A la découverte du premier roman de Catherine Ysmal, "Irène, Nestor et la Vérité" (éditions Quidam). Un choc. Un choc absolu.
Ysmal. Quand nous tombons enfin les masques de l’éphémère, il nous arrive de découvrir la source même de nos désirs les plus enfouis, de ceux qui donnent sens et existence à la littérature majuscule, par la grâce d’un texte qui nous hantera aussi longtemps que durera la vie, puisqu’il nous semble, à perdre raison, que nous l’avions toujours connu et aimé, ce texte, lu et relu tant il naît en nous à l’évidence de ce qu’il y a peut-être de plus sacré dans l’écriture : la singularité, l’unicité absolue, l’absence totale de compromission. Comme si nous étions les témoins privilégiés de ce qu’est la littérature « contre » la littérature, à la fois les premiers et les derniers lecteurs dans la salle des Illustres. Voilà ce qui se produit avec le premier roman de Catherine Ysmal, Irène, Nestor et la vérité, récemment publié aux éditions Quidam. Cent soixante pages où se composent et se décomposent trois monologues vertigineux. Ceux d’Irène et de Nestor, le couple, dont on ne sait plus s’il s’agit encore d’un couple ou de quelque chose d’autre, d’improbable ou de désarticulé, de nouveau peut-être. Et le monologue de Pierrot, le voisin, l’ami, qui passe une dernière fois le chiffon. Irène se perd en elle-même, dans le labyrinthe de ses discernements. Nestor ne sait plus qui il est – mais sait-il ce qu’il savait? Et Pierrot observe, avec l’assurance de se brûler. Certains combats obscurcissent nos propres horizons.
Ébranlement. Le mystère de ce livre est là, indéchiffrable, et tant mieux. L’amour, le mal, la beauté, l’errance, soi, l’autre: en somme, toutes les frontières auxquelles se heurte un individu dans son aliénation quotidienne et devant lesquelles il se résigne ou s’élance à corps perdu, à fendre l’âme, sans rappel ni retour.