à commencer par la principale: celle d’avoir à être protégé
par l’affection du public. Le Britannique Christopher Froome en sait quelque
chose.
Il faut le voir de près, celui-là, pour comprendre à quel
point l’onde néfaste des événements semblent traverser ce corps en action. Comme
s’il subissait son sort le visage en suspens et le regard hagard, toujours
porté vers le bas, vers ses jambes raclées jusqu’à l’os et sa carcasse sans
chair qui lui donnent les contours d’un jambon de montagne asséché par les
années en cave.
samedi 6 juillet 2013
Tour : Christopher Froome imite Lance Armstrong
Au sommet de la
première étape pyrénéenne, le leader de l’équipe Sky atomise tous ses rivaux et
fait coup double, victoire d’étape et maillot jaune. Son coéquipier Richie
Porte est le dauphin. Derrière, le déluge…
Depuis Ax 3 Domaines (Ariège).
A l’heure de la grande lessive, il est nécessaire que le
chronicoeur se mouille, surtout par une chaleur accablante: au soir de la
toute première étape de montagne, oui, le Tour est plié. Voilà c’est dit ;
mais vous aurez tiré par vous-mêmes la conclusion que j’enfonçais là une porte
ouverte et qu’oser prétendre se mouiller ainsi relevait plus de l’amusement que
de la haute analyse. Ce samedi 6 juillet 2013, n’importe quel amoureux et/ou
spécialiste de cyclisme parvient une conclusion identique: Christopher Froome et
les Sky ont assommé la Grande Boucle. Toute autre conclusion s’avèrerait, en
effet, ou déplacée ou stricte folie.
Autant le dire, le chronicoeur est K.-O. debout. Le peloton aussi. Et accrochons-nous: au premier round encore! L’affaire rondement menée par l’équipe Sky, Christopher Froome en tête, flanqué de Richie Porte, n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler les heures «glorieuses» de l’US Postal, quand un certain Lance Armstrong, orgueilleux en diable et partisan de l’assommage d’entrée de jeu, avait la mauvaise habitude de frapper le Tour dès la première étape de montagne, qu’elle se situe dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Froome s’est inspiré librement – mais en totalité – de la méthode façon prise de pouvoir brutale.
Depuis Ax 3 Domaines (Ariège).
A l’heure de la grande lessive, il est nécessaire que le
chronicoeur se mouille, surtout par une chaleur accablante: au soir de la
toute première étape de montagne, oui, le Tour est plié. Voilà c’est dit ;
mais vous aurez tiré par vous-mêmes la conclusion que j’enfonçais là une porte
ouverte et qu’oser prétendre se mouiller ainsi relevait plus de l’amusement que
de la haute analyse. Ce samedi 6 juillet 2013, n’importe quel amoureux et/ou
spécialiste de cyclisme parvient une conclusion identique: Christopher Froome et
les Sky ont assommé la Grande Boucle. Toute autre conclusion s’avèrerait, en
effet, ou déplacée ou stricte folie. Autant le dire, le chronicoeur est K.-O. debout. Le peloton aussi. Et accrochons-nous: au premier round encore! L’affaire rondement menée par l’équipe Sky, Christopher Froome en tête, flanqué de Richie Porte, n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler les heures «glorieuses» de l’US Postal, quand un certain Lance Armstrong, orgueilleux en diable et partisan de l’assommage d’entrée de jeu, avait la mauvaise habitude de frapper le Tour dès la première étape de montagne, qu’elle se situe dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Froome s’est inspiré librement – mais en totalité – de la méthode façon prise de pouvoir brutale.
France Info parle de Go Lance !
Je ne peux, ici, rendre compte de tous les articles ou mentions concernant mon dernier livre "Go Lance!", roman, chez Fayard, 540 pages, 25 euros (L'Humanité, l'Humanité Dimanche, Libération, l'Equipe Magazine, Ouest-France, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Sud-Ouest, 20 Minutes, etc). Néanmoins, ce matin, en écoutant France Info, je me suis dit que certains aimeraient écouter cette chronique que voici:
vendredi 5 juillet 2013
Tour: Peter Sagan is back, avec mention !
