vendredi 28 septembre 2012

A Nîmes, la «corrida historique» de José Tomas…

C’est l’aficionado Francis Marmande, dans le journal Le Monde, qui nous informe d’une nouvelle de la plus haute importance: le toréro espagnol José Tomas n’a rien perdu de son génie!

José Tomas, à Nîmes, dimanche 16 septembre 2012.
 Du 12 au 16 septembre, lors de la Féria des Vendanges à Nîmes, quelques privilégiés ont, entre autres choses (mano a mano Morante-Manzanares, El Juli-Castella, etc.), assisté à un spectacle du mythique José Tomas en solo. Soyons précis: seul contre six. Le journaliste et chroniqueur du quotidien Le Monde, Francis Marmande, nous a délivré l’information, mardi 18 septembre 2012, dans un court article dont il a le secret. Francis Marmande écrit d’emblée qu’il s’agissait d’«un exploit pour toreros exceptionnels et en pleine forme» et un «défi pour José Tomas, 37 ans, trente-sept fois grièvement blessé», qui avait dit, un soir de 2000, «quand je vais toréer, je laisse mon corps à l'hôtel».

Citons Francis Marmande sans aucun scrupule tant la langue s'impose à nous: «Dans un étrange état de grâce et de sérénité, un sourire inhabituel aux lèvres, José Tomas a donc affronté six toros d'élevages différents, le dimanche 16, de 11h30 à 14h02. Autour? Flotte de jets privés à l'aérodrome de Garons loué depuis des mois. Marché noir stratosphérique. Arènes archi-combles. (…) Costume anthracite et or avec motifs mexicains pour le maestro. Pluie de récompenses. Sortie en triomphe par la Porte des consuls. Public en lévitation. Conversations de bar pour sept siècles. Internet en surchauffe. Relance d'un intérêt vacillant. Le torero déjà légendaire n'a pas, c'est le moins qu'on puisse dire, raté son rendez-vous avec Nîmes. Onze oreilles et une queue symbolique, plus un toro gracié. Peu avare de superlatifs par temps ordinaires, la critique taurine parle déjà de ‘’corrida historique’’, de ‘’corrida du siècle’’.»

jeudi 27 septembre 2012

Chômage : l'hécatombe

Le 6 mai dernier, les Français n’ont pas voté pour le chômage de masse, l’austérité et le renoncement !

«Le corps social perd tout doucement son lendemain.» Cette terrible formule de Paul Valéry concernait le royaume de France au temps de Montesquieu, avant 1789. Nous ne la choisissons pas au hasard pour évoquer l’ici-et-maintenant d’une actualité sociale épouvantable. Bien sûr, nous ne sommes probablement pas à la veille d’une révolution. Mais où en sommes-nous avec «notre lendemain»? Depuis hier, comme si le franchissement des caps symboliques servait à une prise de conscience plus collective qu’individuelle, les Français s’interrogent sur leur avenir en regardant, effarés, le taux de chômage officiel : la barre des trois millions vient d’être franchie. Un seuil plafond que la France n’avait pas atteint depuis bientôt vingt ans. Et encore, gardons-nous des comparatifs hasardeux, puisque seules certaines catégories de chômeurs sont désormais comptabilisées dans les statistiques certifiées conformes. Exit les chômeurs ayant exercé une activité réduite courte, un temps partiel, des stages, des formations, etc. Le vrai chiffre des sans-emploi en âge de travailler dépasse sûrement la barre des cinq millions, peut-être plus…

Et Michel Sapin? Le ministre du Travail n’en démord pas. «Inverser la courbe du chômage à la fin de l’année 2013» serait «un objectif de mobilisation, un objectif qui paraît atteignable». Cette forme singulière d’optimisme ne nous trompe pas. Fin 2013: c’est dans quinze mois! Autrement dit, M. Sapin nous annonce comme un fait acquis que le désastre social, non seulement ne s’arrêtera pas, mais risque de s’aggraver.

lundi 24 septembre 2012

La satire, une preuve de démocratie

Si la liberté d’expression n’est pas absolue, la démocratie ne devient-elle pas précaire?

«Il y a des caricatures plus ressemblantes que des portraits, des caricatures où l’exagération est à peine sensible et, inversement, on peut exagérer à outrance sans obtenir un véritable effet de caricature.» Au moins sur ce point, nous nous accorderons aisément avec Bergson pour accepter tout relativisme individuel. Notre maître Larousse lui-même, dans la définition qu’il donne du mot caricature, ne cache pas notre part de subjectivité: «Représentation grotesque, en dessin, en peinture, etc., obtenue par l’exagération et la déformation des traits caractéristiques du visage ou des proportions du corps, dans une intention satirique.»

Ce fut donc la loi du genre: Charlie Hebdo ne pouvait pas manquer de participer au «débat» sur l’islam qui agite le monde depuis qu’aux États-Unis, un obscur et détestable film d’un provocateur américano-égyptien sert de prétexte à une vague de manifestations antiaméricaines et, souvent, antioccidentales… Seulement, depuis quelques jours, des personnalités ont dénoncé le parti pris des dessinateurs de Charlie Hebdo, qui, en caricaturant Mahomet, «se retrouveraient aux côtés de fanatiques islamophobes» et transformeraient les islamistes «en premiers défenseurs de l’islam». Donc, au prétexte qu’il y aurait une limite à la provocation et qu’il convient de «réfléchir avant de craquer une allumette sur une poudrière», il ne serait pas interdit d’interdire, afin de tenir compte du contexte dans lequel se pratique l’art de la caricature ou de la satire.

samedi 22 septembre 2012

UCI : McQuaid veut-il vraiment "éradiquer" le dopage?

Le président de l'Union cycliste international reconnaît une "vraie culture du dopage" dans son sport mais refuse une commission spéciale pour faire toute la lumière...

