L'affaire Cahuzac ne saurait être uniquement la corruption – et de quelle ampleur! – d’un homme politique aux responsabilités majeures. Elle nous dit aussi quelque chose de l’état de notre République, de nos institutions et de la formation de nos élites...
Cahuzac. Le stade des aveux procède toujours d’une sorte de commotion. D’abord pour celui qui les consent, comme une libération intime ; mais également pour ceux qui les reçoivent, contraints. Difficile de comprendre les ressorts psychologiques qui ont poussé Jérôme Cahuzac à se dégrafer devant tous, sinon, probablement, la lecture accablante du contenu des premières investigations de la Justice, dont il savait qu’elles seront rendues publiques tôt ou tard et qu’elles parapheraient son indignité nationale et son lynchage médiatique. A l’affront programmé, fallait-il ajouter l’acharnement personnel ? Notons au passage que s’il l’avait pu, il y a tout lieu de croire que Monsieur Cahuzac aurait maintenu sa ligne de défense comme si de rien n’était, multipliant les mensonges, comme depuis des mois, avec une constance qui n'avait d'égale que sa morgue à l'encontre de ses accusateurs, significative de dérives nourries par un sentiment d’impunité insupportable.
vendredi 5 avril 2013
mardi 2 avril 2013
Bataille générale contre l'ANI !
La gauche ne peut pas apporter des réponses de droite à des questions de gauche! Illustration: l’accord national interprofessionnel, signé par le Medef, la CFDT, la CFTC et la CGC... transformé en loi?
«La nouvelle conjoncture de l’emploi creuse les disparités au détriment des strates inférieures du salariat ; depuis la “crise”, de nouvelles inégalités se sont creusées.» Le regretté Robert Castel, dès 2009, dans ''la Montée des incertitudes'', l’un de ses ouvrages les plus fameux, nous invitait à l’acuité du regard face aux bouleversements du monde financiarisé, qui, disait-il, «amplifieraient une insécurité sociale aux visages multiples et frapperaient plus durement les catégories déjà placées “au bas de l’échelle sociale”, accroissant leur subordination». Les sociologues ne sont pas des prophètes – parfois des visionnaires. Nous avons beau retourner dans tous les sens le contenu de l’accord national interprofessionnel (ANI), signé par le Medef, la CFDT, la CFTC et la CGC, nous ne lisons en germes que ce que redoutait le plus Robert Castel, «le chemin de l’atomisation sociale, la décollectivisation, la désaffiliation», bref, «la montée d’un individualisme lié à un détachement des appartenances et des valeurs collectives»…
«La nouvelle conjoncture de l’emploi creuse les disparités au détriment des strates inférieures du salariat ; depuis la “crise”, de nouvelles inégalités se sont creusées.» Le regretté Robert Castel, dès 2009, dans ''la Montée des incertitudes'', l’un de ses ouvrages les plus fameux, nous invitait à l’acuité du regard face aux bouleversements du monde financiarisé, qui, disait-il, «amplifieraient une insécurité sociale aux visages multiples et frapperaient plus durement les catégories déjà placées “au bas de l’échelle sociale”, accroissant leur subordination». Les sociologues ne sont pas des prophètes – parfois des visionnaires. Nous avons beau retourner dans tous les sens le contenu de l’accord national interprofessionnel (ANI), signé par le Medef, la CFDT, la CFTC et la CGC, nous ne lisons en germes que ce que redoutait le plus Robert Castel, «le chemin de l’atomisation sociale, la décollectivisation, la désaffiliation», bref, «la montée d’un individualisme lié à un détachement des appartenances et des valeurs collectives»…
vendredi 29 mars 2013
Pluralisme(s): requiem annoncé de la presse écrite... ah bon?
Ne confondons pas «crise de la presse écrite» (réelle) et «crise de l’écrit» (en grande partie fantasmée).
Méprise. «Ah, mais je vous reconnais. Vous êtes l’écrivain qui travaille à l’Huma?» «Non, je suis le journaliste de l’Huma à qui il arrive d’écrire des livres!» L’anecdote n’a l’air de rien, elle témoigne pourtant d’un changement d’époque et de déconsidération pour le Métier… Camus disait: «Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde.» Nommons-les donc. Ainsi, la promesse d’une mort plus ou moins lente de la presse écrite nous est annoncée. La crise économique mondiale, additionnée à un «trouble de civilisation», aurait accéléré la gangrène, au point de pronostiquer le pire pour toute une profession – l’Humanité n’échappe pas au requiem. L’autre soir, un ami pourtant «écrivant», qui dévore le papier journal dès potron-minet, ne cachait pas son «inquiétude» en analysant le mal de l’époque: «L’âge d’or des rotatives triomphantes est révolu, nous entrons dans l’ère d’une nouvelle diffusion. La révolution de “l’écran”.» Selon lui, une économie de l’intime se serait déjà dessinée sous nos yeux, car la Toile ne diffuse pas d’un centre, comme de vulgaires mass media.
Méprise. «Ah, mais je vous reconnais. Vous êtes l’écrivain qui travaille à l’Huma?» «Non, je suis le journaliste de l’Huma à qui il arrive d’écrire des livres!» L’anecdote n’a l’air de rien, elle témoigne pourtant d’un changement d’époque et de déconsidération pour le Métier… Camus disait: «Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde.» Nommons-les donc. Ainsi, la promesse d’une mort plus ou moins lente de la presse écrite nous est annoncée. La crise économique mondiale, additionnée à un «trouble de civilisation», aurait accéléré la gangrène, au point de pronostiquer le pire pour toute une profession – l’Humanité n’échappe pas au requiem. L’autre soir, un ami pourtant «écrivant», qui dévore le papier journal dès potron-minet, ne cachait pas son «inquiétude» en analysant le mal de l’époque: «L’âge d’or des rotatives triomphantes est révolu, nous entrons dans l’ère d’une nouvelle diffusion. La révolution de “l’écran”.» Selon lui, une économie de l’intime se serait déjà dessinée sous nos yeux, car la Toile ne diffuse pas d’un centre, comme de vulgaires mass media.
jeudi 21 mars 2013
Le sens des priorités...
Pendant que la médiacratie est occupée à commenter autre chose (l'affaire Cahuzac par exemple), mille personnes chaque jour sont privées d’électricité ou de gaz…
D’hypothermie, un homme est mort. Qui veut savoir son nom? Qui connaissait sa détresse, ses souffrances, son passé de citoyen devenu simple martyr de la pauvreté? N’en doutez pas, beaucoup diront – avec des phrases ciselées pour cacher l’ampleur du mépris – que l’histoire de Jean-Baptiste Bessière, cinquante-deux ans, racontée aujourd’hui dans nos colonnes, flirte avec un excès de naturalisme qui plaide mal la cause sociale. Certains se paient de mots, d’autres subissent la crise et les hausses en tout genre jusqu’à l’indignité. Si les rois du charité-business regardaient un peu la vérité des chiffres, ils sauraient que la simple protestation morale ne suffit plus. À mesure que la crise galope, précipitant des centaines de milliers de Français dans la catégorie des «fin de droits», une autre forme d’exclusion progresse: la précarité énergétique. Parfois elle tue.
Quatre millions de Français se trouvent dans cette situation d’urgence absolue, c’est-à-dire qu’ils consacrent au moins 10% de leurs revenus à se chauffer ou à s’éclairer… D’autres chiffres donnent le tournis. Les services du médiateur national de l’énergie ont en effet relevé, au cours de l’année 2012, pas moins de 580.000 coupures de gaz ou d’électricité, et 230.000 résiliations à l’initiative du fournisseur. Traduction: mille personnes supplémentaires chaque jour sont privées d’électricité ou de gaz!
D’hypothermie, un homme est mort. Qui veut savoir son nom? Qui connaissait sa détresse, ses souffrances, son passé de citoyen devenu simple martyr de la pauvreté? N’en doutez pas, beaucoup diront – avec des phrases ciselées pour cacher l’ampleur du mépris – que l’histoire de Jean-Baptiste Bessière, cinquante-deux ans, racontée aujourd’hui dans nos colonnes, flirte avec un excès de naturalisme qui plaide mal la cause sociale. Certains se paient de mots, d’autres subissent la crise et les hausses en tout genre jusqu’à l’indignité. Si les rois du charité-business regardaient un peu la vérité des chiffres, ils sauraient que la simple protestation morale ne suffit plus. À mesure que la crise galope, précipitant des centaines de milliers de Français dans la catégorie des «fin de droits», une autre forme d’exclusion progresse: la précarité énergétique. Parfois elle tue.
Quatre millions de Français se trouvent dans cette situation d’urgence absolue, c’est-à-dire qu’ils consacrent au moins 10% de leurs revenus à se chauffer ou à s’éclairer… D’autres chiffres donnent le tournis. Les services du médiateur national de l’énergie ont en effet relevé, au cours de l’année 2012, pas moins de 580.000 coupures de gaz ou d’électricité, et 230.000 résiliations à l’initiative du fournisseur. Traduction: mille personnes supplémentaires chaque jour sont privées d’électricité ou de gaz!
dimanche 17 mars 2013
Argentin(s): François Ier sur les traces de François d'Assise?