Le Slovaque Peter
Sagan, trois fois deuxième, a réussi à devancer ses concurrents sur la ligne
d'arrivée, au bénéfice d’une étape assez difficile pour éliminer les purs
sprinters. Pendant ce temps-là, Franck Schleck a été viré de l'équipe Radioshack.
Depuis Albi (Tarn).
Grand et plein soleil sur la route du Tour toute la journée.
A tel point que le chronicoeur un peu honteux et coincé toute la journée entre l’avant-garde
des coureurs et la caravane publicitaire, a passé le plus clair de son temps au
volant de sa voiture climatisée, à l’abri, si l’on peut dire, de la chaleur
écrasante. Juste le temps d’arriver sur la ligne d’arrivée pour assister au
final. Pour le troisième jour de suite, un sprinter a donc su tirer son épingle
du jeu au terme de la 7e étape, menant les coureurs de Montpellier à Albi
(205,5 km).
![]() |
| Peter Sagan. |
Histoire: 1953, Louison Bobet, figure de la souffrance, emporte le Tour
En juillet 1953, le
Breton remportait le premier de ses trois Tours de France. Ce gaulliste
reconnu, qui affiche le plus beau palmarès du cyclisme français derrière
Bernard Hinault et Jacques Anquetil, est resté dans la mémoire populaire comme
l’un des symboles de la capacité à repousser les limites de la souffrance. Voilà
pourquoi des générations entières se sont incarnées en lui…
La vitesse sous le vent aurait dû lui donner des allures de
feu – elle ne faisait que renforcer sa crispation à l’effort. Son visage plissé
par l’irrépressible expression de la souffrance avait même quelque chose de
violent, comme si, de loin en loin, ses traits se dilataient de l’intérieur à
mesure qu’il atteignait les frontières de l’exploit. Louison Bobet n’était pas
un routinier de la tristesse appliquée à la tension physique, mais la forme
quasi besogneuse par laquelle il touchait à l’excellence avait fini par lui
conférer une sorte d’aura toute surnaturelle.
Nous sommes en juillet 1953. Déjà nous devinons les
fragments de la mythologie usinée par un Breton hors-normes capable des pires
sacrifices – contre lui-même – pour parvenir à ses fins. C’est sa sixième
participation au Tour de France et, cette fois, avec l'absence de Fausto Coppi, il va enfin conjurer le sort qui s’acharne contre lui.
jeudi 4 juillet 2013
Tour: le Cav n'a pas pris le train de sénateur
A Marseille, mercredi 3 juillet, le Britannique Mark
Cavendish remporte le premier sprint massif du Tour 2013, sa 24e
victoire d’étape. Pendant ce temps-là, les sénateurs ont du mal à rester dans
la roue…
Raymond Devos aurait adoré l’exercice. Pas moins de
cinquante-cinq ronds-points ont jalonné les 228,5 km de l’étape, hier, entre
Nice et Marseille. De quoi donner le tournis à des cyclistes qui n’en sont pas
dépourvus, et des torticolis aux suiveurs qui ne réclament rien. Imaginez un
peu : un giratoire tous les 4,1 kilomètres en moyenne, du jamais vu dans
l'histoire de la course. Une configuration qui aurait dû être favorable aux
échappés rescapés du jour (Lutsenko, De Gendt et les deux coureurs d’Europcar,
le Japonais Yukiya Arashiro et le Français Kévin Reza). Peine perdue. Les morts
de faim du sprint massif rongeaient leur frein depuis le départ à
Porto-Vecchio. Alors les fous de la vitesse ont réglé l’addition, avec, à leur
tête, le roi des statistiques : Mark Cavendish est venu quérir sa 24e
victoire d’étape. Avec une aisance vertigineuse, notons-le.
Depuis Marseille (Bouches-du-Rhône).