Pat McQuaid.
En marge des championnats du monde, qui se tiennent jusqu’au dimanche 23 septembre aux Pays-Bas, le président de l’UCI, Pat McQuaid, a tenue une conférence de presse pour évoquer l’un des sujets les plus sensibles du moment. Le dopage, bien évidemment… L'homme est d'abord revenu sur le cas Lance Armstrong, puisque tous les observateurs s’étonnent de la lenteur de la décision des instances mondiales concernant le lourd dossier de l’Américain. Pat McQuaid a annoncé que l’UCI n’avait «pas l’intention d’aller en appel» pour contester la décision de l’USADA (l’agence antidopage américaine), sauf, bien sûr, «si l'examen des documents devait révéler un problème important». McQuaid a par ailleurs confirmé que sa fédération attendait toujours de l'USADA la «décision motivée» et le «dossier complet de l'affaire Lance Armstrong». Rappelons que le septuple vainqueur du Tour de France (1999 à 2005) a vu ses résultats sportifs ni plus ni moins annulés par sa fédération à partir de 1998 pour cause de dopage. McQuaid: «Il n'y a pas de délai réglementaire pour que l'Usada nous transmette ce dossier. Nous aurons ensuite 21 jours pour prendre une décision.»
Alleluia.

vendredi 21 septembre 2012

Eloge(s) de la Fête de l'Humanité...

La fierté de la Fête nous gonfle un peu. Question: comment la «poursuivre» et préserver jusque dans les moindres détails sa diversité, sa richesse?

Fête. Griffonnées dans le secret des arrière-stands, à l’ombre des estrades, les pages d’après-Fête nourrissent toujours le soupçon. Les lecteurs peuvent en effet s’imaginer quelque projet laudateur et, plus encore, le déchaînement ronflant de ruses et d’effets de plume pour dire et ne pas taire son propre enthousiasme devant ces instants réenchantés, si semblables chaque septembre recommencé, et pourtant si différents qu’ils forcent les portes de notre admiration. Ceux qui vinrent cette année, au moins le savent. Les jours de Fête de l’Humanité restent longtemps en nous, trace-sans-trace d’un immense bonheur qui nous dépasse. Et puisque la pudeur doit parfois s’effacer derrière l’évidence, admettons que l’irruption du génie collectif est une sorte d’ébranlement. Entre caresses reçues. Et coups de poing assénés. À moins que ce ne soit l’inverse.

Peuple. Rien de moins, donc, que de donner à la poésie sa vraie place, sans négliger le reste, ce qui émeut et énerve, ce qui tire les larmes et rend fou, l’éloge en humanité d’un instantané lumineux, éclairé par ceux qui le constituent avec, chevillé au corps, l’espoir insensé d’assouvir nos rages de poseurs d’idéal.

lundi 17 septembre 2012

La gauche (socialiste) au pouvoir est-elle vouée à décevoir?

Nous sommes instruits du passé et nous ne pouvons plus ignorer ce qui ressemble à un éternel recommencement, à savoir une petite espérance suivie d’une déception...

Crainte. Portés par un élan qui nous entraîne plus loin que nous-mêmes, toujours nous étreignent l’angoisse du gouffre, la peur du nulle part… Ces temps-ci, une légitime question nous hante tous, et, plus ou moins maladroitement, nous tentons de la formuler sans trop laisser la place à une radicalité définitive. Le «tous» s’adresse à ceux qui préservent en eux la même brûlure de la conscience, le même appétit pour l’idéal de progrès en marche, en somme la même soif de gauche! Voici donc notre version toute personnelle de cette interrogation lancinante: puisque nous sommes instruits du passé et que nous ne pouvons plus ignorer ce qui ressemble à un éternel recommencement, à savoir une petite espérance suivie d’une déception, pourquoi la gauche (socialiste) au pouvoir est-elle vouée à décevoir ceux qui l’ont installée au pouvoir? En d’autres termes, cette crainte est-elle plus légitime que jamais?

Désarroi. Ne fuyons pas les termes du débat. Car les premiers mois de la présidence de François II ressemblent à la bande-son d’un monde de moins en moins caché où dominent toujours, sans vraie rupture, les heurts d’une société in-humaine, où le chômage de masse et la paupérisation galopante deviennent la marque immanente de cette situation.

jeudi 13 septembre 2012

Jules Vallès: le littérateur des barricades

L’auteur de l’Insurgé ne peut être dissocié du journal 
qu’il fonda, le Cri du peuple, intimement lié au flamboiement de l’insurrection de la Commune de 1871.

«Debout entre l’arme et l’outil, prêt au travail et à la lutte, le peuple attend.» De la veille à l’insomnie, de la nuit sauvegardée au sommeil impossible, Jules Vallès conserva la même brûlure de la conscience, le même appétit de tenir ouvert le registre du combat. Ses ennemis, nombreux par-delà le XIXe siècle, l’ont dit «forban», «saltimbanque», «graine d’assassin» et même «immonde parmi les immondes», selon Léon Bloy… De son vivant et bien après, le Jules Vallès aux mains noircies de poudre et d’encre a tout connu, lui l’héritier de ceux qui inventèrent le journalisme moderne au nom d’une vieille règle immanente qui dicte sa loi : lorsque le peuple se dresse et aspire à l’émancipation, l’exultation collective passe par une profusion de journaux…

Pourtant, «l’œuvre» journalistique de ce communard en blouse rouge resta longtemps dans les limbes de l’histoire alors que ses écrits romanesques, admirés pour la trilogie (l’Enfant, le Bachelier et l’Insurgé), furent encensés. Le grand historien Henri Guillemin déclama ainsi sa passion: «Quand on pense au temps qu’il a fallu pour que la critique officielle reconnaisse que Vallès appartient à la plus haute lignée. Sans la moindre hésitation, je le place dans le peloton de tête des écrivains français, ceux qui savouraient les syllabes, dégustateurs de sonorités, créateurs de ces rythmes suprêmes» (1). L’écrivain et le journaliste ? Une seule et même personne.

mercredi 12 septembre 2012

Les films sur Raymond Aubrac doivent être diffusés à la télévision

Raymond Aubrac.
Laissera-t-on l’amnésie collective sournoisement endormir l’esprit critique?