Ce fils de parents immigrés italiens, défenseur des pauvres, refusa de considérer que l’Eglise ait pu avoir la moindre responsabilité dans les crimes commis par la dictature militaire... L'occasion de repenser à Leonardo Boff, non?
Bergoglio. «On atteint plus vite le ciel en partant d’une chaumière que d’un palais.» (François d’Assise) Evidemment, lorsque Jorge Mario Bergoglio réclama la bénédiction du peuple avant même de débuter son ministère, nous nous sommes dits que quelque chose de singulier se produisait place Saint-Pierre avec l’apparition de François Ier. Le conclave était donc allé chercher le successeur de Ratzinger à l’autre bout du monde, en Argentine, comme si le temps était venu d’une certaine adéquation entre la réalité de l’Eglise au XXIe siècle – deux catholiques sur trois étaient européens il y a un siècle, il ne sont plus qu’un sur quatre – et la nécessité d’un retour à la simplicité, que semble incarner ce jésuite de formation, premier pape des Amériques (et premier jésuite d’ailleurs). Le nom même choisi par Bergoglio, en son ampleur symbolique, incarne une rupture: François, c’est assurément Saint François d’Assise. Autant de signes pour se montrer enthousiaste? Restons prudent, très prudent même.
Bergoglio. «On atteint plus vite le ciel en partant d’une chaumière que d’un palais.» (François d’Assise) Evidemment, lorsque Jorge Mario Bergoglio réclama la bénédiction du peuple avant même de débuter son ministère, nous nous sommes dits que quelque chose de singulier se produisait place Saint-Pierre avec l’apparition de François Ier. Le conclave était donc allé chercher le successeur de Ratzinger à l’autre bout du monde, en Argentine, comme si le temps était venu d’une certaine adéquation entre la réalité de l’Eglise au XXIe siècle – deux catholiques sur trois étaient européens il y a un siècle, il ne sont plus qu’un sur quatre – et la nécessité d’un retour à la simplicité, que semble incarner ce jésuite de formation, premier pape des Amériques (et premier jésuite d’ailleurs). Le nom même choisi par Bergoglio, en son ampleur symbolique, incarne une rupture: François, c’est assurément Saint François d’Assise. Autant de signes pour se montrer enthousiaste? Restons prudent, très prudent même.
vendredi 8 mars 2013
Conclave(s): questions entre deux papes...
Avant l'élection d'un successeur à Benoît XVI, certains vaticanistes évoquent des "résistances" contre la curie ou contre certains cardinaux. Une surprise de type ''progressiste'' est-elle possible?
Pape. «Dans le conclave, j’ai demandé à Dieu de m’éviter la guillotine de mon élection, mais il ne m’a pas écouté.» Quelques jours après son élection par le sacré collège, Benoît XVI prononça ces mots. Qui s’en souvient? A l’époque, personne n’avait voulu entendre ce sacrilège, digne d’un film de Nanni Moretti. Au fond, ce pape voulait-il être pape? Sept années après un pontificat que l’on dit encore, bien maladroitement, «de transition», l’interrogation ne mérite encore le détour qu’à la seule condition d’essayer de percer une dernière fois les mystères de l’homme derrière la soutane. Sans oublier que Joseph Ratzinger, théologien et chercheur, avait été coutumier du fait. Depuis Vatican II, dont il fut l’un des ardents défenseurs, jusqu’à sa conversion à un conservatisme théorique au début des années soixante-dix, jamais l’Allemand n’avait aspiré à quitter ses chères études. Ainsi, en 1977, lorsque Paul VI l’arracha à sa chaire de l’université de Ratisbonne pour l’imposer à la tête du diocèse de Munich, il n’avait accepté que contraint et forcé.
Pape. «Dans le conclave, j’ai demandé à Dieu de m’éviter la guillotine de mon élection, mais il ne m’a pas écouté.» Quelques jours après son élection par le sacré collège, Benoît XVI prononça ces mots. Qui s’en souvient? A l’époque, personne n’avait voulu entendre ce sacrilège, digne d’un film de Nanni Moretti. Au fond, ce pape voulait-il être pape? Sept années après un pontificat que l’on dit encore, bien maladroitement, «de transition», l’interrogation ne mérite encore le détour qu’à la seule condition d’essayer de percer une dernière fois les mystères de l’homme derrière la soutane. Sans oublier que Joseph Ratzinger, théologien et chercheur, avait été coutumier du fait. Depuis Vatican II, dont il fut l’un des ardents défenseurs, jusqu’à sa conversion à un conservatisme théorique au début des années soixante-dix, jamais l’Allemand n’avait aspiré à quitter ses chères études. Ainsi, en 1977, lorsque Paul VI l’arracha à sa chaire de l’université de Ratisbonne pour l’imposer à la tête du diocèse de Munich, il n’avait accepté que contraint et forcé.
vendredi 1 mars 2013
Cochon(s): que doit-on penser du livre de Marcela Iacub?
Sommes-nous prêts à vivre dans une société où la prostitution morale et le profit du papier vite vendu deviennent la règle...
Iacub. La littérature a tous les droits – pas un auteur. La nouvelle affaire DSK s’appelle donc Belle et Bête, livre à vocation médiatique publié chez Stock, dans lequel la juriste Marcela Iacub raconte jusqu’au sordide ses sept mois de liaison avec l’ancien patron du FMI, de janvier à juillet 2012. Jamais le nom de l’ancien ministre socialiste n’est écrit noir sur blanc. Mais pas de doute: «J’étais persuadée que si un autre politique français avait été arrêté à l’aéroport de New York à ta place, tu aurais crié avec la foule.» Le tutoiement pour forme. La vulgarité et le lynchage public comme objection. Car nous lisons, atterrés, la longue chronique d’une passion avec celui qu’elle nomme l’«homme-cochon». Ainsi: «Même au temps où ma passion était si fastueuse que j’aurais échangé mon avenir contre une heure dans tes bras, je n’ai jamais cessé de te voir tel que tu étais : un porc. C’est ma compassion pour ces animaux si dénigrés qui a éveillé mon intérêt pour toi.» Plus précis: «C’est parce que tu étais un porc que je suis tombée amoureuse de toi.»
jeudi 28 février 2013
Hessel: un homme vertical, l'âme trempée par les épreuves
Article invité: par Charles Silvestre.
Stéphane Hessel était venu au stand des Amis de l'Huma, en 2008. Récit.
«Qu’est-ce qui vous fait encore courir, à quatre-vingt-dix ans passés, à travers le monde?» La question est posée à Stéphane Hessel, le 12 septembre 2008, à la Fête de l’Humanité. L’ambassadeur, titre qui lui a été décerné par l’histoire plus que par les autorités administratives, est attablé sous le chapiteau des Amis de l’Huma, aux côtés d’Edmonde Charles-Roux, amie de longue date, et de Georges Séguy, résistant à quinze ans, déporté, qui est l’invité de la soirée pour les quarante ans de Mai 68. Stéphane Hessel s’est redressé de toute sa hauteur. À quatre-vingt-dix ans, il déplie son mètre quatre-vingt-dix, affiche une dignité tranquille, pour ne pas dire une sorte de majesté républicaine, et répond par la métaphore de la bicyclette: «Mais, si je m’arrête, je tombe.» Le livre Indignez-vous!, qui a connu un succès retentissant, deux ans plus tard, a la même tenue dans ses premières lignes: «93 ans. C’est un peu la toute dernière étape. La fin n’est pas bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : les années de Résistance et le programme élaboré il y a soixante-dix ans par le CNR.»
Stéphane Hessel était venu au stand des Amis de l'Huma, en 2008. Récit.
mercredi 27 février 2013
Indignation(s): quand le succès de Stéphane Hessel irrite les libéraux...
Stéphane Hessel est mort ce 27 février 2013. Je republie ci-dessous le bloc-notes que j'avais consacré au succès populaire de son livre, Indignez-vous!, en janvier 2011.
Hessel. De quoi le succès d’un livre est-il le signe? Et à partir de quel moment peut-on, doit-on considérer qu’il échappe à son auteur pour devenir un phénomène de société intergénérationnel s’affranchissant de tous les codes en vigueur? Depuis peu, le monde de l’édition et le petit microcosme parisien de toute l’intelligentsia médiacratique ne cessent de nous exprimer leur incrédulité – doublée d’une cynique stupéfaction. En cause, l’incroyable destin du petit opuscule façon coup de poing publié par Stéphane Hessel, qui, à quatre-vingt-treize ans, jouissant d’une popularité au zénith, a d’ores et déjà touché le cœur et les tripes de 500.000 acheteurs. Vous avez bien lu: Indignez-vous! (32 pages, 3 euros), qu’une petite maison d’édition du sud de la France (Indigène) a courageusement osé diffuser, affiche désormais l’un des tirages record de ces dernières années. Après une première sortie assez confidentielle, 850.000 exemplaires sont à ce jour sortis des imprimeries. Sachez-le : tous se vendront, signe d’une époque moins consumériste et individualiste qu’on ne le croit. Car pour une fois, le public en masse n’a pas attendu les sacro-saintes et habituelles prescriptions des éditocrates pour anticiper un engouement indépendant et authentiquement engagé.