Raymond Devos aurait adoré l’exercice. Pas moins de
cinquante-cinq ronds-points ont jalonné les 228,5 km de l’étape, hier, entre
Nice et Marseille. De quoi donner le tournis à des cyclistes qui n’en sont pas
dépourvus, et des torticolis aux suiveurs qui ne réclament rien. Imaginez un
peu : un giratoire tous les 4,1 kilomètres en moyenne, du jamais vu dans
l'histoire de la course. Une configuration qui aurait dû être favorable aux
échappés rescapés du jour (Lutsenko, De Gendt et les deux coureurs d’Europcar,
le Japonais Yukiya Arashiro et le Français Kévin Reza). Peine perdue. Les morts
de faim du sprint massif rongeaient leur frein depuis le départ à
Porto-Vecchio. Alors les fous de la vitesse ont réglé l’addition, avec, à leur
tête, le roi des statistiques : Mark Cavendish est venu quérir sa 24e
victoire d’étape. Avec une aisance vertigineuse, notons-le. mercredi 3 juillet 2013
Tour: ne baisse pas la tête, tu verras Paul Valéry
Mardi 2 juillet, victoire
des Australiens d’Orica-GreenEdge qui remportent le contre-la-montre par équipes, offrant le maillot jaune à Simon Gerrans. La course passait devant le vieux bureau méditerranéen du célèbre écrivain…
Depuis Nice (Alpes-Maritimes).
«Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent.» Si les rouleurs avaient pris le temps d’inventorier les lieux de passage les plus signifiants durant leur exercice collectif d’hier, il leur aurait suffi, à peu près à mi-chemin de la promenade des Anglais, de lever la tête à la verticale pour apercevoir un joli palais surplombant la plage de galets. Devant nous, le Centre universitaire méditerranéen, où, dans le recoin d’un étage, à l’abri du temps et de la poussière, dort d’un sommeil léger le bureau de Paul Valéry qu’il occupa dans les années 1930. Depuis cette salle des Illustres où l’horloge du penseur a cessé de carillonner depuis la fin d’un âge d’or moins fantasmé qu’imaginé, il nous plaît à croire que l’homme de Monsieur Teste, de la Crise de l’esprit et de Variété (cinq tomes) n’aurait pas détesté le vacarme et le fracas du Tour colonisant soudain son sanctuaire. Depuis son poste de vigie, celui d’administrateur du prestigieux Centre, qu’aurait pensé l’écrivain, poète et philosophe à la vue de ces hommes machines tout droit sortis de la métamorphose des corps comme mise à nu paroxystique de l’ontologie même? Et au fond, comment aurait-il commenté de sa plume inquiète et cinglante les vivats du peuple du Tour montant crescendo jusqu’à la profusion – trop de profusion?
Depuis Nice (Alpes-Maritimes).
«Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent.» Si les rouleurs avaient pris le temps d’inventorier les lieux de passage les plus signifiants durant leur exercice collectif d’hier, il leur aurait suffi, à peu près à mi-chemin de la promenade des Anglais, de lever la tête à la verticale pour apercevoir un joli palais surplombant la plage de galets. Devant nous, le Centre universitaire méditerranéen, où, dans le recoin d’un étage, à l’abri du temps et de la poussière, dort d’un sommeil léger le bureau de Paul Valéry qu’il occupa dans les années 1930. Depuis cette salle des Illustres où l’horloge du penseur a cessé de carillonner depuis la fin d’un âge d’or moins fantasmé qu’imaginé, il nous plaît à croire que l’homme de Monsieur Teste, de la Crise de l’esprit et de Variété (cinq tomes) n’aurait pas détesté le vacarme et le fracas du Tour colonisant soudain son sanctuaire. Depuis son poste de vigie, celui d’administrateur du prestigieux Centre, qu’aurait pensé l’écrivain, poète et philosophe à la vue de ces hommes machines tout droit sortis de la métamorphose des corps comme mise à nu paroxystique de l’ontologie même? Et au fond, comment aurait-il commenté de sa plume inquiète et cinglante les vivats du peuple du Tour montant crescendo jusqu’à la profusion – trop de profusion?
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