Le lundi 16 avril 2012, Raymond Aubrac recevait les honneurs militaires aux Invalides, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle. L’ensemble des responsables politiques du pays étaient présents et astreints au silence, comme pour mieux méditer le message de cet homme. La sortie, le 4 septembre dernier, du coffret réalisé par Pascal Convert et édité par l’INA regroupant les films Raymond Aubrac, les années de guerre et Raymond Aubrac, reconstruire (ce dernier pour l’instant inédit) préfigure la diffusion, que l’on espère prochaine mais hélas sans en être assurés pour l’instant, de ces deux documentaires sur France Télévisions.

Raymond Aubrac s’attristait toujours un peu de ce que ses visiteurs le questionnent, avant tout, sur son passé. Conscient que l’histoire ne se répète jamais deux fois de manière identique, il ne se posait pas en donneur de leçons et vivait au présent. En se préoccupant de l’avenir, tout particulièrement de celui de la jeunesse. Il ne cédait pas pour autant à l’amnésie collective qui sournoisement gagne et endort l’esprit critique. Après le formidable livre de Pascal Convert, Raymond Aubrac, résister, reconstruire, transmettre (Éditions du Seuil), les films Raymond Aubrac, les années de guerre et Raymond Aubrac, reconstruire permettent de mieux connaître le parcours de cet homme qui savait que la discrétion est la meilleure des armes pour celui qui souhaite, non la gloire personnelle, mais des résultats effectifs.

lundi 10 septembre 2012

Annie Ernaux: "Le pamphlet fasciste de Richard Millet déshonore la littérature"

Je me permets de citer longuement des extraits d'une tribune donnée par l'écrivain Annie Ernaux au journal Le Monde, daté du 11 septembre 2012, pour dénoncer le dernier livre de Richard Millet, intitulé Eloge littéraire d'Anders Breivik (Gallimard). Je m'associe pleinement au contenu du texte d'Annie Ernaux...

Annie Ernaux.
"J'ai lu le dernier pamphlet de Richard Millet, Langue fantôme suivi d'Eloge littéraire d'Anders Breivik (P.-G. de Roux, 120 p., 16 €) dans un mélange croissant de colère, de dégoût et d'effroi. Celui de lire sous la plume d'un écrivain, éditeur chez Gallimard, des propos qui exsudent le mépris de l'humanité et font l'apologie de la violence au prétexte d'examiner, sous le seul angle de leur beauté littéraire, les "actes" de celui qui a tué froidement, en 2011, 77 personnes en Norvège. Des propos que je n'avais lus jusqu'ici qu'au passé, chez des écrivains des années 1930. Je ne ferai pas silence sur cet écrit à la raison que réagir renforce la posture de martyr, d'écrivain maudit, qu'il s'est construite. Ou qu'il s'agirait là d'un délire, d'un "pétage de plombs" ne méritant pas une ligne. C'est dédouaner facilement la responsabilité d'un écrivain réputé pour savoir manier la langue à merveille. Richard Millet est tout le contraire d'un fou. Chaque phrase, chaque mot est écrit en toute connaissance de cause et, j'ajouterai, des conséquences possibles." (...)

L'évasion morale de Bernard Arnault

Le capital et le profit n’ont pas de patrie: pourquoi voudriez-vous que le patriotisme économique soit le fort de Bernard Arnault?

Voilà donc l’image que se font certains de notre pays. Voilà donc les lois de l’argent et le sentiment d’impunité. Voilà donc la caste des puissants en smoking, d’ordinaire bien dissimulés derrière leur phrasé et l’onctuosité de leur élégance moralisante. Vous aussi, vous la sentez l’haleine fétide de ceux qui usent et abusent de leurs privilèges jusqu’à s’essuyer les pieds sur notre bien commun, la République? Affirmons-le sans détour: toutes les raisons invoquées pour «expliquer» le souhait du super-patron, Bernard Arnault, de revendiquer la nationalité belge ne résisteront pas à l’examen de conscience. Le signal est donné, et pas n’importe lequel, un point c’est tout.

Le boss de l’empire du luxe LVMH, première fortune de France et d’Europe, quatrième mondiale, aura beau raconter la plus belle histoire pour enrober de miel sa «tentation de Bruxelles», nous savons, nous, qu’en voulant quitter la France au plus mauvais moment, il signe une véritable déclaration de guerre. Une guerre économique, politique et idéologique. Une guerre de classe…

dimanche 9 septembre 2012

Hésitation(s): cet été, de quoi certains faits furent-ils les noms?

Qu'y eut-il de commun entre certaines déclarations estivales et les "violences" à Amiens, au coeur du mois d'août? Petite réflexion, à la faveur de la rentrée...

Echos. Le temps a paru hésiter, avant de s’emballer – une brusquerie d’autant plus cruelle que, les années s’additionnant aux années, l’exécution de la durée finit par sonner comme une sanction, un film projeté en accéléré provoquant cette improbable contraction de notre horloge universelle… Au cœur d’un été triomphant, les silences furent heureusement troués 
par des échos lointains plus ou moins assourdissants. À l’ombre des montages, sur le pré pentu où s’épanchent des humains, des chats, des chiens et même parfois des poules égarées 
par le chant du coq ininterrompu, nos rêveries se fixaient comme autant de piailleries démesurées. Mais l’œil malin continuait discrètement d’éplucher la presse quotidiennement.

Casseurs. Dans le maelström, les mots se bousculèrent sans forcément se corréler. Un jour de canicule, le philosophe Alain Badiou déclarait sans détour: «Hollande nous fera cadeau d’un capitalisme fleuri. Dans ses grandes lignes, il représente une gauche de droite, disons une déclinaison particulière 
de la droite.» Le lendemain, l’écrivain Richard Millet, auteur d’un livre abjecte (Éloge littéraire d’Anders Breivik, Gallimard), dont il revendique à dessein les moindres adjectifs, assurait sans aucune honte: «Dans cette décadence, Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège, et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s’aveugler pour mieux se renier.»

vendredi 7 septembre 2012

BCE : fumée blanche...