Hessel. De quoi le succès d’un livre est-il le signe? Et à partir de quel moment peut-on, doit-on considérer qu’il échappe à son auteur pour devenir un phénomène de société intergénérationnel s’affranchissant de tous les codes en vigueur? Depuis peu, le monde de l’édition et le petit microcosme parisien de toute l’intelligentsia médiacratique ne cessent de nous exprimer leur incrédulité – doublée d’une cynique stupéfaction. En cause, l’incroyable destin du petit opuscule façon coup de poing publié par Stéphane Hessel, qui, à quatre-vingt-treize ans, jouissant d’une popularité au zénith, a d’ores et déjà touché le cœur et les tripes de 500.000 acheteurs. Vous avez bien lu: Indignez-vous! (32 pages, 3 euros), qu’une petite maison d’édition du sud de la France (Indigène) a courageusement osé diffuser, affiche désormais l’un des tirages record de ces dernières années. Après une première sortie assez confidentielle, 850.000 exemplaires sont à ce jour sortis des imprimeries. Sachez-le : tous se vendront, signe d’une époque moins consumériste et individualiste qu’on ne le croit. Car pour une fois, le public en masse n’a pas attendu les sacro-saintes et habituelles prescriptions des éditocrates pour anticiper un engouement indépendant et authentiquement engagé.
mardi 26 février 2013
Hôpitaux: serment d'hypocrites
Il n’est plus possible de continuer à diminuer les coûts, sauf à refuser d’assumer l’offre de soins actuelle.
«Je quitte les urgences.» Nous lisons l’humble et fragile témoignage avec la rage au ventre. «J’ai travaillé 70 heures par semaine pendant trente ans, je pense qu’on a le droit de m’écouter.» Celle qui parle porte en elle des âges de combat dans un écrin de tristesse. «Plus ça allait, plus les urgences étaient chargées, et plus les responsabilités devenaient trop lourdes pour un seul médecin, la nuit.» Les vérités relatées ici ne se découvrent que par pur esprit de responsabilité. «On nous a dit qu’on ne pouvait pas demander des médecins supplémentaires et qu’on nous enverrait une commission pour vérifier.» Quand l’injustice se mêle à l’incompréhension. «Mais ils ne sont jamais venus voir comment cela se passait…» Elle s’appelle Marie-Anne Babé. Lassée, exténuée et surtout révoltée, elle vient de démissionner de son poste de chef du service des urgences du centre hospitalier de Roubaix, 85000 patients par an. Elle réclamait une hausse des effectifs. Elle n’a pas été écoutée. Alors son monde a vacillé. Pas la haute idée qu’elle se fait de son métier…
«Je quitte les urgences.» Nous lisons l’humble et fragile témoignage avec la rage au ventre. «J’ai travaillé 70 heures par semaine pendant trente ans, je pense qu’on a le droit de m’écouter.» Celle qui parle porte en elle des âges de combat dans un écrin de tristesse. «Plus ça allait, plus les urgences étaient chargées, et plus les responsabilités devenaient trop lourdes pour un seul médecin, la nuit.» Les vérités relatées ici ne se découvrent que par pur esprit de responsabilité. «On nous a dit qu’on ne pouvait pas demander des médecins supplémentaires et qu’on nous enverrait une commission pour vérifier.» Quand l’injustice se mêle à l’incompréhension. «Mais ils ne sont jamais venus voir comment cela se passait…» Elle s’appelle Marie-Anne Babé. Lassée, exténuée et surtout révoltée, elle vient de démissionner de son poste de chef du service des urgences du centre hospitalier de Roubaix, 85000 patients par an. Elle réclamait une hausse des effectifs. Elle n’a pas été écoutée. Alors son monde a vacillé. Pas la haute idée qu’elle se fait de son métier…
vendredi 22 février 2013
Minerai(s): avant, on n'en donnait même pas aux chiens...
Quand un conseiller d'un ministère découvre ce qu'on nous donne à manger. Et ne cache pas son écoeurement...
Assiettes. Même les piliers du temple des esprits sont parfois désarçonnés devant les affres de la vie quotidienne et les actes les plus élémentaires conditionnés par les habitudes ou le poids des conventions sociales. Une certaine érudition ne prémunit en rien contre le retour au réel et le venin de la lucidité… Il aurait fallu filmer notre énarque, l’autre soir, dans un bistrot parisien, hésitant entre le hachis parmentier et les lasagnes (pourtant estampillés «maison») parés comme il se doit d’une salade de roquette hors saison. «Et si je prenais du poisson?» Regard apeuré. «Ou alors rien que des crudités.» L’homme, soudain, ressemblait à ce qu’on attendait de lui : l’interrogation aux aguets, la préoccupation tout en fluidité, quelques sonorités bien bruyantes emmêlées à des éclats de langage mécaniques, et finalement assez de jugeote pour que l’ampleur du QI reprenne le dessus et laisse percevoir derrière la pâleur du visage une incompréhension quasi organique se magnifiant dans un souffle sous forme de question: «Mince, mais qu’est-ce qu’ils foutent dans nos assiettes?» Et d’ajouter: «Chez moi, je ne me nourris qu’avec des trucs tout prêts, beaucoup de chez Picard: c’est excellent et la réputation était bonne. Comment je vais faire maintenant?» Ce jour-là, comme beaucoup d’entre nous, cet ami à la tête bien pleine, conseiller technique d’un ministère ayant peu de chose à voir avec l’agriculture, l’agroalimentaire ou les affaires sanitaires, venait d’apprendre un nouveau terme qui va désormais hanter tous les consommateurs: le minerai.
Assiettes. Même les piliers du temple des esprits sont parfois désarçonnés devant les affres de la vie quotidienne et les actes les plus élémentaires conditionnés par les habitudes ou le poids des conventions sociales. Une certaine érudition ne prémunit en rien contre le retour au réel et le venin de la lucidité… Il aurait fallu filmer notre énarque, l’autre soir, dans un bistrot parisien, hésitant entre le hachis parmentier et les lasagnes (pourtant estampillés «maison») parés comme il se doit d’une salade de roquette hors saison. «Et si je prenais du poisson?» Regard apeuré. «Ou alors rien que des crudités.» L’homme, soudain, ressemblait à ce qu’on attendait de lui : l’interrogation aux aguets, la préoccupation tout en fluidité, quelques sonorités bien bruyantes emmêlées à des éclats de langage mécaniques, et finalement assez de jugeote pour que l’ampleur du QI reprenne le dessus et laisse percevoir derrière la pâleur du visage une incompréhension quasi organique se magnifiant dans un souffle sous forme de question: «Mince, mais qu’est-ce qu’ils foutent dans nos assiettes?» Et d’ajouter: «Chez moi, je ne me nourris qu’avec des trucs tout prêts, beaucoup de chez Picard: c’est excellent et la réputation était bonne. Comment je vais faire maintenant?» Ce jour-là, comme beaucoup d’entre nous, cet ami à la tête bien pleine, conseiller technique d’un ministère ayant peu de chose à voir avec l’agriculture, l’agroalimentaire ou les affaires sanitaires, venait d’apprendre un nouveau terme qui va désormais hanter tous les consommateurs: le minerai.
mardi 19 février 2013
Ali(s): à propos du plus grand boxeur de tous les temps
Par le procédé du Cut up, l'écrivain Frédéric Roux, dans son dernier livre, nous embarque sur le continent de Muhammad Ali. Attention merveille !
Roux. Qui n’est jamais monté sur un ring ne peut comprendre la noblesse de l’esquive – pour mieux toucher au but. Qui n’a jamais enduré les coups pleine face ne peut analyser la souffrance de l’uppercut – et la détresse du KO. Qui n’a jamais aimé la boxe, au point de s’en remettre pieds et poings à ses règles, ne peut ressentir la tragique émotion de la violence du geste rehaussée par la tendresse du doute – façon tragédie originelle… L’écrivain Frédéric Roux possède en lui la beauté de ce sport. Et pour cause. Il a été boxeur dans sa jeunesse. Il en garde quelques stigmates, un nez cassé, un regard droit et un caractère trempé dans la sueur et le sang. Mais il préserve aussi en lui d’innombrables souvenirs moins mâles qu’il n’y paraît. Son premier roman, "Lève ton gauche!" (Ramsay, 1984), racontait cette expérience du noble art dans un récit de vie fragmentée si réel qu’on tremblait à chaque page de peur d’y croiser une voix sans issue. Trente ans après son premier exploit littéraire, et après une quinzaine de livres, Frédéric Roux renfile les gants en repoussant les frontières du roman, territoire pourtant déjà vaste. Avec "Alias Ali" (Fayard), l’auteur nous embarque dans un monde unique en son genre. Celui de Muhammad Ali, le plus grand boxeur – et sportif – de tous les temps.