En laissant comprendre que le financement des dépenses publiques par la BCE était non seulement possible mais indispensable, un petit tabou vient donc de vaciller: bien d’autres devront tomber pour sortir de l’Europe austéritaire...

Mario Draghi.
Ainsi donc, jusqu’à l’hypnose, tous les acteurs politiques et économiques de la zone euro avaient les yeux tournés, jeudi 6 septembre, vers le siège de la Banque centrale européenne. Son patron, Mario Draghi, devait confirmer les promesses qu’il avait avancées au début de l’été. «Prêt à tout pour préserver l’euro», il avait laissé entendre que la BCE pourrait se doter d’un nouvel outil d’achat de dettes des États pour abaisser les taux d’intérêt, devenus pour certains si prohibitifs qu’ils ruinent toute projection d’avenir. Alors, hier, lorsque Super Mario a annoncé que, effectivement, la BCE achèterait «sur le marché secondaire des obligations d’État» sans fixer «de limite quantitative», c’est comme si une fumée blanche venait de s’échapper de l’Eurotower de Francfort…

Ne plaisantons pas. L’information s’avère assez capitale.

samedi 28 juillet 2012

Esprit olympique, es-tu là ?

Les jeux Olympiques ne sont-ils devenus qu’artefacts et purs spectacles d’un rêve éventé?
«Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre.» Faut-il donc en appeler à Pierre de Coubertin pour se demander si la glorification de la geste sportive consiste uniquement à la soumettre à la nécessité épique des épreuves, à leur indéfectible incertitude, aux exploits insoupçonnés et aux détresses intimes? À chaque déification sportive, démesurément mise en scène par l’hyper-bulle économico-médiatique, nos interrogations ressurgissent. Plus grands? Plus chers? Moins humains? En somme: esprit olympique, es-tu encore là?

A l’heure où va scintiller la flamme des jeux Olympiques de Londres, brûlant tous les feux cathodiques en mondovision, nous aurions toutes les raisons de nous détourner de ce spectacle outrageant de puissance communicative, penser qu’il n’est plus qu’un théâtre désenchanté par l’appât du gain immédiat, l’antre piétiné d’une humanité ayant perdu le sens de son symbole suprême, jadis nommé «monde amateur», renvoyé depuis aux calendes grecques, squatté par des héros qui, pour beaucoup, ne méritent plus notre mythification…

lundi 23 juillet 2012

Tour : Wiggins ne pouvait pas laisser passer son Tour

À trente-deux ans, le leader de l’équipe Sky devient le premier Anglais à remporter la Grande Boucle. L’ancien champion olympique de poursuite, parfait rouleur au corps amaigri pour supporter les exigences de la route, a réussi trois semaines parfaites.
Depuis Paris.
«Il m’a fallu beaucoup de temps pour accepter que les gens s’intéressent à moi.» À défaut de toujours se frayer une place en Sagesse pour concurrencer les Illustres, le cyclisme permet de lire les âmes humaines les moins dépliées. «Je ne l’ai jamais vraiment accepté.» Bradley Wiggins s’exprime un peu plus intimement qu’à l’accoutumée, mais une part de sa substance semble encore enfouie en lui, loin, très loin des contingences ordinaires. «Je crois que ça remonte à ma jeunesse, les professeurs à l’école et tout ça, j’étais un peu solitaire et je me demandais toujours pourquoi ils se souciaient de moi.» Les mots à faible volubilité disent la vérité nue. «C’est un sentiment général, c’est difficile à expliquer.» Avec sa façon virtuose d’effleurer l’émotion, Bradley laisse enfin parler les silences. C’est tout un mystère que l’accession d’un gamin londonien à la Légende de Juillet, lustrée par l’épaisseur du temps.

Le chronicœur examine ­attentivement le héros, ennobli par ce paletot jaune qu’il a longtemps cru trop vaste pour lui au point que, par moments, durant trois semaines de domination pourtant incontestée, nous avons cru que l’onde néfaste des événements pouvait encore traverser ce corps frêle en action.

Tour : connaissez-vous le docteur de l’équipe Sky?

Geert Leinders était absent de l’épreuve cette année, mais il travaille 80 jours par an avec la formation du vainqueur Bradley Wiggins. Leinders n’est pas un inconnu. Il était le toubib de Rabobank…

Geert Leinders, du temps
où il officiait chez Rabobank.

Depuis Paris.
La machine à gagner du Team Sky, qui a tout emporté sur son passage – ou presque – durant le dernier Tour de France, a logiquement attiré les suspicions. De la performance collective des principaux coureurs de l’équipe anglaise, à la débauche de watts constatée dans plusieurs étapes clefs en montagne par quelques spécialistes, le doute persiste sur la nature de la préparation «scientifique» de Bradley Wiggins et de ses équipiers. D’autant qu’une question reste pour l’heure sans réponse, malgré nos sollicitations durant trois semaines : pour Dave Brailsford, le manager de Sky, s’est-il alloué les services d’un médecin au passé pour le moins sulfureux?

Depuis le départ de Liège et jusqu’au Good Save The Queen entonné sur les Champs-Elysées par le premier vainqueur Britannique du Tour, l’ombre d’un homme a en effet plané au-dessus des hommes en noir. Ce personnage obscur s’appelle Geert Leinders, belge de nationalité, médecin de profession, sulfureux de réputation et plutôt discret dans le milieu… Car voyez-vous, Leinders travaillait pour Rabobank au moment des affaires Rasmussen et Dekker, qui, il y a quelques années, laissèrent peu de doutes sur ce qui se tramait dans les coulisses de l’équipe néerlandaise...

dimanche 22 juillet 2012

Tour : pour Prudhomme, «on a changé d’ère»

Le patron de l’épreuve ne reproche rien à l’équipe Sky, mais reconnaît qu’il s’attendait à plus de suspense.

Depuis Paris.
« Le Tour de France 2012 confirme la montée en puissance du monde anglophone, expliquait Christian Prudhomme, samedi soir. En janvier 2009, j’étais allé à Manchester à l’invitation de Dave Brailsfort, qui souhaitait nous présenter son projet de mener en quatre ans un Britannique pour la première fois vainqueur du Tour. C’est fait. On a changé d’ère. Un an après le premier Australien, Cadel Evans, lui aussi venu d’une autre discipline (VTT), Bradley Wiggins, triple champion olympique sur piste – c’est inédit –, a signé une victoire à la Indurain, ou pour nous, Français, à la Jacques Anquetil. On préfère une sélection par l’avant plutôt que par l’arrière, mais on ne peut pas reprocher à Sky son souci du détail et du travail incroyablement soigné.

samedi 21 juillet 2012

Tour : Wiggins, boss de la Beauce

Le maillot jaune a écrasé l’ultime contre-la-montre, à Chartres, à la veille de l’arrivée sur les Champs-Elysées. Il remporte sa deuxième victoire d’étape... et le Tour.

Wiggins, taillé pour les chronos.
Depuis Chartres (Eure-et-Loir).
Juste une mise au poing… Après les 53,5 kilomètres du contre-la-montre à travers la Beauce, le plus long de l’édition 2012, Bradley Wiggins s’est laissé aller à une expression de libération qu’on ne lui connaissait pas jusqu’à ce jour. Et pas n’importe quelle expression. A peine franchissait-il la ligne d’arrivée, que, rageusement, il dressait son poing ganté vers les airs. Une rage de victoire. Une rage de supériorité. Une rage de satisfaction. Une rage. Tout simplement.

Car le maillot jaune, à 50 km/h de moyenne, a écrasé le temps! Le chronicoeur, qui ne s’en vante pas, avait prédit à ses petits camarades sceptiques de la caravane que l’Anglais profiterait de ce parcours idéal pour remettre les pendules à l’heure et les secondes qui vont avec: une minute et seize secondes pour être précis, l’écart qui le séparait sur la ligne de son poursuivant et coéquipier, Christopher Froome. Ceux qui espéraient une «bataille au sommet» entre les deux Sky sur ce chrono rêvaient beaucoup.

vendredi 20 juillet 2012

Tour : le cav’ se rebiffe

Monumental sprint de Mark Cavendish à Brive. Le champion du monde remporte sa 22e victoire sur le Tour, la quatrième pour l'équipe Sky dans cette édition 2012…

Cavendish, seul au monde...
 Depuis Brive-la-Gaillarde (Corrèze).
Attention au coup de vent! Lorsque nous vîmes Mark Cavendish débouler dans les ultimes hectomètres d’un sprint attendu, nous n’avons pas pu réfréner un rire. De ces rires qui viennent de loin, à force d’avoir été retenus… Oui, oh oui, Mark Cavendish est toujours là et, visiblement, il avait envie de le faire savoir. Sevré de victoire depuis la deuxième étape à Tournai (que ça paraît loin), contraint comme tout le monde chez Sky d'abattre sa part du boulot pour Bradley Wiggins, le champion du monde n'avait pas vraiment eu l'occasion de briller depuis. Mais ce vendredi, à Brive, il a montré à tout le monde qu'il restait, et de loin, le plus rapide du peloton en vitesse pure. Lorsque le peloton a fondu sur les derniers échappés dans le final, il a chevauché à l’irrésistible. Lui. Et les autres. Matthew Goss et Peter Sagan, qui l’ont accompagné sur le podium du jour, ne l'ont aperçu que de loin dans cette dernière ligne droite. Un véritable coup de vent, on vous dit!

Tour : la vieille Angleterre étend son empire

Alejandro Valverde, de retour de suspension, remporte la dernière étape des Pyrénées. Bradley Wiggins et Christopher Froome éparpillent les autres favoris. L’équipe Sky a gagné le Tour…
Wiggins, dans la roue de Froome.
Peyragudes (Hautes-Pyrénées), envoyé spécial.
Certains jours, les Pyrénées donnent à voir la nécessité de la contemplation. Contrairement à la rumeur publique qui laisserait croire que cette valeur serait devenue surannée pendant le rendez de Juillet, le chronicoeur ne laisse jamais passer son tour pour s’offrir, dans ces espaces de beauté, une place élégiaque qu’aucune manière funeste ne parvient à anéantir. Hier matin, avec un crachin pas malin et des voiles de bruines façon purée de pois, le climat se prêtait à l’ultime chance. Ambiance particulière pour cette dernière étape de montagne, entre Bagnères-de-Luchon et Peyragudes (143,5 km), slalomant entre les Hautes (Garonne et Pyrénées), à travers un théâtre sauvage sublime destiné aux audacieux du genre.

Dès le célèbre col de Menté (1re cat.), nous sentions que chaque virage se prêtait à l’inattendu. Une curieuse alchimie conditionnée par le froid et la pluie, dans les traces-sans-traces des coursiers qui se rapprochaient de l’endroit où Luis Ocana, en 1971, se fracassa sous un déluge de flotte et de boue, maculant pour jamais son beau maillot jaune (1). Ici, les couleurs prennent souvent des atours de tragédie. Et lorsque Vicenzo Nibali (Liquigas), qui grimpe aussi bien qu’il dévale, profita de cette descente détrempée pour prendre une vingtaine de secondes d’avance sur le groupe maillot jaune, un instant, nous crûmes que l’Italien pourrait renverser la journée et l’histoire avec.

jeudi 19 juillet 2012

Tour : avec Valverde, vous reprendrez bien un petit Puerto?