Roux. Qui n’est jamais monté sur un ring ne peut comprendre la noblesse de l’esquive – pour mieux toucher au but. Qui n’a jamais enduré les coups pleine face ne peut analyser la souffrance de l’uppercut – et la détresse du KO. Qui n’a jamais aimé la boxe, au point de s’en remettre pieds et poings à ses règles, ne peut ressentir la tragique émotion de la violence du geste rehaussée par la tendresse du doute – façon tragédie originelle… L’écrivain Frédéric Roux possède en lui la beauté de ce sport. Et pour cause. Il a été boxeur dans sa jeunesse. Il en garde quelques stigmates, un nez cassé, un regard droit et un caractère trempé dans la sueur et le sang. Mais il préserve aussi en lui d’innombrables souvenirs moins mâles qu’il n’y paraît. Son premier roman, "Lève ton gauche!" (Ramsay, 1984), racontait cette expérience du noble art dans un récit de vie fragmentée si réel qu’on tremblait à chaque page de peur d’y croiser une voix sans issue. Trente ans après son premier exploit littéraire, et après une quinzaine de livres, Frédéric Roux renfile les gants en repoussant les frontières du roman, territoire pourtant déjà vaste. Avec "Alias Ali" (Fayard), l’auteur nous embarque dans un monde unique en son genre. Celui de Muhammad Ali, le plus grand boxeur – et sportif – de tous les temps.
jeudi 14 février 2013
La Seconde guerre mondiale aurait-elle pu prendre fin en 1943?
Publication d'un entretien entre le docteur ès sciences historiques Valentin Faline avec le commentateur militaire Viktor Litovkine. Ces deux Russes révèlent des pages jusqu'ici peu connues qui eurent un impact déterminant sur le cours et l'issue des batailles.
Valentin Faline. Dans l'historiographie moderne l'étape terminale de la Seconde Guerre mondiale est décrite différemment. Certains spécialistes prétendent que la guerre aurait pu s'achever bien plus tôt, c'est ce qui ressort, entre autres, de la lecture des mémoires du maréchal Tchouïkov. D'autres estiment qu'elle aurait pu durer au moins un an encore. Qui est plus proche de la vérité? En quoi réside cette dernière? Quel est votre point de vue sur cette question?
Viktor Litovkine. C'est vrai, ce thème est débattu dans l'historiographie de nos jours. Mais pendant la guerre aussi, à partir de 1942, on s'était livré à des estimations sur la durée du conflit. Pour être plus précis, les politiques et les militaires s'étaient penchés sur cette question dès 1941, quand la grande majorité des hommes d'Etat, dont Franklin Roosevelt et Winston Churchill, estimaient que l'Union soviétique tiendrait au maximum de quatre à six semaines. Seul Edvard Benes affirmait que l'URSS résisterait face à l'invasion nazie et finirait par écraser l'Allemagne.
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| La bataille de Stalingrad. |
Viktor Litovkine. C'est vrai, ce thème est débattu dans l'historiographie de nos jours. Mais pendant la guerre aussi, à partir de 1942, on s'était livré à des estimations sur la durée du conflit. Pour être plus précis, les politiques et les militaires s'étaient penchés sur cette question dès 1941, quand la grande majorité des hommes d'Etat, dont Franklin Roosevelt et Winston Churchill, estimaient que l'Union soviétique tiendrait au maximum de quatre à six semaines. Seul Edvard Benes affirmait que l'URSS résisterait face à l'invasion nazie et finirait par écraser l'Allemagne.
mercredi 13 février 2013
Mariage, l'égalité pour tous!
La gauche peut se rassembler sur ses promesses dès lors qu’elle est mise sous surveillance citoyenne. Elle l'a prouvé avec le mariage pour tous.
Quand la République, dans ce qu’elle a de plus sacré, se rehausse d’elle-même par un acte législatif qui dépasse le cadre ordinaire, l’horloge de l’Histoire tinte toujours différemment. Il était 16 h 58, hier, quand l’Assemblée nationale a voté en première lecture la loi autorisant le mariage des personnes de même sexe. L’émotion, palpable dans l’hémicycle, fut nôtre. Nous avons alors pensé à toutes les associations, à tous les élus, à tous les citoyen(ne)s qui n’ont jamais renoncé à ce combat au long cours, s’attirant les injures et toutes les formes d’obscurantisme. Sans cette mobilisation, jamais démentie, le gouvernement serait-il allé au bout de cet engagement? Nous avons aussi pensé à Christiane Taubira, qui aura incarné, assez magistralement, le choix du progressisme contre la réaction, plaçant résolument cette réforme dans le cadre de la longue bataille pour l’égalité des droits et parachevant l’évolution de cette institution qu’est le mariage, jusqu’alors incomplète. Notre pays vient de rappeler qu’aucune différence ne peut plus servir de prétexte à des discriminations d’État…
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| Le résultat du vote en première lecture. |
mardi 12 février 2013
Benoît XVI: le sans-siège du Vatican
Estimant qu’il ne se sentait plus apte, Benoît XVI, 85 ans, a annoncé sa démission. Elle sera effective le 28 février prochain. Joseph Ratzinger restera comme le pape de tous les dogmes ultraconservateurs.
Au Vatican, que ce soit dans les allées bordées d’espèces rares de cactus où le pape ne détestait pas vagabonder dans la fraîcheur d’un Éden reconstitué, ou dans les couloirs plongés dans la pénombre, voire dans les salles rutilantes aux marqueteries multicentenaires, la rumeur courait depuis plusieurs semaines. Fatigué, et redoutant plus que tout «l’ombre» de lui-même au point de s’isoler dans un mutisme jugé «déconcertant» par ses collaborateurs, le pape Benoît XVI, quatre-vingt-cinq ans, montrait des signes de lassitude qui ne trompaient pas. Chaque sortie publique devenait une épreuve physique, le moindre discours un calvaire intellectuel. En 2010, l’évêque de Rome expliquait déjà : «Quand un pape en vient à reconnaître en toute clarté qu’il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer.» Il a tenu parole.
Au Vatican, que ce soit dans les allées bordées d’espèces rares de cactus où le pape ne détestait pas vagabonder dans la fraîcheur d’un Éden reconstitué, ou dans les couloirs plongés dans la pénombre, voire dans les salles rutilantes aux marqueteries multicentenaires, la rumeur courait depuis plusieurs semaines. Fatigué, et redoutant plus que tout «l’ombre» de lui-même au point de s’isoler dans un mutisme jugé «déconcertant» par ses collaborateurs, le pape Benoît XVI, quatre-vingt-cinq ans, montrait des signes de lassitude qui ne trompaient pas. Chaque sortie publique devenait une épreuve physique, le moindre discours un calvaire intellectuel. En 2010, l’évêque de Rome expliquait déjà : «Quand un pape en vient à reconnaître en toute clarté qu’il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer.» Il a tenu parole.
lundi 11 février 2013
Vaticanesque(s): le pape en pleine crise...
Entre scandales et rumeurs, le règne de Benoît XVI prend un tournure pathétique.
Crise. Que se passe-t-il réellement au Vatican? Des affaires troubles en passe de renverser la gouvernance du Saint-Siège? De quoi déstabiliser le trône de Saint-Pierre lui-même? Des trahisons dignes du temps des Borgia? Une crise du pouvoir remettant en cause la collégialité épiscopale? Un peu tout cela à la fois… L’autre jour, en apprenant quasiment coup sur coup l’éviction de deux des plus proches collaborateurs de Benoît XVI, d’abord celle du directeur de la (fameuse et sulfureuse) banque du Vatican, puis celle du majordome du pape, notre première réaction fut immédiate: nous nous sommes sitôt replongés dans la lecture d’une des biographies de Joseph Ratzinger, âgé de plus quatre-vingt-cinq ans, comme si l’annonce d’un nouveau concile se préparait dans l’allégresse et la crainte d’un grand changement… À la lecture des faits, non sans avoir consulté au préalable quelques amis bien placés du côté du divin, notre emballement ne fut pas contrarié. En effet, ce serait mal connaître les us et coutumes vaticanesques, et plus globalement des institutions romaines, de croire que la situation actuelle ne serait la conséquence que de quelques intrigants isolés prêts à des fourberies sans lendemain. Non.
Crise. Que se passe-t-il réellement au Vatican? Des affaires troubles en passe de renverser la gouvernance du Saint-Siège? De quoi déstabiliser le trône de Saint-Pierre lui-même? Des trahisons dignes du temps des Borgia? Une crise du pouvoir remettant en cause la collégialité épiscopale? Un peu tout cela à la fois… L’autre jour, en apprenant quasiment coup sur coup l’éviction de deux des plus proches collaborateurs de Benoît XVI, d’abord celle du directeur de la (fameuse et sulfureuse) banque du Vatican, puis celle du majordome du pape, notre première réaction fut immédiate: nous nous sommes sitôt replongés dans la lecture d’une des biographies de Joseph Ratzinger, âgé de plus quatre-vingt-cinq ans, comme si l’annonce d’un nouveau concile se préparait dans l’allégresse et la crainte d’un grand changement… À la lecture des faits, non sans avoir consulté au préalable quelques amis bien placés du côté du divin, notre emballement ne fut pas contrarié. En effet, ce serait mal connaître les us et coutumes vaticanesques, et plus globalement des institutions romaines, de croire que la situation actuelle ne serait la conséquence que de quelques intrigants isolés prêts à des fourberies sans lendemain. Non.
dimanche 10 février 2013
Diagnostic(s): le vieil homme et l'amer
Quand un diplomate à la longue expérience politique s'interroge sur le "moment socialiste". Et se souvient du jeune Normal Ier...