L'Espagnol Alejandro Valverde (Movistar), vainqueur de la 17e étape, est revenu fin 2011 d’une suspension pour son implication dans une affaire de dopage…

Alejandro Valverde.
Depuis Peyragudes (Hautes-Pyrénées).
Gagner une étape du Tour, était cette année son objectif absolu. «Je suis réaliste, je ne pouvais pas viser mieux», disait-il, ce jeudi soir, en conférence de presse, après sa victoire sur les hauteurs de Peyragudes (1605 m). L'Espagnol, âgé de 32 ans, est revenu cette saison dans le peloton après avoir purgé – tardivement – une suspension de deux ans. Dans le Tour, qu'il n'avait plus disputé depuis 2008, Valverde a remporté la quatrième victoire d’étape de sa carrière. Vainqueur de la Vuelta 2009, Valverde a remporté de nombreuses courses par étapes (Dauphiné 2008 et 2009, Tour de Catalogne 2009, etc.) et des classiques (Liège-Bastogne-Liège 2006 et 2008, Flèche Wallonne 2006, Clasica San Sebastian 2008).

Tour : et Voeckler cueillit les fruits de la passion

Dans les Pyrénées, le Français d’Europcar remporte l’étape reine du Tour, sa deuxième victoire cette année, et s’empare du maillot à pois rouge. Bradley Wiggins (Sky) poursuit sa domination passive.

Thomas Voeckler.
Depuis Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne).
La passion sans l’amour, n’est-ce pas, déjà, la mort de la passion? Allez, qu’il est bon d’être vivant à l’engagement, de le voir renaître, changeant mais identique, observé par un regard qui permet toujours de nous reconnaître comme tel. Thomas Voeckler (Europcar) est un catalyseur idéal pour nous remettre en ordre, alors que tout devrait nous disperser. Avec sa façon virtuose d’effleurer le chaos, les paumes en suspens, le visage tiraillé de perdre haleine et son genou tant meulé qu’il disparaît à la douleur d’une tendinite oubliée, il rehausse le récit, le malaxe, le distord. Et nous, nous voulons croire à la belle histoire dans sa répétition – une forme d’acceptation sans résignation.

Rescapé d’une longue échappée partie tôt dans l’étape reine du Tour, entre Pau et Bagnères-de-Luchon (197 km), par une chaleur accablante, le Français n’a pas fait de détail pour larguer son ultime compagnon, Brice Feuillu (Saur-Saujasun), malgré Aubisque (HC), Tourmalet (HC), Aspin (1re cat.) et Peyresourde (1re cat.). La montagne, revancharde aux hommes d’orgueil, aime honorer les tempéraments furibards, les en-furie permanents, les casse-cous des serments suicidaires. Notre «Titi» national cueillit donc les fruits de la passion. Une deuxième victoire d’étape, avec, dans la corbeille, un beau maillot à pois.

mercredi 18 juillet 2012

Tour : « Je suis innocent », clame Fränk Schleck

Fränk Schleck, qui a quitté la Grande Boucle après un « résultat d’analyse anormal », a nié avoir pris une quelconque substance interdite. Il menace de porter plainte pour « empoisonnement ».

Fränk Schleck.
Depuis Bagnère-de-Luchon (Haute-Garonne).
«Je nie catégoriquement avoir pris quoi que ce soit d'interdit. Je n'ai aucune explication quant au test et j'insiste donc pour que soit analysé l'échantillon B. C'est mon droit.» Voilà les premiers mots, livrés par communiqué, de l’aîné des frères Schleck, qui, comme vous le savez, a fait l'objet d'un contrôle antidopage positif à un diurétique (Xipamide) à l'issue de la 13e étape, le 14 juillet au Cap d'Agde. Fränk poursuit en ces termes: «Si cette analyse confirme le résultat initial, je pourrais alors penser que j'ai été victime d'un empoisonnement et je porterai plainte.»

Ce mercredi matin à Pau, Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, qualifiait le retrait de la course du coureur luxembourgeois de «décision sage, la seule envisageable». Et il précisait: «Selon les règles de l’Union cycliste internationale, Fränk Schleck aurait pu être au départ ce mercredi matin (car la substance incriminée qui n'entraînait pas obligatoirement son retrait, ndlr). Mais avec son équipe, le coureur a décidé de se retirer. Nous avons appris hier (mardi) que Fränk Schleck avait eu un résultat anormal selon la terminologie du communiqué de l'UCI. Cela ouvre le champ à beaucoup de possibilités de suites sur cette substance dite spécifiée, qui peuvent aller du simple avertissement à la suspension. C'est une palette extraordinairement large.»

mardi 17 juillet 2012

Tour : le Luxembourgeois Fränk Schleck positif !

Coup de tonnerre à Pau, au soir de la journée de repos. Le leader de l’équipe Radioschack, Fränk Schleck, a été contrôlé positif à un diurétique. Le début de la fin de la "petite entreprise" Schleck?

Fränk Schleck.
 Depuis Pau (Pyrénées-Atlantiques).
Il n’y a pas de petits secrets. Ce mardi soir, la plupart des suiveurs étaient déjà attablés lorsque l’info se diffusa comme une traînée de poudre. Le chronicoeur était au Berry, restaurant façon brasserie populaire très en vue qu’une bonne partie des connaisseurs fréquentent à chaque venue du Tour, c'est-à-dire presque tous les ans. Il y avait là des journalistes suisses, le Suiveur de Libération à notre table, Jean-René Bernaudeau pas loin, et même l’ami Jean Cormier, ancien journaliste au Parisien et écrivain (qui fut lui aussi un proche de Laurent Fignon).
Et puis, sur le coup de 20h30, les téléphones portables ont commencé à crépiter. «Fränk Schleck positif.» Juste trois mots. Un certain étonnement. Une incompréhension. Et puis, chacun est parti en catastrophe pour reprendre son labeur de suiveur…

La lecture du communiqué officiel nous apprit toute l’affaire. L’examen d'un échantillon urinaire prélevé le samedi 14 juillet, jour de la treizième étape, a fait l'objet d'un «résultat d'analyse anormal», a annoncé mardi l'Union cycliste internationale (UCI). Le laboratoire de Châtenay-Malabry a décelé dans cet échantillon de Fränk Schleck la présence d'un diurétiquee, le Xipamide, molécule utilisée dans le traitement de l'hypertension et d'oedèmes. «Le règlement antidopage de l'UCI ne prévoit pas la suspension provisoire vu la nature de la substance, qui est une substance spécifiée», précise le communiqué.

Tour : est-il possible de faire plier l'équipe Sky?

Après quinze jours d'une course insipide, la réponse de quelques directeurs sportifs. Pas très optimistes...

Depuis Pau (Pyrénées-Atlantiques).
Si beaucoup d'observateurs affirment que "tout est encore possible" sur le Tour de France, en particulier des événements imprévus, surtout en montagne, ils n'en cachent pas moins leur scepticisme sur la possibilité de battre Bradley Wiggins et son équipe Sky dans les cinq jours de course à venir. Voici les réponses de quelques directeurs sportifs à la question fatidique: "Est-il possible de faire plier l'équipe Sky dans les Pyrnées?"

Valerio Piva, le directeur sportif de l'équipe Katusha: "Si vous m'aviez posé la question au début j'aurais dit oui bien sûr, ils ne vont pas continuer comme cela, c'est impossible. Mais jusqu'à maintenant, ils sont très forts tous les jours, ils ont contrôlé la course sans problème, sans dépenser trop d'énergie. Ils ne seront battus que s'ils font des erreurs eux-mêmes. Sinon, ils ont trop de contrôle. Les Pyrénées ne devraient pas perturber le jeu, sauf intervention d'un élément extérieur. Peut-être la grosse chaleur qui est annoncée."

Tour : le clou du spectacle, c’est Pierrick Fédrigo!

Victoire d’étape pour le Français de la FDJ. Mais hier, tout le monde ne parlait encore que du « sabotage » de la veille, des clous de tapissier jetés sous les roues des coureurs, et de l’enquête des gendarmes…

La victoire de Pierrick Fédrigo à Pau.
 Depuis Pau (Pyrénées-Atlantiques).
«Sabotage sur le Tour.» «Acte criminel.» «Geste ignoble.» Depuis les épisodes du Mur de Péguère, dimanche, le chronicoeur cherche à rentrer dans les clous pour éviter le Tour de vice. Cherchant dans les classiques majeurs quelque réconfort, le maître Roland Barthes s’est de nouveau imposé à l’heure où l’épreuve a frôlé le fait divers en amassant des tonnes d’indignations. Dans ses Mythologies, Barthes traite le Tour comme une comédie classique, un spectacle qui «naît d’un étonnement des rapports humains» (1). Sanctuarisée et glorifiée par l’aménagement de ses propres lois, la Grande Boucle est rarement victime des duperies du monde «de la société civile». Retour à la réalité.

L’affaire des crevaisons à répétition, manifestement provoquée par la malveillance d’une ou plusieurs personnes, est donc prise au sérieux. Pensez donc: soixante-et-un changements de roues en quelques kilomètres, du jamais vu dans l’histoire du Tour. Une pagaille généralisée pour les coureurs et les suiveurs, une course quasi neutralisée alors qu’une bagarre pouvait prendre forme dans le final de l’étape entre Limoux et Foix, et, surtout, de vraies menaces sur l’intégrité physique des casse-cous dévalant à tombeau ouvert la descente du Mur de Péguère. Robert Kiserlovski (Astana) en sait quelque chose. Après avoir donné sa roue à Janez Brajkovic, le Croate fut percuté de plein fouet par Levi Leipheimer (Omega Pharma). Résultat: fracture de la clavicule, abandon. Petar Tomich, technicien américain travaillant pour Mavic (l’assistance dépannage neutre des équipes), témoigne de l’anarchie qui régnait: «C’est la première fois que je vois une course ainsi sabotée. C’était le chaos absolu, la folie, comme si la course avait explosé brutalement!»

lundi 16 juillet 2012

Tour : échange d'amabilités entre Wiggins et... Virenque

Le premier accuse le second de disposer d'une popularité illégitime en raison de son passé de dopé. Le second refuse de recevoir des leçons d'un coureur qui n'attaque jamais...
Richard Virenque, au micro d'Eurosport.
Le chronicoeur reprochera toujours à Richard Virenque son absence d'intelligence devant les faits, sa couardise, sa mauvaise foi et, parfois, son absence totale de discernement concernant ses propres actes. Mais il ne lui reprochera jamais son manque de tempérament... la preuve.
L'ancien chouchou du public français des routes de juillet, désormais consultant pour Eurosport, n'a pas apprécié, mais pas du tout, l'une des chroniques de Bradley Wiggins dans le quotidien britannique The Guardian. Le maillot jaune britannique s'étonnait que l'ancien meilleur grimpeur de la Grande Boucle soit toujours considéré comme un véritable héros en France, malgré l'affaire Festina, malgré ses aveux lors du retentissent procès de Lille, malgré sa suspension pour dopage... Il fallait s'en douter, Virenque a répliqué, méchamment, moquant essentiellement le manque de charisme du nouveau patron du peloton.

Tour : punaises, ils ont escamoté le Mur de Péguère!

L’Espagnol Luis-Leon Sanchez remporte l’étape, entre Limoux et Foix (191 km). Le Tour a emprunté pour la première fois le Mur de Péguère, où les favoris ont été incapables de s’attaquer. Des spectateurs se sont vengés…
Cadel Evans, victime de trois crevaisons...
Foix (Ariège), envoyé spécial.
«On ne trompe pas des yeux avertis.» Nous prêterons cette maxime vélocipédique à quelque littérateur des Illustres, sachant que, dans un peloton, celle-ci n’a pour règle morale que l’expérience et le nombre des années à observer les fessiers des cyclistes en action. A Foix, hier, il suffisait de voir l’Espagnol Luis-Leon Sanchez pour comprendre la matrice secrète dans l’art de pédaler aux frontières de soi-même. Lui, arrive du socle des âmes fortes de l’autre côté des Pyrénées, pas loin, et pourtant, pour sa quatrième victoire d’étapes, à 28 ans, il ne montre ni morgue ni vanité, mais un orgueil en densité rehaussé par l’exploit. Au terme d’une étape de 191 kilomètres disputée entre Limoux et Foix, via le Port de Lers (1re cat.) et le Mur de Péguère (1re cat.), le coureur de Rabobank joua les rescapés solitaires d’une longue échappée de onze courageux (parmi lesquels Sagan, Kruijswijk, Casar, Gilbert, Gautier, Minard, etc.). Le peloton maillot jaune, quant à lui, coupa la ligne avec plus de 18 minutes de retard.