Diplomate. Quelque chose de singulier dans le timbre de sa voix. Comme un éraillement, une sourde inquiétude, que masque mal l’assurance verbale qui pointe malgré tout derrière la lassitude. Même depuis son appartement parisien, à deux pas de la Bastille, le vieux diplomate, compagnon de route assez distant de Normal Ier, éprouve l’envie de parcourir le monde à la lueur des phrases, s’inventant quelque quête propre à raviver sa flamme de nouveau-monde, irrésistiblement attiré par la conscience agrandie du cercle des yeux morts et de cette rage des oubliés qui fait éclore la foudre. De temps à autre, le Quai d’Orsay le missionne encore ici et là, profitant de ses connaissances sud-européennes et nord-africaines, de ses compétences historiques et de son carnet d’adresses toujours impressionnant. «Quand je pense que j’ai eu Normal Ier en stage à Alger, à la fin des années soixante-dix, alors qu’il était encore à l’ENA, je me dis qu’il a fait du chemin, confesse-t-il. Quand j’ai vu son discours au Mali, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce jeune avec ses grosses lunettes qui, à l’époque, attablé à une terrasse d’un café d’Alger, me demandait s’il devait “devenir giscardien” ou s’il devait ”rester socialiste”. Je pense qu’il testait déjà ma loyauté. Contrairement à Ségolène, il n’a jamais aimé Mitterrand. Mais il avait toutefois un point commun avec lui: leur “socialisme” n’est qu’un socialisme d’emprunt, par défaut.»
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| Normal Ier a été jeune. |
mardi 5 février 2013
Qu'est donc la liberté sans l'égalité?
Quand un conseiller de Matignon s'épanche et parle de la "question sociétale" comme roue de secours...
Aveux. Les controverses et les sentences lapidaires débordent souvent des cadres préétablis. Il faisait nuit noire, l’autre soir, quand, attablés en plein Paris à l’une de ces terrasses chauffées qui tiennent lieu de dépaysement à elles seules, l’un des conseillers de Matignon se désinhiba un peu à la faveur de quelques verres de saint-joseph. En toute amitié certes, l’homme était quand même là pour le service avant-vente de quelques grands dossiers bientôt traités par le gouvernement. Mais soudain, comme poussé par une force qui le dépassait, il déclara: «Nous sommes dans un grand moment de troubles idéologiques. Pour dire les choses, je crois que nous sommes dominés, dans la gauche gouvernementale, par ceux qui ne jurent que par l’épanouissement individuel et craignent en permanence de voir ressurgir le spectre d’octobre 1917 ou de je ne sais quelle révolution dès qu’on leur parle de collectif ou de lutte des classes.» Étonnés par les mots de notre interlocuteur, plus prompt d’ordinaire à valoriser le moindre consensus qu’à étaler ses propres états d’âme, nous voulions alors comprendre la genèse de son propos. Cuisiné en douceur, il avoua : «Une partie de la gauche est devenue libérale et libertaire. Curieux mélange en vérité, non ? Ce n’est plus par la séparation des pouvoirs qu’elle compte garantir les libertés, mais par l’abolition même des relations de pouvoir et par l’extension infinie selon laquelle chacun de nos désirs s’accompagnerait du droit inaliénable à être satisfait.»
Aveux. Les controverses et les sentences lapidaires débordent souvent des cadres préétablis. Il faisait nuit noire, l’autre soir, quand, attablés en plein Paris à l’une de ces terrasses chauffées qui tiennent lieu de dépaysement à elles seules, l’un des conseillers de Matignon se désinhiba un peu à la faveur de quelques verres de saint-joseph. En toute amitié certes, l’homme était quand même là pour le service avant-vente de quelques grands dossiers bientôt traités par le gouvernement. Mais soudain, comme poussé par une force qui le dépassait, il déclara: «Nous sommes dans un grand moment de troubles idéologiques. Pour dire les choses, je crois que nous sommes dominés, dans la gauche gouvernementale, par ceux qui ne jurent que par l’épanouissement individuel et craignent en permanence de voir ressurgir le spectre d’octobre 1917 ou de je ne sais quelle révolution dès qu’on leur parle de collectif ou de lutte des classes.» Étonnés par les mots de notre interlocuteur, plus prompt d’ordinaire à valoriser le moindre consensus qu’à étaler ses propres états d’âme, nous voulions alors comprendre la genèse de son propos. Cuisiné en douceur, il avoua : «Une partie de la gauche est devenue libérale et libertaire. Curieux mélange en vérité, non ? Ce n’est plus par la séparation des pouvoirs qu’elle compte garantir les libertés, mais par l’abolition même des relations de pouvoir et par l’extension infinie selon laquelle chacun de nos désirs s’accompagnerait du droit inaliénable à être satisfait.»
samedi 2 février 2013
Catacombe(s): la leçon de littérature de Régis Debray
Le philosophe et médiologue revisite quelques grands écrivains. Ou comment vouloir être Chateaubriand ou rien...
Debray. Quelque chose de mystérieux et pourtant d’irrépressible flotte dans notre époque comme un rappel au temps métronomique. Ce tic-tac, lent et paisible, convoque en nous d’élégiaques aventures que nous nous remémorons par grand froid, préservés des absurdités du réel par les souvenirs ironiques de nos songes funambulesques. Pour les chasseurs d’impensé que nous sommes restés, maltraitant les dogmes et s’accommodant des doutes, nous nous demandons sans relâche, moins par nostalgie que par vanité: mais qu’est-ce que notre monde nous dit, en ce moment, et quel récit mémorable laissera-t-il en héritage? Face à cette interrogation majuscule, Régis Debray apporte une réponse monumentale dans son dernier livre, "Modernes catacombes" (Gallimard), dont le titre, non moins magistral, peut prêter à confusion. Dans ce recueil rassemblant divers articles, préfaces et conférences, échelonnés de 1994 à 2012, le philosophe et médiologue ne sonde pas l’ici-maintenant en décrivant le monde tel qu’il est, mais se plonge dans les œuvres de quelques écrivains sous la forme d’«Hommages à la France littéraire», comme le suggère le sous-titre du livre. Des impressions de lecture et des critiques d’auteurs. Des textes du passé, en somme. Et pourtant, croyez-nous, dans ce parcours subjectif en littérature, les mots du philosophe savent de notre époque des choses que nous ignorons d’elle.
Debray. Quelque chose de mystérieux et pourtant d’irrépressible flotte dans notre époque comme un rappel au temps métronomique. Ce tic-tac, lent et paisible, convoque en nous d’élégiaques aventures que nous nous remémorons par grand froid, préservés des absurdités du réel par les souvenirs ironiques de nos songes funambulesques. Pour les chasseurs d’impensé que nous sommes restés, maltraitant les dogmes et s’accommodant des doutes, nous nous demandons sans relâche, moins par nostalgie que par vanité: mais qu’est-ce que notre monde nous dit, en ce moment, et quel récit mémorable laissera-t-il en héritage? Face à cette interrogation majuscule, Régis Debray apporte une réponse monumentale dans son dernier livre, "Modernes catacombes" (Gallimard), dont le titre, non moins magistral, peut prêter à confusion. Dans ce recueil rassemblant divers articles, préfaces et conférences, échelonnés de 1994 à 2012, le philosophe et médiologue ne sonde pas l’ici-maintenant en décrivant le monde tel qu’il est, mais se plonge dans les œuvres de quelques écrivains sous la forme d’«Hommages à la France littéraire», comme le suggère le sous-titre du livre. Des impressions de lecture et des critiques d’auteurs. Des textes du passé, en somme. Et pourtant, croyez-nous, dans ce parcours subjectif en littérature, les mots du philosophe savent de notre époque des choses que nous ignorons d’elle.
vendredi 1 février 2013
Le corps d’or, nouvelle idole?
Article invité : par Cynthia Fleury, philosophe.
La société a bel et bien manqué la divinisation du corps, même si elle donne l’apparence du contraire. (*)
«Répondez par oui ou par non, demande Oprah Winfrey. Avez-vous pris des substances pour améliorer vos performances? EPO (érythropoïétine)? Transfusion sanguine? D’autres substances telles que la cortisone et la testostérone? Avez-vous pris ces substances lors des sept Tours de France?» À toutes ces questions, Lance Armstrong a répondu oui. C’était sa première interview depuis qu’il a été officiellement déchu de ses sept victoires sur le Tour de France (1999-2005) et radié à vie après que l’Agence américaine antidopage (Usada) l’eut accusé d’avoir activement participé au «programme de dopage le plus sophistiqué jamais vu dans l’histoire du sport» au sein de l’équipe US Postal. Réagissant aux aveux, le président de l’Agence américaine antidopage, Travis Tygart, a simplement estimé que l’ex-champion avait fait «un petit pas dans la bonne direction», en ayant «finalement reconnu que sa carrière était bâtie sur un puissant mélange de dopage et de tromperie». Chacun attend qu’il témoigne désormais sous serment de l’ampleur complète de ses activités de dopage.