Ascenseur émotionnel. Fini le désoeuvrement stylistique des étapes dites «de plaines» vouées à la monotonie des métronomes laborieux. Quittant les basses-terres, le chronicoeur aime ces envoûtements d’altitude, car l’entrée dans les Pyrénées pourchasse toujours la désorientation latente, même par un froid automnal: moins de 10°.

dimanche 15 juillet 2012

Tour : connaissez-vous le Mur de Péguère?

Après le Grand Colombier, montagne mythique de l’Ain classée hors catégorie, le Tour a innové, ce dimanche 15 juillet, en franchissant cette montée inédite des Pyrénées, classée en 1re catégorie.
Christian Prudhomme, venu repérer les lieux.
Depuis Foix (Ariège).
Le chronicoeur attendait cette journée avec impatience: découvrir le fameux Mur de Péguère (1375 m), dont une partie de la caravane n’arrêtait pas de parler depuis plusieurs jours. Le road-book du Tour est formel: la montée est longue de 9,3 kilomètres à 7,9% de moyenne. La réalité y est plus complexe. Si la première partie de l'ascension s'effectue par le col de Port, très peu sélectives (5-6%), l'escalade vertigineuse de Péguère n’a rien à voir, car elle se situe vraiment dans le col des Cagnous, sur presque quatre kilomètres: 12% de moyenne, avec des passages à 18%!

Le Mur de Péguère était un acte manqué. Car le peloton du Tour devait l’emprunter, en 1973, mais l’étape fut escamotée à la demande du peloton. Les coureurs, dans un état d’épuisement avancé après des étapes dantesques, demandèrent à Luis Ocana en personne de se faire son porte-parole et de demander aux organisateurs de l’annuler de l’étape… Depuis, jamais ce Mur ne fut à l’ordre du jour.

samedi 14 juillet 2012

Tour : au Cap d'Agde, André Greipel se met à nu

L'Allemand André Greipel (Lotto) a remporté au sprint la 13e étape, samedi 14 juillet, entre Saint-Paul-Trois-Châteaux et Le Cap d'Agde (217 km). Abandon de Tony Galopin. Wiggins toujours en jaune.
Depuis Le Cap d’Agde (Hérault).
«Le vélo, c’est un sport de voile», dit souvent Cyrille Guimard. La formule n’est pas qu’ironique. Les rescapés du Tour ont pu s’en apercevoir, ce samedi 14 juillet, dans la grande descente vers la Méditerranée, lorsqu’ils ont affronté un vent si maudit que la fameuse «étape de transition» s’est transformée en journée de toutes les peurs. Et aussi de toutes les étrangetés: celle par exemple de voir le maillot jaune, Bradley Wiggins en personne, mener le peloton pour préparer le sprint de son coéquipier norvégien, Edvald Boasson Hagen (3e).

Durant cette étape de plaine qui, croyez-nous, a rencontré un succès populaire un peu plus visible que ces derniers jours (c'est la vérité), sous la chaleur retrouvée, une échappée de huit coureurs s’était formée en plusieurs temps (Urtasun, Dumoulin, Ladagnous, Morkov et Curvers, Engoulvent et Bouet ensuite, J. Pineau), s’assurant vite près de dix minutes d'avance. En vain. Lorsque survint la seule difficulté du jour, l’ascension tout en rogne du Mont Saint-Clair, sur les hauteurs de Sète (1600 m à 10,2%), placée à 23 km de l'arrivée, tout espoir de victoire en solitaire devenait pratiquement impossible. Car une mini bagarre entre les favoris se déclencha à la faveur d’une attaque de Cadel Evans. Une attaque? Ou plutôt une action désespérée voire désespérante? Car Wiggins, évidemment bien placé, ne demanda même pas le soutient d’un de ses coéquipiers pour revenir au train (pas même à Christopher Froome!). Pas de panique. Aucun signe de lassitude. Le patron contrôle. Pour l'instant.

vendredi 13 juillet 2012

Tour : David Millar, victoire de l'affranchi

Le coureur de chez Garmin a remporté la 12e étape, vendredi 13 juillet, entre Saint-Jean-de-Maurienne et Annonay Davézieux (226 km). Bradley Wiggins toujours en jaune.
David Millar victorieux.
Depuis Annonay Davézieux (Ardèche), envoyé spécial.
David Millar est au superlatif celui qui revient. Qui ne cesse de revenir, plutôt. L’Ecossais, qui dispute cette année son onzième Tour de France, a l’image de «repenti» accolée par tous les journalistes (ou presque). La faute à sa suspension de deux ans pour dopage, en 2004. La faute aussi à ses confessions, puisque, à l’époque, il avait tout déballé (et c'est heureux). La faute, surtout, à son investissement pour la lutte antidopage depuis son retour dans le peloton. Le chronicoeur, qui en connaît en rayon en mafias en tout genre, a toujours préféré les affranchis aux repentis. Pour lui Millar est un affranchi, en tant qu'il s’est émancipé de ses démons de jeunesse…

Hier, c’était donc la journée de l'affranchi. Sur la ligne d’arrivée, le Britannique a devancé au sprint le valeureux Français Jean-Christophe Péraud, une centaine de mètres devant leurs trois compagnons d’échappée, dans l'ordre l'Espagnol Egoi Martinez, le Français Cyril Gautier et le Croate Robert Kiserlovski. Le peloton, lui, s'est présenté tout doucettement avec près de huit minutes de retard…