La société a bel et bien manqué la divinisation du corps, même si elle donne l’apparence du contraire. (*)
«Répondez par oui ou par non, demande Oprah Winfrey. Avez-vous pris des substances pour améliorer vos performances? EPO (érythropoïétine)? Transfusion sanguine? D’autres substances telles que la cortisone et la testostérone? Avez-vous pris ces substances lors des sept Tours de France?» À toutes ces questions, Lance Armstrong a répondu oui. C’était sa première interview depuis qu’il a été officiellement déchu de ses sept victoires sur le Tour de France (1999-2005) et radié à vie après que l’Agence américaine antidopage (Usada) l’eut accusé d’avoir activement participé au «programme de dopage le plus sophistiqué jamais vu dans l’histoire du sport» au sein de l’équipe US Postal. Réagissant aux aveux, le président de l’Agence américaine antidopage, Travis Tygart, a simplement estimé que l’ex-champion avait fait «un petit pas dans la bonne direction», en ayant «finalement reconnu que sa carrière était bâtie sur un puissant mélange de dopage et de tromperie». Chacun attend qu’il témoigne désormais sous serment de l’ampleur complète de ses activités de dopage.
jeudi 31 janvier 2013
Service public: notre dû...
La République que nous voulons s’inscrit résolument dans une redéfinition de la cohésion sociale : les services publics en sont constitutifs…
À chaque moment de l’histoire, ses combats. Et son dû. Ces temps-ci, dit-on assez à quel point les salariés de la fonction publique sont au bout du rouleau, confrontés aux sous-effectifs, à la multiplication des CDD, à la flexibilité toujours accrue, aux contraintes de la sacro-sainte «rentabilité», avec son cortège de dépressions et de suicides, sans parler de tous les secteurs concernés par les «privatisations rampantes»? Victimes du talon de fer austéritaire du quinquennat sarkozyste et de sa meurtrière RGPP, les fonctionnaires espéraient du changement. Huit mois après l’élection de François Hollande, ils attendent. Ce jeudi, ils exprimeront donc leurs revendications à l’occasion d’une journée d’action nationale. Les motifs ne manquent pas. Jour de carence en cas d’arrêt maladie ; salaires ; indices ; précarités ; statuts menacés, etc. Pour les fonctionnaires aussi, ça craque!
Originellement, la notion même de service public constitue l’un des remparts essentiels de la République contre le chacun pour soi, les inégalités, les divisions. Pilier de la cohésion sociale, les services publics ont même servi d’amortisseur «spécifiquement français» depuis le début de la crise. Paradoxe. Alors que la paupérisation de la population augmente à une vitesse exponentielle et que la fonction publique, au sens large, devrait se renforcer pour réduire les fractures béantes d’un pacte social en voie d’atomisation, c’est le contraire qui se produit. Au royaume globalisé de la prospérité pour les financiers et de la rigueur pour les salariés, les valeurs du bien commun sont-elles encore une priorité? Le gouvernement va devoir répondre.
À chaque moment de l’histoire, ses combats. Et son dû. Ces temps-ci, dit-on assez à quel point les salariés de la fonction publique sont au bout du rouleau, confrontés aux sous-effectifs, à la multiplication des CDD, à la flexibilité toujours accrue, aux contraintes de la sacro-sainte «rentabilité», avec son cortège de dépressions et de suicides, sans parler de tous les secteurs concernés par les «privatisations rampantes»? Victimes du talon de fer austéritaire du quinquennat sarkozyste et de sa meurtrière RGPP, les fonctionnaires espéraient du changement. Huit mois après l’élection de François Hollande, ils attendent. Ce jeudi, ils exprimeront donc leurs revendications à l’occasion d’une journée d’action nationale. Les motifs ne manquent pas. Jour de carence en cas d’arrêt maladie ; salaires ; indices ; précarités ; statuts menacés, etc. Pour les fonctionnaires aussi, ça craque!
Originellement, la notion même de service public constitue l’un des remparts essentiels de la République contre le chacun pour soi, les inégalités, les divisions. Pilier de la cohésion sociale, les services publics ont même servi d’amortisseur «spécifiquement français» depuis le début de la crise. Paradoxe. Alors que la paupérisation de la population augmente à une vitesse exponentielle et que la fonction publique, au sens large, devrait se renforcer pour réduire les fractures béantes d’un pacte social en voie d’atomisation, c’est le contraire qui se produit. Au royaume globalisé de la prospérité pour les financiers et de la rigueur pour les salariés, les valeurs du bien commun sont-elles encore une priorité? Le gouvernement va devoir répondre.
mercredi 23 janvier 2013
Mordillat: «Humour guerrier raillant les vils rois de la thune»
Dans son nouveau film, "le Grand Retournement", adapté en alexandrins classiques d’une pièce de Frédéric Lordon, Gérard Mordillat raconte magistralement la crise financière, la Bourse qui chavire, l’appétit des banquiers et l’État, haï, appelé à la rescousse. L’entretien donc avec le réalisateur. Est en alexandrins pour notre grand bonheur...
-Comment vous est venue l’idée d’adapter la pièce
de Frédéric Lordon?
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| Jacques Weber, Jacques Pater, Franck De La Personne, Jean-Damien Barbin. |
-Comment vous est venue l’idée d’adapter la pièce
de Frédéric Lordon?
D’un Retournement l’autre à peine publié,
J’ai appelé l’auteur et je l’ai supplié
De n’en céder les droits, hormis moi, à personne.
Lors, Frédéric Lordon m’a dit : «Je te les donne.
Fais-en, comme Cocteau, un objet difficile
À ramasser : un film !» Et qui nous désopile,
Tout en nous instruisant. La gageure était belle,
Le défi passionnant. Il fallait des rebelles
Pour oser l’aventure : des acteurs impliqués,
Des techniciens hors pair… tout semblait compliqué.
Un film alexandrin sur la crise mondiale
Fait peur aux producteurs : ce n’est pas commercial.
Bravo, Véra Belmont, d’avoir cru au projet!
De n’avoir pas tremblé à cause du sujet.
Merci Baer et Weber, Morel et tous les autres.
Si j’incarnais Jésus, vous seriez mes apôtres!
Eric Boyer: «D’autres langues vont se délier»
Article invité: par Eric Serres.
Entretien avec Eric Boyer, ex-manager de l’équipe cycliste Cofidis, aujourd’hui soutien de la candidature de l’Américain Greg LeMond à la présidence de l’Union cycliste internationale. Il décrypte la séance d’aveux télévisés de Lance Armstrong.
Les aveux de Lance Armstrong vous ont-il surpris ?
Éric Boyer. Non ! Depuis les révélations du rapport de l’Usada (agence américaine de lutte contre le dopage), il était sous la pression de l’opinion publique. Il était impossible de ne plus croire qu’il ne s’était pas dopé. Armstrong a été suspendu à vie, il n’a plus de palmarès. Tout s’est écroulé autour de lui. Ses sponsors l’ont lâché, sa fondation est en mauvaise posture depuis les révélations, des procès vont être en cours. Il a compris qu’il était temps pour lui de s’exprimer sur ce qu’on lui reprochait, ne serait-ce que pour rebondir dans le business, redonner un sens à sa vie. Mais je ne suis pas dupe.
Entretien avec Eric Boyer, ex-manager de l’équipe cycliste Cofidis, aujourd’hui soutien de la candidature de l’Américain Greg LeMond à la présidence de l’Union cycliste internationale. Il décrypte la séance d’aveux télévisés de Lance Armstrong.
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| Eric Boyer. |
Éric Boyer. Non ! Depuis les révélations du rapport de l’Usada (agence américaine de lutte contre le dopage), il était sous la pression de l’opinion publique. Il était impossible de ne plus croire qu’il ne s’était pas dopé. Armstrong a été suspendu à vie, il n’a plus de palmarès. Tout s’est écroulé autour de lui. Ses sponsors l’ont lâché, sa fondation est en mauvaise posture depuis les révélations, des procès vont être en cours. Il a compris qu’il était temps pour lui de s’exprimer sur ce qu’on lui reprochait, ne serait-ce que pour rebondir dans le business, redonner un sens à sa vie. Mais je ne suis pas dupe.
lundi 21 janvier 2013
Un an après le discours de Hollande au Bourget: le temps passe vite...
Sans un nouveau rapport de forces, le changement ne sera pas au rendez-vous.
«Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir.» Les mots de René Char eux-mêmes traduisent-ils assez notre perception de la situation actuelle? L’art suprême de la politique est, dit-on, celui de la maîtrise du temps. Reconnaissons que, depuis le 6 mai dernier, le temps passe vite. Si vite, qu’il semble égrener, tel un sablier, la mémoire cruelle de nos ressentiments, sans jamais en atténuer les souvenirs… Pensez donc. Bientôt neuf mois que François Hollande a été élu, et, demain, ses électeurs se rappelleront non sans émotion et beaucoup de regrets qu’il y a toujours juste un an le même homme prononçait son plus fameux discours de campagne. Celui du Bourget.
C’était le 22 janvier 2012. Et nous entendions ceci: «Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance.» Et puis cela: «Nous devons montrer nos armes.» Dresser le bilan d’un discours comme s’il s’agissait d’un anniversaire peut paraître déplacé. L’affaire est au contraire fondamentale.
«Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir.» Les mots de René Char eux-mêmes traduisent-ils assez notre perception de la situation actuelle? L’art suprême de la politique est, dit-on, celui de la maîtrise du temps. Reconnaissons que, depuis le 6 mai dernier, le temps passe vite. Si vite, qu’il semble égrener, tel un sablier, la mémoire cruelle de nos ressentiments, sans jamais en atténuer les souvenirs… Pensez donc. Bientôt neuf mois que François Hollande a été élu, et, demain, ses électeurs se rappelleront non sans émotion et beaucoup de regrets qu’il y a toujours juste un an le même homme prononçait son plus fameux discours de campagne. Celui du Bourget.
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| Un an déjà... |
Les mots d'Armstrong, entre pardon, trahison et déraison
Quelques extraits des propos de l'ex-septuple vainqueur du Tour chez Oprah Winfrey.
L’AVEU. «OUI.» Sa réponse à l’animatrice américaine qui lui demandait s’il avait pris des substances interdites durant ses sept victoires dans le Tour de France (1999-2005). «À mon avis, NON.» Sa réponse lorsqu’il est lui est demandé s’il est humainement possible de remporter sept Tours de France consécutifs sans se doper. «Se doper faisait partie du boulot.» «Mon cocktail c’était l’EPO, les transfusions et la testostérone.»
LA FAUTE. «Je ne veux pas accuser quelqu’un d’autre. Les décisions, c’est moi qui les ai prises. Elles sont de ma faute. (…) C’est l’histoire d’un gars qui se sentait invincible, qui entendait qu’il l’était et qui le croyait profondément. Je n’aime pas ce gars.»
LA TRAHISON. «Les gens ont le droit de se sentir trahis. Et c’est de ma faute. (…) Mais, moi je vais passer le reste de ma vie à essayer de regagner leur confiance et à m’excuser auprès» d’eux.
L’AVEU. «OUI.» Sa réponse à l’animatrice américaine qui lui demandait s’il avait pris des substances interdites durant ses sept victoires dans le Tour de France (1999-2005). «À mon avis, NON.» Sa réponse lorsqu’il est lui est demandé s’il est humainement possible de remporter sept Tours de France consécutifs sans se doper. «Se doper faisait partie du boulot.» «Mon cocktail c’était l’EPO, les transfusions et la testostérone.»
LA FAUTE. «Je ne veux pas accuser quelqu’un d’autre. Les décisions, c’est moi qui les ai prises. Elles sont de ma faute. (…) C’est l’histoire d’un gars qui se sentait invincible, qui entendait qu’il l’était et qui le croyait profondément. Je n’aime pas ce gars.»
LA TRAHISON. «Les gens ont le droit de se sentir trahis. Et c’est de ma faute. (…) Mais, moi je vais passer le reste de ma vie à essayer de regagner leur confiance et à m’excuser auprès» d’eux.
dimanche 20 janvier 2013
Valeur(s): non, la trahison n'est pas la condition suprême du pouvoir
Le fric avant la République ; l’égoïsme avant la solidarité ; la fuite plutôt que la patrie. Drôle de séquence politique au pays de Normal Ier...
Normal Ier. «La guerre est une chose trop sérieuse pour qu’on puisse imaginer qu’elle n’est que tactique politique.» D’un coup de langue, l’un des proches de Normal Ier a clos la conversation pourtant informelle. Elle s’était bien mal engagée avec l’un des interlocuteurs, qui persistait à affirmer qu’«aucun cap n’était clairement fixé» par l’exécutif et que la «politique de compromis» ne pourrait «jamais réussir» dans une «nation» comme la France «successivement jacobine, bonapartiste, gaulliste» et finalement «toujours dans l’illusion prérévolutionnaire» et que, selon lui, la ficelle d’une guerre «était un peu grosse pour ressouder les Français». Chacun se demandait où voulait en venir ce provocateur lamentable. Sauf à oublier qu’il s’agissait d’un journaliste du Figaro…
Solution. Jusque-là, le débat avait conservé pour périmètre les décisions économiques et sociales. Au détour d’un désaccord sur la fiscalité, la question des «valeurs» était même venue s’inviter autour de la table. Pourquoi pas. Il fallut d’abord écouter les élucubrations de quelques ultralibéraux assez droitiers, faisant l’éloge des frontières tout en défendant les caprices des élites atteintes de financiarisation globalisée, avant que le nom de Depardieu soit de nouveau prononcé. Nous n’en sortons pas. C’est alors qu’un conseiller de Normal Ier a tenté de justifier le «report dans le temps» de la taxe à 75%, car trouver une «solution juridique pour faire payer les riches» n’était finalement «pas si simple». La bonne blague.
Normal Ier. «La guerre est une chose trop sérieuse pour qu’on puisse imaginer qu’elle n’est que tactique politique.» D’un coup de langue, l’un des proches de Normal Ier a clos la conversation pourtant informelle. Elle s’était bien mal engagée avec l’un des interlocuteurs, qui persistait à affirmer qu’«aucun cap n’était clairement fixé» par l’exécutif et que la «politique de compromis» ne pourrait «jamais réussir» dans une «nation» comme la France «successivement jacobine, bonapartiste, gaulliste» et finalement «toujours dans l’illusion prérévolutionnaire» et que, selon lui, la ficelle d’une guerre «était un peu grosse pour ressouder les Français». Chacun se demandait où voulait en venir ce provocateur lamentable. Sauf à oublier qu’il s’agissait d’un journaliste du Figaro…
Solution. Jusque-là, le débat avait conservé pour périmètre les décisions économiques et sociales. Au détour d’un désaccord sur la fiscalité, la question des «valeurs» était même venue s’inviter autour de la table. Pourquoi pas. Il fallut d’abord écouter les élucubrations de quelques ultralibéraux assez droitiers, faisant l’éloge des frontières tout en défendant les caprices des élites atteintes de financiarisation globalisée, avant que le nom de Depardieu soit de nouveau prononcé. Nous n’en sortons pas. C’est alors qu’un conseiller de Normal Ier a tenté de justifier le «report dans le temps» de la taxe à 75%, car trouver une «solution juridique pour faire payer les riches» n’était finalement «pas si simple». La bonne blague.
samedi 19 janvier 2013
Renault: mais de quelle ligne rouge parle-t-on?
Les dirigeants de Renault menacent les syndicats
de fermer un site s’ils ne signent pas l’accord. Un chantage inqualifiable.
Comment les dirigeants d’une entreprise française détenue à 15% par l’État, avec un gouvernement socialiste, peuvent-ils se comporter de la sorte? Très franchement, cette question risque de hanter tous ceux qui refusent toute forme de résignation et gardent
au fond du cœur le sens du bien commun et le goût
pour les affaires publiques… On dit des requins de la finance qu’ils n’ont ni foi ni loi, autre que celle du profit. Un jour, on dira peut-être de Carlos Ghosn, le patron de Renault, qu’il n’aura été qu’un de ces serviteurs zélés capables de brader l’un de nos fleurons nationaux sur l’autel de la rentabilité. L’annonce d’une réduction de 7.500 postes d’ici à 2016, soit 17% des effectifs, n’est pas seulement une douche froide pour les salariés concernés, c’est également un coup de tonnerre dans un paysage industriel dévasté. Après Peugeot et ses 11.000 postes sacrifiés, Renault entre dans la danse macabre. Celle des sorties de route programmées.
Le cynisme des dirigeants de l’ex-Régie pourrait figurer au palmarès du genre. Les syndicalistes ont en effet appris cette terrible saignée en plein milieu de la sixième réunion de négociation sur la compétitivité. Ça ne vous dit rien? Quelques jours à peine après la signature entre le Medef et la CFDT qui entérine les «accords compétitivité» pour «éviter les licenciements», Carlos Ghosn applique à la lettre l’impitoyable logique du texte: un moyen de restructurer à bon compte. N’y voir aucune coïncidence. Pour tester la flexibilité, le constructeur, membre actif de l’UIMM, a joué les éclaireurs. Et pour le Medef, il a servi de cheval de Troie.
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| Carlos Ghosn. |
Le cynisme des dirigeants de l’ex-Régie pourrait figurer au palmarès du genre. Les syndicalistes ont en effet appris cette terrible saignée en plein milieu de la sixième réunion de négociation sur la compétitivité. Ça ne vous dit rien? Quelques jours à peine après la signature entre le Medef et la CFDT qui entérine les «accords compétitivité» pour «éviter les licenciements», Carlos Ghosn applique à la lettre l’impitoyable logique du texte: un moyen de restructurer à bon compte. N’y voir aucune coïncidence. Pour tester la flexibilité, le constructeur, membre actif de l’UIMM, a joué les éclaireurs. Et pour le Medef, il a servi de cheval de Troie.
mercredi 16 janvier 2013
Les aveux d'Armstrong: trop tard, Lance, trop tard...
L'ex-septuple vainqueur du Tour se met à table. Comment taire sa frustration que cette confession vienne si tardivement...
Les larmes n’y changeront rien – les regrets non plus… Le «oui je me suis dopé», de Lance Armstrong, accompagné, face caméra, de quelques sanglots peut-être sincèrement assumés, restera bien sûr dans l’histoire du sport quand les images seront diffusées, ce jeudi, sur la chaîne américaine CBS. Dans le genre mélodrame façon showbiz, Oprah Winfrey sait y faire. Bien d’autres avant le Texan sont passés sur le divan de l’animatrice starifiée. Les douleurs de l’enfance ; le parcours tout en vigueur d’un enfant battu par l’un de ses supposés «pères» ; et puis la genèse d’un caractère hors du commun, capable de vaincre un cancer qui aurait dû le terrasser, mais capable aussi d’imposer dans le peloton un ordre mafieux, par le mensonge coopté par tous (ou presque) et l’appétence du pouvoir absolu.
Trop tard, Lance, trop tard! S’il faut se réjouir que l’ex-septuple vainqueur du Tour ait enfin avoué avoir triché, comment ne pas comprendre qu’il s’est soumis à la pression de ses proches et des membres de sa fondation contre le cancer, Livestrong, au bord du gouffre. Et comment taire sa frustration que cette confession vienne si tardivement.
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| Armstrong chez Oprah Winfrey. |
Trop tard, Lance, trop tard! S’il faut se réjouir que l’ex-septuple vainqueur du Tour ait enfin avoué avoir triché, comment ne pas comprendre qu’il s’est soumis à la pression de ses proches et des membres de sa fondation contre le cancer, Livestrong, au bord du gouffre. Et comment taire sa frustration que cette confession vienne si tardivement.
mardi 15 janvier 2013
Classe(s): extension du domaine de la lutte...
Les Français pensent que la lutte des classes existent. Cahuzac dit qu'il y a jamais cru. Cherchez l'erreur.
Normal Ier. «Le luxe, c’est d’aller lentement», disait Colette à Proust en 1931. Les temps de crise préfèrent l’expéditif. Que devient la pâte humaine quand vitesse et précipitation alimentent le tout-consommable fast-foodisé dans une psychosomatique de style de vie? Et que deviennent aussi les curieux, quand la collision remplace l’imprégnation et que tombent les plumes au profit de la numérisation satellitaire et du zapping intégré à toutes nos actions? Au Palais, où, jadis, la compréhension du temps d’outre-tombe était un art en soi et souvent un art de vivre, certains ont une idée précise du moment qui est le nôtre. Non sans humour, voici ce que nous déclarait l’autre jour un conseiller de Normal Ier: «Le luxe, c’est de se savoir où l’on va… mais à son rythme.» Selon notre interlocuteur, la formule conviendrait parfaitement pour définir l’exercice en cours. Alors il y eut notre question: «Mais comment montrer aussi peu d’empressement à agir vraiment “à gauche”, alors que la crise s’accélère et que tout s’effondre autour de nous?» L’homme montra une singulière mais coutumière irritation: «Arrêtons le jeu stupide qui consiste à opposer la gauche réaliste sociale-démocrate à la gauche rêvée marxisante!» Et pourtant.
Cahuzac. L’autre soir, à la télévision, un face-à-face détonant entre Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche en mai dernier, et Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, nous a rappelé la pertinence de certains débats durant la campagne électorale, mais également que, à gauche, deux visions continuent de s’opposer assez frontalement quand il s’agit d’imaginer le dépassement rapide de la crise économique et sociale, et surtout de repenser la société de demain sans renoncer à aucune de ses ambitions.
Normal Ier. «Le luxe, c’est d’aller lentement», disait Colette à Proust en 1931. Les temps de crise préfèrent l’expéditif. Que devient la pâte humaine quand vitesse et précipitation alimentent le tout-consommable fast-foodisé dans une psychosomatique de style de vie? Et que deviennent aussi les curieux, quand la collision remplace l’imprégnation et que tombent les plumes au profit de la numérisation satellitaire et du zapping intégré à toutes nos actions? Au Palais, où, jadis, la compréhension du temps d’outre-tombe était un art en soi et souvent un art de vivre, certains ont une idée précise du moment qui est le nôtre. Non sans humour, voici ce que nous déclarait l’autre jour un conseiller de Normal Ier: «Le luxe, c’est de se savoir où l’on va… mais à son rythme.» Selon notre interlocuteur, la formule conviendrait parfaitement pour définir l’exercice en cours. Alors il y eut notre question: «Mais comment montrer aussi peu d’empressement à agir vraiment “à gauche”, alors que la crise s’accélère et que tout s’effondre autour de nous?» L’homme montra une singulière mais coutumière irritation: «Arrêtons le jeu stupide qui consiste à opposer la gauche réaliste sociale-démocrate à la gauche rêvée marxisante!» Et pourtant.
Cahuzac. L’autre soir, à la télévision, un face-à-face détonant entre Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche en mai dernier, et Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, nous a rappelé la pertinence de certains débats durant la campagne électorale, mais également que, à gauche, deux visions continuent de s’opposer assez frontalement quand il s’agit d’imaginer le dépassement rapide de la crise économique et sociale, et surtout de repenser la société de demain sans renoncer à aucune de ses ambitions.
samedi 12 janvier 2013
Ourasi : le roi fainéant est mort, vive le roi !
Pourquoi j’ai aimé jusqu’à la déraison le quadruple vainqueur du Prix d’Amérique…
Ça a commencé par la grâce. Ça a fini par la grâce. Il ne pouvait en être autrement...
Par les temps qui courent, il peut paraître incongru voire totalement déplacé de consacrer du temps, de l’énergie, beaucoup d’émotion et donc quelques lignes à la gloire d’un cheval. Mais aujourd’hui, alors que nous attendions la triste nouvelle depuis plusieurs jours déjà, informés que nous étions de l’état de santé du crack, comme suspendu à son souffle et craignant l’annonce que nous savions inéluctable, la sincère tristesse qui s’est emparée de moi en apprenant la mort d’Ourasi mérite explications. Et quand je dis «tristesse», la vérité de l'écrit m’oblige à admettre que mon sentiment d’affliction est très supérieur à celui que vous imaginez. On dit que le temps qui passe ne s’embarrasse pas de sentiments. Le temps n'a rien changé à l'affaire.
Le légendaire trotteur Ourasi, quadruple vainqueur du Prix d'Amérique, est donc mort ce samedi 12 janvier dans son haras de Gruchy, en Normandie, qui accueillait le cheval depuis fin 1990 et sa mise à la retraite après une carrière exceptionnelle. Il a passé sa dernière nuit en compagnie de sa nounou, Annie Jumel, qui s'occupait bénévolement de lui depuis une douzaine d'années. «C'est un sale jour, il est mort à 11 heures et a été enterré aussitôt sur place», a simplement expliqué le maître des lieux, Pierre Lamy. Avant d'ajouter: «Il ne mangeait plus depuis quatre jours, ne se couchait plus car il craignait de ne pas pouvoir se relever. Cela faisait plusieurs jours qu'on reculait, qu'on reculait, la décision n'a pas été facile à prendre, mais il souffrait et c'était la fin. On a été obligés de l’aider. C'est très, très dur.»
Chacun aura compris. Ourasi avait 32 ans, autrement dit un âge centenaire pour un équidé. Et il a bénéficié d’une mort douce. Une belle mort en somme.
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| Pendant un Prix d'Amérique. |
Par les temps qui courent, il peut paraître incongru voire totalement déplacé de consacrer du temps, de l’énergie, beaucoup d’émotion et donc quelques lignes à la gloire d’un cheval. Mais aujourd’hui, alors que nous attendions la triste nouvelle depuis plusieurs jours déjà, informés que nous étions de l’état de santé du crack, comme suspendu à son souffle et craignant l’annonce que nous savions inéluctable, la sincère tristesse qui s’est emparée de moi en apprenant la mort d’Ourasi mérite explications. Et quand je dis «tristesse», la vérité de l'écrit m’oblige à admettre que mon sentiment d’affliction est très supérieur à celui que vous imaginez. On dit que le temps qui passe ne s’embarrasse pas de sentiments. Le temps n'a rien changé à l'affaire.
Le légendaire trotteur Ourasi, quadruple vainqueur du Prix d'Amérique, est donc mort ce samedi 12 janvier dans son haras de Gruchy, en Normandie, qui accueillait le cheval depuis fin 1990 et sa mise à la retraite après une carrière exceptionnelle. Il a passé sa dernière nuit en compagnie de sa nounou, Annie Jumel, qui s'occupait bénévolement de lui depuis une douzaine d'années. «C'est un sale jour, il est mort à 11 heures et a été enterré aussitôt sur place», a simplement expliqué le maître des lieux, Pierre Lamy. Avant d'ajouter: «Il ne mangeait plus depuis quatre jours, ne se couchait plus car il craignait de ne pas pouvoir se relever. Cela faisait plusieurs jours qu'on reculait, qu'on reculait, la décision n'a pas été facile à prendre, mais il souffrait et c'était la fin. On a été obligés de l’aider. C'est très, très dur.»
Chacun aura compris. Ourasi avait 32 ans, autrement dit un âge centenaire pour un équidé. Et il a bénéficié d’une mort douce. Une belle mort en somme.
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